‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 63 sur 159 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

par mauvais vouloir, mais dans un moment de passion et de mécontentement. La régente, assez surprise de ce revirement , dissimula toutefois ses pensées; elle se borna à répondre qu'il n'avait qu'à revenir au conseil et à continuer ses services '.

La soumission d'Anvers coïncidait avec celle de Maestriclit et de Bois-le-Duc. Le 13 avril, Noircarmes, malgré les supplications des habitants et les instances de l'évêque de Liège, était entré dans Maestricht à la tète de six compagnies du régiment de fantassins wallons de Gilles de Berlaymont, S'' de Hierges. Il enleva à la ville son artillerie, désarma les habitants et fit pendre sur le marché l'auteur de la rébellion ^ Philippe d Everstein, colonel d'un régiment de « hauts Allemands » fut chargé du commandement de la ville. Quant à Noircarmes, dès le 18, il s'était dirigé avec la plus grande partie de ses forces vers Turnhoul, d'oii il pouvait menacer à la fois Anvers et Bois-le-Duc. Mais cette dernière ville venait également de se soumettre sans coup férir. Bomberghen, voyant le découragement des habitants, les avait abandonnés; le chancelier de Brabantet le S"" de Mérode avaient été relâchés ; enfin cette commune, naguère si fière, s'était rendue sans aucune condition, et elle allait être occupée par quelques enseignes du régiment dAllemands du comte de Schauembourg.

Apprenant que Noircarmes était arrivé à Turnhout , avec les troupes qui avaient réduit Valenciennes et Maestricht, le prince d'Orange conçut des craintes pour sa sûreté et résolut de poursuivre son voyage. Le 22 avril, il quitta le château de Breda et se dirigea vers Grave , avec toute sa maison. Il se retira ensuite à Clèves et enfin à Dillenbourg, dans son comté de Nassau ^.

' Lettre de la duchesse de Parme au roi , du 13 avril 1367, dans la Correspondance de Marguerite de Parme, p. 237.

* Strada, liv. VI.

^ Les états de Hollande lui avaient prêté 20,000 florins au denier ■16, .'

pour le.squels il engagea les terres qu'il avait dans rotte province. {

540 LES PAYS-BAS SOCS PHILirPF. II.

Le départ du prince d'Orange, qui coïncidait presque avec l'embarquement du duc d'Albe à Carthagène , fut le signal d'une nouvelle émigration. Plusieurs milliers de personnes de tous états, nobles , bourgeois , marchands , ouvriers , suivirent dans l'exil celui qu'ils considéraient comme le chef du parti national. Plus du tiers des habitants de Bois-Ie-Duc s'était retiré vers le pays de Clèves. Une autre multitude de Brabançons et de Wallons avaient cherché un asile à Emden. Là se réfugièrent aussi un très-grand nombre de Hollandais. Tous ces exilés conservaient leur costume national '.

Le 26 avril, au matin, Pierre Ernest de Mansfeld entra dans Anvers avec seize enseignes d'infanterie wallonne; les soldats avaient « l'arquebuse en main , la mèche sur la serpentine et la balle embouchée » comme s'ils marchaient au combat. Deux jours après, la duchesse de Parme vint elle-même reprendre possession de cette grande et importante cité. Elle était accompagnée de sa garde et d'un magnifique cortège où se faisaient remarquer des chevaliers de la Toison d'or, des gouverneurs de provinces et des conseillers d'État. Après avoir été reçue près de la porte, avec la soumission la plus profonde, et complimentée par le bourgmestre Antoine de Stralen , elle se dirigea, à travers les mousquetaires alignés dans les rues et les places, vers l'église Notre-Dame , où elle rendit à Dieu de solennelles ac-

1 On trouve des documents intéressants sur cette émigration dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. clxiii. Voir aussi Van Meterex, liv. II. — « Des nobles et autres personnes de qualité et de moyens, qui avoient assez pour vivre honnêtement au pays, devinrent, dit-il, de vrais gueux et mendiants. Car ils furent contraints d "estre étrangers, jusqu'au nombre de plusieurs milliers. Cependant, en quelques pays qu'ils venoient, ils ne changeoient point d'habillements, mais alloient habillés à leur façon, comme s'ils eussent espéré de pouvoir encore retourner à la maison... » Histoire des Pais-Bas, fol. 50 vo.

