‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 60 sur 159 · LIVRE XIII {VÔG · texte numérisé non relu

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promesses verbales furent faites, à la vérité ; mais on n'en tint aucun compte. Noircarmes , étant entré dans la ville , plaça des gardes aux portes et ordonna de rechercher les principaux fauteurs de la rébellion ; ses instructions lui commandaient aussi de faire « empoigner » les prédicants étrangers et les soldats déserteurs pour les pendre immédiatement. Michel Berlin, le plus riche bourgeois de Valenciennes et naguère le chef de la commune, le ministre Guy de Bray, Jean Mahieu et d'autres notables, compromis pendant la rébellion, se virent bientôt au pouvoir des royalistes. D'activés recherches étaient faites pour saisir le ministre Pellegrin Lagrange et le fils de Herlin. Ils furent enfin découverts à Saint-Amand, et les royalistes, maîtres de ce bourg, ayant poussé leur gendarmerie jusque dans leCambrésis qui servait de refuge aux proscrits , le nombre des prisonniers s'accrut considérablement '. Lagrange et Michel Herlin fils furent ramenés à Valenciennes. On ne pouvait douter du sort qui leur était réservé ainsi qu'à leurs compagnons d'infortune ; de nombreuses exécutions n'attestaient que trop la rigueur de Noircarmes. Il fut toutefois résolu de prolonger le procès des Herlin et des principaux ministres afin de tirer d'utiles renseignements de leurs confessions ".

' Dépêche de la duchesse de Parme au roi, du \2 avril 1567. Documents historiques, t. XII (Archives de l'État) ; — Van Meteren, fol. 49.

'^ Ces malheureux attribuèrent leur triste destinée au « double esprit « du prince d'Orange. On lit dans la confession de frère Jean Catteux, ministre de Saint-Arnaud : « Ayant le confessant aussy en bonne mé-

« moire que ledict Guy de Bray, après que l'on auroit receu nouvelles « qu'il n'y auroit point de secours, s'auroit, en sa présence, grandement « dollu des seigneurs qui les auroient trompés et trahis, se plaignant « signamment, et eu grande aigreur, dudict prince d'Orange, l'appelant « méchant, malheureux, qui les avoit abusez, et que Dieu le puniroit quelo que jour, pour ce qu'il les avoit si longtemps entretenus en folle espé- « rance de secours, et qu'il ne y avoit point, estant partant cause de la

La soumission de Valenciennes était un événement important. Tout le pays de langue française , d'un bout de la frontière à l'autre, était dès ce moment replacé sous l'obéissance de Philippe II , et l'entrée des provinces wallonnes fermée aux huguenots. La régente voulut obtenir le même résultat dans les contrées flamandes en commençant par Maestricht, comme étant la porte du pays vers l'Allemognc. Noircarmes reçut l'ordre de s'avancer vers cette ville avec vingt et une enseignes et de l'artillerie.

Les dissidents de Maestricht s'étaient d'abord contentés d'assister aux prêches que tenaient à Reckheim et à Ter Locht un moine apostat de l'ordre do Saint-François, marié à une béguine. Mais, après l'accord conclu par la régente avec les gentilshommes confédérés, les sectaires se rapprochèrent insensiblement de la ville. Le 9 septembre 1566, un second ministre, venu du Palatinat, prêcha sur le boulevard ; les jours suivants, les conventicules se tinrent au cimetière de Saint-Nicolas, puis dans l'église de Saint-Mathias, sans que les religionnaires, dont le nombre augmentait chaque jour , rencontrassent le moindre obstacle. Soutenus par le peuple et enhardis par la pusillanimité des catholiques, les adhérents de la réforme finirent par éloigner les prédicateurs romains, s'emparèrent des églises qui leur convenaient et supplantèrent entièrement leurs antagonistes. Vers le 15 décembre, la duchesse de Parme et l'évéque de Liège, après s'être concertés ', envoyèrent des députés à la ville insoumise l)0ur l'exhorter à rétablir le culte catholique et à recevoir garnison dans l'intérêt des bons habitants ; mais le parti dominant fit renvoyer les députés de l'évéque et refusa même l'entrée de

« ruine de ladicte ville, leur ayant mis la hait au col. » Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. cli.

