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chassé des Pays-Bas. Alors, Berty, suivant ses instructions, proposa au prince d'avoir, avant son départ, une entrevue avec les comtes d'Egmont et de Mansfekl, et avec le duc d'Arschot, en tel endroit qu'il voudrait. Guillaume y consentit, et désigna luimême le village de Willebroeck, situé entre Anvers et Bruxelles ' . Cette dernière et importante entrevue, oii allaient être échangés des paroles solennelles et des adieux irrévocables, eut lieu le 2 avril. Les comtes d'Egmont et de Mansfeld accompagnaient seuls le secrétaire d'État Berty; une indisposition avait empêché le duc d'Arschot de se joindre à ses collègues. La conférence eut d'abord un caractère officiel. Berty essaya de nouveau, mais sans succès, d'ébranler la résolution du prince et de l'engager à prêter le serment prescrit. Le refus de Guillaume fut encore plus net, plus positif et plus formel. Il déclara catégoriquement que, jusqu'à autre décision du roi, il se regardait comme déchargé ou du moins suspendu de tous ses emplois, aussi bien de ceux qu'il avait reçus du souverain que de ceux qu'il tenait de la régente. En conséquence , il allait se retirer à Breda et ensuite en Allemagne '. Mais, avant de se séparer des envoyés de la gouvernante, le prince se rapprocha du comte d'Egmont et désira d'avoir,
' Strada, liv. VI. Il est le seul qui donne des détails précis sur la conférence de Berty avec le prince d'Orange. — Les Notules du secrétaire Berty ne contiennent que ces mots (séance du conseil d'Etat, du 27 mars, avant-midi) : « Je feis rapport de mon besoigné avec le prince d'Oranges, etc., en Anvers. »
2 Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 12 avril 1367, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 417. Elle contient le résumé du procès-verbal de cette conférence, document qui fut rédigé par Berty lui-même et dont on doit regretter l'absence aux archives du royaume. — Les Notules du conseil d'État ne contiennent que 1 indication suivante (séance du 3 avril, après-midi) : « Messeigneurs les comtes d'Egmont et de « Mansfelt feirent rapport de la communication eue hier avec monseigneur « le prince d'Oranges à Wilbroecke. »
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avec cet ancien allié, un entretien particulier. Il voulait lui montrer le péril qui le menaçait et le conjurer, selon les expressions de Strada, de ne pas attendre la tempête de sang qui allait venir d'Espagne et éclater sur la tète des plus grands seigneurs de Flandre. « Je m'afflige, lui dit-il, de vous voir si aveuglé à l'égard de la dissimulation espagnole , qui n'a pas d'autre but que de vous endormir jusqu'à ce que le duc d'Albe soit arrivé parmi nous. 11 ne manquera pas alors d'exécuter ses instructions, et vous, mon cousin, vous serez sa première victime. Décidez-vous donc. Si vous prenez les armes, je me joins à vous ; sinon, je dois vous abandonner et quitter le pays. » Après avoir réfléchi quelque temps, comme si des doutes cruels assiégeaient son esprit, Egmont répliqua : <t Je sais que le roi n'a pas assez d'Espagnols pour en remplir tous les pays de sa domination ; c'est pourquoi il faut considérer qu'il a besoin de ses autres sujets plus encore que des Espagnols. Vous vous trompez aussi en considérant le roi comme un tyran, sans alléguer des preuves de sa cruauté ; il ne peut être assez ingrat pour payer nos services d'un tel salaire. Quant au duc d'Albe, si c'est le bon plaisir du roi qu'il devienne gouverneur de ces provinces , il faut lui obéir comme nous l'avons fait au duc de Savoie. II ne pourra changer ou altérer notre système de gouvernement plus que l'ont fait ses prédécesseurs. Enfin, si vous vous décidez à rester, je hasarderai tout mon crédit pour remettre toutes choses bien avec le roi. Et, je vous assure que si le duc d'Albe prétendait mettre la main sur vous , je ne le souffrirais point. » Il finit par déclarer résolument quïl n'abandonnerait point le souverain , et que, quant au prince, s'il ne voulait suivre son exemple en restant dans le pays, il aurait à regretter la ruine de sa maison. Guillaume repartit : <t J'ai vécu trop longtemps dans la chambre de l'empereur (Charles-Quint) et je connais trop bien l'humeur du roi, ainsi que le gouvernement des Espagnols, pour me persuader qu'ils pardon-
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lieront à des personnes comme nous, après que nous nous sommes si fort avancés contre eux. Avez-vous donc oublié ce qu(î le ducd'Albe avait coutume de dire à feu l'empereur : Hombrea muertosno haz en guerra (les morts ne font pas la guerre)? Pour ces raisons et pour plusieurs autres, adieu. Je ne veux pas attendre leur justice ni me fier à leur clémence. Quant à la perte
de mes biens, ce n'est pas de cela que je dois m'inquiéter
Comte, poursuivit-il d'une voix émue, votre confiance vous perdra ! Vous serez le pont sur lequel les Espagnols passeront pour entrer dans les Pays-Bas , et quand ils seront entrés , ils rompront et détruiront le pont! )> En prononçant ces dernières paroles, le prince, comme s'il eût cru voir Egmont pour la dernière fois, l'embrassa étroitement, et ils se séparèrent en versant des larmes de part et d'autre '. Et, en efTet, ils ne devaient plus jamais se retrouver : l'échafaud attendait le vainqueur de Gravelines; une destinée glorieuse, mais également tragique, était réservée à l'immortel fondateur de la république des Provinces- Unies.
