‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 76 sur 159 · LIVRE XIV (I5G · texte numérisé non relu

LIVRE XIV (I5G

La gouvernante des Pays-Bas était également restée étrangère à l'exécution de ces graves mesures. Après quelles eurent été eflectuées, le duc lui députa Berlaymont et Mansfeld pour lui en donner avis et lui exposer que, si elle n'avait pas été prévenue, c'était par le commandement du roi , et de peur que le ressentiment du peuple ne retombât sur elle. Marguerite cacha son dépit en présence des seigneurs qui lui étaient envoyés ; mais elle ne pouvait plus se dissimuler que l'autorité était passée de fait en d'autres mains '.

Le comte de Mansfeld ne s'était chargé qu'avec répugnance de cette dernière commission. Il se montrait surtout très-affecté de l'arrestation du comte de Hornes, son beau-frère, et s'en affligeait d'autant plus que ce seigneur était logé chez lui. Bien qu'il ne fût point sans inquiétude pour lui-même et que , dans la crainte qui l'agitait , il eût fait partir son fils \ il s'efforça toutefois de venir en aide aux seigneurs prisonniers. C'est ainsi qu'il tâcha de persuader à un de ses collègues d'assembler les chevaliers de la Toison d'or, pour délibérer sur le parti qu'il y aurait à prendre. Mais déjà le lieutenant de Philippe II avait contenté le duc d'Arschot en lui parlant de la grande confiance que le roi avait en lui, et les comtes de Meghem et d'Arenberg, en leur disant que, en cas de besoin, ils auraient le commandement des troupes ; quant à Berlaymont , il rivalisait de zèle obséquieux avec Noircarmes. Cependant Mansfeld , ayant demandé une au-

p. 8\ . — Commentaires mémorables de don Bernârdi.nu de Mendoça, liv. II. Il était présent à l'arrestation. — Nous avons également puisé quelques détails dans la relation allemande d'un agent secret de l'empereur Maximilien II ; ce document, conservé dans les archives de l'ancienne secrétairerie d'État de l'Allemagne et du Nord, et déjà signalé par Van der Vynckt, a été traduit et publié par M. Altmeyer.

1 Strada, lib. VI.

^ Charles de Maiisl'eld, qui avait d'abord adhéré au Compromis.

(Jienceau duc, lui représenta que l'arrestation des seigneurs, ses collègues, violait les privilèges de la Toison d'or, et il ajouta que, comme membre de TOrdre , le duc n'était pas moins obligé que lui d'en maintenir de toutes ses forces les statuts. Le duc repartit qu'il avait bien fait en venant s'entretenir avec lui de cet objet; qu'il valait mieux agir ainsi que de faire des assemblées comme par le passé ; que, pour lui , il ne souffrirait pas de telles réunions ; que , s il apprenait que quelques-uns en fissent, fût-ce môme pour dire le Credo, il les châtierait; que, quant aux privilèges de lOrdre , le roi avait fait examiner ce point et décidé que les statuts n'étaient pas applicables au crime de lèse-majesté. En faisant connaître cette entrevue à Philippe II, le duc l'engagea vivement à ne répondre autre chose à ceux qui viendraient objecter les privilèges de la Toison dor. Il ajoutait, dans la prévision d'une autre arrestation, celle du baron de Montigny, qui avait été également résolue aN ant son départ de l'Espagne, il ajoutait que le roi ne devait en aucune manière appeler des chevaliers de l'Ordre pour le juger, fùt-il même certain qu'ils procéderaient conformément à sa volonté. Le comte de Mansfeld et d'autres seigneurs lui ayant représenté que, s'ils gardaient le silence, ils seraient blâmés dans le prochain chapitre de l'Ordre , le duc leur dit que chacun d'eux pouvait en écrire au roi séparément; mais il leur défendit de nouveau de se réunir pour cet objet. Alors Mansfeld s'empressa d'adresser au roi une requête , dans laquelle il invoquait sa clémence en faveur du comte de llornes , déclarant que de mauvaises langues seules avaient pu accuser ce seigneur '.

' Lettres du duc d"Albe au roi, du 18 septembre et du 2 octobre ; lettres du comte de Mansfeld, du 11 septembre et du 8 décembre 4367, dans la Correspondance de Philippe 11, t. I", pp. 375, 578, 582 et 607. — On lit dans ['Histoire de l'ordre de la Toison d'or (pp. 499 et 300), que, le lendemain de rarrestation des deux comtes, le duc d'Albe, voulant justifler sa

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