‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 73 sur 159 · LIVRE XIV (15G · texte numérisé non relu

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nière que le capitaine général pouvait réunir ses troupes en une nuit , si les circonstances l'exigeaient. Les dix-neuf enseignes du régiment de Naples se rendirent à Gand ; les dix enseignes du régiment de Sardaigne à Enghien ; les dix enseignes du régiment de Milan à Lierre, et la plus grande partie de In cavalerie à Diest, dans les domaines du prince d'Orange. Partout où entraient les Espagnols , les troupes wallonnes étaient cassées et congédiées. Les vétérans espagnols se montraient, au surplus, très-mécontents de la tranquillité qui régnait dans le pays et donnaient au diable, dit un contemporain, celui qui leur avait fait quitter lîtalie. Loin de continuer à observer cette étroite discipline, que l'on avait admirée pendant leur marche depuis les Alpes jusqu'à Thionville , ils agissaient déjà comme en pays de conquête, confisquant tout, à tort, à droit, disant que tous étaient hérétiques qui avaient du bien '.

Ces vexations allaient exciter dans le pays une haine profonde contre les bandes étrangères. Pour d'autres causes, une animosité très-vive se manifestait déjà contre les Espagnols à la cour même de la gouvernante. Le jour de l'entrée du duc d Albe à Bruxelles , l'alguazil de l'auditeur de l'armée amenait prisonniers certains individus du comté de Namur, qui avaient tué dans les champs des soldats espagnols ; lorsqu'il arriva près du palais, un gentilhomme du comte de Mansfeld, aidé de quelques bourgeois, lui enleva une partie de ses prisonniers, et l'on prétendit qu'ils furent secondés par le capitaine de la garde de la gouvernante \ Du reste, quelques-uns des seigneurs principaux, de même que les serviteurs de la duchesse de Parme et les capi-

> Ces détails sont extraits d'une lettre datée de Bruxelles, le 26 août, et adressée par J. de Pennant, un des secrétaires du prince d'Orange, à Ant. Delbecque, secrétaire du baron de Montigny. Voir Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 565.

^ Jbk!., t. I", p. 567.

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taines et oDQcicrs qui venaient d'être réformes, criaient publiquement contre les Espagnols. Un incident plus grave se passa. Le dimanche qui suivit l'entrée du duc d'Albe à Bruxelles, un moine cordclier, frère Jean Ghéry, confesseur et prédicateur de Marguerite de Parme, préchant devant elle, dans la chapelle du palais, ne dit presque autre chose, dans son sermon, sinon que les Espagnols étaient des traîtres, des larrons et des violateurs de femmes. Marguerite, sur les observation de Tomâs Armenteros, renvoya frère Jean Ghéry au couvent des cordeliers , à Lille ; mais elle le fit à regret et en le recommandant vivement au provincial et au gardien ' .

Tomâs Armenteros , qui voulait mériter la bienveillance du successeur éventuel de Marguerite de Parme, chargea le contador Mendivil d'avertir le duc d'Albe qu'il ne devait jamais manger hors de chez lui. Dénonçant hypocritement sa maîtresse, il s'était afïligé avec Mendivil de ce que la duchesse de Parme se conduisait avec si peu de raison , abandonnant les affaires pour aller à la chasse. Il lui avait dit qu'elle sollicitait du roi son congé, et que rien ne pourrait la retenir, si elle n'obtenait satisfaction sur ses prétentions particulières. Il avait ajouté qu'elle projetait d'aller d'une ville à l'autre, en attendant la réponse du roi, et que , pendant ce temps , elle laisserait à dessein les affaires en souffrance ; que lui , Armenteros , avait eu à ce sujet de vives discussions avec elle ; qu'il lui avait représenté les inconvénients qui résulteraient d'une pareille détermination pour le service du roi, mais que ses observations avaient peu de succès, parce que le mécontentement que la duchesse avait de Sa Majesté était cause qu'elle ne voulait être bien avec le duc d'Albe ".

Dès le 29 août, Marguerite avait demandé itérativemcnt son

' Correspondance de Philippe 11 , t. I*"'-, p. 568.

2 Lettre du contador Mendivil au roi. Ihid., t. I", p. oGO.

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congé à Philippe II. Si sa réputation et sa satisfaction, lui mandait-elle, avaient inspiré au roi la sollicitude qu'il lui marquait dans ses lettres, il l'aurait autorisée à quitter son gouvernement, avant de la mettre en quelque sorte en parangon avec le duc d'Albe, qui fait tout ce qui lui plait , quoiqu'elle soit d'un avis contraire, comme cela vient d'avoir lieu dans la répartition des troupes. Elle était, disait-elle, affectée jusqu'au fond de l'âme de la conduite du roi à son égard '.

Dans une nouvelle entrevue avec le lieutenant de Philippe II, Marguerite se plaignit des retards du roi , et lui déclara qu'elle allait envoyer un de ses gentilshommes, Machiavel, en Espagne, pour presser la détermination du monarque, en ce qui concernait son congé. Elle pria le duc d'Albe d'appuyer l'objet de cette démarche. Le duc , dans sa correspondance avec Philippe II, prétendit qu'il avait tâché de détourner Marguerite du dessein qu'elle annonçait ; mais qu'elle avait paru décidée à y donner suite. En effet, le 8 septembre, Marguerite écrivit au roi et se plaignit de n'avoir pas encore reçu le congé qu'elle lui avait demandé. Elle n'était pas jalouse , disait-elle , de la suprême autorité dont il avait investi le duc d'Albe; mais il aurait pu ordonner que, à l'entrée de ce général dans les Pays-Bas, elle se retirât ; il eût par là ménagé son honneur. Il n'aurait pas dû souffrir, enfin, que, la duchesse étant présente, un autre vint étaler cette autorité extraordinaire qui était si humiliante pour elle. Marguerite exprimait ensuite combien il lui était pénible de servir d'exemple perpétuel à tous autres qui, voyant la manière dont elle était traitée par le roi, espéreraient peu de lui pour les services qu'ils lui rendraient : car, en aucun temps, ni en aucune occasion , il n'en pourrait recevoir qui fussent comparables à ceux qu'elle lui avait rendus. Si, du reste, on lui montre peu de

' Correspondance de Philippe II, t. I*"-, p. .567.

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