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montraient de persistance et d'audace. Toutes les communautés protestantes du pays avaient envoyé des députés à Anvers. Rréderode fit avec eux une convention par laquelle il promettait de les maintenir en l'exercice libre de leur religion, tandis qu'ils s'obligeaient, de leur côté, à lui fournir une somme qui serait répartie sur leurs églises Pour pouvoir exécuter ce pacte, il fallait avoir recours aux armes. Aussi Bréderode n'hésita-t-il point à délivrer des commissions pour l'enrôlement de gens de guerre, à pied et à cheval. Il confia ce soin à ses partisans les plus résolus, Jean de Marnix, Pierre d'Andelot, Maximilien de Blois, Eenesse, Villers, Escaubecque, Philippe de Wingle, Adolphe Vander Aa, les frères Battembourg et plusieurs autres gentilshommes. Philippe de Marnix accepta la charge de trésorier ou questeur des confédérés.
Les chefsdes gueux, non contents d'encourager la résistance de Valenciennes , voulaient maintenant s'assurer définitivement de toutes les villes oti les protestants dominaient encore, Anvers, Bois-le-Duc, Amsterdam, Utrecht et aussi de quelques places maritimes de la Zélande, oii ils se seraient fortifiés avec le dessein de fermer l'entrée de cette province aux Espagnols, si, comme on le croyait alors, ils venaient par mer dans les Pays- Bas '. La première tentative faite par les confédérés fut couronnée de succès. Le comte de Meghem avait reçu l'ordre d'introduire une garnison à Bois-le-Dnc, et il était venu camper à une demi-lieue de cette ville avec dix enseignes d'infanterie et une cornette de cavalerie. Il attendait le résultat des négociations que deux commissaires de la régente, le chancelier de Brabant et Jean de Mérode, S' de Petersheim % avaient entamées avec le ma-
1 BoR, t. 1er, fol. iOQ;— Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. il,
p. CXI.
2 11 était Ssr de Perweys, Duffel, Gheel, Leefdael, Pelersheim, "\V ester-
gistrat, pour faire restituer les églises au service divin et obtenir la soumission de cette importante commune. Un matin, les réformés furent avertis que la gendarmerie du comte de Meghem se disposait à entrer dans la ville. Ils prirent immédiatement les armes et envoyèrent des députés à Bréderode, pour qu'il vînt à leur aide. Bréderode leur envoya un capitaine plein d'énergie, Antoine de Bombergen, d'Anvers, qui avait servi vaillamment .sous Lazare Schwendi et sous les drapeaux du prince deCondé, Bombergen, entré dans Bois-le-Duc le 16 février, se déclara capitaine de la ville, fit garder la maison où étaient logés les commissaires de la gouvernante, placer l'artillerie sur les remparts et tirer sur les troupes royales. Le prince d'Orange et le comte de Hooghstraeten, avertis par la régente que Bombergen se prévalait de leur autorisation, écrivirent, le 24 février, au magistrat de Bois-le-Duc qu'ils n'avaient donné, verbalement ni par écrit, aucune commission à cet homme de guerre. Mais Bombergen ne tint aucun compte de ce désaveu, et, avec le secours des réformés, continua de garder Bois-le-Duc '.
Le comte de Meghem voulut se dédommager de cet échec en pénétrant dans Utrecht oli les protestants s'agitaient aussi en faveur de Bréderode. Amsterdam, que les deux partis se dispu-
loo, etc. et il avait épousé en premières noces Maucie de Glymes, sœur du marquis de Berghes et en secondes noces Marguerite de Pallanl, sœur du comte de Culembourg.
' François Sonnius, le pieux et docte évêque de Bois-le-Duc, s'était réfugié à Louvain. Il mettait à profit le temps de cet exil en composant, pour l'instruction des curés de son diocèse, une réfutation des doctrines de Calvin [Confutatio calvinianœ confessionis , per inférions Germaniœ regiones sparsœ; Lovanii et Coloniae, -1567, in-S"). Voir la correspondance de François Sonnius avec Viglius éditée par M. le recteur de Ram [Francisci Sonnii ad VigUiim Zuichemutn epistolœ, ex cod. aiilographo Bibl. reg. Brux., in-S», 1850), pp. xxi, xli et 100.
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talent également, resta aux confédérés : Bréderode, déjouant les desseins de ses ennemis, y arriva inopinément le 28 février, pendant que ses lieutenants continuaient leurs préparatifs à Anvers '.
