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gratitude, ajoutait-elle , elle s'en console par la pensée qu'elle a satisfait à ce qu'elle devait à Dieu, au roi et à elle-même. Elle rappelait ensuite l'état où Philippe II avait laissé les Pays-Bas, les fatigues qu'elle avait essuyées et les dangers qu'elle avait courus, n'ayant pas, en neuf années , goûté une heure de repos ; ayant compromis sa santé et même sa vie. Elle demandait si, lorsqu'elle était parvenue ci pacifier le pays, dont le roi était à présent souverain plus indépendant et plus absolu que jamais, il était juste qu'un autre vînt jouir du fruit de tant de travaux et de peines. Elle insistait donc sur son congé, et, si le roi différait de lui répondre, elle regarderait son silence comme un consentement tacite et partirait , alors môme qu'il ne lui restituerait point le château de Plaisance. (Vêtait afin de solliciter une prompte décision, qu'elle lui envoyait son secrétaire Machiavel, qui jouissait de toute sa confiance.
Dans sa dernière entrevue avec le duc d'Albe, Marguerite avait appelé l'attention de celui-ci sur l'émigration , qui prenait des proportions alarmantes. Elle estimait à plus de deux millions la valeur des biens que les exilés volontaires avaient déjà emportés. Elle lui signala particulièrement l'abbé de Saint- Bernard, qui s'était muni de 35,000 écus et s'était fait accompagner d'une femme veuve, qu'il avait épousée. Le duc d'Albe s'était récrié sur ce qu'elle avait toléré cette émigration. Elle répondit que le roi lui avait lié les mains. A cela , il répliqua que le roi ne iui avait point défendu de s'assurer des personnes suspectes et de leurs biens '.
Depuis qu'il était entré dans les Pays-Bas , le duc d'Albe épiait l'occasion d'arrêter les comtes d'Egmont et de Hornes. Il aurait pu se saisir du comte d'Egmont, lorsque celui-ci s'était rendu
' Letttres du duc d'Albe et de la duchesse de Parme au roi, du 8 septembre 15G7, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", pp. 570-573.
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au-devant do lui à Tirlemont, et du comte de Hornes , quand ce dernier, pressé par ses instances , fut venu le complimenter à Louvain. Mais il jugea préférable de différer l'exécution de son dessein, parce que s'il avait fait arrêter isolément l'un des deux, il eût donné l'éveil non-seulement à l'autre , mais encore à Backerzeele, secrétaire du comte d'Egmont, et à Antoine de Stralen, dont il importait , selon les suggestions du cardinal de Granvelle, de s'assurer en même temps, afin de tenir tous les fils de la conjuration dénoncée à Madrid '. Il avait donc permis au comte de Hornes de se rendre à Cologne pour y visiter le comte de Nuenar, son beau-frère, mais en lui faisant donner sa parole qu'il serait à Bruxelles dans huit ou dix jours. Du reste, pour mieux capter sa confiance, il lui fît parvenir une lettre par laquelle le roi lui-même lui ordonnait de se rendre auprès du duc d'Albe, qui était chargé de lui déclarer la volonté du souverain au sujet de ses difTérentes requêtes. Dans la situation embarrassée où se trouvaient ses affaires , Hornes devait se montrer extrêmement impatient de connaître les intentions du roi à \
son égard. Telle était alors sa détresse que, pour retourner à \
Bruxelles et tenir son rang à la cour, il ee vit contraint d'engager \
une ferme, qui lui restait près de son château de Weert '. En attendant le retour du comte de Hornes , le duc ne perdait pas de vue Egmont, et des espions surveillaient toutes les démarches de Backerzeele , qui était à Bruxelles, et d'Antoine de Stralen, qui , après avoir séjourné quelque temps dans cette ville, était retourné à Anvers.
Le dimanche, 7 septembre, le comte de Hornes étant enfin
' Commentaires mémorables ùeBERUx^omo de Menooca, liv. II. — Correspondance de Philippe II, t. I^-, p. 562.
^ Réponse personnelle de Ph. de Montmorency, comte de Hornes, etc., §§ XXXIV, dans le Supplément a Strada, t. 1er, p. 173,
588 LES PAYS-nAS sous PHILIPPC II.
arrivé à Bruxelles, le duc d'Albe prit aussitôt, dans le plus grand secret, ses mesures pour que l'arrestation des seigneurs proscrits s'effectuât d'une manière sûre , le même jour et presque à la même heure. Le 9, il convoqua , dans son hôtel , un conseil de guerre, sous prétexte d'examiner les plans de fortification de Thionville et de Luxembourg. Egmont , Hornes , Arenberg, Mansfeld , Arschot , Noircarmes , Chiappin Vitelli, Francisco de Ybarra et deux ingénieurs se réunirent dans la soirée. Pour duper jusqu'à la fin les seigneurs proscrits, le duc d'Albe venait d'accepter et d'envoyer chercher un fort beau cheval, qui lui était offert par le comte de Hornes '. Quant au comte d'Egmont, on prétend qu'il s'était promené en voiture avec le prieur don Hernando, bâtard du duc d'Albe , et qu'il venait même de dîner avec lui. Telle était d'ailleurs son aveugle confiance en la loyauté du duc d'Albe, qu'il s'était étudié à la faire partager par le comte de Hornes, et qu'il s'efforçait de dissiper les appréhensions et les pressentiments manifestés par celui-ci '.
Tout s'exécutait , cependant, selon les instructions secrètes du lieutenant de Philippe IL Dans la matinée , Antoine de Stralen, accompagné de deux autres gentilshommes, était sorti d'Anvers dans un chariot attelé de trois chevaux. Le comte Albéric de Lodron, craignant qu'il ne lui échappât, s'empressa de le suivre avec quarante cavaliers, et, lorsqu'il le vit dans un lieu éloigné de toute habitation , il l'arrêta et le conduisit à Lierre. Après l'y avoir laissé en lieu de sûreté, Lodron retourna à Anvers, et mit sous le séquestre la maison et les biens très-considérables de l'ancien bourgmestre, sans égard pour sa femme et sa famille,
' La Déduction de l'innocence, etc., p. 27.
* Egmont ne cessait toutefois de correspondre avec le prince d'Orange ; trois jours avant son arrestation, il lui écrivit une lettre où il lui donnait des nouvelles de ce qui se passait à Bruxelles. Voir Correspondance de Philippe II, t. l", p. 578.