1 On a vu, t. 1<"'-, p. 204, que la ville de Maestricht appartenait d'une manière indivise à l'évêque-prince de Liège et au roi catholique, comme duc de Brabaut.

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la ville au baron de Liedekerke, principal représentant de la gouvernante des Pays-Bas. Du reste, les nouvelles doctrines avaient également acquis de nombreux adliérents dans les villes proprei^ de la principauté de Liège, notamment à Maeseycket à Hasselt. et jusque dans la capitale, où les confédérés pouvaient compter, disait-on, sur des partisans lésolus. Parmi ceux-ci, on signalait Guillaume de La Marck, S"^ de Lumay et de Seraing , que Marguerite dénonça elle-même à l'évéque. Mais Gérard de Groisbeck ne restait point inactif. Il fit déclarer rebelles et ennemis du pays les habitants de Maeseycket leur intercepta les vivres. Lui-même marcha contre Hasselt où les sectaires, fanatisés par Herman de Struyckere deZwolle, avaient maltraité les prêtres, dévaste les églises, et refusé la garnison qui leur était envoyée par leur prince. Toutefois, leur résistance ne fut pas longue ; ils se soumirent, le 13 mars, après que l'évéque leur eut promis l'oubli du passé, à la condition que les prêcheurs et soldats étrangers seraient éloignés et le culte catholique rétabli '. Mais il fallut la reddition de Valenciennes pour abattre les religionnaires triomphants à Maestricht. Informés que Noircarmes s'avançait contre leur ville, les habitants, sans distinction de culte, ne songèrent qu'à se soustraire aux horreurs d'un siège. Dès le 2 avril, l'éloignement des prédicateurs hérétiques fut résolu par l'avis général des vingt-trois métiers représentant la commune. Des députés se rendirent ensuite auprès de Marguerite de Parme et de l'évéque de Liège pour les supplier de renoncer au dessein d'envoyer des gens de guerre dans la ville, maintenant obéissante. Groisbeck appuya cette requête et représenta à la régente qu'il valait mieux.

' Ces détails ont été puisés dans la correspondance de Gérard de Groisbeck, évéque de Liège, avec Marguerite de l'arme, touchant l'oiigine et les progrès de la réforme à Maestricht et dans le pays de Liège. Analeclcs helgirjucs, pp. 171 et suiv.

la soumission de Maastricht étant absolue, employer ailleurs les forces assemblées pour la réduire. Mais la gouvernante renvoya les députés après leur avoir fait répondre que, puisqu'ils avaient naguère fermé les portes de leur commune aux commissaires royaux, elle allait maintenant les leur faire ouvrir, en leur montrant les clefs avec lesquelles il convenait de pénétrer dans une cité appartenant à Sa Majesté. Elle les chargeait en conséquence de se conformer aux ordres qui leur seraient transmis par le S'' de Noircarmes ' .

Maîtresse de Valenciennes et certaine de réduire également les autres villes rebelles , Marguerite de Parme n'hésita plus à repousser toutes les demandes qui lui avaient été soumises dans l'intérêt des protestants d'Anvers. 11 ne fut plus question de l'accord du 14 mars. Statuant, le 7 avril, sur les communications des députés anversois, Marguerite exigea que le magistrat reprit autorité sur le peuple, et que tous rendissent au roi l'obéissance qui lui était due; en outre, la commune devait recevoir sans délai telle garnison que la régente jugerait à propos de lui envoyer, A la vérité, elle promettait de ne pas toucher aux personnes et biens des habitants, qui avaient eu domicile dans la ville avant le mois d'août, jusqu'à ce que le roi en eût ordonné autrement; mais elle exceptait de cette amnistie conditionnelle les bannis, les ministres, les prédicants, les sectaires étrangers, les fugitifs apostats , les briseurs d'images , enfin tous ceux qui s'étaient enrôlés et avaient porté les armes contre le souverain.

' Dépêche de la duchesse de Parme au roi, du -12 avril 1567. Documenls historiques, l. XII (Archives de l'État). — François Junius fut un des ministres qui travaillèrent le plus activement à recruter des prosélytes sur les frontières du pays de Liège. Il se tenait à Limbourg et dans les environs. Après la prise de Maestricht, il parvint à se sauver, par la connivence du magistral de Limbourg, et se rendit en Allemagne, où il fut appelé par l'électeur iialalin à Heidelberg. Scrinium anliquarium, pp. 254-2S9.

