acte quelconque ni remettre aux personnes qu'il y appelait une
commission expresse '.
] Pour former le conseil des troubles, le duc d'Albe s'inspira
j surtout des conseils de Viglius. Ce fut ce magistrat, alors si pu-
•l sillanime, qui lui désigna les candidats parmi lesquel furent
? choisis les membres du nouveau tribunal. Viglitis s'engagea, en
outre, à donner le moyen d'établir cette juridiction monstrueuse,
sans contrevenir aux privilèges du Brabant, et même de procéder
contre les chevaliers de la Toison d'or '. Illusions de la peur et
de la servilité! En prenant la place de la justice ordinaire, le
conseil des troubles violait de la manière la plus flagrante les
privilèges des Pays-Bas.
Ce ne fut qu'après l'arrestation des comtes d'Egi^.iont et de
1 Hornes que le duc d'Albe acheva la formation du conseil des
I troubles ^ Il fit assembler chez lui Berlaymont, Noircarmes,
' Viglius, quelques conseillers du conseil privé et le D"" Louis Del
Rio, qu'il avait amené d'Espagne. Il leur notifla la commission
' Voir une excellente Notice sur le conseil des troubles, par ALGacharo, dans les Bulletins de l'académie royale de Belgique, t. XVI.
2 Correspondance de Philippe II, t. ler, pp. 570, 573 et 574.
^ Il résulte d'un document analysé par M. Gachard (Correspondance de Philippe 11, t. l^r, p. 570), que le duc d'Albe fit, le 5 septembre, la nomination des juges, avocats, fiscaux et secrétaires du conseil des troubles. Mais cette pièce aura été vraisemblablement antidatée, car, dans la lettre au roi du 9 septembre, le duc se borne à l'informer qu'il a résolu d'établir un tribunal de sept juges, etc. Del Rio confirme, au surplus, que la formation du tribunal fut postérieure à l'arrestation des deux comtes.
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qu'il avait reçue du roi pour connaître des troubles des Pays- Bas et infliger nn châtiment exemplaire à ceux qui en étaient les auteurs. Il leur demanda en même temps par-devant quels juges on les devrait citer, et de quelle façon il fallait opérer. Viglius émit l'avis que le conseil privé, le grand conseil de Malincs et les conseils provinciaux étaient surchargés par leurs occupations ordinaires, et qu'il serait donc plus expédient de former un conseil exprès, composé » des personnages les plus intègres et experts du pays '. " En cherchant à exclure du nouveau tribunal les membres du conseil privé, Viglius avait principalement pour but de s'en exclure lui-même. Il alléguait d'ailleurs que l'état ecclésiastique, qu'il avait embrassé, l'exemptait de toute intervention dans les causes criminelles \ Son esprit prudent lui suggérait cette conduite : en faisant en sorte de ne point participer aux sanglantes proscriptions qu'il prévoyait, Viglius ménageait, pour un avenir incertain, les adversaires de la tyrannie espagnole. L'avis de ce magistrat trop habile ayant prévalu, le duc d'Albe se déclara le président du conseil des troubles, et désigna, comme ses suppléants, les seigneurs de Berlaymont et de Noircarmes, qui acceptèrent très-volontiers cette mission odieuse. Il leur adjoignit Adrien Nicolaï, chancelierdu conseil de Gueldre; Jacques Martens, président du conseil de Flandre; Pierre Asset, président du conseil d'Artois; Jean de Blasere, conseiller du grand conseil de Malines, et Jacques Hessele, conseiller du conseil de Flandre. Ces magistrats eurent pour collègues et bientôt pour supérieurs, par l'influence prépondérante qui leur fut assurée, deux Espagnols, le docteur Louis del Rio et le licencié Juan de
1 Réponses du D' Louis del Rio aux interrogatoires qu'on lui fit subir en 1577 par l'ordre du prince d'Orange. Messager des sciences historiques, t. VL Voir aussi Supplément à Strada, t. 1er, pp. g-g.
2 Voir les lettres XVIe et XXVI Il<- de Viglius à Hopperus, dans les Analecta belfjica de Hoynck van Papendrecht, t. ler, 2<' partie, pp. 410 et 441,
Vargas, ancien membre du conseil suprême d'Italie en Espagne. Pour exercer les fonctions du ministère public, le duc désigna Jean Du Bois, procureur général au grand conseil de Malines ; Jean de la Porte, avocat fiscal en Flandre, et Claude Bélin, lieutenant du bailliage d'Amont, au comté de Bourgogne. Il nomma secrétaires du conseil des troubles Jean de Vlierden, Jacques de la Torre, Jean Mesdach et Etienne Prats, catalan, tous quatre secrétaires du conseil privé. Non-seulement le duc d'Albe se déclara le chef et le président du conseil des troubles, mais il décida, en outre, que les opinions des membres ne seraient que consultatives. En conséquence,' pour les délits dont il les constituait juges, il ne leur donnait le pouvoir de procéder que jusqu'à la sentence définitive exclusivement; car il se réservait à luimême de la prononcer comme président. Deux raisons l'avaient engagé à circonscrire dans ces étroites limites l'autorité des conseillers. Ne connaissant point les magistrats qu'il avait appelés au conseil des troubles, et devant néanmoins se guider d'après leurs avis, il craignait d'être facilement abusé par eux ; d'autre part, il savait que les hommes de loi ne condamnaient que pour des délits prouvés, tandis que les affaires d'État, sur lesquelles il les appelait à se prononcer, étaient bien différentes, disait-il, des lois en vigueur dans les Pays-Bas ■ . Cet abaissement profond de la justice dégoûta bientôt les magistrats honorables que le duc d'Albe avait appelés dans son conseil. A la défiance qu'il leur témoignait, ils répondirent par l'abstention. Le chancelier 'de Gueldre, les présidents de Flandre et d'Artois prétextèrent des occupations impérieuses pour justifier leurs absences fréquentes
' Réponses de Louis del Rio ; — Lettre du duc d'Albe au grand commandeur Requesens, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 57G, et lettre du même au roi, citée par M. Gachard, dans sa Notice stir le conseil des troubles.