‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 65 sur 159 · LIVRE xm (15C · texte numérisé non relu

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fût librement reçue dans la basse Allemagne ou du moins que l'on n'y persécutât point ceux qui la professaient. Marguerite, qui avait eu beaucoup de peine à réprimer son impatience pendiint la lecture de cette représentation, fit retirer les ambassadeurs pour délibérer sur leur demande. Elle était d'avis de les renvoyer sans leur donner aucune réponse ; mais , après d(^ mûres réflexions, elle consentit à leur faire remettre par Scharenberger une note oli perçait aussi son indignation. Elle s'étonnait, disaitelle, de l'écrit qu'ils lui avaient présenté, de la part de leurs patrons et seigneurs Ceux-ci n'avaient pas été bien informés de ce qui s'était passé aux Pays-Bas ; ils avaient donné créance aux inventions des rebelles et perturbateurs de la paix publique. En procédant contre ces séditieux, le roi et elle-même avaient rempli leur devoir, et aucun des princes qui lui avaient fait présenter ces remontrances inutiles n'aurait souffert dans ses Etats tant d'insolence et une rébellion aussi ouverte. Les ambassadeurs répondirent que leurs maîtres ne prenaient point sous leur protection des rebelles déclarés , des desfructeui'S d'églises et de couvents; ils avaient été envoyés , disaient-ils , pour intercéder en faveur de l'innocence de ceux qui pratiquaient paisiblement la confession d'Augsbourg et gardaient à leur prince la fidélité qu'ils lui devaient. Marguerite s'étant référée à sa première réponse, les députés ne dissimulèrent point leur mécontentement, à l'exception toutefois de l'ambassadeur de Saxe. Ce dernier avait dit en secret à la régente que l'électeur, son maître, l'avait envoyé, à la sollicitation des autres, et qu'au reste il était ami de la maison d'Autriche. En effet, l'électeur avait écrit, le 29 mars, à l'empereur Maximilien II , que , en intercédant pour les Pays- Bas , il ne prétendait nullement encourager la révolte. Les députés allemands s'intéressaient vivement au sort de quelques gentilshommes, qui étaient tombés au pouvoir des royalistes. En sortant de l'audience de la duchesse de Parme, ils avaient 11. 23

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supplié Egmont et Mansfeld d'employer leur influence en faveui des barons de Batenbourg, qui avaient été pris sur le Zuyderzée. Mais les grands seigneurs qui entouraient la régente montraient alors une déplorable pusillanimité. Le comte de Kunigstein, ambassadeur de Maximilien H, donnant un souper aux députés des princes allemands, avait cru devoir inviter Egmont , Mansfeld , Berlaymont et l'archevêque de Cambrai , que la gouvernante venait d'appeler à Anvers pour purifier les églises. Aucun cependant n'osa venir chez l'ambassadeur impérial , de peur d'y rencontrer les députés des princes protestants. Ces envoyés quittèrent Anvers le 22, après avoir complètement échoué dans leur mission conciliatrice '.

Marguerite poursuivait ses efforts pour que la réaction victorieuse portât tous ses fruits. Le 24 mai , elle [lublia un édit qui contenait les dispositions pénales les plus sévères, afin d'empêcher le retour des prêches, des conventicules , le pillage des églises ou tout autre acte préjudiciable à la prédominance de la religion catholique ^ Cette ordonnance fut pourtant loin de

' Strada, lib. VI ; — Correspondance de Philippe 11, t. l^r, p. 538 : on y trouve la réponse de Marguerite aux ambassadeurs; — Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, pp. 93-97 : rapport fait par les députés des princes allemands à leurs maîtres touchant les particularités de leur séjour dans les Pays-Bas ; — Supplément aux archives, p. 89 : on y trouve la lettre de Télecteur de Saxe à l'empereur.