Ces enrôlements, qui se faisaient publiquement, excitèrent bientôt l'inquiétude et le courroux de Marguerite. Elle écrivit au prince d'Orange et au magistrat pour qu'ils réprimassent cette infraction aux ordonnances du roi '. Guillaume devait être certainement mieux informé encore que la régente. Toutefois , il feignit la surprise, manda les gentilshommes confédérés et exigea qu'ils lui fissent connaître l'auteur des enrôlements. Adolphe Van der Aa , qui lui fut désigné, n'était pas présent. On lui transmit l'ordre de venir trouver le prince le lendemain ; il jugea préférable , sur un avis plus confidentiel, de s'éloigner d'Anvers dans la nuit même. Et, en effet , le lendemain, 18 février, le magistrat enjoignit au margrave de l'arrêter ; une proclamation ordonna en même temps h tous gens de guerre qui n'étaient pas au service de la ville , ainsi qu'aux fainéants et vagabonds , de sortir immédiatement d'Anvers sous peine de la vie, de bannissement, ou d'autre correction exemplaire. Les enrôlés étaient déjà au nombre de plus de cinq cents, parmi lesquels beaucoup
' Van AJeteren, fol. 48 v° ; — Bor, t. I<'^ fol. 107 v» ; — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. 3oo-3o6.
- La duchesse de Parme mandait au comte de Meghem le i8 février que les enrôlements se faisaient au logis du Soleil en la Camerstraete {Corresjjondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 4t)3 ) et à l'évêque de Liège, le 20 février, que les gueux, d'après la rumeur publique, seraient bientôt au nombre de 600 chevaux et de 3,000 piétons autour de Vianen. Ils devaient, disait-on, culbuter le comte de Meghem, puis marcher au secours de Valenciennes, pendant que l'infanterie et la cavalerie levées en Allemagne descendraient dans le pays sous le comte Louis de Nassau et marcheraient sur Bruxelles [Anatcctes belyiques, p. 283;.
510 I.i;S PAYS-BAS sous PHILIPPE II.
de Wallons et de Flamands, qui avaient échappé à la déroute de Lannoy. Ils obéirent h l'injonction des gouverneurs et allèrent s'établir à Merxem, à Dambrugge et dans les villages voisins. Le lendemain au matin , Antoine de Stralen , comme seigneur de Merxem, vint, avec un capitaine, leur enjoindre , de la part du prince, de partir dans le délai de trois heures , s'ils ne voulaient qu'il employât la lorcu contre eux. Lfs chefs de la troupe résistèrent , disant qu'ils étaient au service du S"^ de Bréderode, et firent même crier, aux envoyés du prince : Vivent les gueux! Mais, deux jours après, ils prirent le chemin de Vianen, les uns par terre, les autres sur des navires qui stationnaient à Auslruweel.
Tous les confédérés n'avaient cependant pas quitté Anvers, et les enrôlements s'y poursuivaient sur de plus larges proportions, grâce à l'actif concours de certains capitaines bien connus du commun peuple '. L'inertie soudaine du prince d'Orange et du
' Dans une lettre écrite le 22 février au margrave d'Anvers, la régente disait que les enrôlements se faisaient au logis du Cygne par plusieurs capitaines « nommément un Jehan Renault, natif d'Aire, affolé d'une jami)e, « homme de grande taille; uug surnommé La Hoche, d'autour de Cam- ^- brésis ; ung dit le prince des Amoureulx, et ung Soreau, d'autour de <■ Valenciennes. » Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, p. cxvi. — La duchesse laissait clairement entendre dans ses lettres au roi que ces levées se faisaient avec la connivence du prince d'Orange et du comte de Hooghstraeten. C'était même le bruit général. Du reslo, les sectaires déclaraient hautement que le prince d'Orange, ainsi que Hooghstraeten et Hornes, étaient de leur parti et les assistaient ; que d'ailleurs Bréderode n'aurait pas entrepris toutes ces choses s'il n'était appuyé et soutenu de plus grands que lui. Ibid., t. II, p. 507. — Le 20 février, il avait été résolu au conseil d'État d'enjoindre au prince d'Orange , au comte de Hooghstraeten, au margrave et au magistrat d'Anvers, de faire sortir de cette ville les gentilshommes confédérés ^< à peine de saysissement de leur corps » [Notules du conseil d'Élat.)
