‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 52 sur 159 · II. i · texte numérisé non relu

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ratifiant les concessions de Marguerite de Parme, il consentait à tolérer la liberté de' conscience, sans préjudice des droits et des biens dont jouissaient les catholiques. C'était bien mal connaître le fils de Charles-Quint que de mettre en quelque sorte à l'enchère son dévouement au catholicisme. A la vérité, on supposa, non sans raisons plausibles, que la nouvelle manifestation des religionnaires était, pour les jtlus entreprenants de leurs protecteurs , un prétexte afin de lever de l'argent , sans exciter les ombrages du gouvernement, ni éveiller les scrupules d'un certain nombre de confédérés, ennemis des mesures extrêmes. Ceux-ci, en effet, devaient être plus disposés ù donner de l'argent pour acquérir la liberté de conscience que pour faire la guerre. On avait eu soin d'ailleurs de faire circuler, avec les copies de la requête, les noms des nobles et des marchands qui s'engageaient à verser les plus fortes sommes dans le but d'obtenir la liberté de religion. Les comtes Louis de Nassau et de Bréderode étaient en tête, l'un pour 10,000 florins de Brabant, l'autre pour 10,000 écus. Cette démarche excita l'indignation de la régente et le dédain de Philippe H. Aucune réponse ne fut faite à l'offre des sectaires '.

Vers la même époque , Guillaume de Nassau prit l'initiative d'une démarche plus mesurée , plus sérieuse et plus loyale. Il avait résolu d'exposer publiquement ses vues sur l'état critique des Pays-Bas et sur les moyens d'y porter remède. Tel fut l'objet d'un Mémoire extrêmement remarquable qu'il écrivit, de concert avec Louis de Nassau, et qu'il transmit d'Utrecht aux étals des provinces sous le titre de : Avis de monseigneur le prince '.

■ BoR, t. !<''", fol. 86-87. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 131 . — Stbada, liv. V. — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. II, pp. 417 et 422. — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. xcix.

" Cette pièce importante est insérée dnns les Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. Il, pp. 429-Wb.

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C'était tout à la fois un appel éloquent à la prudence du roi et une exhortation i)ressantc aux représentants du pays pour qu'ils se concertassent à l'efTct d'obtenir de la bienveillance du souverain la tolérance religieuse, seul obstacle qui pût être opposé aux troubles du moment et aux orages plus terribles dont l'approche se faisait sentir. « Il y a longtemps, disait Guillaume de Nassau, que je considère les dangers qui menacent ces provinces et qui proviennent de la diversité des opinions, tant religieuses que politiques. Ces périls se sont encore accrus par l'indifférence coupable d'un grand nombre de citoyens. Peu de gens prennent la chose publique réellement à cœur et s'elTorcentd'y remédier. La plupart se montrent froids et insensibles. Ceux-ci préfèrent leur avantage particulier au bien général ; ceux-là d'une timidité poussée à l'excès n'osent dire ouvertement leur opinion par la crainte de perdre les bonnes grâces du maître. Bien que moimême j'aie différé jusqu'à présent d'exposer mon avis, afin de n'être point taxé de présomption , en voulant montrer plus de sagesse que mon âge et mon expérience ne le comportent ', j'aime mieux , aujourd'hui que le danger est plus imminent , encourir ce reproche que de garder plus longtemps le silence. C'est le devoir de tous, vieux ou jeunes, en une nécessité si grande, d'aider et d'assister la patrie de tout leur pouvoir. )> Le prince indiquait ensuite le but immuable qu'il avait en vue : il cherchait, disait-il, l'honneur de Dieu, le bien et la prospérité du pays, et le service du souverain ; il voulait assurer l'obéissance qui lui était due ainsi que la soumission du peuple aux lois et aux magistrats. Abordant plus directement le point capital de sa thèse, il constatait que la diffusion de doctrines nouvelles n'était point un fait sans précédent dans l'histoire. On ne pouvait surtout trouver

' Guillaume de Nassau, né en 1333, avait donc trente-trois ans en 1506 ; mais depuis longtemps son esprit était rompu aux affaires de l'État.

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extraordinaire que ces doctrines eussent pénétré dans un pays, qui était en communication incessante avec les étrangers. Cette diversité régnait aussi dans d'autres États et ne légitimait point le recours aux armes et l'emploi de la violence et de la force. Ne valait-il pas mieux, au lieu de s'exposer à de longues guerres religieuses, les prévenir par un remède opportun et convenable? Dans l'intérêt même de la religion catholique, dont le prince parlait encore comme du culte qu'il professait , dans l'intérêt de l'ancienne religion, il convenait avant tout que le roi daignât confirmer provisoirement les concessions de la régente. Elles avaient eu pour effet de faire tomber les armes des mains du peuple, et elles auraient mis un terme définitif aux troubles si l'on n'avait pas redouté les résolutions du souverain. De là l'inquiétude et l'agitation qui régnaient encore dans le pays. Il n'était pas possible cependant de faire de ces provinces un monde à part. « Il faut , disait Guillaume , vivre avec les vivants et saccommoder avec ses voisins autant que possible. » L'intérêt bien entendu des Pays-Bas exigeait surtout qu'ils se rapprochassent des institutions de l'Empire, sauf les droits et les prérogatives du souverain. La médiation de l'empereur et des États de l'Empire pourrait même donner naissance à une ligue perpétuelle , qui garantirait pour jamais la sécurité et l'indépendance de ces provinces. Examinant successivement tous les moyens qui avaient été indiqués, soit en Espagne, soit dans les Pays-Bas, pour amener une paix définitive, Guillaume concluait par une protestation énergique contre l'emploi des armes et contre les violences, qui apporteraient, disait-il, la ruine et la désolation dans ce pays, véritable « marché de la chrétienté. i> D'ailleurs, l'abus de la force n'avait jamais établi un régime durable. Il fallait permettre un exercice limité de la religion , en déterminant dans chaque province certains lieux à cet elTet , ou bien laisser au choix de chaque ville, seigneur ou gentilhomme ayant privilège de haute justice, la