^ Cette ordonnance reproduisait presque toutes les dispositions des anciens édits ; mais au lieu de vouer au feu les dogmatiseurs et leurs complices et adhérents, on les menaçait du dernier supplice par la hart ou l'épée, indépendamment de la confiscation des biens. En certains cas pourtant, la peine capitale devait être suspendue jusqu'à ce qu'il y eût récidive. Quant à ceux qui avaient été ou seraient chefs des consistoires, ceux aussi qui avaient été auteurs des tumultes passés, ils devaient être punis, sans autre délai, du dernier supplice, par I epéc avec confiscation de leurs biens. 11 était encore stipulé que les bannis pour cause de religion ne seraient

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satisfaire Philippe II ; il ne voulait point que les peines plus rigoureuses comminées par les anciens placards fussent changées ou mitigées. Il exprima bientôt à la régente la peine et le mécontentement qu'il avait éprouvés de ce que l'on avait fait , disait-il, une chose si illicite, si indécente et si contraire à la religion chrétienne. Rien, en cette vie, ajoutait -il, ne saurait l'offenser et le chagriner plus qu'un outrage quelconque , fût-il le plus léger, à Dieu et à l'autorité de son Eglise catholique romaine. Il chargeait très-expressément la duchesse, si l'édit n'était pas publié, de n'y pas donner suite, et , s'il l'était , de le révoquer '.

Marguerite s'efforçait cependant d'élever son énergie au niveau de l'impitoyable rigueur du roi. Elle prescrivit au grand conseil de Malines d'exclure du bénéfice de tous privilèges les fauteurs ou complices des séditions passées et particulièrement ceux qui avaient pris part au saccagement des cloîtres et des églises ; ils devaient être jugés conformément aux placards et condamnés comme sacrilèges et coupables de lèse-majesté divine et humaine ^ En même temps . elle stimulait le zèle des magistrats et autorisait des exécutions nombreuses. Les temples de la religion nouvelle étaient abattus par les soldats, et leurs poutres transformées en gibets, auxquels on pendait d'anciens rebelles ou

plus reçus à Anvers ni en aucun autre lieu des Pays-Bas. « Quiconque, ajoutait-on , commettrait désordre ou scandale en matière de religion , injurierait de fait ou par paroles les catholiques, prêtres, religieux ou autres gens d'église, ou mettrait obstacle à l'exercice de l'ancienne religion, serait puni, si le scandale était énorme, du dernier supplice et de la confiscation de ses biens, et, s'il était moindre, de correction arbitraire, selon l'exigence des cas. »

• L'édit du 24 mai fut révoqué par un autre du 23 juillet. Voir Correspondance de Philippe II, t. I", pp. SdO-SSI,

- Ihid., t. Il, Appendice, p. f)33.

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profanateurs (les églises catholiques '. Alors périrent les chefs de la rébellion de Valenciennes. Les deux Berlin et Jean Mahieu furent décapités ; Pellegrin la Grange et Guy de Bray attachés au gibet. D'autres exécutions eurent lieu à Tournai et à Saint- Amand, où un ministre calviniste, nommé M" Philippe, fut pendu avec plusieurs de ses adhérents , après avoir eu la main coupée ^ Ces exécutions , toujours accompagnées de la confiscation des biens , étaient comme les préludes de la sanglante tyrannie du duc d'Albe. Marguerite de Parme frayait la voie à son successeur. Elle avait même songé à casser les privilèges des villes qui s'étaient signalées dans les derniers troubles , et à élever des citadelles qui garantiraient leur obéissance pour l'avenir. A Anvers , elle était parvenue à amener les choses au point que le magistrat et le peuple ne semblaient vouloir former aucune opposition à la construction d'un château fort.

Ces vues de Marguerite de Parme ne pouvaient être désapprouvées à Madrid ; de l'avis de ses principaux conseillers, Philippe II voulut que sa sœur poursuivît, autant qu'elle le pourrait, le châtiment des principales villes des Pays-Bas ^ Le 31 mai,

' Voir, sur ces exécutions, Vax Meteren, fol. 49 v". — Il faut toutefois n'accepter qu'avec réserve les chiffres indiqués par cet historien.

