LIVRE XIV (15G7). ô9j
des chambres séparées « fort étroitement et misérablement , » sans que personne pût avoir accès auprès d'eux. Leur surveillunce avait été confiée par le duc d'Albe au capitaine Salinas, sur la fidélité duquel le roi, disait-il, pouvait se reposer '.
Les autres prisonniers étaient gardés dans la roquette do Sainte- Gudule, à Bruxelles, par Francisco de Terres, capitaine de cette prison et du château de Vilvorde. Backerzeele, Antoine de Stralen et Alonzo de Laloo furent transférés ensuite dans cette dernière forteresse.
Le duc d'Albe désirait très-vivement d'avoir aussi en sa puissance le comte de Hooghstraeten, qui était au nombre des seigneurs proscrits par Philippe IL Mieux avisé que les comtes d'Egmont et de Hornes, il avait demandé un congé à la duchesse de Parme, et, dès le mois de juillet, s'était retiré à Cologne , oîi il prolongeait son séjour, prétextant une blessure qu'il s'était faite à la main d'un coup d'arquebuse. Invité à rentrer dans les Pays-Bas, il manifesta l'intention d'attendre d'abord un saufconduit ^ Il semble toutefois que Hooghstraeten se berça, pendant un moment, des mêmes illusions qui aviiient été si fatales au comte de Hornes , son beau-frère, et n'échappa que fortuitement à un sort aussi triste. On rapporte , en effet, qu'il était en chemin pour revenir à Bruxelles lorsqu'il reçut des avis qui lui annonçaient l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes. 11 se hâta de retourner à Cologne ^
Le marquis de Berghes et le baron de Montigny, qui se trou-
' Lettre de Juan d'Albornoz au secrétaire d'État Gabriel de Çayas, du 3 octobre et du duc d'Albe au roi, du 4 octobre 1367, dans la Correspondance de Philippe II , t. I", pp. 5S2 et 383. Voir aussi la Déduction de l'innocence de messire Philippe, baron de Montmorency, etc., p. 29.
' Lettre du duc d'Albe au roi, du 18 septembre 15G7, dans la Correspondance de Philippe II, t. !«', p. 378.
3 BoR, f. I", fol. 131 V".
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valent sous la main de Philippe II , ne purent échapper à leur malheureuse destinée. Depuis que les deux seigneurs étaient arrivés en Espagne, ils étaient réellement prisonniers , le roi ayant toujours cherché des prétextes pour faire différer leur départ, tout en leur prodiguant de grandes démonstrations de faveur. Les conseils de Marguerite de Parme et les exhortations du duc d'Albe encourageaient d'ailleurs la conduite astucieuse de Philippe II ; tandis que le duc rassemblait à Gènes l'armée destinée à châtier les Pays-Bas, il recommandait encore de ne pas laisser sortir d'Espagne le marquis de Berghes et le baron de Montigny '. Mais déjà le premier de ces seigneurs venait de succomber sous le poids des inquiétudes et des chagrins d'un exil auquel il ne voyait plus de terme. Il était mort à Madrid dans les bras du baron de Montigny , le 21 mai , à huit heures du matin. Dans la prévision de ce décès, Philippe II s'étudia à déguiser ses sentiments véritables , et à ne pas donner l'éveil sur ses projets, car, pour frapper plus sûrement, il voulait attendre que le duc d'Albe eût pris possession des Pays-Bas. Le 16 mai, Philippe, alors à l'Escurial, envoya à Ruy Gomez de Silva une lettre autographe dont l'enveloppe portait ces mots : « A Ruy Gomez, en ses mains. Ne l'ouvrez ni la lisez, en présence de celui qui
' Le duc d'Albe au roi, de Gênes, 24 mai 1567, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 539. — De leur côté, les deux seigneurs n'avaient cessé d'insister, de la manière la plus pressante, pour obtenir leur congé et l'autorisation de retourner dans leur patrie. Le 31 décembre -1566, ils priaient Marguerite de Parme d'écrire de bonne encre au roi, afin qu'il leur donnât licence de partir. » Autrement, certes, madame, aurions juste " occasion, ajoutaient-ils, de nous doloir et de Votre Altesse et des sei- « gneurs de par delà pour nous avoir commandé de venir ici, pour rece- « voir honte et desplaisir, étant forcés journellement de voir et ouyr choses « rjui nous déplaisent jusqu'à l'âme, et de voir aussi le peu que Sa Majesté « se sert de nous. " Ibid., p. 478.