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frère, le comte de Bornes, et les leurs. Le duc suppliait donc le roi d'honorer ce bon serviteur, pour que tout le monde apprît que Sa Majesté n'avait pas envoyé aux Pays-Bas une personne telle qu'on dépeignait Juan de Vargas '. A de déplorables antécédents, celui-ci joignait des défauts qui devaient le rendre plus odieux encore. Il était souverainement brutal , avare et très-ignorant, bien qu'il cherchât à dissimuler son insuffisance par sa loquacité et son pédantisme '. Et c'était ce méprisable personnage que le duc d'Albe ne cessait de recommander à Philippe II ! Vargas lui était, répétait-il, dun secours inappréciable, et, sans lui, il n'aurait pu accomplir aucune des choses qu'il avait faites ^.
Le docteur Louis del Ptio, Espagnol d'origine, mais né à Bruges, |
était fils de Francisco del Rio , gentilhomme de Ségovie et de |
dame Madeleine de la Torre. En 1566, s'étant rendu en Espagne i
pour des affaires particulières , le roi le prit à son service, par l'intervention de Tisnacq et de Courtewille, et lui conféra le titre de conseiller extraordinaire, mais sans emploi déterminé. Lorsque le duc d'Albe se rendit dans les Pays-Bas , il fut ordonné à del Rio de le suivre pour servir, lui avait-on dit, dans le conseil privé 4. Mais le duc le plaça dans le conseil des troubles où sa faiblesse de caractère devait le rendre le docile instrument d'esprits fanatiques ou pervers.
' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 5. — C'est ce qui faisait diie au prince d'Orange, dans son Apologie : « Ils ont fait mettre le procès de « mes confrères et le mien, contre les statuts exprès de l'Ordre et contre le 0 serment même du roi, qui en est le chef, entre les mains de je ne sais « quels gens de néant, qui n'étaient pas dignes d'être mes valets. »
* Les Espagnols disaient « que la plaie gangreneuse du Pais-Bas avoit besoin d'un si tranchant cousteau comme estoit Vargas. » Van Meteren, fol. 53.
3 Le duc d'Albe au roi, 29 novembre 1567, dans la Correspondance de Philippe II, t. 1er, p. 60G.
■'* licponses de del Rio a ses hiterrogatou'es.
Claude Bélin de Chasney, de Gy ', était avocat fiscal du bailliage d'Amont au comté de Bourgogne, lorsque, par la protection du cardinal de Granvelle, son compatriote, il fut appelé dans les Pays-Bas et adjoint au conseil des troubles. Granvelle n'était point fâché d'avoir là quelqu'un qui pût , sous sa direction secrète , poursuivre adroitement l'enquête commencée contre Simon Renard, et démontrer sa participation aux ligues et aux troubles des Pays-Bas '. Mais lorsque Bélin eut été spécialement chargé, avec Vargas et del Rio, du procès des comtes d'Egmont et de Hornes, il regretta d'avoir quitté la Franche-Comté pour remplir une mission qui alarmait sa conscience en même temps qu'elle effrayait son courage. Il était d'ailleurs jaloux de la supériorité que s'arrogeaient les conseillers espagnols Vargas et del Rio, et supportait avec peine les mortifications qu'ils lui faisaient endurer. Il confia naïvement ses inquiétudes au cardinal de Granvelle. Celui-ci, mécontent de son compatriote, l'exhorta à mettre plus de réserve dans sa conduite et de discrétion dans ses paroles ; mais surtout, il s'efforça de lui inspirer plus de fermeté, en lui rappelant comment lui-même avait bravé, pendant deux ans, les menaces dont il avait été l'objet en Flandre ^ Bélin
• Petite ville à quatre lieues de Besançon.
^ Le 30 septembre 4567, Granvelle adressa, à cet égard, une recommandation expresse à Bélin. Essay des mémoires du cardinal de Granvelle, par l'abbé de Saint-Vincent (Bibliothèque de Bourgogne, IGSTI).
