LIVRE XIV
hii fit le meilleur accueil, car il tenait particulièrement 5 inspirer une sécurité complète ù ce personnage ainsi qu'au comte de Ilornes.
Ce dernier, qui se trouvait alors à son château de Weert, avait envoyé ù Thionville môme un de ses gentilshommes au-devant du duc d'Albe, pour le complimenter sur son arrivée aux Pays- Bas. Le duc et son fils le prieur ne tardèrent pas, de leur côté, à lui envoyer des lettres qui , en lui témoignant beaucoup de confiance et d'amitié, l'engageaient à se rendre à Bruxelles. Le comte de Hornes répondit, le -12 août, qu'il était reconnaissant de la faveur que le duc lui faisait ; qu'il ne croyait pourtant pas devoir se rendre à Bruxelles pour les raisons qu'Alonzo de Laloo, son secrétaire, lui exposerait. Cekii-ci représenta au duc que le comte de Hornes avait écrit au roi qu'il ne quitterait sa maison,
nique de Hollande, t. II, p. 163. — Le 26 juin précédent, le comte d'Egmont avait adressé au roi une lettre très-obséquieuse. II le suppliait de tenir pour certain qu'il ne s'était effectué aucune entreprise contre les rebelles, sans son avis, et que, même dans les plus grandes difficultés, il avait payé de sa personne, comme pourraient en témoigner la régente et ceux du conseil. Si les nécessités du temps l'avaient obligé de procéder, selon les circonstances, plus lentement qu'il n'avait paru convenir à quelques-uns, la raison et la loyauté méritaient qu'on en tînt compte. « J'espère en Dieu, ajoutait-il, de pouvoir faire connaître quelque jour, particulièrement à ceux-ci, qu'il a été nécessaire que je ne procédasse autrement, parce que le service de Votre Majesté n'y aurait gagné. » Il suppliait enfin le roi de hâter sa venue : si les affaires du pays n'y rendaient sa présence nécessaire, disait-il, il prendrait la poste pour aller au-devant de Sa Majesté et l'accompagner dans son voyage. Correspondance de Philippe II, t. I*''', p. 547. Le comte d'Egmont se perdait par son aveuglement. « Génie haut, altier, présumant beaucoup de soi (écrivait Morillon, le 3 août 1567) ; plus propre à conduire une bataille, une chasse que les affaires publiques ; malheureusement, il ne se connaît pas. Les flatteurs lui ont fait accroire qu'il est plus sage qu'il n'est en effet : ils l'ont mis si avant qu'il est impossible qu'il ne fasse le .saut... » MSS de la Bibliothèque de Bourgogne, n" 16094.
jusqu'à ce qu'il eût reçu ses ordres, n'ayant, du reste, aucun gouvernement ni aucune charge, et Sa Majesté ne lui ayant pas laissé exercer celle d'amiral. Le duc repartit à Alonzo qu'il lui avait peiné infiniment que le roi n'eût tenu aucun compte de son maître et de ses services comme il le méritait ; que, passé un an , au Bois de Ségovie, il avait dit au baron de Montigny, son frère, ce qui lui paraissait des affaires du comte et combien il était son ami et son serviteur. Il ajouta que Francisco de Ybarra, envoyé à Bruxelles, avait été chargé d'y visiter le comte de Hornes de sa part, et qu'il avait éprouvé du regret en apprenant que cet officier ne l'avait pas trouvé. Alonzo eut aussi une longue conversation avec Juan Albornoz , secrétaire du duc d'Albe. Celui-ci l'assura cordialement de l'afîection que son maître avait pour le comte de Hornes ; du zèle avec lequel il s'était employé pour lui ; et il en vint à dire que, puisque ce seigneur était si dérangé dans ses biens, on pourrait lui donner quelque charge en Italie , comme celles de gouverneur de Milan et de vice-roi de Naples, qui bientôt seraient vacantes. Albornoz ajouta que le duc avait été sensible à ce que plusieurs des seigneurs du pays ne lui avaient rendu visite, à lui qui était tant leur ami et serviteur à tous , et qu'il lui paraissait que le comte de Hornes devait se trouver à Bruxelles , sinon pour traiter d'affaires, au moins pour voir le duc comme ami '. Flatté sans doute de ces prévenances, le comte de Hornes quitta sa maison de Weert et vint attendre le duc d'Albe à Louvain , où celui-ci arriva le 20 août, vers midi. Le duc l'engagea amicalement à le suivre jusqu'à Bruxelles, sous prétexte de lui remettre des lettres du roi qu'il avait en ses coffres. Mais le comte , sans deviner le piège où on voulait l'entraîner, répondit qu'il était
' Alonzo de Laloo au baron de Montigny, 17 août 1567, dans la Correspondance de Vlnitppc II, t. 1", p. 5(i.3.