‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 81 sur 159 · LIVRE XIV (1307). 40y · texte numérisé non relu

LIVRE XIV (1307). 40y

La retraite de Marguerite de Parme allait donner au duc d'Albe plus de latitude encore pour établir sa monstrueuse tyrannie. Le secrétaire Machiavel , arrivé à Madrid le 25 septembre, remplit sa mission avec le zèle le plus actif, faisant même entendre aux ministres de Philippe II que la duchesse de Parme prendrait son congé , si le roi ne se décidait point à le lui accorder. Mais ce n'était point l'intention de Philippe II de résister plus longtemps aux sollicitations de sa sœur. On disait ouvertement à la cour d'Espagne qu'il ne s'agissait plus de ménager les Flamands, comme l'avait fait la duchesse de Parme, et d'user à leur égard de paroles douces ; mais que le moment était venu d'employer contre eux la rigueur et la verye de fer sanglante, et que le duc d'Albe était le plus propre à ce rôle '. Philippe II adressa à sa sœur une lettre autographe où, après l'avoir informée de la naissance de l'infante Catherine ", il lui accordait la permission de

sidéré ce que dessus, offre de contribuer quatre cents florins de Brabant. Thierry Sonoy. « — » Moi Crispin d'Albrucx, je promets deux cents francs, avec ma personne. « — « Considéré ce que dessus, je soussigné promets de fournir, par un pur motif de conscience, quatre cents florins de Brabant. Adolfe Vander Aa. » — « Et moi soussigné, je consens à donner pour le même dessein cent florins argent comptant. Guillalme de Sevenbergh. « — a Considéré ce que dessus, je soussigné m'engage à contribuer, par un pur motif de conscience, cent écus d'or. » — « Thierry de Haaften. » — « Et moi, A. DoMBERCH, je promets deux cents francs avec ma personne. »

' L'ambassadeur Fourquevaux, après avoir annoncé à Charles IX l'arrivée à Madrid du secrétaire Machiavel chargé de solliciter le rappel de la duchesse de Parme, ajoutait : « A mon advis, sera chose aisée qu'on la « prenne au mot : car ils disent icy n'avoir plus besoing d'user paroUes » doulces aux Flamens, comme elle faisoit, ains de la rigueur et de la verge « de fer sanglante, à quoy le duc d'Albe est le plus propre, et que les désce ordres de Flandres sont advenus, parce que ladite duchesse vouloit trop « supporter les uns et les autres et leur complaire. » Dépèche du 30 septembre 1367, citée ci-dessus.

" Elle épousa plus tard Charles Emmanuel, duc de Savoie.

se retirer des Pays-Bas, accédant plutôt à sa demande, disait-il, qu'au bien de ces provinces ; il la remerciait ensuite de la vigilance et du courage qu'elle avait montrés en des temps si difficiles et lui promettait de récompenser abondamment ses services ". En môme temps , il chargea Ruy Gomez de faire savoir à la duchesse de Parme que, en preuve de ses sentiments fraternels, la rente de 8,000 ducats dont il l'avait gratiûée précédemment serait élevée à 14,000 , et que la duchesse ne pourrait en être privée que moyennant le payement de 140,000 ducats en argent. Ruy Gomez lui adressait ensuite des paroles flatteuses sur le grand service qu'elle avait rendu au roi, en lui conservant des États aussi importants que les Pays-Bas ; il l'assurait que Philippe ne l'oublierait jamais et qu'il consacrerait toujours aux affaires de sa sœur la même sollicitude qu'aux siennes propres ^ Ces lettres furent remises à Machiavel avec une dépêche officielle, en français, par laquelle Philippe II informait Marguerite qu'il lui accordait sa retraite et confiait le gouvernement des Pays-Bas au duc d'Albe, jusqu'à ce qu'il vint lui-même dans ces provinces. Dans ses lettres de notification au grand conseil de Malines et aux états, le roi, après avoir exposé les raisons qui l'avaient obligé à différer son voyage, annonçait formellement son arrivée pour le printemps ^.

' Le savant et laborieux éditeur de la Correspondance de Philippe 11 n'a pas trouvé la minute de cette lettre aux Archives de Simancas ; mais Strada (lib. VI) eu donne la substance.

^ Correspondance de Philippe 11, t. !«', p. 583.

