‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 6 sur 159 · LIVRE X (I5C(J · texte numérisé non relu

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excepté le comte de Mansfeld , qui lui affirma, avec les plus grands serments, qu'il n'avait rien su de ce qui se passait, sinon trois jours avant son arrivée, et par son fils, ajoutant qu'il regardait la Confédération comme une chose blâmable et qu'il n'y donnerait jamais son approbation. Le prince d'Orange, lorsque la duchesse lui parla des intelligences que les confédérés avaient en Allemagne, en France et en Angleterre, lui dit que, quant à l'Allemagne, si pareille chose existait, il en serait certainement informé par ses parents et amis, et que rien n'en était venu à sa connaissance. Le prince se montrait, comme le comte de Homes, inquiet et aigri. Il signalait les mauvais ofiBces qu'on lui avait rendus auprès du roi, en l'excitant à lui faire couper la tête et à confisquer tous ses biens; il prétendait avoir appris, par diverses' voies, que l'intention du roi était d'en agir ainsi lorsqu'il en aurait la possibilité. Tout ce que la duchesse lui répondit, pour le désabuser à cet égard, fut sans effet. Le prince dit encore qu'il s'était fait beaucoup d'ennemis en Allemagne, pour s'être montré défenseur si zélé de la foi catholique?; il blâma vivement le secours de 40,000 écus envoyés par le roi à la reine d'Ecosse, et se plaignit enfin de ce que le cours de la justice avait été arrêté dans un procès qui le concernait. Le mécontentement du prince d'Orange et du comte de Hornes était partagé par la plupart des autres seigneurs, qui, eux aussi, se figuraient que le roi n'attendait qu'une occasion favorable pour les châtier. Ils semblaient convaincus que, dans ce dessein, il arriverait lui-même, accompagné de sa garde espagnole. La dschesse ayant été avertie que le comte de Hooghstraeten avait vu la îrquête préparée par les confédérés, le fit appeler et lui demanda ce qu'elle contenait. Il répondit qu'il avait vu en effet la requête; qu'elle lui paraissait très-fondée et très-juste, mais qu'il n'en pouvait dire le contenu, parce qu'il avait engagé sa parole de ne pas le faire. Marguerite lui répliqua qu'étant lié au roi par trois .«serments, à savoir :

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celui fie vassal, celui de chevalier de l'Ordre et celui de capitaine d'hommes d'armes, une telle promesse ne devait pas l'arrêter. Il repartit que, puisque les autres n'avaient pas ré\'élé le contenu de la requête, il ne voulait pas le faire non plus; que les confédérés étaient de bons vassaux du roi , et que ce qu'ils faisaient tendait à son plus grand service ' .

Dans la matinée du 28, le conseil d'État se réunit sous la présidence de la duchesse de Parme, tandis qu'un certain nombre de confédérés, formant comme l'avant-garde de la troupe conduite par Bréderode, entraient déjà à Bruxelles par petits détachements. Par suite des invitations réitérées de la gouvernante, la réunion des seigneurs était imposante. On y remarquait le prince d'Orange, le comte d'Egmont, le marquis de Berghes, le comte de Horncs, le baron de Montigny, le comte de Hooghstraeten, chefs de l'opposition nationale, en face des défenseurs de la politique de Philippe Tî, le duc d'Arschot, le comte de Meghem , le comte d'Arenberg, le comte de Ligne et le baron de Berlaymont. Les membres du conseil privé avaient pris également séance. Le conseiller Philibert de Bruxelles exposa les causes de la convocation et fit connaître les informations reçues par la gouvernante sur les événements qui préoccupaient tous les esprits. Marguerite requit ensuite l'assemblée de la conseiller loyalement et librement, en ne perdant pas de vue cependant que la religion catholique devait être maintenue dans les Pays-Bas, sans changement ni innovation quelconque. Plusieurs membres du conseil privé prirent successivement la parole pour démontrer la nécessité de mitiger les anciens édits et de supprimer linquisition papale; cette dernière opinion fut soutenue très-vivement par Viglius. Le marquis de Berghes fit remarquer qu'il était inutile

1 Lettre de la duchesse de Parme au roi , écrite de Bruxelles, le 3 avril ^'6C)C), dans la Corrrsjmiulanrc rlr Pliilippe II, \. h'-, pp. 403-'i06.

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de délibérer sur cette matière, le roi l'ayant expressément défendu par ses dernières lettres; mais on lui objecta généralement que le roi ignorait alors les graves inconvénients dont il fallait maintenant tenir compte. Les conseillers d'Etat et les chevaliers de l'Ordre se réunirent de nouveau dans l'après-midi sous la présidence de la régente. Marguerite leur demanda ce qu'on pourrait faire pour éviter que les gentilshommes confédérés ne vinssent présenter leur requête en grand nombre. Les membres du conseil furent d'accord sur la nécessité d'éviter une assemblée des confédérés à Bruxelles ; il serait néanmoins contraire à la dignité de la régente, pensaient-ils, qu'elle fit à cet égard des démarches personnelles; mais on pourrait employer l'intervention ofiBcieuse de ceux qui auraient quelque influence sur les chefs. Tout en justifiant les confédérés, le prince d'Orange exprima aussi l'opinion qu'ils devaient venir en petit nombre et faire leurs remontrances modestement '. Il ajouta que ce serait faire un sensible affront à des gentilshommes que de ne vouloir pas leur permettre de présenter une requête, ce qu'on ne refusait pas au moindre du peuple. Egmont signala l'accueil favorable qui était fait partout aux confédérés, leurs préparatifs, l'appui qu'ils rencontraient dans le peuple, enfin l'impuissance ou l'on était de leur résister par les armes; il conclut en déclarant qu'il n'était pas prudent d'offenser des gens que l'on ne pouvait dominer '. Enfin, il fut résolu qu'on laisserait entrer dans Bruxelles les députés de la ligue , pourvu qu'ils eussent une contenance mo-

' Notules du conseil d'État (séances du 28 mars).

^ Dans sa Défense personnelle (Supplément a SlraJa, t. I'^'-, p. 69), le comte d'Egmont allégua que le temps était alors si étrange qu il n'y avait homme qui connût l'intention de son frère, de ses parents ou de ses serviteurs. — De son côté, le comte de Hornes dit qu'on n'avait pu (ermer les portes de la ville, car on ne pouvait .se fier au peuple. [îhiiL, p. \m.)

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