LIVRE X
avait appris, par les seigneurs même, que les calvinistes français se remuaient sur les frontières et que la garnison de Calais se proposait de tenter une expédition contre l'île de Walcheren. Elle proposa au conseil de faire renouveler le serment de tous les gouverneurs et capitaines des places fortes ; mais on jugea que par là on exciterait la défiance, et elle n'insista pas. Seulement il fut décidé qu'on leur écrirait, pour qu'ils fussent sur leurs gardes et qu'ils ne remissent les places que sur un commandement exprès du roi ou de la régente , en son nom. Un nouveau serment de fidélité au roi devait être exigé des hommes d'armes composant les bandes d'ordonnances. Le jour suivant, le conseil délibéra sur la réponse que la régente ferait à la requête qui lui serait présentée par les confédérés pour obtenir l'abolition de l'inquisition et la modération des placards. Le conseil fut unanime pour démontrer la nécessité de mitiger la rigueur des anciens édits et de supprimer l'inquisition papale. Mais le prince d'Orange et ses amis représentèrent, avec le plus d'énergie, que, par les anciens placards , on n'assurait ni la religion , dont l'influence diminuait tous les jours, ni la sûreté des villes, déjà pleines de troubles occasionnés par ces édits même ; que l'autorité du prince serait plus exposée en voulant conserver une loi que le peuple avait en horreur qu'en cherchant, par des concessions, à ramener les esprits ; que, quant à l'inquisition, il était trop manifeste qu'elle n'était approuvée nulle part , jusque-là même qu'il n'y avait personne dans Anvers, de quelque condition qu'il fût, qui ne montrât une arquebuse, ou quelque autre arme, et qui ne menaçât de s'en servir contre ceux qui s'efforceraient d'introduire dans leur ville l'inquisition d'Esjiagne. D'au-
— D'après les notules du conseil d'État, Marguerite, dès le 26 mars, avait mis en délibération .si elle devait attendre la requête des gentilshommes alliés à Bruxelles, ou bien se retirer ailleurs.
très considérations furent encore émises pour justifier l'abrogation de l'inquisition et la modération des placards. Le but de l'empereur et du roi, en décrétant et en maintenant ces mesures, avait été la conservation de la foi catholique. Mais ces remèdes n'étaient plus nécessaires. Les diocèses avaient été réorganisés, et on pouvait se contenter de l'inquisition attachée aux fonctions épiscopales. Quant à l'inquisition papale ou étrangère, établie autrefois pour suppléer à l'insuffisance des évoques, l'horreur qu'elle inspirait était si forte que son maintien, au lieu d'être encore utile à la religion, pouvait la mettre dans un danger manifeste. Le conseil émit en conséquence l'avis qu'il fallait répondre aux confédérés de ne point se mettre en peine de l'inquisition ; qu'elle ne serait pas introduite dans les provinces où elle n'existait pas encore (Luxembourg, Gueldre, Frise, Brabant) ; et que l'exercice en serait suspendu dans les autres jusqu'à ce que le roi eût été consulté. On alléguait qu'on était d'autant plus autorisé à adopter ce parti que les inquisiteurs eux-mêmes refusaient de remplir leur charge, jusqu'à ce que, suivant la coutume, ils eussent demandé au nouveau pape (PieV') la confirmation de leur puissance. Quant aux peines comminées parles ordonnances de Charles-Quint contre les hérétiques , on ne les abolirait pas
• Le pape Pie IV, mort dans la nuit du 8 au 9 décembre 1565. eut pour successeur l'inflexible Ghislieri, ancien commissaire général du saint office. Le nouveau pontife pril le nom de Pie V, et, le f I janvier 1566, informa la duchesse de Parme de son élévation par un bref où il lui recommandait instamment la cause de la religion dans les provinces confiées à son gouvernement [Correspondance de Philippe II, t. II, appendice, p. 531). — La vacance du siège pontiQcal avait fourni au cardinal de Granveiio l'occasion qu'il cherchait de se rendre à Rome, sans que ce voyage eût l'air d'une disgrâce. En recevant, à cet égard, l'expression du désir de Philippe H, il avait d'abord objecté « qu'il n'y avait pas d'endroit où il pût moins servir le roi qu'à Rome , attendu que là presque tout consistait en visites et cérémonies, auxquelles il était peu habitué. « [Ibi'l., t. I", p. 381 .)