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lions de grâces. Elle vint ensuite s'établir à l'abbaye de Saint- Michel, qui était alors la résidence des souverains à Anvers '.

La défaite et la fuite de Bréderodo complétèrent le triomphe de la fille de Charles-Quint. Le chef des gueux ne s'était pas contenté de fortifier Vianen; il avait rassemblé autour de cette ville plusieurs milliers de soldats, entretenus au moyen des contributions volontaires que s'imposaient les communautés protestantes. C'était surtout d'Amsterdam , oii ses partisans étaient nombreux, que Bréderode lirait ses principales ressources ^ Il s'était d'abord proposé de surprendre Utrecht, lorsqu'il fut prévenu par le comte de Meghem qui, le dernier jour de février, entra dans celte ancienne ville épiscopale et la replaça sous la domination royale et catholique. Les étals d'Utrecht levèrent alors deux compagnies de quatre cents hommes chacune et les établirent avec mille paysans armés à Vreeswyck, vis-à-vis de Vianen, pour tenir cette ville en bride et empêcher les gueux d'étendre leurs courses et de continuer le pillage des églises et des cloîtres de la campagne. Bréderode, n'ayant pu s'emparer d'Utrecht, essaya de se rendrez maître d'Amsterdam. La plus grande méfiance régnait dans celte ville entre les catholiques et les réformés ; elle s'accrut encore par suite des avertissements venus de Vianen et adressés aux calvinistes. Informés que les chefs catholiques de la commune faisaient armer quatre à cinq cents hommes, les protestants envoyèrent, le 24 février, une députalion auprès du bourgmestre Joost Buyk , et celui-ci fut obligé d'avouer qu'il agissait par l'ordre de la duchesse de Parme. Cette déclaration , notifiée à la foule qui

' Strada, liv. VI; — Van Meteren, liv. II; — Annales Antverpienses,

t. m, pp. lio-iai.

2 Uu seul particulier, Florent de Roodenburg lui avait prêié, dit-on, jusqu'à 7,400 florins ; mais, en 1568, redoutant les veugeances des Espagnols, il avala le reçu de Bréderode. Toutefois, on verra plus loin que cet empressement n'était ni général ni persistant.

Stationnait devant la maison, fut accueillie parle cri de : «Vivent les gueux ! » Les calvinistes prirent les armes et s'emparèrent de la porte des Réguliers et du Pont-Neuf; de leur côté, les soldats de la commune gardaient l'hôtel de ville. Les religionnaires firent d'ailleurs publier que leur dessein n'était point de piller les églises, les cloîtres et les maisons bourgeoises , mais seulement de maintenir l'accord conclu avec le prince d'Orange et de garantir la sûreté de la commune. Tous attestèrent la sincérité de cette déclaration en levant la main. Le jour suivant, l'effervescence augmenta. Les bourgmestres, après avoir convoqué les catholiques sur le marché , allaient sans doute obliger à la retraite leurs antagonistes harassés lorsqu'un nouveau message arriva de Vianen. On proclama que le prince d'Orange faisait dire à Bréderode que les armements secrets des bourgmestres avaient pour but d'opprimer la commune et d'ou^Tir les portes d'Amsterdam au comte de Meghem, qui viendrait y mettre garnison et couper la tête à cent ou deux cents bourgeois. Cette nouvelle foudroyante mit le comble à l'irritation des réformés. Plus de neuf mille furent bientôt rassemblés au son du tambour. Comme la plupart des familles étaient partagées entre les deux cultes, des frères , des parents, des amis prenaient les armes les uns contre les autres, et on pouvait redouter une lutte fratricide dans les rues. Les magistrats, qui n'avaient pas plus de deux mille hommes sous leurs ordres, s'efforcèrent de persuader aux calvinistes' que leur soulèvement était l'effet d'un malentendu. Us n'avaient, disaient-ils, aucun mauvais dessein ; et, en même temps, ils envoyaient des catholiques vers la porte des Réguliers pour tâcher de recouvrer ce poste important. Les calvinistes les repoussèrent et , pour prévenir de nouvelles tentatives, marchèrent résolument sur l'hôtel de ville. Amsterdam allait sans doute tomber au pouvoir des réformés lorsque les plus modérés de ceux-ci, ^ oulant encore empêcher l'eifusion du sang, engagèrent

