‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 64 sur 159 · LIVRE xiM (15G · texte numérisé non relu

LIVRE xiM (15G

Après la soumission de Valenciennes et le départ du prince d'Orange, elle chercha, du reste, à persuader h Philippe H qu'elle n'avait plus besoin d'aide pour relever son autorité dans les Pays-Bas.

Elle lui écrivit, le 12 avril, qu'il ne serait pas nécessaire d'employer les grandes forces étrangères qu'il avait fait rassembler, et que, la guerre civile cessant, il pourrait éviter les dépenses excessives de ces armements. Pour rétablir la prédominance absolue de la religion catholique et assurer, plus encore que par le passé, la soumission du pays, des forces médiocres, disait-elle, conviendraient mieux que l'appareil d'une extrême puissance. Elle représentait aussi qu'il n'y avait pas de meilleure victoire ni de plus grande conquête dans une guerre civile qu'une fin très-prompte et sans effusion de sang. Vouloir introduire dans ces provinces une grande multitude de gens de guerre de toute nation, ce serait, ajoutait-elle, leur imposer une charge intolérable et pousser les bons citoyens au désespoir, car ils craindraient de souffrir avec les mauvais des excès que des mains étrangères apportent communément dans ce pays ; enfin, ce serait déterminer de nouveaux tumultes en provoquant une irritation générale. Mieux valait donc prendre le chemin de la douceur pour achever la pacification et fortifier Je dévouement que les bons citoyens, en majorité, avaient témoigné pour le service du souverain '.

Malheureusement la duchesse de Parme n'avait pas le pouvoir de pratiquer ces sages et nobles conseils. Les instructions du roi

toutefois deviner ses préoccupations lorsqu'elle ajoutait qu'elle était bien assurée que le roi ne voudrait pas lui enlever le pouvoir qu'elle exerçait, pour le donner à d'autres, « puisque cela ne seroit pas juste et que cela auroit d'ailleurs de fâcheuses conséquences pour son service... « Correspondance de Philippe II, t. !««•, p. 807.

' Dontments historiques, t. XII (Archives du royaume).

ne lui permettaient point la clémence. Elle pouvait punir ; mais elle ne pouvait ni pardonner ni transiger. Une telle restriction lui était extrêmement pénible. Le 3 mai, dans une dépêche plus confidentielle, elle se plaignit vivement à Philippe II qu'il lui eût lié les mains en ne voulant point que, sans son ordre, elle pût pardonner ni transiger sur aucunes choses. Elle en était plus peinée encore, disait-elle, à cause du préjudice qu'en recevait le service du monarque qu'à raison du tort et de l'indignité même qui en résultaient pour elle, eu égard à la place qu'elle occupait et au dévouement qu'elle avait pour le roi '. Marguerite ne s'était d'ailleurs pas bornée à de vaines réclamations-, dès lors, elle voulait mettre le roi en demeure d'opter entre elle et le duc d'Albe. Le 1 1 avril, jour même où le prince d'Orange quittait Anvers, elle demandait avec instance à Philippe II qu'il la déchargeât du gouvernement. Elle lui faisait observer qu'elle n'était venue que pour deux ans dans les Pays-Bas, et que cependant elle entrait dans la huitième année d'une administration extrêmement laborieuse. Mais elle ne cachait point le motif réel de sa détermination : l'autorité, qu'elle avait sauvée, elle ne voulait point la partager avec le duc d'Albe \

1 Correspondance de Philippe II, t. I*-'-, p. 532.

^ « Votre Majesté, disait-elle, a peu de souci, non-seulement de ma « satisfaction et consolation , mais encore de ma réputation propre à la- « quelle, tenant ici le lieu que je tiens (sans parler d'autres motifs), je dois » attacher beaucoup d'importance. Par les restrictions extraordinaires que " Votre Majesté a mises à mon autorité, elle m'a enlevé tout pouvoir et " m'a privée des moyens d'achever l'entier rétablissement des affaires de » ce pays : à présent qu'elle voit ces affaires en un bon état, elle en veut « donner l'honneur à d'autres, tandis que moi seule j'ai eu les fatigues et « tes dangers. J'ai donc pris la résolution, avant de consumer ici ce qui » me reste d'existence, comme j'y ai perdu la santé, de me retirer, pour <> mener une vie plus tranquille, au service de Dieu, bien que je ne puisse » le faire avec mon mari, à cause de la mauvaise intelligence qui règne

