‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 79 sur 159 · LIVRE XIV (1o(j · texte numérisé non relu

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vous la donnera. " Le roi l'informait de l'état presque désespéré où se trouvait le marquis de Berghes et lui faisait connaître que, de lavis des médecins, s'il y avait encore quelque remède possible à son mal, ce serait son départ pour la Flandre. Il lui ordonnait ensuite d'aller voir le marquis, et de lui dire (mais seulement après qu'il se serait assuré qu'une guérison était à peu près impossible) que le roi lui permettait de retourner aux Pays-Bas : si, au contraire , il lui paraissait que le marquis pût se rétablir, il se contenterait de lui faire espérer cette permission. En cas de mort du marquis, Ruy Gomez devait se concerter avec don Diego de Espinosa , président du conseil de Castille, et le comte deFeria, sur les mesures à prendre pour ses obsèques, 'i II sera bien, en cette occasion , disait Philippe II avec une détestable ironie , de montrer le regret que le roi et ses ministres ont de sa mort, et le cas qu'ils font des seigneurs des Pays-Bas. " Philippe voulait enfin qu'ils examinassent aussi, toujours en cas de mort du marquis, s'il ne serait pas préférable que Ruy Gomez envoyât en son nom un courrier à la duchesse de Parme, pour lui en donneravis, prétextant l'absence du roi, et pour lui dire qu'il paraîtrait à propos qu'elle fît, en attendant des ordres ultérieurs, saisir les biens du défunt, Philippe recommandait , en terminant, de laisser tout ignorer à son fils, don Carlos ' .

Le marquis de Berghes n'ayant pas tardé à mourir, Philippe II affecta de le regretter , prescrivit que d'éclatants honneurs fussent rendus à sa mémoire, et voulut que les grands, la noblesse, la cour, les ordres religieux, le clergé, assistassent à ses obsèques. Montigny qui, quelques jours auparavant, avait luimême imploré le roi pour qu'il accordât à son ami mourant l'autorisation de retourner dans le pays nata,l, Montigny, douloureusement ému de la perte de son collègue, étant revenu à l'Escurial,

' Correspondance de Philippe II, t. I"', p. 536.

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IMiilippe lui tlit « qu'il avait clé fort marri de la mort du mar- « quis, pour y avoir perdu un si bon serviteur, et que pour tel «1 l'avait toujours tenu , et ne laisserait d'avoir un soin particu- «i lier de toutes ses afTaires '. '> Déjà , cependant , Ruy Gomez, se conformant aux instructions secrètes du monarque, s'était hâté d'expédier, quelques heures après le décès du marquis , un courrier exprès 5 la duchesse de Parme pour l'engagera s'assurer de la ville de Berghes et des autres biens du défunt, jusqu'à ce que l'on connût les ordres du roi. Le marquis, ne laissant pas d'enfants, avait, par son testament, appelé à la succession de ses biens Marguerite de Mérode, fille de sa sœur aînée, Mencia de Berghes , et de Jean de Mérode , baron de Petersheim et de Westerloo, à la condition qu'elle épousât un de ses neveux. « Comme la jeune personne, ajoutait Ruy Gomez, paraît n'avoir pas été élevée dans les principes de la religion catholique, il convient que la duchesse tâche de l'avoir sous la main, ainsi que le neveu auquel on la destine '. » Dès qu'elle eut reçu le courrier de Ruy Gomez, la duchesse de Parme s'empressa d'exécuter les ordres dont il était porteur. Elle enjoignit au capitaine Manteville, lieutenant du S"" de Beauvoir, oncle de la marquise, de se rendre à Berghes, accompagné de soixante arquebusiers. Elle l'avait chargé d'une lettre pour la marquise, oii elle lui disait, en substance, qu'étant avertie que des hérétiques, tant d'An\ ers

' Notice sur Floris de Montmorency, baron de Leuz-e et de Montigny, etc., par Gachard, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XIX.

2 Correspondance de Philippe II, 1. 1*""^, p. 537. Au surplus, par une lettre du 31 mai, le roi lui-même recommanda à la duchesse de Parme de prendre des me.sures pour l'assurance de l'île de Walcheren et de la ville de Berghen; enfin, le 2 juin, il la chargea de mettre bonne garde en la ville de Berghes et aux biens dudit marquis <> pour qu'au cas, comme cela pourrait être, qu'il fût impliqué et coupable dans les troubles des Pays-Bas, on puisse avec plus de facilité disposer de ceux-ci. » Ibid., p. 545.