^ Correspondance de Philippe H, t. I", p. 547. — Le 18 mars, douze gueux, qui avaient été arrêtés à Bruxelles, furent également pendus dans le champ du Tournoi [Terneyvelt] , près du hameau nommé les Maisons neuves (commune d'Evere); parmi les suppliciés se trouvait Jean Denys, le chef des iconoclastes d'Anvers. A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. II, p. 72.

^ Le roi avait chargé le cardinal de Espinosa, président du conseil de Caslille, Ruy Gomez et le comte de Feria d'examiner s'il serait bien que les privilèges fussent dès maintenant ôtés aux villes des Pays-Bas, ou d'attendre, pour le faire, l'arrivée du duc d'Albe. Le résultat de ces conférences fut soumis au roi par Antonio Ferez, le 23 mai 1567. Les trois ministres se prononçaient contre le dernier parti, parce que déjà la duchesse de

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i! lui adressa ses instructions par Gaspard de Robles. Il avait entendu , manda-t-il à la régente , ce que cet officier lui avait dit de sa part, au sujet de la ville d'Ypres, qui s'était montrée la plus rebelle , la plus désobéissante , et dans laquelle s'était commis le plus d'insolences. Il avait réfléchi à la proposition de sa sœur, de châtier cette ville d'une manière si rigoureuse qu'elle servirait d'exemple à toutes les autres. 11 ordonnait qu'en ce qui touchait la religion et le culte divin, la régente y fit observer ce que prescrivait l'Église romaine, et ce qui s'y observait, quand on y vivait le plus catholiquement. Les églises devaient être restaurées aux frais de ceux qui les avaient endommagées , et la ville devait perdre tous ses privilèges. Au surplus, il se réservait, à son arrivée aux Pays-Bas, d'y mettre l'ordre convenable. On devait agir de même à l'égard de Valenciennes, et y construire en outre un château aux frais des habitants. Des forteresses devaient être également élevées à Flessingue , à Amsterdam et à Maeslricht, de même qu'à Anvers. Cette dernière ville serait en outre dépouillée de ses privilèges. Quant à Amsterdam, le roi à son arrivée dans les Pays-Bas, prononcerait le châtiment à lui infliger. Il n'entendait point d'ailleurs qu'il fût question d'amnistie ou de pardon général, avant son arrivée, d'autant plus, disait-il, qu'elle était si prochaine. Du reste, il fallait désarmer non-seulement les habitants de Tournai , mais encore ceux des autres villes les plus mauvaises , et surtout le peuple d'Utrecht. La duchesse apprécierait si , pour dépouiller les villes de leurs privilèges, il était nécessaire d'attendre l'arrivée du duc d'Albe ; il lui paraissait préférable qu'elle le fit au-

l'arme avait conçu beaucoup dombrage et de mécoutentemeut de l'envoi du duc d'Albe ; que cela la décréditerait trop ; que les grands services qu'elle avait rendus au pays méritaient que le roi lui fit tout l'honneur et lui doiinfit toute l'aulorilé possible. Correspondance de Pliilippc II, t. I", p. 55-0.

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paravant, si elle le pouvait '. Gaspard de Robles apportait aussi une lettre autographe , par laquelle Philippe II cherchait à rassurer sa sœur et ù lui faire retirer l'offre de sa démission. Il avait vu avec beaucoup do peine, disait-il, le mécontentement qu'elle lui témoignait. Il s'étonnait qu'elle eût pu lui écrire avec tant de passion et d'une manière si résolue. Il ne comprenait pas qu'elle songeât à se démettre du gouvernement, dans la situation où étaient les affaires. N'espérât-elle de retirer, de toutes les peines qu'elle s'était données, d'autre récompense que la gloire d'avoir rétabli, dans leur état ancien, la religion et le service de Dieu, elle devrait encore être obligée au loi de ce qu'il lui en avait fourni l'occasion : mais elle devait bien croire aussi que lui, qui l'aimait comme sa sœur, n'oublierait pas ses intérêts, et que, plus il différerait de lui donner ù cet égard des preuves de son attachement et de son estime, plus la démonstration qu'il en ferait serait signalée. Il la priait donc de se persuader que non-seulement il était bien éloigné de lui rien ôter de son pouvoir, mais qu'il voulait, au contraire, lui en donner un plus grand que jamais, et ne pas souffrir que personne allât lui enlever le fruit de ses travaux. S'il n'avait pas encore pris de résolution sur les affaires particulières de la duchesse, c'était parce qu'il désirait adopter un parti qui convint ù tous deux -. il était bien certain que, lorsqu'ils se verraient (ce qui, moyennant la grâce de Dieu, ne tarderait pas), elle serait satisfaite de la volonté qu'il avait réellement de lui com[)laire et se convaincrait du peu de raison qu'elle avait de se plaindre de lui ».