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Trois jours après, ses exigences s'accrurent encore. Elle fit signifier au magistrat sa volonté que les ministres et prédicants sortissent d'Anvers dans les vingt-quatre heures, et, dans trois jours, de tous les Pays-Bas, sous peine de la hart ' .

Aucune résistance ne fut plus opposée à ces ordres impérieux. Un découragement profond avait succédé à l'enivrement de la lutte ; la désunion et la crainte régnaient partout ; la cause, pour laquelle on luttait depuis l'avènement de Philippe II, était maintenant méconnue et presque oubliée; la Confédération n'existait plus ; la ligue des principaux seigneurs était également dissoute ; le prince d'Orange, enfin, était à la veille de s'éloigner des Pays-Bas, après avoir fait, auprès du comte d'Egmont, une dernière et vaine tentative pour dissiper les illusions de ce seigneur, et peut-être aussi pour relever le parti national abattu.

Mandés à l'hôtel de ville par le magistrat, les ministi-es luthériens et calvinistes reçurent notification des ordres venus de la cour. Ils s'attendaient, sans doute, à cette communication. En prenant congé des chefs de la commune, ils leur adressèrent de sérieuses remontrances au sujet de leur ingratitude. « Dieu, qui était juste, les punirait, dirent-ils, de ce qu'ils chassaient ainsi ceux qui prêchaient la sainte parole. » Ils sortirent de la ville, les uns le jour même (10 avril), les autres le lendemain, accompagnés des membres de leurs consistoires et suivis d'un grand nombre de leurs adhérents '.

Le prince d'Orange se sentait maintenant isolé entre les catholiques rigides, dont il avait perdu la confiance, et les protestants désunis, vaincus et proscrits. Ce n'était point en prenant sous sa protection les luthériens seuls qu'il pouvait faire triompher ses desseins ; ce n'était point non plus en recourant à des manœu-

' Correspondame de Guillaume te Tavilunie, 1. 11, pp. cxxxvui et cxxxix. ^ Van MeterEiN, fol. 49 vo.

vres souterraines et à des tentatives qui n'osaient se produire au grand jour. Pour préserver les Pays-Bas de la tyrannie espagnole, il aurait fallu la combattre ouvertement et hardiment, au lieu de se borner à favoriser sous main, par des encouragements plus ou moins équivoques, la rébellion de Bréderode et de ses adhérents. Il aurait fallu , selon le vœu exprimé par de sincères patriotes, que le prince d'Orange, ainsi que les comtes d'Egmont et de Hornes, eussent le courage, tout en restant fidèles au roi catholique, de se déclarer franchement « protecteurs de la noblesse et de la patrie '. » Mais Guillaume de Nassau crut devoir persister dans la résistance en quelque sorte passive que, jusqu'alors, il avait opposée à Philippe II. Requis, le 6 mars, par la régente, de signer, comme gouverneur et capitaine d'une des bandes d'ordonnances, la formule de serment qu'elle lui envoyait ^, le prince avait formellement refusé, ne voulant pas, disait-il, s'engager à exécuter des ordres qui pourraient blesser sa conscience. 11 offrait d'ailleurs de résigner immédiatement ses gouvernements, et on répandit le bruit qu'il voulait rendre aussi le collier de la Toison d'or. Marguerite répondit au prince qu'elle ne pouvait accepter la démission de ses charges, puisqu'elle ne les lui avait pas conférées, mais qu'elle en avertirait le roi; en atten-

' Voir, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, pp 470- 471, l'exhortation pressante qui fut adressée sur ce sujet aux trois seigneurs.

^ La formule proposée était conçue eu ces termes : « ... Je, Guillaume » de Nassau, prince d'Orenges, conte de Nassau, chevalier de l'Ordre, « gouverneur et capitaine général des contés de Bourgoigne, Hollande et « Zélande et de pays de Utrecht, et capitaine de cinquante hommes d'ar- « mes des ordonnances de Sa Majesté, attendu le susdit commandement « d'icelle, déclare par serment que suis déterminé et prest lu servir el « m'employer envers et contre tous, et comme me sera ordonne de sa part, « sans limitation ou restrinction .. » Archives de la inaison d'Orange- Nassau, l. III, p. 45.

