‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 89 sur 159 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Le duc d'Albe n'avait pas môme attendu cette autorisation pour faire interroger par des commissaires du conseil des troubles les nobles prisonniers détenus au château de Gand. Ce soin, en ce qui concernait le comte d'Egmont , fut confié à Juan de Vargas et à Louis del Rio, assistés du secrétaire Etienne Prats. Les commissaires espagnols remplirent leur tâche le 1 2 , le 1 3 , le 14 et le 16 novembre 1567 -. cent quarante-huit questions différentes furent posées au comte d'Egmont. Bien que ses réponses se ressentissent quelquefois de l'abattement de son âme et n'eussent pas toujours la précision qu'on aurait pu désirer, Egmont ne reconnut et n'avoua jamais qu'il avait eu le dessein de se révolter contre le roi. Il prétendit que toute sa conduite , depuis son opposition contre le cardinal de Granvelle jusqu'à son intervention entre la cour et les protestants, avait constamment eu pour but le service du souverain, et qu'elle avait toujours été dirigée par la ferme volonté de maintenir les Pays-Bas sous son obéissance '.

« constitutions dudit Ordre. » [Correspondance de Philippe II, n° cxiii.) Cet acte dissipa sans doute les scrupules que le S"" de Berlaymont exposait au roi comme étant, avec le duc d'Albe, le seul chevalier de l'Ordre au conseil des troubles. Il ne voulait pas, disait-il, manquer, comme confrère dudit Ordre, d'autant plus que M. d'Egmont l'avait nommé son procureur comme il avait fait du duc d'Albe et de ses autres confrères. Ibid., t. l^"-, p. 614. ' Les Interrogatoires du comte d'Egmont ont été publiés à la suite de la Correspondance de Marcjnerite de Parme. On ne possède pas ceux qui furent subis par le comte de Bornes. Du reste, voici sur le caractère de ces interrogatoires, quelques détails extraits de documents contemporains : « Claude Bélin eût désiré que les demandes faites aux seigneurs prisonniers eussent été plus simples; qu'on se fût attaché à quelques faits esseniels , sans en entasser une multitude plus capables de déconcerter des innocents que de faire connaître les coupables. Il osa proposer la coutume de Bourgogne, qui lui paraissait plus sage. Les docteurs espagnols s'offensèrent de cette liberté. Bélin , dont la conscience n'était pas tranquille,

La comtesse rt'Egmont avait confié la défense de son époux à Nicolas de Landas, grand bailli d'Armentières. C'était lui qui avait rédigé les nombreuses requêtes adressées par Sabine de Bavière à Philippe TI , au duc d'Albe , à l'empereur et à la plupart des princes de l'Allemagne. Par un acte du 9 décembre, le comte d'Egmont donna lui-même sa procuration à Landas ainsi qu'à Jean de Rantere, avocat au grand conseil de Malines. On ne lui permit point, cependant, de se concerter avec ses procureurs ni avec les avocats que ceux-ci s'étaient adjoints'. Tandis que le conseil des troubles redoublait d'efforts pour établir sa culpabilité, Egmont languissait dans la plus étroite captivité , sans aucune communication avec ses amis ni avec ses parents. II n'avait , enfin , aucune assistance à espérer lorsque, le 1 1 janvier 1568, Je secrétaire Prats vint lui notifier le « libel accusatoire 1) dressé contre lui par Jean Du Bois, procureur général au conseil des troubles. L'acte d'accusation comprenait quatrevingt-deux articles ou charges tendant à prouver que le comte d'Egmont s'était rendu coupable du crime de lèse-majesté, en favorisant les ennemis de la religion catholique et en méditant le détrônement de Philippe II, comme souverain des Pays- Bas. Ce dessein, longuement prémédité entre l'accusé et ses amis, s'était manifesté, selon le procureur général, dans les ligues formées contre le cardinal de Granvelle pour l'obliger à se retirer des Pays-Bas et dans les désordres qui avaient suivi l'éloignement

insinua adroitement que l'on communiquât au conseil assemblé les demandes qu'on voulait faire aux prisonniers et que l'on y vît leurs répon.ses. Vargas, indigné de cette hardiesse et de ce qu'on osait lui donner ces avis, répondit en colère : Ego habeo plus experientiœ quam totum concilium. » Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, no 12929.

' Les iniquités de cette monstrueuse procédure ont été, du reste, signalées avec force dans le discours placé par M. le procureur général de Bavay entête des pièces justificatives du Procèsdu comte d'Egmont, pp. I6et suiv.

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