‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 55 sur 159 · LIVRE Mil · texte numérisé non relu

LIVRE Mil

exposèrent quo le tumulte deValencicnnes provenait uniquement de la défiance que le S'' de Noircarmes inspirait aux habitants; qiio la gouvernante était faussement prévenue contre eux et qu'elle adopternit une tout autre conduite si des personnes dignes de foi procédaient à une enquête ultérieure; enfin, qu'ils étaient |)rcts ù recevoir garnison, pourvu qu'on les garantît contre toute violence et qu'on ne leur ravît point les fruits de l'accord solennel conclu, au mois d'août, entre la régente et la noblesse confédi'rée. Les deux seigneurs répondirent que les Valenciennois se comportaient mal , et que le bruit courait même qu'ils avaient des alliances en France. Bien que les députes se fussent récriés, et avec raison, contre cette imputation , déclarant que les habitants avaient refusé un secours considérable qui leur avait été offert par les huguenots français; bien qu'ils eussent vivement supplié les deux seigneurs de ne point laisser consommer la ruine d'une cité aussi importante, ils furent congédiés sans recevoir aucune promesse, aucun encouragement '.

Egmont se signala, au contraire, par son ardeur à recommander, dans le conseil d'État, le siège et l'attaque de Valenciennes. Ce fut lui qui conseilla à Noircarmes de disperser avant tout les sectaires accourus de la Flandre et de mettre garnison à Tournai, afin de mieux isoler la ville déclarée rebelle. En outre, il alla lui-même reconnaître la force de Valenciennes « jusque tout dedans le fossé » et envoya à Noircarmes un renfort de qualn' enseignes, qu'il tira de son gouvernement de Flandre =.

' BoR, t. l", liv. II, fol. 99 v»; — Van Meteren, fol. 49. D'après ce dernier, les Français avaient offert aux Valenciennois dix mille hommes pour les venir délivrer; mais les assiégés les remercièrent et les renvoyèrent aux nobles confédérés, pour qu'ils se concertassent avec eux. Meteren avoue seulement qu'il y avait en la ville « quelque petite légère infanterie française. »

* Mémoire de défense rédigé par le comte lui-même, dans le Procès d'Eijmont, pp. 148 et 150.

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En même temps que Noircarmes investissait Valenciennes, le comte de Meghem, gouverneur de la Gueldre, recevait l'ordre de pénétrer de force dans Harderwyck, où la liberté de religion avait été également érigée en principe.

(les préludes de la guerre civile émurent vivement le prince d'Orange, 11 écrivit à la duchesse de Parme que les mesures prises pour réduire Valenciennes et Harderwyck, ainsi que les levées de soldats qui se faisaient par ordre du roi. excitaient un mécontentement universel , et qu'il les considérait comme des moyens plus propres à irriter le pays qu'à l'apaiser. Pour empêcher que l'agitation des Hollandais ne s'accrût, il avait même différé la publication du placard du 14 décembre, qui interdisait toute communication avec Valenciennes. A la vérité, il témoigna officiellement sa satisfaction de la défaite essuyée par les sectaires au bourg de Lannoy, parce que, disait-il, ceux-ci étaient des rebelles ; mais il conjurait Marguerite d'employer la force le moins possible contre ceux qui n'étaient i:oint en révolte, afin de ne point provoquer des maux plus grands, en les poussant au désespoir '.

Cependant, la lieutenante de Philippe H avançait résolument dans les voies de la réaction. On approchait de l'époque fixée, en Hollande, pour le renouvellement annuel des magistrats communaux. Le prince d'Orange fut invité itérativement à ne nommer, pour faire partie des collèges , que des gens notoirement bons catholiques et des sujets bien affectionnés au roi ; la régente l'autorisait même à continuer dans leurs fonctions les magistrats qui se distingueraient par ces qualités, nonobstant les statuts et privilèges contraires à cette mesure, car il fallait éviter à tout prix l'intrusion de sectaires. Le prince répondit laconiquement qu'il y pourvoirait '. Une mesure plus grave coïncida avec la

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. 304 et 319.

- Ibid., t. II, pp. 309, 333, 402. — Marguerite de Parme avertit aussi le

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recomniandution concernant les magistrats communaux. l'at une lettre du 23 décembre , adressée à tous les chefs des bandes d'ordonnances, la régente, se fondant sur les levées que préparaient les sectaires avec l'assistance de quelques gentilshommes, requit les capitaines d'interroger ceux qui faisaient ijarfio de leurs comjjagnies d'hommes d'armes pour savoir s'ils voulaient s'engager^ par serment, à servir le roi envers et contre tous, et renoncer à toutes ligues contraires à cette obligation. Le même serment devait être demandé à tous les gentilshommes et vassaux indistinctement. En l'absence du prince d'Orange, sa compagnie était commandée par J. deHornes, S' deBoxtel, signalé pour son dévouement au chef de la mai,son de Nassau. Lui et les hommes d'armes répondirent qu'ils étaient prêts à servir le roi comme ils l'avaient fait jusqu'alors ; mais qu'ils ne laissaient pas d'être grandement surpris de la réquisition qui leur était adressée, car ils n'avaient jamais contrevenu à leurs devoirs, ni au serment qu'ils avaient prêté. La régente, qui se défiait particulièrement de la compagnie du prince d'Orange, ne voulut pas la laisser à la disposition de son chef : sans attendre la réponse du S'' de Boxtel , le 4 janvier 1 567, elle donna l'ordre à Guillaume de Nassau de faire acheminer ses hommes d'armes sur Bruxelles '.

roi que le prince d'Orange n'avait pas voulu se conformer aux ordres qu'elle avait donnés aux gouverneurs des provinces, afin de faire reconnaître les gens de bien sur lesquels on pourrait compter dans les villes en cas de besoin [Correspondance de Philippe 11, t. !<''■, p. 282).

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. xc, 298 et 313, et Correspondance de Philippe 11, t. \", p. 484. — La compagnie du comte de Hornes opposa un refus tout aussi péremptoire à la sommation de la duchesse de Parme. Hommes d'armes et archers refusèrent de prêter chacun en particulier un nouveau serment, se référant au serment général qu'ils avaient fait autrefois. Voir la lettre du comte de Hornes à la duchesse de Parme, datée de Weert, le 12 février -1567, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. xci.

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