^ Voir ces dépêches officielles du 1 3 octobre \ 567, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 631 et 652. La commission de gouverneur général pour le duc d'Albe, portant la date du 8 octobre 1567, est insérée p. 630; elle lui accordait les droits et prérogatives dont avait joui Marguerite de Parme; dans cet acte aussi, Philippe II annonçait son arrivée pour le printemps. Voir, pour la lettre adressée aux états de Flandre, le Messafjcr des sciences historiques, t. VIII.

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La duchesse de Panne, ayant reyu les dépêches dont Machiavel était porteur, répondit ù Philippe II, le 21 novembre, qu'elle avait été heureuse de trouver dans sa lettre particulière, avec la permission de retourner chez elle, l'assurance do la satisfaction du roi pour ses services. Elle éprouvait un vif contentement, disait-elle , de laisser les Pays-Bas dans une paix profonde , d'y voir partout l'autorité du roi respectée, et le culte divin rétabli. Elle se flattait que, lorsqu'elle serait de retour en sa maison, le roi lui accorderait la restitution du château de Plaisance ; sans cela, le monde ne croirait jamais qu'il est réellement satisfait de ses services. Le lendemain , elle écrivit à son frère une autre lettre où, après s'être efforcée de le mettre en garde contre une sévérité excessive et funeste , elle faisait, en faveur de son pays natal, un noble appel à la clémence du descendant des anciens princes belges : « Quoique je m'en aille, disait-elle, je ne laisserai jamais de me souvenir de ce que je dois à Votre Majesté et à ces pays, dont la conservation importe tant à son service ; je supplie donc très-humblement et avec toute affection Votre Majesté d'user de clémence et de miséricorde envers eux , conformément à l'espoir qu'elle leur en a si souvent donné ; je la supplie de considérer que plus les rois sont grands , et plus ils approchent de Dieu , plus aussi ils doivent être imitateurs de la bonté et de la clémence divines ; que tous les princes quelconques qui ont régné sur ces pays se sont toujours contentés de chàtieiles chefs des séditions ; qu'ils pardonnaient au reste de la multitude, en disant que le repentir qu'elle témoignait de ses fautes leur suffisait. Autrement, sire, et si l'on use de rigueur, il est impossible que le bon ne soufTre pas avec le mauvais, et qu'il ne s'ensuive une calamité et destruction générale de tout cet État, dont les conséquences peuvent être bien appréciées par Votre Majesté '. >•

' Correspondance de Philippe 11, t. l", pp. 001 et 602.

•408 l.ns PAYS-BAS SOIS PHILIPPE 11.

Marguerite exprima les mêmes sentiments dans une entrevue qu'elle eut avec son successeur, en présence des membres du conseil d'État. Le roi, disait-elle, lui ayant demandé son avis sur un pardon général en faveur des personnes compromises dans les troubles, elle estimait qu'il était nécessaire de l'accorder. Elle émit aussi l'opinion qu'il fallait convoquer les états , afin d'en obtenir une aide, celle qui avait été votée pour neuf ans étant expirée. Elle finit par recommander instamment à son successeur les provinces qu'elle allait quitter. Le duc d'Albe écarta avec courtoisie les deux premières propositions, et remercia la sœur de Philippe II de l'honneur qu'elle lui faisait par sa recommandation. L'ex-gouvernante lui ayant demandé ce qu'il se proposait de faire à l'égard de ceux auxquels elle avait donné des lettres d'assurance , il repartit qu'elle devait savoir qu'on avait été trop loin en cela, car le roi pouvait gracier, mais non pas assurer personne '. Cette réponse obtint, du reste, l'approbation de Philippe II '.

Par des lettres circulaires, adressées le 9 décembre aux états des diverses provinces ainsi qu'aux magistrats de toutes les principales villes des Pays-Bas, la duchesse de Parme avait annoncé son départ prochain et indiqué les causes qui l'avaient engagée à demander sa retraite. Elle rappelait d'abord que, en 1559, la paix ayant été conclue' avec la France, Philippe II, décidé à visiter ses royaumes d'Espagne, l'avait appelée d'Italie pour lui remettre la régence et le gouvernement général des Pays- Bas, en lui donnant toutefois l'espoir que ce ne serait que pour peu de temps , attendu qu'il ne pensait prolonger son absence.

1 Correspondance de Philippe II, t. I", p. 611.

^ Il écrit au duc d'Albe, le 19 février 15GS, qu'il a été trcs-satisfait de sa conversation avec M''»' de Parme : tout ce qu'il a dit, le roi l'aurait dit de même, s'il eût été présent Te pardon général ne peut s'accorder encore. Ibid., t II, p. 12.

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