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comte de Hooghstraeten favorisait les confédérés. Enfin , le dimanche, 2 mars, en plein midi , trois enseignes ou compagnies, de cent hommes environ chacune , formées à Anvers , traversèrent la ville tambour battant, et s'embarquèrent au port, sui' trois navires qui devaient les conduire à l'Ile de Walcheren , but de cette nouvelle expédition. Le principal était commandé par Jean de Marnix , S"^ de Thoulouse, qui avait à son bord Jean de Blois , S' de Treslong, Gilles Leclercq et Pierre Haeck, ex-bailli de Middelbourg. C'était sur les intelligences nouées par ce dernier, que Marnix comptait principalement pour s'emparer del'ile de Walcheren et do Flessingue. Mais la gouvernante, prévoyant celte nou\elle tentative des confédérés, avait pris toutes les mesures propres à la faire avorter. Des recommandations pressantes avaient été transmises aux magistrats de Flessingue, de Middelbourg, de la Vère et de Zierikzée, pour qu'ils se tinssent sur leurs gardes et ne reçussent aucuns gens de guerre sans le commandement du roi ou de la régente. Adolphe de Bourgogne, S' de Wacken , était chargé de diriger la résistance, et, en outre, le comte de Meghem avait reçu l'ordre de conduire ses troupes vers la Zélande, si les rebelles y pénétraient. Les défenseurs ne manquaient plus à la duche.sse de Parme. Le comte d'Egmont déclara au conseil d État que si l'île de Zélande était occupée par les gueux, il la reprendrait ou y perdrait la vie. Il fit même rassembler des troupes et des bateaux au Sas de Gand , pour exécuter l'expédition qu'il méditait. Quant au prince d'Orange, lorsqu'il eut été averti du dessein de Jean de Marnix , il s'était empressé d'envoyer en Zélande le S' de Boxtel, lieutenant de sa compagnie d'hommes d'armes , pour informer les magistrats des villes et les commandants des forteresses qu'ils ne pouvaient recevoir de gens de guerre sans son autorisation expresse. Il résulta de cet ordre que le commandant du château de Zecbourg, Roland de Ghistelles , refusa de recevoir les soldats que lui envoyait la
régente, sous prétexte qu'il lui fallait l'assentiment préalable du prince d'Orange. D'autre part, lorsque la flottille des confédérés arriva près de Zeebourg, Ghistelles permit à P. Haeck et ;^ Gilles Leclercq de descendre à terre , et il eut avec eux une longue conférence. Mais les confédérés ne trouvèrent point le même accueil dans les autres places de la côte. Le magistrat de Flessingue s'opposa au débarquement de Marnix et de ses adhérents; plusieurs décharges de l'artillerie des remparts obligèrent même la flottille à s'éloigner. Les gueux profitèrent de la haute marée pour prendre la direction d'Arnemuiden ; mais là encore le magistrat s'opposa à ce qu'ils descendissent à terre. La flottille revint à Ramekens, d'où elle se dirigea vers Terneuzen '.
Le 4 mars, Jean de Marnix fit voile pour Austruweel, où ses gens débarquèrent. Ce village, sur la rive droite de l'Escaut, à une demi-lieue d'Anvers, était une position bien choisie pour correspondre avec les réformés de la ville, et, selon les circonstances, en recevoir ou leur porter secours. Adossé à la ville, Austruweel avait le fleuve d'un côté, et les polders de l'autre.
Requis par les gouverneurs d'Anvers et par le magistrat de partir immédiatement, Jean de Marnix fit semblant d'obéir en reprenant le chemin de la Flandre. Mais, dès le 6, il revint à Austruweel , où le rejoignirent, dans la nuit, les deux autres navires qui avaient sans succès opéré une descente dans le quartier de Zuid-Beveland. Marnix feignit encore d'obtempérer à une nouvelle sommation qui venait de lui être faite, et il se dirigea avec sa troupe sur Eeckeren ; de là à Merxem et à Deurne, vers la Campine. Des renforts lui arrivaient de tous côtés et principalement de la Basse-Flandre. Ces bandes, composées sur-
' VanMeteren, fol. 48 ;— Correspondance de Guillaumele Taciturne, t. II, pp. cxvi et suiv. ; — Procès d'Egmont, p. 149. — La mission remplie par Boxtel parut tellement suspecte à la cour que Viglius proposa au conseil d'État de le faire arrêter. [Notules du conseil d'État, séance du 3 mars.)
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tout de calvinistes exaspérés , maltraitaient les prêtres et les moines, dévastaient les églises et les monastères, abattaient les images et n'épargnaient même [los les maisons de plaisance des bourgeois d'Anvers. Leur intention était de s'approcher de liruxelles; mais ils y renoncèrent en apprenant que la régente se disposait à leur résister. Le 1 \ mars, les insurgés revinrent à Austruweel et n'en bougèrent plus. Leur chef portait alors toutes ses vues sur Anvers : il espérait que ses coreligionnaires parviendraient à lui ouvrir les portes de la ville et la feraient tomber en son pouvoir. Maîtres d'Anvers, les calvinistes soulèveraient des provinces entières et obligeraient les seigneurs et les nobles à se déclarer ouvertement pour eux. Ces desseins devaient être déjoués non-seulement par l'énergie de la régente, mais aussi par les divisions profondes qui régnaient entre les adhérents de Luther et ceux de Calvin. Le magistrat d'Anvers avait proposé au prince d'Orange et au comte de Hooghstraeten de chasser Marnix d'Austruweel en envoyant contre lui les serments de la ville, ainsi que les soldats qui étaient au service de la commune Mais les deux seigneurs objectèrent que, en voulant remédier aux difficultés du dehors, on s'exposerait dans la ville même à de plus grands inconvénients; car, ajoutaient-ils, il fallait supposer que les gens de Marnix ne seraient point venus s'établir si près d'Anvers s'ils n'avaient compté sur des adhérents et de bonnes intelligences dans la cité. Le magistrat avait d'ailleurs averti la régente des rassemblements d'insurgés qui se formaient sous les murs de la commune'.