^ Cette réponse du cardinal de Granvelle mérite d'être citée : « ... Ne « faut estre tant pusillanime et craintif. Si vous fussiez esté en mon lieu, <i quand deux ans durant en Flandre l'on me disoit tous les jours que l'on u me donneroit des coups de poignard, vous fussiez mort de peur... Qui se « veut avancer ne doit tant craindre pour sa peau. Et m'esbahis que vous « vous fondez sur les écrits que l'on fera en Allemagne contre les procé- « dures. Voyez les écrits qu'on a faits en Flandre contre moi, et ceux que « l'on a faits en Allemagne pour la prison du Landgraft, pour le marquis « Albert, pour Crombach. .l'ai avalé tout cela doux comme lait. Le papier
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aurait même voulu se retirer en alléguant les rapports d'amitié et de dépendance qu'il avait avec le cardmal de Granvelle, dont les seigneurs accusés étaient, disait-il, les ennemis mortels. Cette prétention, appuyée par des propos inconsidérés, déplut extrêmement au cardinal. Il en témoigna le plus vif déplaisir, disant qu'il n'avait point chargé Bélin de ses affaires ; que, d'ailleurs, il avait toujours fait profession de ne tenir personne pour ennemi, quelque mal que ces seigneurs lui avaient voulu, sans leur en avoir donné motif ' .
Le procès des comtes d'Egmont et de Hornes fut certainement l'affaire la plus grave qui eût été imposée au conseil des troubles. Malgré son importance capitale, elle ne fut cependant qu'un épisode dans les sanglantes proscriptions ordonnées par Philippe II et dirigées par le duc d'Albe. 11 importe donc de jeter
i< se laisse écrire et ce ne sont coups de poignard. Je tiens à heur et hon- « neur que méchants parlent mal de moi... « Mémoires de l'abbé de Saint- « Vincent, cités ci-dessus.
' Citons un autre extrait de cette lettre qui fait si bien connaître Granvelle et son époque . « ... Je vous prie autant affectueusement que je puis « non plus m'entremêler en tels termes, vous me ferez trop plus grand « plaisir de non faire jamais mention de moi ni en mal ni en bien, comme « si vous ne m'eussiez jamais vu, et allant par ce chemin que vous prenez, « sur ma foy, vous affoulerez et me ferez dommage... Vous me voulez à la « fin de vos lettres donner un aiguillon, disant qu'ils me serreront la porte. « Sur ma foy, si vous allez par ce chemin, je ne vous répondrai plus : vous a n'avez là charge de solliciter que je sois entremis ni ne savez à quoi je « prétends, et vous prie autant afTectueusement que je puis, non vous « mettre en soin de ce qui me touche par-delà, car vous ne savez ce que « je prétends, comme j"ai dit, qui n'est rien moins que d'y avoir charge. Je « sais ce que y passe et vois de plus loin. Je me contente de m'entendre « bien avec mon maître et ne suis non plus Flamand que Italien. Je suis « de partout, et ma fin est de procurer de faire mes affaires et de m'cm- « ployer à ceux du maître et du public en ce que l'on voudra, et non plus. . . » Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, n" 12929.
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un coup d'oeil sur les mesures générales dont le conseil des troubles entreprit l'exécution et dont il assuma la responsabilité.
Le conseil des troubles décida, selon la résolution déjà prise
en Espagne, que l'on poursuivrait tous ceux qui auraient été
iconoclastes, ministres ou dogmatiseurs, membres de l'un ou
/ l'autre consistoire, ou qui auraient porté les armes contre l'auto-
I rite royale. On devait arrêter tous ceux qui seraient rangés dans
i Tune de ces quatre catégories, d'après les informations déjà
' recueillies en chaque province par les commissaires que la du-
chesse de Parme y avait envoyés. L'instruction préalable du procès serait confiée aux magistrats ordinaires, qui transmettraient ensuite les pièces, avec leur avis, au conseil des troubles, pour que le duc d'Albe, qui s'était réservé la décision, pût faire connaître sa volonté '. Le duc se réserva de même la connaissance des procès touchant les privilèges invoqués par des villes et provinces, en matière de saisie et de confiscation des biens, pour le fait des troubles, ainsi que des prétentions qu'élèveraient des créanciers sur les biens des coupables -. Ainsi, le conseil des troubles, ou plutôt le duc d'Albe tout seul, absorba l'autorité qui appartenait aux conseils provinciaux des Pays-Bas. Le nouveau tribunal ne de\ait être entravé par aucune autre juridiction ; les délits politiques lui appartenaient, et il les jugeait souverainement ^.
• Réponses de del Rio à ses Interrogatoires.
