‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 91 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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tes de Ocaet d'Antonio Davila, l'acte d'accusation dressé contre lui par le procureur général du conseil des troubles. 11 contenait soixante-trois articles ou charges. De même que -son comjiagnon de captivité, le comte de Hornes se trouvait sous le coup d'une accusation de lèse-majesté divine et humaine. On l'associait au prince d'Orange, aux comtes d'Egmont et de Hooghstraeten, à Louis de Nassau, au marquis de Berghcs, au S'' de Montigny, à Bréderode et à quelques autres qui, ensemble, avaient formé, depuis longtemps, le projet de changer de souverain. Ils devaient avoir recours à la rébellion pour enlever les Pays-Bas au prince légitime, s'en saisir et ensuite les partager entre eux. Voilà, disait le procureur général, ce qu'avaient démontré suffisamment leurs propos et leurs actions. Du reste, pour ce qui concernait les faits généraux, on reproduisait, contre le comte de Hornes, et dans les mêmes termes, les charges déjà dirigées contre le comte d'Egmont. Quant aux faits particuliers, on reprochait au comte de Hornes les difficultés qu'il avait opposées à la gouvernante lorsque, avertie que les confédérés se proposaient de lui présenter une requête, elle l'avait invité, par quatre lettres successives, à se rendre à la cour. On signalait ensuite sa conduite à Tournai, oii il avait favorisé, prétendait-on, les sectaires et leurs prêches. On lui imputait aussi d'avoir dit à Tournai, que si on voulait retenir en Espagne le S' de Montigny, son frère, il avait à son commandement cinquante mille hommes pour l'aller chercher; il aurait même ajouté que, si son frère était effectivement détenu, il irait combattre le roi et enlèverait de prison le S' de Montigny. C'étaient là, selon M* Jean Du Bois, des propos téméraires et qui suffisaient pour motiver l'accusation de lèsemajesté. En résumé, le procureur général requérait contre le comte de Hornes les mêmes peines que contre le comte d'Egmont '.

1 Voir Supplément à Strada. t. I", pp. 1 03 à 134.

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Le comte de Bornes ayant lu lentement et complètement le réquisitoire du procureur général, le secrétaire Prats le requit, par ordre du duc d'Albe, de répondre à chaque article pour sa défense et sa décharge. Le comte répondit qu'il y satisferait quand « lieu lui seroit donné pour ce faire librement et comme chevalier de l'Ordre, et point autrement. )> Telle était, en effet, l'intention de l'accusé. Mais Prats lui ayant déclaré de nouveau que la volonté du duc d'Albe était qu'il répondît promptement aux charges articulées contre lui, sans pouvoir être assisté de procureurs ni avocats, ni de nuls avis, il se résigna enfin, comme le comte d'Egmont, à rédiger sa défense personnelle, sous la réserve formelle de ses droits et des statuts de l'ordre de la Toison d'or. L'accusé commença à écrire ce Mémoire le 27 janvier, et quoique ce fût un travail considérable ', il l'eut terminé le 3 février, jour oti il le remit au secrétaire Prats, en présence du docteur Ambroise de Ribera, auditeur de l'armée, du capitaine don Francisco de Montes Oca et de trois autres officiers espagnols. De même encore que le comte d'Egmont, Philippe de Montmorency repoussait d'abord, avec une grande énergie, l'accusation d'avoir voulu changer de seigneur, « n'ayant, disait-il, « le cœur si bas qu'il veuille avoir autre prince que son naturel, «c étant l'un des plus grands rois de la chrétienté. » Il n'acceptait point la solidarité que le procureur général prétendait établir entre lui et les autres seigneurs incriminés et demandait que l'on examinât et jugeât ses actions d'une manière spéciale. |

11 avouait avec franchise qu'il avait vivement désiré l'assemblée des états généraux % attendu que le cardinal de Granvelle ne

" La défense personnelle du comte de Bornes est insérée dans le Suppléa ment à Strada, t. 1", de la p. 135 à la p. 210. Ce Mémoire répond, article par article, à l'acte d'accusation.

^ Sur ce point, la Défense personnelle du comte de Hornes était éloquente :

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remédiait à rien, mais « laissait le tout au bénéfice de la nature. )> Voyant son peu d'influence, l'accusé s'en expliqua avec le cardinal, afin qu'il ne fût pas rendu responsable vis-à-vis du roi de ce dont il n'avait charge. Le cardinal lui répondit que si des troubles éclataient et si l'on reconnaissait que les membres du conseil d'État n'avaient pas fait leurs efforts pour bien administrer les affaires, tous seraient également responsables, alors même qu'ils ne se seraient pas trouvés aux délibérations. L'accusé objecta qu'il n'était ni raisonnable ni équitable de devoir répondre des choses auxquelles on demeurait étranger : ou il fallait accorder aux membres du conseil d'État une autorité égale, ou il fallait suivre les traditions anciennes, d'après lesquelles on mentionnait expressément dans les placards et ordonnances ceux qui avaient été présents aux délibérations. Mais de ces propos le cardinal ne faisait que rire, donnant ainsi à entendre que le comte de Hornes n'était considéré que comme un chiffre. Quant à l'inimitié qui existait entre lui et le cardinal, elle avait pour cause, disait-il, des affaires privées et provenait surtout des mauvais services que Granvelle ne cessait de lui rendre sous ce rapport. Il avouait qu'il avait désiré une meilleure organisation des conseils , non cependant pour augmenter sa propre influence, mais bien pour fortifier l'autorité du prince, comme celle dont il espérait toute récompense et accroissement d'honneurs. Il donnait ensuite des explications sur les réunions

« Si l'on vcult lire, disait-il, les Cronicqiies de messire Philippe de Comi-

« nés, se y trouveront de grands services que lesdits estais généraux

a assemblez ont faict à leur prince, et n'a oncques entendu ledit deffen-

« deur, que lesdits estats ayent faict contre le prince. Et conclut ledict

« Philippe de Comines, qu'ils sont traistres à leur prince et au pays, ceux

« qui empeschent telles assemblées, et qu'ils le font pour nourrir leur

« ambition, afBn que le prince ne soit adverti des malversations... o Supplément à Strada, t. !<''•, p. 477.

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