Ce fut le comte d'Egmont qui, le premier, proposa de combattre sans retard les bandes du S' de Thoulouse. Il fit observer au conseil d'État qu'il serait dangereux de laisser Marnix se fortifier
" Grande chronique de Hollande, t. II, p. 134; — YanMeteren, fol. 48; — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, pp. cxxu et c.vxm.
à Austruweel , ayant la ville d'Anvers aux épaules et l'Escaut à côté, libre ainsi de recevoir à toute heure gens , vivres , armes, munitions. On objectait que la meilleure partie des troupes royales était devant Valencienncs ; mais Egmont répondit qu'il ne fallait point balancer à envoyer contre le S' de Thoulousc la garde même de la régente '. Cet avis énergique fut adopté avec ardeur par Marguerite. Philippe de Lannoy, S' de Beauvoir , avait le commandement de la garde, qui se composait de deux enseignes d'arquebusiers, de deux cents hommes chacune. La régente lui ordonna de marcher contre les gueux avec trois cents de ses arquebusiers auxquels il ajouterait une enseigne de gens de pied qu'il tirerait de la garnison de Lierre, deux compagnies du régiment du comte d'Egmont postées au Sas de Gand sous les ordres du capitaine Lamotte Pardieu, ainsi que les bandes d'ordonnances du comte d'Arenberg et du baron de Berlaymont. Hans de Grave, prévôt des maréchaux de Brabant, l'accompagnait aussi avec cinq cents chevaux. Il était enjoint au S' de Beauvoir de n'épargner aucun des rebelles , excepté les principaux qu'il ferait prisonniers ; mais ceux-ci devaient être mis également à mort , si l'on voyait l'impossibilité de les garder. Marchant avec la plus grande diligence, Philippe de Lannoy arriva à Austruweel, le 13 mars, au matin. Les gens de Marnix n'étaient point sur leurs gardes et n'avaient d'ailleurs reçu aucun avis de l'arrivée si prompte des troupes royales. En les apercevant, ils poussèrent des clameurs de joie , car ils prenaient les soldats catholiques |iour l'avant-garde des alliés qu'ils attendaient d'Allemagne. Mais cette illusion ne dura guère. Lannoy fit soudainement déployer les étendards qu'il avait tenus cachés jusqu'alors. A l'aspect des croix qui signalaient lesdiapeaux catholiques, les gueux changè-
1 Mémoire de défense rédigé par le comte lui-même, dans le Procès d'Egmont, p. 149.
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rent d'allures et crièrent : «i Arme! arme! ce sont nos ennemys! ;> Surpris à l'improviste, ils essayèrent de se défendre , mais sans succès ; et leur défaite fut d'autant plus prompte qu'ils n'avaient point de cavalerie à opposer à leurs adversaires. Poursuivis avec acharnement par les soldats royalistes, les uns furent refoulés vers les marais, les autres jetés dans l'Escaut ou bien brûlés dans les maisons où ils avaient cherché un asile. Quinze cents insurgés demeurèrent sur le champ de bataille. Jean de Marnix fut haché en pièces, bien qu'il eût offert deux mille écus pour sa rançon. Le S' de Boetzelaer, noble Hollandais, et d'autres gentilshommes périrent avec lui '.
On ne pouvait supposer que les calvinistes d'Anvers verraient avec impassibilité la défaite et le massacre de leurs frères ; aussi les plus grandes précautions avaient-elle été prises pour les contenir. Le magistrat, ayant été informé de la marche du S' de Beauvoir, avait, dès la veille, de concert avec le prince d'Orange et le comte de Hooghstraeten, fait rompre le pont de la porte conduisant à Austruweel, tenu cette porte fermée, et placé des vedettes sur les remparts. En outre, il avait ordonné la fermeture de la Porte- Rouge, conduisant à Dambrugge, ainsi que la destruction du pont situé sur le canal, de ce côté de la ville. Partout aussi le guet des bourgeois et des confréries avait été renforcé, et les habitants avaient reçu l'injonction de placer, pendant la nuit, des flambeaux ou des lanternes devant leurs demeures. Ces mesures inusitées avaient tenu les calvinistes en éveil et déjà ils se montraient inquiets et agités lorsque le lendemain, vers sept heures du
' Bou, t. l", fol. 111 ; — Grande chronique de Hullande, t. il, p. 134; — Van Meterein , fol. 49 ; — Correspondance de Philippe II, t. !«••, p. 521 ; — Commentaires de Bkunardlno de Mendoça, liv. !'''•, chap. XVI ; — Lettre.s du Sr de Beauvoir à la régente, du 1 3 et du 1 4 mars, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. H, pp. c.xxv-cxxviii ; — Annales Atitverpienses, l. III, p. 407.
