LIVRE XIV
qui furent même chassées de leurs foyers ' . A Bruxelles, Albornoz avait attiré chez lui son compatriote Alonzo de Laloo, secrétaire du comte de Hornes, et le fit arrêter pendant que le duc amusait les deux seigneurs. Une capture tout aussi importante était celle de Backerzeele. Deux capitaines espagnols , Jean de Espuche et Salazar, s'en étaient chargés. Le 9, de grand matin , ils se postèrent dans une maison située vis-à-vis de celle de Backerzeele, le suivirent lorsqu'il sortit pour aller dîner et l'arrêtèrent enfin, lorsqu'il redescendit dans la rue ^
Il était près de six heures lorsque le duc d'Albe , averti des arrestations qui venaient d'être faites, jugea le moment venu de mettre la main sur les deux seigneurs qu'il tenait en son pouvoir. Cmq cents arquebusiers espagnols , dirigés par don Hernando, gardaient depuis quelques moments les issues de 1 hôtel. Le duc leva la séance et fit en sorte que les deux seigneurs proscrits sortissent de la salle par des portes différentes. Derrière l'une se tenait Sancho d'Avila , châtelain de Pavie et capitaine des gardes du duc d'Albe : il était chargé d'arrêter le comte d'Egmont ; à l'autre porte se trouvait le capitaine Salinas, châtelain de Port-Hercule, auquel on avait assigné le comte de Hornes. Sancho d'Avila suivit Egmont dans le jardin, qu'il traversait pour se retirer, l'accosta, lui dit qu'il avait Tordre du duc d'Albe de l'arrêter, et lui demanda son épée. En entendant ces mots, le vainqueur de Gravelines fut saisi d'un grand trouble et ne sut d'abord que dire. Toutefois , il surmonta assez rapidement son émotion et répondit au capitaine espagnol u qu'il était chevalier de la Toison , et que les personnes honorées de cette distinction ne devaient rendre leurs armes qu'à leur propre roi. n
1 Voir The life and tlmes ofsir Thomas Gresham, etc. t. II, p. 233. ^ Lettre du duc d'Albe au roi, 9 septembre i 567, dans la Corresponda/ttt de Philippe II, t. I^i , p. '613.
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11 ajouta « que plusieurs fois il avait défait avec son épée les ennemis de la couronne d'Espagne, et que les bons services qu'il avait rendus ne devaient pas être aussi mal récompensés. ■■> Sancho d'Avila ayant répété qu'il exécutait l'ordre du duc d'Albe et du roi , Egmont se résigna , tira son épée et sa dague et les mit entre les mains de l'Espagnol, qui l'emmena dans une chambre de Ihôtel. Le comte de Hornes, ne se doutant pas de ce qui se passait dans le jardin, était resté dans la salle du conseil, où il examinait encore des plans de fortification lorsque le capitaine Salinas s'avança vers lui et lui déclara qu'il l'arrêtait au nom du roi. Hornes, se prévalant aussi de sa qualité de chevalier de la Toison d'or, repartit qu'il ne pouvait croire que , au mépris du serment prêté par le roi à ceux de l'Ordre , on l'emprisonnerait et dépouillerait de ses armes, Mansfeld , qui était présent, joignit des représentations très-vives aux protestations de son beau-frère. Toutefois, le comte de Hornes fut également obligé de se soumettre, et le capitaine Salinas le conduisit dans une chambre de l'hôtel autre que celle où Egmont avait été mené. Ils furent étroitement gardés par des soldats espagnols, et toute communication avec leurs amis, même avec leurs proches , leur fut interdite. Ils languirent enfin dans l'isolement le plus absolu, l'un ignorant le sort de l'autre, et traités avec une sévérité trèsgrande. Immédiatement après l'arrestation des deux seigneurs, le secrétaire Albornoz alla saisir et inventorier leurs papiers ainsi que ceux de Backerzeele. Le comte d'Arenberg fut chargé de se rendre auprès de la comtesse d'Egmont pour l'informer de l'arrestation de son mari et tâcher de la consoler. Arenberg l'assura qu'il n'avait pas eu connaissance de la mesure rigoureuse dont son collègue venait d être l'objet • .
' La Déduction de l'innocence de messire Philippe, baron de Montmorency, comte de ^or/îcs, etc., pp. 28 et 29 . — Cuavpvis, Bricfve histoire, cic. ,