Les lettres royales furent remises à la duchesse de Parme le 20 juin. Elles eurent seulement pour effet de lui faire différer son départ, mais elles ne dissipèrent point ses méfiances. Elle

» Correspondance de Philippe II, t. l", pp. oil-o4^2. * Ibid., t. I", p. 540.

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prendrait patience, répondit-elle, le 12 juillet, jusqu'à la venue du roi, et elle avait envoyé leconile doMeghem en Zélande pour l'y attendre. Si elle n'avait reçu du monarque lui-môme l'assurance que sa venue était prochaine, elle quitterait les Pays-Bas aussitôt après l'arrivée du duc d'Albe : mais le désir de baiser les mains au roi, et de lui exposer de bouche bien des choses qu'elle n'avait pu lui écrire, l'avaient déterminée à différer son départ. Elle déclarait toutefois qu'elle prenait ses dispositions pour partir, de toute manière, dans le courant d'octobre, afin de n'être pas surprise par l'hiver. Quant au nouveau programme que Philippe II lui avait prescrit, elle ne dissimulait point qu'on rencontrerait de grands et peut-être d'invincibles obstacles : casser les privilèges, faire remplir les charges de magistrature par des officiers du roi, construire des châteaux, confisquer les biens, lever les impôts sans le consentement des états, ne pardonner à aucun de ceux qui avaient fait mal, licencier en même temps les troupes qu'elle avait levées, tous ces points lui paraissaient d'une exécution extrêmement difficile '. C'était, en effet, ordonner le bouleversement des Pays-Bas.

Les dernières dépêches du roi et de la régente des Pays-Bas attestaient une froideur croissante, bien que Philippe II sût mieux dissimuler ses sentiments véritables. La fierté de Marguerite avait été vivement froissée. Forte des services qu'elle venait de rendre, elle aurait désiré que le monarque reconnaissant eût assez de confiance en elle pour lui laisser la plénitude du pouvoir jusqu'à l'entière pacification du pays. Mais le contraire avait eu lieu : des instructions inflexibles avaient amomdri son-autorité, en même temps que toute son influence était compromise par l'envoi du duc d'vMbe , décidé à Madrid, sans qu'elle eût même été consultée. Marguerite exprimait réellement

' C'urresiiondance <k Philippe II, t. !'•'■, p. -5.56.

sa pensée, on peut le croire, lorsqu'elle déclarait au roi qu'elle avait différé son départ sur l'assurance formelle et réitérée qu'il arriverait bientôt lui-même. Et comment aurait-elle pu douter de la sincérité de Philippe II ? Les promesses qu'il lui faisait à cet égard étaient, pour ainsi dire, incessantes. Le 29 juin, renvoyant à la duchesse Alonzo Lopez Gallo, il lui écrivait de nouveau quil s'apprêtait à partir pour les Pays-Bas, et, comme il n'y avait rien dans cette vie qu'il désirât autant que de s'y trouver, il s'était résolu, se confiant aux mesures prises par sa sœur pour la sûreté de son débarquement en Zélande, à y aller par la mer océane \ Lorsque cette lettre parvint à Marguerite, le duc d'Albe seul avait franchi les frontières des Pays-Bas avec les bandes espagnoles, et Philippe II, renfermé dans l'Escurial, laissait à la discrétion de son impitoyable lieutenant ces belles et malheureuses provinces.

' Correspondance (le Philippe H, t. I^'", p. 530.

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