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que d'autres endroits, voulaient tenter quelque nouveauté h Berghes, elle avait engagé M. de Beauvoir à y envoyer son lientenant avec un corps d'arquebusiers, pour défendre la ville el elle-même contre tout excès de ce genre, et que Manteville avait, du reste, l'ordre de lui obéir en tout. Bivalisant de duplicité avec Philippe II, Marguerite de Parme, en disant à Manteville d'obéir en apparence à la marquise de Berghes, lui avait secrètement enjoint de n'en rien faire , et d'en référer d'abord à elle, pour le cas où cette dame lui ordonnerait de se retirer avec sa troupe do la ville. En outre, dans sa lettre à la marquise, la régente ne fit pas mention de la mort de son époux, quoique la nouvelle s'en fût répandue à Anvers, à l'arrivée du courrier '. A la vérité, Marguerite ne laissa pas ignorera Philippe II combien la marche qui lui avait été prescrite paraissait irrégulière , même aux ministres dont le dévouement absolu au souverain ne pouvait être mis en doute. C'est ainsi que le président Viglius avait représenté que, le marquis de Berghes étant mort au service du roi et en présence de Sa Majesté , il ne |)ouvait être procédé contre ses biens, que par la voie ordinaire de la justice, et pas avant que son procès eût été fait, et qu'il eût été condamné. Viglius ajoutait qu'une autre manière d'agir serait contraire au serment que le roi avait prêté aux états de Brabant ^ Mais, en envoyant le duc d'Albe pour gouverner les Pays-Bas, Philippe II s'était déterminé à violer tous les privilèges qui auraient pu gêner la mission vengeresse de son lieutenant. Lorsque Jean deMérode, comme tuteur de sa fille, se fut mis d'accord avec la veuve du marquis de Berghes et qu'on voulut prendre possession de la ville, le

' Lettre de la ductiesse de Parme a Ruy Gomez de Silva , d'Anvers, ier juin 1567, dans la Correspondance de Philippe II, t. h^, p. 543. — Le marquis de Berghes avait épousé Marie de Lannoy-Molenbaix.

^ La duchesse de Parme au roi, 43 juillet 1567. Ihid., p. 557.

iOO LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

lieutenant du S"^ de Beauvoir déclara qu'il avait ordre de ne laisser prendre possession par personne '.

En même temps qu'il prescrivait à Ruy Gomez de tromper les dernières espérances du marquis de Berghes, Philippe II lui enjoignait d'avoir l'œii sur le baron de Montigny , de manière qu'il ne pût s'évader. On devait charger une ou plusieurs personnes d'épier ses démarches et ordonner aux vice-rois de Catalogne et de Navarre, ainsi qu'au gouverneur de Guipuzcoa, de faire surveiller les frontières '. CejDendant Montigny, loin de se douter de la déloyauté du roi, se résignait, comme il l'écrivait le 26 mai au comte de Hornes, son frère, à faire de nécessité vertu et à prolonger son séjour en Espagne, aussi longtemps qu'il plairait à son maître; il ne voulait pas, disait-il, donner à ses ennemis le contentement de faire une chose qui l'exposerait au ressentiment du souverain ^. Mais des run.eurs vagues et des avertissements sinistres parvinrent enfin jusqu'au seigneur menacé. Il apprit que son séjour prolongé h Madrid donnait lieu , en Espagne et dans les pays étrangers, à des interprétations fâcheuses pour son honneur. Prenant alors son recours vers le roi, i! lui présenta, le 1 0 juillet, un mémorial où, après avoir signalé les bruits désavantageux dont il était l'objet, il lé suppliait, pour effacer ces sinistres impressions et pour donner contentement à ses parents et amis, de faire connaître que la prolongation de son séjour en Espagne n'avait d'autre cause que le service du souverain 4. Quelque temps après, Philippe répondit que, puisque son départ pour les Pays- Bas était si prochain, il désirait que Montigny l'y accompagnât ^.

1 Le duc d'Albe au roi, 8 septembre 1367. Correspondance de Philippe II,

t. 1er, p. 572.

= Ibid., t. I", p. 536.

^ Notice citée de M. Gacuaro, p. 20.

* Voir ce mémorial dans la Correspondance de Pliilippe II, t. I", p. 553. '^ Ibid., p. 559.

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