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faculté de jouir ou non de l'exercice libre des nouvelles doctrines. Il était bien entendu que les catholiques devaient être respectés dans leurs personnes et dans leurs biens. Tel était l'avis du prince d'Orange. Ces moyens , ajoutait-il, seront bien plus efficaces que la rigueur et la violence. Mieux valait, en effet , transiger avec un mal désormais irréparable que d'en faire naître un plus grand en provoquant la ruine du pays et en entraînant dans cette catastrophe la religion ancienne ' .

Mais cette solennelle exhortation devait également rester stérile. La désorganisation du parti national , l'abattement qui se manifestait dans un grand nombre de localités et l'égoïsme de beaucoup de magistrats, paralysaient les intentions patriotiques de Guillaume-de Nassau \

' On lira avec intérêt les paroles mêmes du prince, qui étaient prophétiques à certains égards : «... Il semble qu'on gaignera beaucoup jdIus par « ces moyens, que non pas par 'es forces ou rigueur ; il est vraye qu'on « pourroit alléguer que personne ne sçauroit mectre à Sa Majesté tels » moyens en avant sans blesser sa conscience, ny Sa Majesté moiugs les " souffrir sans faire directement contre la sienne; si faut-il toutesfois pen- V ser qu'il ne convient aucunement de laisser perdre et ruyner ung tel pays, « et que ce seroit la plus grande charge de conscience du monde, tant pour u Sa Majesté, dessoubs l'obéissance de qui Dieu l'a constitué, que pour ceulx t qui sont obligés de remontrer à SaMajestece qui convient pour la conser- « vation d'icelluy pays, d'en avoir aultre seing et le laisser au péril de se « perdre ; car c'est chose asseurée que, si le pays est une fois perdu, que la " religion anchienne sera en grand hazard, sans espoir aussi de la recouvrer • si tost, et sera, à mon jugement, moindre charge de conscience d'accor- '■ der quelque exercice de religion limité, comme dict est, que non pas de i< venir à ces extrémités et remèdes mal asseurés et par là estre cause « d'une si grande effusion de sang , tant d'ung cousté que de l'autre, et de « plusieurs autres maulx innumérables. . . >> Archives de la maison d'OraïKje- Nassau, t. II, pp. 441-442.

' Le mauvais vouloir et la corruption de beaucoup de magistrats mu-

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Un grand changement s'était opéré dans l'esprit de Marguerite de Parme. Elle gardait le souvenir amer des excès des iconoclastes et des humiliations que la fermeté des confédérés et l'audace des sectaires lui avaient fait subir. A l'abattement où l'avaient plongée d'abord les grondements de l'émeute succéda peu à peu la volonté de comprimer les religionnaires et de triompher des ennemis de la prépondérance espagnole et catholique. Elle voulut racheter })ar son énergie la faute qu'elle avait commise, aux yeux du roi, en montrant trop de faveur aux seigneurs des Pays-Bas et trop de condescendance aux adhérents des doctrines nouvelles. Elle employa désormais toutes les ressources d'un esprit fécond et subtil à regagner le terrain perdu. Elle mit une opiniâtreté remarquable à relever l'autorité du souverain et à rétablir la prédominance absolue du catholicisme. Les circonstances la favorisèrent, et surtout les divisions profondes que les regrettables scènes du mois d'août avaient suscitées dans les rangs de la haute noblesse et parmi les confédérés même. Les armements de Philippe II avaient répandu une vague terreur dans le pays, et des personnages considérables, qui s'étaient naguère signalés par leur animosité contre le cardinal de Granvelle, jugèrent qu'il était temps de changer de conduite pour regagner les bonnes grâces du monarque. Pierre Ernest de Mansfeld fut le premier qui se sépara de ses anciens amis, touten continuant à déconseiller l'emploi des armes '. Les comtes de Meghem et d'Arenberg, plus résolus, demandèrent à

uicipaux étaient allégués par le comte de Bornes comme une objection puissante. Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. 11, p. 425.

ï C'est ce qui résulte, du moins, de l'opinion exprimée par Mansfeld au conseil d'État : « ... Les armes sont chose dangereuse et ne les vouidrois o conseiller au roy... Par armes les bons seront cbastiez avec les mauvais : a la hayne demeurera toujours entre les sul>jectz... » [Notules du conseil (l'État (séance du 22 octobre, avant midi).

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