matin, ils aperçurent les troupes royales qui s'avançaient vers Austruweel. Us accoururent en plus grand nombre sur les remparts et assistèrent de là aux péripéties du combat. Vers dix heures, la défaite des gueux étant déjà certaine , leurs coreligionnaires ne surent plus maîtriser leur impatience. Excités par les supplications de la femme de Jean de Marnix , ils se soulevèrent bientôt ouvertement, et, de tous les quartiers de la ville, se rendirent en armes à la place de Meir, déclarant qu'ils voulaient marcher au secours du S"" de Thoulouse. Le prince d'Orange et le comte de Hooghstraeten, accourus au milieu de cette multitude irritée, virent leur autorité méconnue. Une partie des révoltés, après avoir été rangée en ordre de guerre, se dirigea vers la Porte-Rouge dentelle força le guichet. Les deux gouverneurs l'y suivirent avec le bourgmestre Antoine de Stralen , et le prince représenta à ces hommes exaspérés qu'ils allaient affronter inutilement la cavalerie du prévôt de Brabant. iMais les calvinistes ne voulaient rien entendre -, les armes levées , ils proféraient contre les gouverneurs des injures violentes et de terribles menaces. Un tondeur de draps appliqua même son arquebuse chargée sur la poitrine du prince d'Orange, en lui disant : «c Traître sans honneur et sans foi, c'est toi qui es l'auteur de ce jeu , et la cause que nos frères sont massacrés à Austruweel. » Les deux seigneurs, aidés par Stralen , parvinrent néanmoins, au péril de leur vie, à retenir la multitude jusqu'à ce que les royalistes vainqueurs eussent repris , par Merxem, la route de Lierre'. Alors seulement les gouverneurs permirent que cinq cents d'entre les calvinistes sortissent, mais après avoir protesté que
• Correspundancc de Guillaume le Tavilunie , l. H, pp. cxix et suiv. — Tous les anciens historiens sont d'accord sur les dangers que coururent le prince d'Orange et le comte de Hooghstraeten au milieu des calvinistes soulevés.
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c'était contre leur gré, et qu'ils répudiaient la responsabilité de l'efFusion du sang qui pourrait en être la conséquence. Quand ils virent qu on ne voulait pas les laisser sortir en plus grand nombre, les calvinistes revinrent à la place de Meir, aux avenues de laquelle ils placèrent des canons enlevés à l'arsenal. Leur intention était de s'emparer ensuite du marché et de l'hôtel de ville })0ur se rendre maîtres d'Anvers. Cependant, sur l'offre du prince d'Orange et du comte de Hooghstraeten, les calvinistes désignèrent huit députés pour entrer en communication avec les gouverneurs. Dans cette conférence, on convint d'un accord tendant à ratifier les conventions du mois de septembre précédent ; garantir, avec l'exercice libre de la religion nouvelle, les droits de la bourgeoisie, et empêcher l'introduction des soldats étrangers, sans le consentement de la commune. Mais cet accord ne fut pas accepté par la plus grande partie des séditieux, qui tendaient toujours à s emparer de la place du marché, oii se trouvaient les compagnies militaires à la solde de la ville. Le comte de Hooghstraeten courut même de nouveaux dangers en s'opposant à ce dessein ; il ne le fit échouer qu'en déployant autant d'adresse que de courage '. Sur ces entrefaites, trois mille hommes, arrivés du quartier de la Koepoort-straet, étaient venus grossir le rassemblement delà place de Meir. Pourempécher qu'il ne s'augmentât encore, on tâcha de persuader aux séditieux que c était du dehors qu'ils avaient le plus à craindre ; que leur sûreté exigeait donc qu'ils fissent bonne garde aux portes et sur les remparts ; que, quant au Marché, ils pouvaient se reposer sur les gouverneurs et le magistrat. Une partie suivit ce conseil ; mais
1 BoR, 1. 1*-"", fol. ni.— n Nous fûmes de fait souventes fois, dit le comte de Hooghstraeten, menacés de la mort par pistolets et autres armes qu'avec paroles et propos injurieux on s'apprestoit de décharger sur nous... » La défense de messire Antoine de Lalaing, etc. p. 75.
