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de ce ministre. C'était également, pour atteindre ce but, que l'accusé et ses amis s'étaient proposé de concentrer toutes les affaires dans le conseil d'État et d'imposer des lois au souverain en poussant à la convocation des états généraux, pour en faire les instruments d'un parti factieux. De là encore l'appui prêté par le comte d'Egmont à Bréderodc et au Compromis, tandis qu'il refusait de seconder la duchesse de Parme, de lui donner aide, conseil et secours ; la protection ouverte qu'il avait promise aux confédérés et consisloriaux réunis à Saint-Trond et l'usurpation de l'autorité souveraine en ces circonstances; le silence qu'il avait gardé sur les projets , les forces et les alliances des confédérés, bien qu'il connût toute l'étendue de cette conspiration contre les droits du prince ; l'autorisation qu'il avait accordée, en outre-passant ses pouvoirs, de tenir des prêches à Gand , à Ypres et dans d'autres localités de son gouvernement ; la partialité qu'il avait témoignée envers les sectaires et le dédain qu'il montrait, d'un autre côté , aux catholiques ; le projet délibéré dans les conférences de Termonde de prendre les armes contre le roi, s'il venait avec des forces dans les Pays-Bas, et le silence gardé sur ce projet vis-à-vis du roi ainsi que de la gouvernante ; enfin, de là encore la défaveur que l'accusé avait toujours témoignée à l'Inquisition, ayant déclaré plusieurs fois que, si le roi voulait l'introduire dans les Pays-Bas, il vendrait tous ses biens étirait demeurer dans une autre contrée. En résumé, le procureur général concluait à ce que le comte d'Egmont fût déclaré convaincu d'avoir commis le crime de lèse-majesté contre la foi et son prince souverain ; qu'il fût en conséquence privé de tous les états, offices et honneurs dont il avait été pourvu par le roi, et condamné en outre au dernier supplice avec confiscation de ses biens, tant féodaux qu'autres, au profit de Sa Majesté '.
' Le procureur généial produisit encore huit charges nouvelles ou sup-
452 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE ri.
Après avoir donné lecture de l'acte d'accusation, en présence de Juan de Vargas et de Louis del Rio, le secrétaire Prats en délivra une copie au comte d'Egmont, en l'invitant , selon la décision prise par le duc d'Albe, à y répondre dans le terme de cinq jours. Ce délai était dérisoire : aussi fut-ce seulement le 12 février que le noble prisonnier remit au capitaine Salinas, gardien du château de Gand, le Mémoire de défense qu'il avait rédigé de sa main. Egmont commençait par dire qu'il aurait eu toutes les raisons du monde de ne pas obéir à l'injonction du conseil des troubles , attendu qu'on lui avait interdit de se concerter avec ses procureurs, même pour savoir d'eux s'il devait suivre la marche qui lui avait été prescrite par le duc d'Albe, et pour entendre leurs conseils dans une affaire dont dépendaient son honneur, sa vie et son bien. S'il s'était néanmoins décidé à répondre , pour ne pas devenir contumax , il réservait tous ses droits comme chevalier de la Toison d'or et participant aux privilèges et coutumes des Pays-Bas. Il repoussait ensuite avec énergie la charge fondamentale, source de toutes les autres, à savoir le dessein d'avoir fomenté le détrôncment du roi et la destruction de la religion catholique. « Je n'ai jamais traité, disait-il, ni jamais pensé traiter chose contre le service de Sa Majesté ; mais je me suis toujours efforcé de remplir le devoir d'un bon vassal et serviteur. » Il ne niait point qu'il avait montré peu de bonne volonté au cardinal de Granvelle et qu'il avait été bten aise lorsque ce personnage s'était éloigné du pays. Quant à la conduite qu'il avait tenue au conseil d'État, elle avait été dirigée, prétendait-il, par des intentions droites et
plémentaires concernant la conduite tenue par le comte d'Egmont en Flandre, pendant la crise de 156G, à l'effet de favoriser Thérésie, et relativement aussi à ses relations avec le marquis de Berghes, le baron de Montigny et Antoine de Stralen, d'Anvers, dans le but de faire supprimer l'Inquisition. Voir cel acte d'accusation dans le Supplément a Strada, t. I^'-, pp. 24 à 39.
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qui tendaient « au service de Sa Majesté et au bien du pays. » Il expliquait, d'une manière plus ambiguë, son apparition ù l'hôtel de Culembourg, lors du banquet des gueux, mais en soutenant néanmoins qu'il n'avait cru faire rien de contraire au service de Dieu et du roi. En résumé, la défense personnelle du comte d'Egmont était une réfutation ferme, digne, quelquefois éloquente, de l'acte d'accusation dirigé contre lui ; elle était aussi plus précise, en général, et plus concluante que les réponses faites dans ses interrogatoires. L'accusé niait un grand nombre des faits qui lui étaient imputés, expliquait les autres d'une manière satisfaisante, et prouvait, en tout cas, qu'il n'avait pu se rendre coupable du crime de lèse-majesté. « Vraiment, disait-il, si <i l'on doit ainsi interpréter en mal toutes les bonnes considéra- « tions et propositions que j'ai émises en conseil par forme d'avis, <! pour le service du roi et le bien public, qui sera celui qui '( désormais pourra librement opiner audit conseil, pour le ser- <■ vice de Sa Majesté?» On avait surtout insisté sur l'appui qu'il aurait prêté aux confédérés. L'accusé déclarait, de la manière la plus formelle , que ni directement ni indirectement des ouvertures lui avaient été faites pour appuyer cette ligue ; que, loin de la protéger, il avait conseillé aux uns de ne pas y entrer et recommandé à d'autres de s'en détacher. « Par oii je « conclus et maintiens, ajoutait-il, que, par toute raison et jus- <t tice, ledict procureur général doibt estre débouté de toutes ses <c prétentions et moi remis en l'enthier de mon honneur et en •1 toute liberté, comme auparavant ma prison '. '•
Ce fut également le 1 1 janvier que le secrétaire Prats notifia au comte de Hornes, en présence du capitaine don Francisco de Mon-
' Voir la défense personnelle du comte d'Egmont, insérée par extraits dans le Supplément a Strada, 1. 1", pp. 64 à 80, et complètement dans le Procès du comte d'Egmont, pp. 'I2'l— 152.