MVRE XIII (1567). 551

Les mesures les plus rigoureuses furent décrétées contre les dissidents. On ne se borna point à défendre dans toutes les provinces l'exercice de la religion nouvelle ', les protestants n'eurent plus d'autre alternative que l'exil ou la mort. Mais la voix des proscrits ne pouvait être entièrement étouffée. Ils protestèrent avec énergie contre la persécution dont ils étaient l'objet. Ils déclarèrent solennellement qu'ils n'avaient jamais pensé et ne pensaient point à se révolter contre leur roi et prince naturel, qu'ils voulaient au contraire lui être toujours fidèles ; qu'ils le priaient seulement de leur octroyer l'exercice de leur religion, sans laquelle ils ne croyaient pouvoir être sauvés, et, pour obtenir ce bien suprême, ils invoquaient l'intercession de tous autres rois, princes et peuples étrangers =.

» entre nous, comme Votre Majesté le sait, laquelle a procédé uniquement « de ce que j"ai voulu, par-dessus toutes choses, servir et contenter Votre « Majesté. » Correspondance de Philippe 11, t. I", pp. 523-524.

' Van JIeteuen, fol. 49 v».

' Laissons les réformés s'exprimer eux-mêmes dans leur langage énergique : « ... Nous protestons devant Dieu et devant le roy : voire et devant « tous roys, princes et peuples estrangers, et finalement devant tous hom- « mes du monde, que nous ne pensons et n'avons oncques pensé, à nous « rebeller ou mutiner contre nostre roy et prince naturel. Ains au contraire, » nous voulons et prétendons luy estre à jamais très-humbles et très- V obéissants subjets et serviteurs. Seulement nous le supplions par les « entrailles de la miséricorde de Dieu, par sa clémence et sa douceur « infinie, laquelle il nous a tousjours monstrée, comme nous espérons « encore qu'il nousmonstrera, par tous les bons devoirs d'obéissance, que « nous ou nos ancestres avons oncques faicts à Sa Majesté ou à ses prédé- « cesseurs. Et quant et quant prions tous roys, princes et peuples estran- « gers, de vouloir intercéder pour nous vers Sa Majesté, qu'il luy plaise « novs octroyer l'exercice libre de nostre religion, sans lequel nous ne pen- « sons pouvoir estre sauvez, ni comparoître devant le tribunal de Dieu... « El nous promettons de nostre costé, prenant à ce Dieu en lesmoin sur « nos consciences, de luy rendre toute obéissance et fidélité, et dédier et

352 I.ES PAYS-BAS sors PHILIPPE II.

Mais cette tardive apologie ne pouvait avoir aucun résultat. Plus vaine encore et pins stérile fut l'intervention également tardive des princes protestants de la haute Allemagne en faveur des adhérents de la confession d'Augsbourg dans les Pays-Bas. Les électeurs de Saxe et de Brandebourg, les marquis Georges Frédéric de Brandebourg et Charles de Bade, le duc de Wurtemberg et le landgrave de Hesse, se rendant aux sollicitations de Louis de Nassau, s'étaient enfin décidés à envoyer des ambassadeurs à la cour de Bruxelles. Le moment était bien mal choisi ; et une telle démarche, dans les circonstances où elle s'effectuait, ne pouvait qu'augmenter encore la fierté de la duchesse de Parme. Apprenant l'arrivée des ambassadeurs, elle avait envoyé au-devant d'eux Scharenberger, secrétaire d'État pour les affaires d'Allemagne. Il devait les prier de ne pas pousser jusqu'à Anvers, mais d'exposer à lui-même le sujet de leur ambassade. Cependant, sur les réclamations des envoyés, on leur permit enfin de se rendre près de la gouvernante. Le 19 mai, ils arrivèrent à Anvers, où les chefs de la commune avaient fait disposer une excellente hôtellerie pour les recevoir. Toutes leurs démarches furent d'ailleurs surveillées, et le comte Pierre Ernest de Mansfeld, nouveau gouverneur de la ville, les engagea impérativement à n'avoir aucune communication avec les bourgeois et les habitants. Le 20, ils furent reçus par la régente, qui avait à ses côtés le duc d'Arschot, les comtes d'Egmont et de Mansfeld, le président Viglius, le baron de Berlaymont, le conseiller Philibert de Bruxelles, et le secrétaire Scharenberger. L'un des députés lut en allemand une longue requête par laquelle les princes protestants demandaient que la confession d'Augsbourg

« consacrer nos corps et nos biens à son très-humble service... « Vraye narration cl apologie des choses passées aux Pays-Ras, touchant le fait de la religion, etc., pp. ISO-HO.

Page 1