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eux-mêmes les magistrats à transiger. Les chefs de la commune cédèrent prudemment. Une iiroclamation annonça la conclusion d'un traité qui suspendait la levée des troupes et prescrivait qu'aucune innovation ne serait introduite dans le régime intérieur de la ville, jusqu'à décision ultérieure de la duchesse de Parme et du |)rince d'Orange. Sur ces entrefaites on apprit que, le 27 février, Bi'éderode lui-même s'était introduit clandestinement dans la ville. Les jours suivants, il y fut suivi par un assez grand nombre de gentilshommes de Frise et d'Utrecht , tiavestis en marchands, en matelots et en paysans. La présence imprévue de Bréderode et de ses afhdés consterna les magistrats et irrita au plus haut point la duchesse de Parme. Elle enjoignit à Jacques de la Torre, secrétaire du conseil privé, qui se trouvait à Utrecht, de se rendre à Amsterdam, et après s'être concerté avec le magistrat de cette ville, d'intimer à Bréderode l'ordre d'en sortir dans les vingt-quatre heures. La Torre arriva à Amsterdam le 11 mars. Le surlendemain, après une vaine démarche des magistrats, il se rendit lui-même, accompagné de deux échevins, à l'hôtellerie où Bréderode était descendu, et là, en présence de sept ou huit gentilshommes, il signifia à leur chef les ordres de la régente. Bréderode, ne se contenant plus, se plaignit des procédés dont on usait à son égard et, tout en continuant de jjrotester de sa fidélité au roi, refusa d'obtempérer à la sommation qui lui était faite, sous prétexte que le député de la régente refusait de lui exhiber sa commission '. Les calvinistes, craignant qu'on n'employât la force contre Bréderode, chargèrent cent d'entre eux de veiller la nuit suivante devant son hôtellerie.

' Il avait été convenu avec le magistrat que l'original des instructions de J. de la Torre ne serait pas communiqué à Biéderode, parce qu'elles recommandaient de recourir au comle de Meghem. La divulgation de cet article aurait pu avoir les plus graves conséquences.

Un acte tout à fait révolutionnaire mit fin à cette situation embarrassante : le 17 mars, dans l'après-midi, quelques gentilshommes attachés à Bréderode entourèrent Jacques de la Torre sur le Dam et le ramenèrent à son hôtellerie, où il fut constitué prisonnier et dépouillé de ses papiers les plus importants. Il resta captif un jour entier, souvent exposé à des menaces de mort, et ne parvint à s'échapper que par la connivence du magistrat. Les calvinistes les plus exaltés ne dissimulaient plus alors leurs projets : ils publiaient fièrement que Bréderode ne tarderait point à être comte de Hollande. Ils obligèrent le magistrat à soudoyer quatre cents hommes pour la défense de la ville, et exigèrent que Bréderode, révoqué par la régente de sa qualité de capitaine d'une des bandes d'ordonnances, fût nommé chef et colonel de tous les gens de guerre d'Amsterdam. Le prince d'Orange, appelé à ratifier ces mesures, consentit à la levée des troupes : mais, quant à la nomination de Bréderode, il déclara qu'il s'en expliquerait avec lui. Il lui envoya effectivement un de ses gentilshommes, avec des instructions secrètes. Quelque vives que fussent d'ailleurs les instances de la duchesse de Parme pour qu'il fit sortir Bréderode d'Amsterdam, Guillaume n'en tint pas compte, ou du moins il temporisa de manière à laisser ces ordres sans exécution. Bréderode cherchait aussi à gagner du temps en entamant des négociations avec la régente. Il avait même employé l'intervention du comte d'Egmont et d'autres seigneurs afin d'obtenir un accommodement que Marguerite était disposée à conclure, pour éviter les dépenses et les embarras d'une expédition contre Amsterdam. Bréderode aurait obtenu la faculté de quitter librement le pays et de jouir à l'étranger du revenu de ses biens. Mais, sur ces entrefaites, arrivèrent des orflres du roi qui défendaient tout traité ou accommodement. La pri.se de Valenciennes, la soumission d'Anvers , de Maestricht et de Bois-le- Duc, le dé[)art du prince d'Orange vinrent aussi changer en-