les plus résolus restèrent sur la place de Meir, armés et menaçants. Le lendemain au matin, ils refusèrent, avec plus d'énergie encore, de se séparer, brisèrent les portes de la prison publique, et manifestèrent le dessein de saccager les couvents et de chasser de la ville les ecclésiastiques et les moines. Orange et Hooghstraeten avaient convoqué des députés du magistrat, des anciens échevins, des quartiers-maîtres, des conseillers et des doyens des métiers, ainsi que les délégués des deux consistoires, afin de délibérer avec eux sur les mesures à prendre ])Our dissoudre les rassemblements qui compromettaient la paix publique, préserver les gens d'Église et les monastères, empêcher la ruine de la ville et le pillage des biens. Les discussions furent extrêmement vives et durèrent toute la journée. On adopta enfin quinze articles additionnels au traité qui avait été arrêté la veille. Il fut décidé que les contrats du mois de septembre seraient observés tant que le roi et les états généraux n'duraient pris une résolution définitive sur le fait de la religion ; que les clefs des portes d'Anvers seraient immédiatement remises aux deux gouverneurs ; que ceux-ci, s'ils le trouvaient nécessaire pour la garde de la ville, et après avoir pris l'avis de la commune, pourraient lever quatre cents chevaux et placer dans l'Escaut des navires armés; que tous les habitants, nul excepté, contribueraient aux dépenses que la défense de la ville occasionnerait ; que des canons seraient mis en batterie sur les remparts, et que dorénavant les gouverneurs auraient la direction de l'artillerie; enfin, que le prince d'Orange, le comte de Hooghstraeten, le magistrat, les membres de la commune ainsi que ceux des consistoires promettraient, par serment, d'observer et de faire observer tous ces articles, qui seraient également jurés par les soldats et capitaines au service de la commune ' .
1 Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. cxxxiii.
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Une partie des réformés, satisfaits de ces nouvelles concessions, consentait à déposer les armes et à se retirer. Mais les plus exaltés, les plus fanatiques, les plus pervers, coloraient d'un prétexte religieux les plus horribles projets. Ceux-ci, appuyés par la populace, auraient voulu assurer leur victoire en exterminant les prêtres et en s'appropriant les biens de leurs adversaires ', Leur fureur ne connut plus de bornes lorsque le bruit eut été répandu que les protestants de la confession d'Augsbourg s'étaient joints aux catholiques romains. Us sommèrent alors les luthériens de s'allier avec eux, les menaçant, en cas de refus, de les expulser de la ville.
Les luthériens refusèrent , et , sous l'impulsion du prince d'Orange, adhérèrent à la coalition qui s'organisait pour balancer les forces supérieures des calvinistes et les arrêter dans leurs funestes projets. Les confessionnaires ou martinistes disaient tout haut qu'ils se feraient plutôt catholiques que calvinistes. De leur côté, beaucoup de calvinistes déclaraient, comme Jean de Marnix, le vaincu d'Austruweel, qu'ils aimeraient mieux mourir que de se faire luthériens. Le prince d'Orange profita de ces divisions et se plaça résolument à la tête des catholiques et des adhérents de la confession d'Augsbourg pour prévenir la dévastation d'Anvers. Le 15, au matin, tous les habitants avaient pris les armes au milieu d'angoisses inexprimables. Les luthériens, avec les bourgeois catholiques, les marchands d'Allemagne et des villes hanséatiques occupaient le rivage près de l'abbaye de St-Michel ;
1 Ces projets de pillage et de meurtre du commun peuple sont attestés dans la Correspondance de Marguerile de Parme, p. 227, dans les Archives de lamaison d'Orange-Nassau, t. III, p. 33 et dans la Défense du comte de Hooghslraeten, p. 74. — On lit ailleurs : «... llli ( les insurgés) in Ducem ac Regem blasphémantes, exclamare coeperunt : Vivant Gheusii; Papœ ar Monachi pereant; Cives serventur; Papen en moniken bloet, Bergers goel...» Annales Anlverpienses, t. III, p, Ml.
520 LnS PAYS-BAS sous PHILIPPE II.
les Espagnols, les Italiens et les Portugais s'étaient rassemblés au Kipdorp, et les Anglais à leur Bourse ; enûn, les compagnies à la solde de la ville continuaient d'occuper le marché et les alentours de l'église de Notre-Dame. Tous ceux qui s'étaient armés pour la défense de la ville portaient, comme signe de ralliement, des écharpes et des drapeaux rouges, tandis que les sectateurs de Calvin , soulevés au nombre de treize à quatorze mille, avaient des bannières blanches et vertes.