De retour à Anvers, le prince dOrange adressa à la gouver-
' Il n'existe sur cette dernière conférence du prince d'Orange et du comte d'Egmont aucun document officiel. Nous avons fait usage non-seulolement des renseignements sommaires conservés par Strada et Van Meteren, mais encore et principalement d'une notice plus étendue et moins connue insérée dans The Somer's collection of tuacts, vol. l^' (pp. 333-336), sous le titre de : The actions ofthe loioe countries, written by sir Roger Williams. Ce soldat de fortune rapporte à l'appui de son récit le témoignage du prince ; il déclare avoir entendu Guillaume de Nassau lui-même raconter sa conversation avec Egmont, « whose loords llieanlthe prince himselfe report as followeth.f Van Meteren ajoute un autre détail d'un caractère assez étrange : « Ceux de la nouvelle religion, pour savoir la résolution des seigneurs, ce qui leur importoil grandement, avoient engagé un certain personnage à se cacher dans la cheminée de la chambre à cette fin de pouvoir ouïr tout. » Histoire des Pais-Bas, fol. 47 v".
nante et au roi des lettres où il justifiait sa détermination, tout on protestant qu'il demeurerait perpétuellement très-humble serviteur de Son Altesse et fidèle vassal et sujet de Sa Majesté. Mais la régente ne se contenta point de ces protestations : elle exigea , - vainement, il est vrai , — que le prince trouvât le moyen de faire sortir Bréderode d'Amsterdam, principale ville de son gouvernement. Anne de Saxe avait déjà renvoyé le peu de femmes catholiques qui étaient à son service. De .son côté, le prince réclama Marie de Nassau, sa fille, qui était à la cour de la gou\ernante comme demoiselle d'honneur-, mais il laissait à l'université de Louvain son fils aine, Philippe Guillaume '. Le Il avril, il partit pour son château de Breda. Il était accompagné de six ministres de la nouvelle religion et d'un grand nombre de gentilshommes ou habitants, qui avaient voulu suivre sa fortune \
' Marie de Nassau et Philippe Guillaume étaient issus du premier mariage du prince d'Orange avec Anne d'Egmont-Buren.
^ Un des premiers soins du prince d'Orange fut d'écrire au marquis de Berghes une longue lettre où il expliquait sa conduite et justifiait la détermination qu'il avait prise Soupçonnant que ses communications étaient interceptées à Madrid, il s'exprimait à dessein avec une extrême franchise et une grande énergie. « Voyant, disait-il, de quel pied on marche en mon endroit, et la façon avec laquelle on travaille à provoquer l'entière ruine de ce pays, ce qui me touche plus que mon bien particulier, je n'ai voulu différer plus longtemps de vous faire connaître ma résolution : car il ne m'est pas possible d'assister à la ruine de ce pays, encore moins de donner des avis ou conseils ou de prêter assistance en des choses que je sais être notre perte. Tels sont les motifs qui m'engagent à me retirer pour quelque temps. Ce que je puis faire avec d'autant plus de liberté que Sa Majesté a ordonné d'une manière absolue que tous ceux qui ne voudraient prêter le nouveau serment seraient démissionnes de leurs états et charges. Or, je ne puis aucunement prêter le nouveau serment, pour plusieurs raisons pressantes, desquelles je vous ai exposé une partie avant votre départ pour l'Espagne, même en présence des autres seigneurs en plein conseil. Et sans leurs