‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 70 sur 159 · LIVRE XIV (1KG · texte numérisé non relu

LIVRE XIV (1KG

par les comtes d'Eversteiii et de Schaumbourg. Tout le camp de ïhionville, dit un témoin oculaire, srlevait à plus de vingtquatre mille hommes , parce qu'il s'y trouvait beaucoup de gens inutiles et une quantité merveilleuse de courtisanes : on en comptait deux mille. 11 contenait aussi plus de six mille chevaux, les uns appartenant à la cavalerie, les autres ayant servi à un grand nombre de fantassins '.

Le duc d'Albe rencontra , à Thionville , Berlaymont et Noircarmes, qui lui étaient envoyés par Marguerite de Parme. Tout en exprimant de sa part le contentement qu'elle avait de sa venue, les deux seigneurs demandèrent au duc de produire les pouvoirs qu'il tenait du roi pour entrer dans les Pays-Bas. Le duc leur montra les lettres qui lui conféraient les prérogatives de capitaine général. De son côté, il chargea don Francisco de Ybarra de se rendre à Bruxelles pour complimenter la duchesse de Parme et s'entendre avec elle sur le logement des troupes. Il ordonna d'ailleurs au comte de Lodron de prendre les devants avec son régiment, fort de douze compagnies de trois cents hommes chacune, pour remplacer immédiatement à Anvers les troupes wallonnes qui y tenaient garnison. Lodron, étant arrivé à Anvers le 14 août, prit possession de la ville, mais non sans doaimage et sans vexation pour les habitants, obligés de loger une soldatesque avide et insolente. Les Wallons furent immédiatement licenciés.

Tout récemment , Marguerite de Parme avait commandé d'équiper huit navires , en publiant qu'ils étaient destinés à aller au-devant du souverain. Cette nouvelle avait été accueillie avec joie, et on faisait encore des processions et des prières pour

1 Commentaires mémorables de Bernardlno de Mendoça, liv. î et liv. II ; — BOR, t. I", 4e liv., fol. 128; — Strada, lib. VI; — Mémoires de Cas- TtLXAU, liv. Vi, chap. 111 ; — Correspondance de Philippe II, t. I", p. 564.

l'heureux voyage de Philippe II , lorsqu'on apprit tout à coup l'arrivée du duc d'Albc avec une armée espagnole '. A l'allégresse succédèrent aussitôt les appréhensions les plus vives, et les émigrations se multiplièrent. Des familles entières abandonnèrent leurs foyers pour chercher un refuge en France , en Anglelorre, au pays de Clèves et ailleurs. Alarmée elle-même pour son ijouvoir, la régente écrivit au duc d'AIbe afin de l'avertir que la situation nouvelle des Pays-Bas, maintenant soumis et paisibles , n'exigeait plus qu'il arrivât avec de si grandes forces -. Mais le duc ne tint aucun compte de cette prière et continua sa marche. Dès son entrée dans le pays , il avait rencontré un assez grand nombre de gentilshommes qui venaient le féliciter, soit en leur nom, soit comme délégués des principaux seigneurs ; cependant , de l'aveu même des Espagnols, peu de personnes se réjouissaient de sa venue. Les uns soupçonnaient vaguement la mission vengeresse de l'inflexible capitaine ; d'autres appréhendaient les maux qui résulteraient de l'insolence et de la licence ordinaire des soldats ^.

Le duc d'AIbe , après avoir donné quelques jours de repos à ses troupes , leva son camp de Thionville et s'achemina vers Bruxelles. Il traversa le Luxembourg, arriva le 16 août à Iluy et le 18 à Jodoigne, où le comte de Meghem et le duc d'Arschot vinrent le saluer. En entrant à Tirlemont , il y trouva le comte d'Egmont lui-même qui, accompagné de quarante gentilshommes, venait lui offrir deux beaux chevaux de prix 'i. Le duc

' Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 29 juillet 4.507, dans la Correspondance de Philippe 11, t. l", p. 558.

^ Lettre du 17 juin, ibid., t. h', p. 547.

* Le secrétaire Pratz à Antonio Perez, 30 juillet 1507, dans la Correspondance de Philippe 11, t. h<^, p. 559.

'' Lettre d'Antoine de Stralen au prince d'Orange, dans \cs Archives de la maison d'Oranye-Nassau, t. III, p. 113. — Voir aussi la Grande chro-

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