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dant sa résolution, elle l'invitait à veiller à ses gouvernements, de manière qu'il pût en répondre devant Dieu et son souverain, et selon le premier serment qu'il avait prêté '. Le 19 mars, après avoir apaisé la sédition d'Anvers, Guillaume écrivit à la régente qu'il persistait à refuser le serment , et, quoiqu'il ne renonçât point d'une manière absolue à ses gouvernements, qu'il se considérait toutefois comme suspendu de ses charges jusqu'à ce que le roi eût fait connaître sa décision à cet égard. Dès ce moment, en effet, il ne parut plus s'occuper des affaires publiques. Vivement contrariée de cette détermination , la régente appela le conseil d'Etat à délibéier sur les moyens de ramener le prince à d'autres sentiments et surtout d'ôter de son esprit toute défiance à l'égard du roi et d'elle-même. On n'en trouva d'autres qu'une amnistie générale et la convocation des états généraux. Quelques membres du conseil firent remarquer que le prince ne demanderait pas pardon pour lui, puisqu'il ne connaissait pas sa faute ; qu'il ne pouvait non plus se séparer de plus de cent gentilshommes auxquels il avait promis, disait-on, de ne pas s'arranger sans eux, ni des villes envers lesquelles il avait contracté le même engagement II fut enfin résolu, par l'avis de la majorité du conseil, que le secrétaire d'État Berty irait trouver le prince à Anvers, afin de l'invitera reprendre, jusqu'à la décision du roi, les gouvernements qui lui avaient été confiés par ce monarque, et qu'il s'efforcerait aussi d'obtenir du prince qu'il prêtât le nouveau serment ^

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 413.

^ Ibid., t. II, pp. cLVi et 369. — « Il ne convient pas, écrivait Philippe II à Marguerite de Parme, le 13 mars, de donner au prince d'Orange le congé qu'il demande, à moins qu'il ne le sollicite de nouveau et avec instance : dans ce dernier cas, la duchesse le lui donnera comme d'elle-même, et sans qu'elle laisse apercevoir qu'elle en ait reçu l'ordre de lui. » Correspondance de Philippe IL i. lef, p. 516.

Tous les efforts de l'envoyé de Marguerite de Parme échouèrent. Le prince déclara, en présence du comte dellooghstraeten, qu'il avait refusé de prêter le nouveau serment, parce qu'on ne l'avait pas demandé aux gouverneurs précédents. Il ajouta, avec plus de force, que, ayant juré autrefois de maintenir les privilèges des provinces dont le gouvernement lui était confié, si on lui donnait un ordre qui y fût contraire, il n'y pourrait obéir. Il dit encore que, dans la formule de serment qu'on lui avait envoyée, on n'exceptait ni l'empereur, contre qui il lui était impossible de prendre les armes, étant son feudataire, ni d'autres, parents ou amis, tels que le duc de Clèves, à l'égard desquels il se trouvait dans la même impossibilité. Chaque jour, poursuivit-il, on promulguait des édits rigoureux contre ceux qui n'étaient pas catholiques, et il n'en voulait point être l'exécuteur, ayant horreur de ce genre de supplice, pour cause de religion. En vertu du serment nouveau, on pourrait même l'obliger h livrer sa propre femme, puisqu'elle était u intimement» luthérienne! Il avait aussi considéré que la personne qui, au nom du roi, viendrait lui commander, pourrait être de telle condition qu'il ne saurait lui obéir, sans manquer à ce qu'il se devait à lui-même et à sa maison. Il nomma le duc d'Albe et n'en dit pas davantage. Berty répondit à toutes les raisons du prince ; il tâcha de le rassurer jiour ce qui concernait l'empereur, le duc de Clèves, et surtout Anne de Saxe, sa femme. On ne l'obligeait point, dit-il, à faire exécuter les édits, à imposer des peines aux hérétiques, et moins encore à faire punir sa femme. Le prince l'interrompit, sans qu'il pût faire mention du duc d'Albe, et répliqua qu'il savait bien que le roi, lorsqu'il serait dans les Pays-Bas, ne souffrirait point que ni lui, ni quelque personne que ce fût, vécussent avec des femmes d'une autre religion que la sienne. C'est pourquoi, ajouta-t-il, il avait résolu de partir pour l'Allemagne, sans attendre l'arrivée du roi, et afin qu'on ne pût dire qu'il avait été

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