- Circulaire du duc d'Albe aux conseils de justice, du 29 mars 'I5(i8, dans la Correspondance de Philippe 11, t. 11 (appendice), p. 662. — Morillon écrivait à Granvelle, le 9 novembre 1567, que le duc d'Albe avait envie de confisquer sous une forme nouvelle les terres des seigneurs rebelles ; on disait même qu il demandait permission de les donner à qui il voudrait pour récompense. Analyse des lettres de Morillon à Granvelle (Bibliothèque de Bourgogne, no 16094).
•* Van Meteren, fol. .'33 v.
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Il avait été d'abord convenu, toujours suivant la résolution prise antérieurement en Espagne, que l'on ne procéderait que contre les gentilshommes confédérés , absents et fugitifs , sans inquiéter ceux qui n'avaient point quitté le pays ' . Mais, loin de tenir cette résolution, les meneurs du conseil des troubles, à l'instigation du ducd'Albe, arrêtèrent entre eux certains articles qu'ils déclaraient fondamentaux , et qui comprenaient , sous la dénomination de lèse-majesté, une foule de délits entraînant perte de corps et de biens. Ils donnèrent même à ces articles une telle extension que peu de personnes purent se croire en sûreté. Ils décidèrent que toutes les requêtes présentées par les états et villes du pays, contre l'institution des nouveaux évoques, contre l'Inquisition ou en faveur de la modération des placards, n'étaient que conjurations contre Dieu et le roi. Ils déclarèrent également coupables du crime de lèse -majesté les nobles qui avaient présenté la requête contre l'Inquisition et les placards, et tous ceux qui avaient approuvé cette démarche. Ils enveloppèrent dans la même accusation tous les seigneurs, gentilshommes, officiers provinciaux, agents subalternes, etc., qui avaient, sous prétexte de la nécessité des temps, autorisé les prêches ou qui y avaient connivé ; tous les seigneurs aussi, gentilshommes, juges, officiers et autres, de quelque qualité qu'ils fussent, qui n'avaient point empêché la première requête des confédérés, les prêches et le brisement des images ; enfin, tous ceux qui ne seraient point d'avis que les habitants des Pays-Bas, à cause de leur rébellion, étaient déchus de leurs anciens privilèges, et tous ceux encore qui protesteraient contre la juridiction du conseil des troubles \
Philippe II fut loin de désapprouver ces terribles procédures
1 Réponses de del Rio à ses Iiilerrogatoires.
2 Van Meteukn, fol. Si.
qui rappelaient les jours les plus sinistres du règne de Tibère : il s'efforçait même de stimuler son lieutenant afin que les listes dos proscrits fussent encore plus étendues '.
Le duc d'Albe ordonna aussi la plus sévère enquête contre les officiers et gens de loi qui étaient en fonctions dans les dernières années. Les commissaires des troubles devaient les interroger sur les efforts qu'ils avaient faits pour empêcher les désordres et surtout ce qui pourrait être à leur charge. Ils devaient s'enquérir auprès de chacun individuellement quelles étaient les per-. sonnes qui les avaient engagés, par menaces ou autrement, à fermer les yeux sur les désordres commis ou qui les avaient aidés à ne pas remplir leur devoir. Les commissaires devaient ensuite se rendre à Bruxelles et faire leur rapport au duc d'Albe ou au conseil des troubles ^
Avant son départ des Pays-Bas, la duchesse de Parme avait insisté pour qu'une amnistie générale vint mettre un terme à l'anxiété des habitants. Le nouveau gouverneur combattit cette opinion. « Il y a encore beaucoup de choses à faire, disait-il au commencement de l'année 1368 : condamner les villes qui ont délinqué ; tirer des particuliers une bonne somme de deniers, après qu'on aura fait justice exemplaire des principaux coupa-
' Le duc d'Albe mandait au roi, le 24 octobre loiiT : « J "ai tâché d'obtenir (lue ceux qui ont signé le Compromis fussent déclarés coupables du crime de lèse-majesté ; le conseil l'a voté et déclaré ainsi. » Philippe II répondit, le 12 décembre, qu'il approuvait que les signataires du Compromis eussent été déclarés coupables du crime de lèse-majesté : il pensait, ajoutait-il, qu'il y avait lieu de porter la même déclaration contre ceux qui les avaient favorisés et assistés. Correspondance de Philippe II, t I*''', pp. 388 et 609. — Le 16 octobre précédent, Philippe II avait envoyé au duc d'Albe une liste de quelques-uns des Bourguignons et Flamands attachés à sa maison, alin qu'il s'informât de leur conduite durant les troubles.