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tièrement la face des choses. Bréderode ne pouvait espérer de suppléer Guillaume de Nassau et de résister seul aux forces royales et catholiques. Le plus grand abattement commença à régner dans Amsterdam. Les calvinistes décrétèrent un jour de jeûne et de prières, puis négocièrent leur retraite avec le magistrat. Il fut convenu que, avant d'introduire une garnison dans la ville, on laisserait aux protestants le temps nécessaire pour vendre leurs biens et se mettre en sûreté hors du pays. Le même jour, le magistrat apprit que Bréderode se montrait également disposé à quitter la ville, si on lui avançait une certaine somme dont il avait besoin. Huit mille florins lui furent presque aussitôt comptés par deux notables, qui servaient d'intermédiaire au magistrat '. Le lendemain, 27 avril, à onze heures du soir, il s'embarqua avec sa femme, Amélie de Nuenar, et un certain nombre de gentilshommes, qui le suivirent sur deux autres bateaux. Cette flottille se dirigea vers Emden, d'où Bréderode se proposait de gagner Gehmen, au pays de Clèves '.

' Hooft raconte que peu de temps avant le départ de Bréderode, des amis de la liberté, joints à des calvinistes, s'étaient engagés sur l'honneur à prélever le centième de leurs biens pour acquitter une somme de 1 1 ,000 florins dépensés par Bréderode en voyages, armements, etc. A cet effet, il fut décidé que les offrandes seraient reçues dans une espèce de tire-lire à trois serrures. Mais beaucoup oublièrent leur honneur et leur serment. Quand la caisse fut ouverte, on n'y trouva pas plus de 700 florins, qui furent donnés à l'hôtesse de Bréderode eii déduction des dépenses faites par ce seigneur.— Le zèle des riches surtout s'était beaucoup attiédi. 11 résulte des relations officielles de J. de la Torre que peu de riches fréquentaient Bréderode, de peur qu'il ne leur demandât de l'argent. 11 faisait sa compagnie habituelle, selon la Torre, de gens débauchés ou de mince valeur et les accompagnait dans les jardins où ils se réunissaient pour tirer à l'arc ou à l'arquebuse ; il prenait part à leurs amusements et buvait avec eux au cri de : Vivent les gueux!

^ P. G. Hooft, Nederlandscke historien (édition de 16i2, in-fol.), pp. '123

Le lendemain, une tentative fat faite contre Amsterdam par les troupes que le chef des gueux avait rassemblées. Des détachements, conduits par Thierry et Gysbert de Batenbourg, se présentèrent tambour battant aux portes de la ville. Mais aussitôt la bourgeoisie prit les armes , et les protestants, tenant la parole qu'ils avaient donnée, se joignirent aux catholiques pour empêcher les soldats de leur parti de pénétrer dans Amsterdam. Voyant qu'ils n'étaient plus soutenus et craignant d'être assaillis par les troupes du comte de Meghem , qui les serrait de près, ils se hâtèrent de passer l'Y, échappèrent à la poursuite des royalistes, franchirent la Veluwe et la Betuwe et parvinrent enfin au delà du Rhin, où ils déchirèrent leurs drapeaux et se dispersèrent. Leurs chefs, cependant, furent moins heureux. Ceux-ci, avec une centaine de leurs compagnons, avaient quitté leurs gens dans le Waaterlandt et se proposaient de gagner la Frise en passant le Zuyderzée sur un navire chargé des dépouilles des églises et des monastères. Mais ils furent trahis par leur pilote, accostés par un vaisseau royahste et obligés de se rendre à Ernst Mulart, un des lieutenants du comte d'Arenberg. Parmi les prisonniers se trouvaient les deux frères de Batenbourg, Pierre d'Andelot , Wingle et Maximilien de Blois , ainsi que trois nobles Frisons, Suert Beyma, Herman Galasma et Guillaume de Bouwerna. Ces huit gentilshommes, après avoir été dabord enfermés dans la forteresse de Harlingen , furent transférés au château de Vilvorde pour y être, avant leur condamnation, interrogés sur les menées des confédérés. Leurs compagnons fu-

et suiv.; — Bon, t. I*"', fol. 119; — Van Metëken, liv. II ; — Archives de (a maison d'Orange- Nassau, t. III, p. 61. — Les lettres de J. de la Torrc sur son séjour a Amsterdam sout insérées dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. lï, pp. 439 et suiv.