Le prince d'Orange, tout en se préparant à réprimer les calvinistes s'ils avaient recours à la violence, s'efforçait cependant de prévenir une mêlée qui aurait j)u avoir d'horribles conséquences ', Prendre l'offensive contre quatorze mille hommes exaspérés, bien pourvus d'armes, de munitions et d'artillerie, était une entreprise pleine de dangers. Aussi Guillaume ne cessa-t-il d'employer les voies de persuasion pour calmer et ramener l'immense multitude qui couvrait la place de Meir. Déconcertés \)av la coalition des catholiques et des luthériens, les chefs de la sédition cherchèrent à diviser leurs adversaires en publiant que les partisans de la confession d'Augsbourg s'étaient accordés avec eux, et que bientôt ils les compteraient dans leurs rangs. Mais un des bourgmestres fit aussitôt publier un avis contraire, dans lequel on apprenait au peuple que ce tumulte n'avait pour cause aucun différend religieux , et qu'il était excité par des garnements qui, mêlés aux réformés, ne cherchaient que le pillage des catholiques, des luthériens et des marchands étrangers '. Voyant que leurs adversaires restaient fermement unis, les principaux des calvinistes finirent par se rendre aux exhortations du prince
' Le prince déclarait, dans sa relation officielle, que ce jour-là, plus de 20,000 hommes étaient en armes dans la ville. Thomas Gresham portait même ce nombre à plus de 40,000.
* Grande chronique de Hollande, t. II, p. l3o.
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d'Orange et acceptèrent les articles rétligés la veille. Vers dix lieures, Guillaume de Nassau et le comte de Hooghstraeten, suivis d'une centaine de cavaliers, viennent publier solennellement Jes clauses de l'accord. Cette proclamation se fil d'abord devant la maison de ville, ensuite au milieu des Italiens, des Espagnols et des Portugais ; puis parmi les luthériens et les bourgeois catholiques. Après chacune de ces proclamations, le prince d'Orange poussait le cri de « Vive le roy ! n II arri\ e enfin à la place de Meir, au milieu des calvinistes, et leur donne également lecture du traité. A peine est-elle achevée que les calvinistes se déclarent satisfaits et crient avec le prince : « Vive le roy ! » Mais une nouvelle difficulté s'élève alors entre les sectateurs de Calvin, d'une part; les Italiens et les Espagnols, de l'autre. Aucun des deux partis ne voulait le premier déposer les armes. Après avoir balancé pendant quelque temps, les Italiens et les Espagnols consentent à donner l'exemple. Les calvinistes les imitent aus.sitôt, restituent les canons qu'ils avaient enlevés de l'arsenal, adoptent les couleurs de leurs antagonistes et se séparent. Entre trois et cinq heures de l'après-midi, les vingt ou trente mille hommes, qui naguère étaient prêts à en venir aux mains, avaient quitté les places publiques et repris leurs occupations habituelles. Le plus grand calme avait succédé à un orage qui présageait d'effroyables calamités '. Le lendemain, dimanche, les deux partis, dit un ancien annaliste, rendirent grâces à Dieu de ce qu'il les avait préservés de se souiller du sang les uns des autres.
La conduite du prince d'Orange, en ces terribles conjonctures, fut digne d'éloges. Nuit et jour, il avait déployé une in-
' Ces derniers détails sont puisés dans la dépêche contemporaine du résident anglais. Voir T/ie life ajid times of sir Thomas Gresliam, t. Il, pp. 206-207.
trépide activité et une prudence admirable pour em|3(Vher le choc mortel des partis et prévenir la ruine d'Anvers. Cependant, le parti espagnol , aveuglé par ses préventions , lui reprocha d'avoir fait de trop grandes concessions aux calvinistes et de n'avoir pas saisi l'occasion de les écraser et de mettre Anvers sous la domination absolue du roi , en y appelant les troupes victorieuses du S'' de Beauvoir '. Mais c'était mal apprécier la résistance formidable que le prince avait dû surmonter. Ceux qui avaient vu Guillaume de Nassau lutter, avec une inébranlable constance, contre l'orage populaire, affronter les arquebuses dirigées contre sa poitrine par des hommes exaspérés jusqu'à la fureur, unir constamment la modération à l'énergie, ceux-là, les témoins impartiaux de tant d'efforts, attribuaient hautement au prince d'Orange l'honneur d'avoir, au prix de sa popularité et au péril de sa vie, préservé des plus épouvantables désastres la métropole commerciale des Pays-Bas '.
Marguerite de Parme n'hésita point à blâmer l'accord conclu
' Voir, dans la Correspondance de Philippe 11, 1. 1", p. 527, la lettre que le cardinal de Grauvelle adressa au roi, le 15 avril •1567.