- Lettre du duc d'Albe aux commissaires des troubles, du 23 octobre I o67 . dans la Correspondance de Philippe II, t. Il, appendice, p. 6oi.
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blés ; assurer les revenus royaux aux Pays-Bas et modifier les privilèges. Pour tout cela, il importe de ne pas accorder de pardon général, afin que la crainte soit incessamment suspendue sur la tête de chacun ; que les villes se soumettent à ce que l'on voudra faire d'elles; que ceux qui auraient à racheter leurs délits offrent des sommes plus considérables, et pour qu'aucun des états n'ose faire d'opposition à ce qui sera proposé en vue d'assurer les revenus du roi '. »
Un des premiers actes du conseil des troubles fut de voter pour la mort de d'Andelot, de Maximilien de Blois et de Philippe de Wingle, qui avaient été arrêtés sous l'administration de la duchesse de Parme et qui étaient détenus au château de Vilvorde. Mais le duc d'Albe résolut d'ajourner l'exécution de ces trois gentilshommes jusqu'à ce qu'il put également faire justice des autres prisonniers d'État '. Le conseil avait proposé aussi de séquestrer les biens du prince d'Orange ^, et cette mesure, approuvée par le duc d'Albe, devait être appliquée sans retard à tous les autres coupables.
Par une violation manifeste des privilèges du Brabant, les comtes d'Egmont et de Bornes avaient été, comme on l'a vu, transférés au grand château de Gand 4. Malgré leur haute qualité, les deux nobles prisonniers, toujours séparés l'un de l'autre,
' Le duc d'Albe au roi^ 6 janvier 1S68, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 2.
^ Le conseil avait émis son vote le 9 octobre. — Voir la lettre du duc d'Albe au roi, du 24 octobre ■1307, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 588.
' Cette résolution fut prise au conseil des troubles le 8 octobre 1367. Correspondance de Philippe II, t. l^, p. o8'i-.
* En confirmant, lors de son inauguration, la Joyeuse entrée, ou Constitution du duché de Brabant, Philippe II avait promis de ne laisser menet hors de cette province les personnes qui y auraient été arrêtées.
furent traités dans cette forteresse avec une rigueur extrême. Tout accès avec le dehors leur avait été interdit, et l'on n'avait pas fait d'exception pour leurs parents les plus proches ; ils ne pouvaient pas non plus sortir de leurs chambres, pas môme pour prendre l'air dans l'enceinte du château '. Les amis du comte de Hornes révélèrent, en outre, que ce seigneur serait mort de faim, si sa mère n'était venue à son aide sur ses biens propres, toutes les propriétés du comte ayant déjà été saisies et le duc d'Albe refusant de contribuer à son entretien '.
Les parents des deux seigneurs prisonniers mirent tout en œuvre pour les sauver. Sabine de Bavière, la noble épouse du comte d'Egmont, et Walburge de Nuenar, la compagne dévouée du comte de Hornes, se signalèrent surtout par leur zèle. Elles s'adressèrent presque simultanément à Philippe II et à l'empereur Maximilien. Mais Philippe se montra inexorable. Il refusa même de recevoir lu supplique que lui portait, par l'ordre de la comtesse d'Egmont, un gentilhomme attaché à cette maison ; il donnait pour prétexte que le duc d'Albe n'avait pas eu connaissance de la détermination prise par Sabine de Bavière ^ L'empereur Maximilien, au contraire, s'intéressa vivement aux deux seigneurs prisonniers. 11 appuya énergiquement les requêtes de la comtesse d'Egmont et celles de la mère et de l'épouse du comte de Hornes. Il demandait que l'un et l'autre fussent mis en liberté et traités comme chevaliers de la Toison d'or. Il rappelait
' Ces faits sont consignés dans la requête adressée à Philippe II par la comtesse d'Egmont, le 9 janvier 4368. Voir Correspondance de Philippe II, t. II, p. 5. Il résulte d'une autre requête que le comte ne put même recevoir les soins de son médeciû. Procès du comte d'Egmont, p. 16.
- Voir la Déduction de l'innocence de messire Philippe, baron de Montmorency, comte de Hornes, etc., p. 31.
^ Hinckart, le gentilhomme dont il est question ci-dessus, était arrivé à Madrid le 24 octobre 1567. Voir Correspondance de Philippe II, 1. 1<-', p. 598.