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rent mis à mort, en divers lieux, par le commandant de la régente '.

Le comte de Meghem n'avait laissé à Vreeswyck que des paysans armés et une compagnie des états d'Utrecht , sous la conduite d'Etienne de Witt. Trois compagnies formaient encore la garnison de Vianen ; elles entreprirent de passer la Leck, de s'emparer du fort de Vreeswyck et de faire ainsi une diversion avantageuse à leurs partisans. Cette sortie, qui devait s'exécuter le 2 mai. fut confiée aux capitaines Albert Uchtenbroeck, Nicolas de Nivelt et Jean de Renesse. Mais Etienne de Witt, instruit de leur dessein, repoussa vigoureusement les assaillants : les uns demeurèrent sur la place, les autres furent faits prisonniers. Parmi ces derniers était Jean de Renesse : il fut conduit au château de Vredembourg et décapité l'année suivante. Le 5 mai, le duc Eric de Brunswick entra lui-même dans Vianen dont il renversa les remparts et qu'il traita comme place conquise ^

Les protestants d'Amsterdam s'embarquaient alors en foule pour rejoindre Bréderode à Emden. Les plus fermes courages n'avaient pu résister à la nouvelle que Noircarmes s'avançait avec ses bandes. Par l'entremise du bourgmestre Joost Buyck, qui s'était rendu à Bruxelles, le magistrat se hâta de traiter avec la cour et obtint les conditions accordées à Anvers. Le 9 mai, des soldats de l'armée de Noircarmes entrèrent dans Amsterdam vaincue. La soumission des dix-sept provinces fut complète lorsque Groningue eut également consenti, le 6 juin, à recevoir dans ses murs les troupes royales et catholiques. Le lendemain Maximilien de Hennin, comte de Boussu, qui avait d'abord été

1 Van Meïeren, liv. II ; — Correspondance de Philippe II, 1. 1<;>, p. 533; — llooFT, p. 136.

^ Van MeterkiN, liv. II; — Van Loon, I. I^r, pp. l>o-96.

chargé de veiller sur Amsterdam, fut nommé gouverneur provisoire de la Hollande '.

Un succès éclatant avait couronné les efforts de la duchesse de Parme. Par la ruse la plus raffinée, jointe à une incontestable énergie, elle avait désuni et vaincu des adversaires nombreux et redoutables. Peines, travaux, difficultés de toute nature, rien ne l'avait rebutée. Tout le monde lui demandait assistance, et personne ne se contentait de ce qu'elle pouvait lui donner. Les lenteurs extrêmes et les longues irrésolutions de Philippe II augmentaient ses perplexités : au mois de mars, elle se plaignait d'être, depuis cinquante-sept jours, sans lettres du roi '. Résolue cependant à ne point laisser à d'autres le soin de restaurer l'autorité du souverain, elle ne cessait de montrer, au milieu de tant de complications et de dangers, une activité et une persévérance rares. Elle se levait avant le jour, et, le plus souvent, tenait conseil le matin et le soir ; tout le reste delà journée et une partie de la nuit, elle les consacrait à donner des audiences, à lire les lettres et les avis qui arrivaient de toutes parts et à déterminer les réponses à y faire ^. L'annonce officielle de l'arrivée du duc d'Albe ne pouvait lui être agréable, soit qu'elle vit un compétiteur dans le dur capitaine, soit que, s'identifiant avec le pays oii elle avait vu le jour, elle redoutât les conséquences d'une politique exclusivement inspirée par le ressentiment des Espagnols 4.

1 BoR, t. I", fol. -103 vo; — HooFT, pp. '137-438.

* Elle envoya successivement en Espagne deux de ses officiers, Alonzo Lopez Gallo et Gaspard de Robles, S^ de Billy, pour éclairer le roi sur la situation des Pays-Bas, l'entretenir de ses affaires personnelles et presser ses résolutions.

' Correspondance de Philippe II, t. h", pp. 469 et 321.

* Le \" février, Marguerite, accusant la réception de la dépêche du 30 décembre [ooir ci-dessus, p. 263), ne louait ni ne blâmait la résolution prise par Philippe II d'envoyer en avant le duc d'Albe; mais elle laissait

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