‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 67 sur 159 · LIVRE XIV (1567). 50I · texte numérisé non relu

LIVRE XIV (1567). 50I

grande rigueur à leur égard, qu'il s'était toujours signalé par une antipathie profonde contre le peuple et une haine mortelle contre la noblesse des Pays-Bas. Le cardinal de Granvelle, sous prétexte que le duc d'Albe avait une grande connaissance de ces provinces, loua le roi de la détermination qu'il avait prise de l'y envoyer, comme général de son armée espagnole. Mais tout autres furent les sentiments exprimés par la duchesse de Parme. Elle ne se serait jamais imaginée, écrivit-elle à Philippe II, qu'il eût pris une résolution aussi grave sans la consulter : le duc d'Albe, ajoutait-elle , est si odieux dans les Pays-Bas qu'il suffirait à y faire haïr toute la nation espagnole '. L'opinion, exprimée avec tant de franchise par Marguerite de Parme, explique la consternation profonde que l'annonce seule de l'arrivée de Ferdinand de Tolède avait répandue dans ces provinces. Tout le monde, royalistes, anciens confédérés, catholiques, réformés, partisans et adversaires de l'Espagne , tout le monde devinait ou soupçonnait que le duc d'Albe venait remplir une mission terrible. Et, en effet, Philippe II lui avait donné l'ordre secret de verser le sang le plus illustre et d'abolir les privilèges les plus vénérés; il l'avait chargé de décimer la noblesse et de détruire par le fer et le feu les antiques libertés des Pays-Bas. « Arrêter « et châtier exemplairement les principaux du pays, qui s'étaient <c rendus coupables pendant les troubles; prendre et punir de « même les plus coupables d'entre le peuple ; traiter ensuite des «t moyens de procurer des ressources au Trésor ; faire publier et « observer les placards; régler l'affaire des évêchés ; enfin, «t punir les villes et déterminer l'emploi de leurs revenus : » tels étaient les ordres formels de Philippe II '. La conséquence

• Correspondance de Philippe II, t. h^^ p. 556, et t. II, p. 45. ^ Le duc d'Albe révèle lui-même ces instructions dans une lettre au roi, du 9 juin 1568. Voir Correspondance de Philippe II, t. Il, p. 29.

de ce régime fondé sur la violence et le sang, c'était l'absolutisme s'établissant sur les débris des privilèges nationaux , c'était la tyrannie politique s'appuyant sur l'inquisition , c'était la déchéance des Belges qui seraient assimilés par leurs oppresseurs non-seulement aux sujets espagnols des possessions italiennes , mais aux Indiens eux-mêmes ; c'était enfin la ruine de tout un peuple. Mais une telle perspective ne devait pas effrayer le politique terrible qui écrivait à Catherine de Médicis : « II vaut beaucoup mieux avoir un royaume ruiné, en le conservant pour Dieu et le roi , au moyen de la guerre , que de l'avoir tout entier sans celle-ci, au profit du démon et des hérétiques, ses sectateurs '. »

Tous les préparatifs ordonnés pour son départ étant terminés, le duc d'Albe se rendit, le 15 avril 1567, à Aranjuez, pour prendre congé de Philippe II et du prince Carlos, héritier de la monarchie.

Don Carlos allait entrer dans sa vingt-deuxième année ^ Petit de taille avec une tête démesurément large , une épaule contrefaite et une jambe trop courte, le teint blanc et les cheveux blonds, son aspect débile et maladif cachait des passions violentes

' Correspondance de Philippe II, t. I", p. 609. — Au mois de juin 1.507. le bruit était répandu à la bourse d'Anvers « que l'on veult faire un royaume des Pays-Bas en prenant couronne soubs le titre de roy de Belgues, et que personne ne s'y voudra opposer. >■' Du reste, il s'agissait pour les Espagnols « d'establir l'inquisition » et « de commander aux Pays-Bas comme à Naples, Milan et Sicile. » Voir Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. -104. — Le prince d'Orange avait encore mieux pénétré les desseins des Espagnols lorsque, le 9 avril, il écrivait au landgrave Guillaume de Hesse : « Autant qu'il est en nous de prévoir, il nous semble que c'en « est fait de ces provinces, et que dans de déplorables massacres, beaucoup « de milliers de chrétiens, sages et pieux, vont perdre les biens et la vie. « Ibid., t. III, p. 59.

2 11 était né le 8 juillet lo4o.

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