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à Philippe II les grands services que le comte d'Egmont avait rendus à l'empereur Charles-Qujnt et à lui-même ; il disait qu'il avait toujours connu en ce seigneur une sincère volonté et afîcction, ainsi qu'un zèle très-loyal pour son prince naturel. Il lui faisait observer que le comte et sa femme étaient alliés aux maisons les plus illustres de l'Empire, et que déjà plusieurs princes allemands l'avaient prié d'intercéder pour lui. Quant au comte de Hornes, il faisait observer qu'il ne pouvait se dispenser de lui prêter son appui, attendu qu'il était membre de l'Empire ',
L'intervention de l'empereur ne fit qu'aigrir Philippe II, et de nouvelles requêtes des comtesses d'Egmont et de Hornes le trouvèrent plus insensible encore. Sabine de Bavière le priait aussi de se ressouvenir des bons et loyaux services que son mari avait rendus à l'empereur, son père, ainsi qu'à lui-même, et de considérer ceux qu'il pouvait lui rendre encore. De son côté, Walburge de Nuenar ne doutait pas, disait-elle, que le roi ne fît procéder contre son mari, selon que la raison, l'équité et la justice le prescrivaient , et ce qu'il avait droit de prétendre comme « comte d'Empire » et chevalier de l'Ordre. Ces supplications étaient appuyées par Anne d'Egmont , comtesse douairière de Hornes, mère du prisonnier. Philippe II se borna à souligner les mots : « comte d Empire, » prétendant que les deux femmes s'abusaient ^ Du reste, il pressait le duc d'Âlbe d'in-
' L'empereur Maximiiien II au roi d'Espagne, 20 octobre 1567, dans la Correspondance de Pldlippe II, t I«f, p. S87.
2 Correspondance de Philippe 11, t. le--, p. 600. — Le 25 novembre, les comtes de Nuenar et de Hooghstraeten s'adressèrent de Cologne, au duc d'Albe, pour lui rappeler les lettres qu'ils lui avaient déjà fait parvenir et que l'Empereur lui-même avait écrites au sujet de l'emprisonnement des comtes d'Egmont et de Hornes. Ils se flattaient qu'il ne les obligerait pas à prendre leur recours vers l'empereur et les états de l'Empire, comme ils devraient le faire si la cause de ces deux seigneurs était déférée à des juges incompétents. Ibid., t. ler, p. 604.
struire le procès des seigneurs prisonniers avec toute la promptitude possible, désirant que, pour le printemps au plus tard, l'affaire fût terminée.
Le duc d'Albe , malgré toute son audace, feignait encore de discuter sérieusement les privilèges de l'ordre de la Toison d'or qui étaient sans cesse invoqués en faveur des prisonniers. En vertu de I edit perpétuel promulgué par Charles-Quint dans le chapitre tenu en 1531, les chevaliers n'étaient justiciables que de l'Ordre. Pour infirmer cette prérogative, le duc d'Albe produisit une résolution prise à Bruges en 1 468 et de laquelle il voulait inférer que les questions d'honneur seules étaient de la compétence de l'Ordre. Mais, quelle que fût la portée de cette résolution, elle avait été formellement abrogée par l'édit perpétuel de 1 53 1 ' . Les chevaliers de la Toison d'or, réunis en chapitre, avaient seuls le droit d'évoquer la cause de leurs confrères , les comtes d'Egmont et de Hornes. Mais Philippe II tira le duc d'Albe d'embarras. Il rappela à son lieutenant "" que, avant que celui-ci partît d'Espagne , il avait été reconnu en sa présence , dans les délibérations tenues à Madrid, que les chevaliers de la Toison d'or se trompaient en élevant la prétention de ne pouvoir être jugés que par le chapitre de l'Ordre. Or, cette opinion venait encore d'être confirmée dans une junte réunie par le roi afin d'examiner de nouveau la question. Et Philippe la sanctionnait en envoyant au duc d'Albe , selon sa demande., des pleins pouvoirs pour procéder contre les chevaliers de la Toison d'or ^
1 Histoire de l'ordre de la Toison d'ur, pp. xxxm et xxxiv. — Procès du comte d'Egmont, p. 9.
2 Le 20 décembre loG". Correspondance de Philippe II, pp. 642-613.
' Cet acte, joint à la dépêche du 20 décembre, portait l'autidate du \ 6 avril 1567 ; il autorisait le duc d'Albe « à procéder contre tous ceux qui « avaient pris part aux troubles des Pays-Bas, et même contre les chevaliers « de la Toison d'or, sans égard, en ce qui concernait ces derniers, aux