^ Thomas Gresham, qui avait vu toutes les péripéties de la sédition, s'exprimait en ces termes dans sa dépêche au secrétaire d'État de la reine Elisabeth : v< .... I will assure your honnor, the Prince very uobly hathe « traveled, both night and daie, to kope this towne from manne-slaughter, « and from despoile : whiche doubtless had taken place if he had not been, « — to the losse of xx thousand men : for that 1 sawe never men so deso perate, [and] willing to fight : and speciallie the Vallons (Wallons), who « joyned ail with the calvenists. » The life and times ofsir Thomas Gresham, t. Il, p. 208. — Guillaume de Nassau lui-même, signalant à un de ses alliés d'Allemagne les projets qu'il venait de déjouer, ajoutait ces mots caractéristiques : « Je vous puis bien dire que nous avons faict la plus belle « eschappade du monde, et que, par la grâce de Dieu, nous nous povons « estimer d'estre nouveau-nés. » Arc/uvrs delà maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 52.
i.iviu: XIII (1567). 523
avec les calvinistes. Elle trouvait cette convention <( bien nouvelle et exorbitante. » Prévoyant ce désaveu, le magistrat s'était efforcé d'atténuer, aux yeux de la régente, la portée de la capitulation du 14 mars, dont les articles les plus importants ne devaient d'ailleurs recevoir aucune exécution sans son assentiment préalable ' , Mais la régente objectait que les rebelles et séditieux étaient toujours les plus forts h Anvers. Elle était informée aussi que trois des confédérés (Waroux , Escaubecque et Villers) préparaient dans cette ville une nouvelle expédition qui devait être dirigée contre l'île de Walcheren '. Cependant Marguerite ne prit alors aucune résolution sur l'accord conclu avec les calvinistes d'Anvers. Elle voulait attendre la chute de Valenciennes pour réduire , par l'exemple ou par la force , toutes les autres communes encore attachées à la religion nouvelle.
Les habitants de Valenciennes. ne pouvant croire qu'ils seraient abandonnés par les chefs du parti national et par les confédérés, avaient vaillamment résisté à l'armée de Noircarmes. Leur principale confiance résidait dans les promesses réitérées du prince d'Orange. Deux bourgeois de Valenciennes, Anthoine Morrenart et Jacques Gellée, envoyés à Anvers, avaient été reçus maintes fois par le prince et avaient recueilli de sa bouche les propos les plus encourageants. A la suite de ces conférences, ils mandèrent aux ministres et consistoire de Valenciennes qu'ils ne seraient pas abandonnés ; que les seigneurs, naguère réunis à Breda, rassemblaient des gens de guerre pour leur porter secours et que le comte Louis de Nassau, par l'avis du prince , son frère, s'était rendu en Allemagne dans le but d'y lever trois ou quatre mille
' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. cxxvii.
^ Il avait été ordonné en conséquence au comte de Meghem de rassembler des forces à Middelbourg. Voir la lettre de la duchesse de Parme au roi, du 23 mars 1567, dans la Correspondance de Marguerite de Parme, p. 228.
reîtres, et trente ou quarante enseignes de gens de pied. Guillaume lui-môme leur avait dit « que leurs affaires iroient mieux qu'ils ne pensoient. » Ils avaient aussi reçu de Biéderode l'assurance que le prince se déclarerait ouvertement, comme lui, pour le pays et la liberté de conscience ; au pis aller, il devait demeurer neutre et néanmoins les secourir secrètement, autant qu'il le pourrait '. Stimulés par ces avertissements, les Valenciennois persistèrent à refuser la garnison catholique que leur amenait Noircarmes. Celui-ci resserra de plus en plus la ville rebelle et fit enfin amener l'artillerie nécessaire pour la foudroyer. Alors le comte d'Egmont et le duc d'Arschot furent envoyés par la gouvernante à Beuvrage afin de faire une dernière tentative pour amener la soumission volontaire des Valenciennois : les deux seigneurs promirent amnistie pour le passé et même des saufsconduits qui permettraient aux ministres et autres chefs de la rébellion de se retirer en sûreté ". Mais la commune, encouragée par les promesses du prince d'Orange , rejeta ces propositions. Les nouvelles les plus fâcheuses arrivèrent enfin d'Anvers. Le prince avait déclaré aux députés de Valenciennes qu'il ne fallait plus compter sur lui , qu'aucun secours ne viendrait ni d'Allemagne ni du pays. En ce moment vingt-deux pièces d'artillerie tonnaient sans interruption sur la ville. Les assiégés envoyèrent des députés au chef de l'armée royale, pour en obtenir une capitulation. Noircarmes la refusa, et, fidèle à ses instructions, fit continuer, pendant les conférences même, le bombardement qui durait déjà depuis un jour et demi. 'N^alenciennes dut se rendre (24 mars), à discrétion et à miséricorde. Quelques
' Ces détails sont puisés dans les confessions que tirent, après leur arrestation, les ministres calvinistes Pellegrin Lagrauge, Guy de Bray et Jean Catteux. M. Gachard a inséré ces documents dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. cxlix et cl.
2 Van Meteren, foi. 49.