LIVRE XV
de»Hooghstraeten et de Bréda qui, selon lui, n'eurent point un caractère politique. Il déclarait, au surplus, qu'il n'avait rien de commun ni avec Bréderode ni avec les autres signataires du Compromis ; loin d'être l'ami du S'' de Bréderode, il n'avait pas été en sa maison depuis son retour d'Espagne et fuyait sa présence tant qu'il pouvait, à cause de quelques différends survenus entre eux. Il répudiait donc toute solidarité avec Bréderode, « n'entendant, disait-il, défendre ses actions. » Mais il ne laissait échapper aucune occasion de disculper le comte d'Egmont. Du reste, il résultait spécialement de la défense du comte de Hornes que la première cause de son mécontentement fut le silence opposé par le roi aux demandes de récompenses, ou , pour mieux dire, d'argent, qui lui avaient été adressées à plusieurs reprises. On reprochait à l'accusé d'avoir désiré liberté de conscience, et que chacun pût vivre à sa volonté. Il objectait, sur ce point, le soin et la diligence avec lesquels il contenait ses propres sujets ; et alors même que ses vœux n'avaient pu être réalisés entièrement à cet égard, il avait fait ce qu'il pouvait pour maintenir la sainte foi catholique. On lui faisait un grief d'avoir été en peine pour son frère, le baron de Montigny : il répondait qu'il ne savait pourquoi il aurait été inquiet pour son frère, le trouvant fort heureux de séjourner près du roi, loin des troubles. Il espérait donc aussi'que le roi aurait égard à ses services, reconnaîtrait son innocence et le rétablirait dans tous ses droits.
Cependant le S'' de Landas avait continué ses actives démarches en faveur du comte d'Egmont. Le 27 janvier, il avait présenté au duc d'Albe une nouvelle requête dans laquelle il invoquait non-seulement les privilèges de l'ordre de la Toison d'or, mais encore ceux des Brabançons, dont le comte d'Egmont devait jouir et comme baron de Gaesbeeck et comme possesseur de plusieurs autres terres et seigneuries situées dans le Brabant, et enfin parce que la plupart du temps il tenait son domicile dans
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ce duché. Or, si l'on dépouillait le comte d'Egmont des privilèges inhérents à l'ordre de la Toison d'or, encore ne pouvait-il , selon les privilèges du Brabant, jurés par le roi, être traduit devant aucune autre juridiction que celle du conseil souverain de cette province, où l'accusé avait son domicile et sa baronnie, et oîi il avait été arrêté ' .
Le bruit ayant été répandu que les deux prisonniers allaient être envoyés par mer en Espagne, la comtesse d'Egmont saisit ce prétexte pour prendre directement son recours vers les états de Brabant et les supplier de faire respecter les privilèges que le roi lui-même avait juré de maintenir =.
Les états de Brabant, tout en'accordant leurs sympathies à la comtesse d'Egmont, craignaient d'offenser le duc d'Albe qui déjà suspectait leur conduite. Ils hésitaient à intervenir dans une cause qui pourtant les intéressait si puissamment. La comtesse
' Supplément a Strada, t. ler, pp. Il et suiv. — Le comte d'Egmont avait acheté, au commencement d'octobre 1503, la baronnie deGaesbeeck pour la somme de 1 10,000 ducats; la possession de ce domaine lui donnait entrée aux états de Brabant.
* Dans sa requête, elle les conjurait de veiller au maintien de leurs privilèges, et d'employer leur crédit , non-seulement pour empêcher que le comte, son époux, ne fût transporté hors des Pays-Bas , mais aussi pour qu'il fût reconduit dans le Brabant, d'où il avait été emmené contre les lois fondamentales et les plus inviolables de ce duché. Elle signalait aux états qu'on se proposait de traduire le comte devant un conseil et des commissaires étrangers, contrairement encore aux privilèges du Brabant. Elle croyait que le comte avait rendu de si grands services au roi et au pays qu'il méritait d'être maintenu et assisté dans son bon droit. Elle ajoutait que le maintien des privilèges intéressait fortement les états et tous les habitants du pays. C'est pourquoi elle les suppliait de prendre à cœur cette affaire pour conserver les privilèges, afin que le comte d'Egmont pût en jouir, comme en avaient joui les moindres du pays. Supplément à Strada, t. H, pp. -16 et suiv.
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d'Egmont ayant réitéré ses instances, ils résolurent enfin d'envoyer sa requête au duc d'Albe avec une remontrance, plus que respectueuse dans les termes, mais oti néanmoins ils rappelaient le gouverneur à l'observation des privilèges, que le roi lui-même avait juré de maintenir ' . Loin d'avoir égard à la prière des états, le duc d'Albe prit en fort mauvaise part qu'ils se mêlassent des affaires des deux prisonniers, puisque ceux-ci étaient des criminels de lèse-majesté, et que les privilèges du Brabant ne pouvaient être applicables aux accusés de cette catégorie \
Réduite, en outre, à la plus profonde détresse, par le séquestre déjà mis sur les biens du comte d'Egmont, Sabine de Bavière adressait à Philippe II ces paroles déchirantes : «' J'espère en la )> bonté, clémence et justice de Votre Majesté qu'elle ne voudra i> souffrir que je sorte [de] vos pays, avec mes onze enfants, » pour aller hors d'iceux chercher moyen de vivre, ayant été » amenée par feu, de bonne mémoire, l'Empereur, votre père ^. » Mais les supplications de cette noble femme ne détournèrent point Philippe II de son cruel dessein.
L'empereur Maximilien croyait que le cardinal de Granvelle avait été l'instigateur de l'emprisonnement des comtes d'Egmont et de Bornes. Il est plus vrai que l'ancien ministre de Philippe II dans les Pays-Bas aurait voulu épargner le comte d'Egmont et qu'il le défendit même, non sans chaleur, dans sa correspondance secrète avec le roi ^. A ses yeux , le vrai promoteur des
' Voir Supplément à Slrada, t. I", p. 20.
^ Foi> la réponse du duc d'Albe dans les lettres deViglius à Hoppeius. Analecta belgica de Hoynck van Papendrecht, t. I", 2'' partie, p. 'i 10.
^ Lettre de la comtesse d'Egmont au roi, du 5 janvier 1568, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 5.
* Il lui écrivait, le 2 novembre 1567, que la voie qu'il avait prise pour rétablir son autorité en Flandre avait étonné beaucoup de monde et peiné tous ceux qui voulaient du bien à M. d'Egmont. Il ne dissimulait pas
troubles, l'adversaire qu'il aurait fallu saisir et châtier, c'était le prince d'Orange. Il lui avait d'ailleurs porté un coup extrêmement sensible, en proposant au duc d'Albe, puis au roi, d'enlever le comte de Buren de l'université de Louvain et de le faire conduire en Espagne, oii on relèverait dans la religion catholique et où il servirait d'otage pour ce que son père pourrait entreprendre en Allemagne. Il conseillait néanmoins de le bien traiter, mais de séparer de lui tous ses serviteurs flamands et allemands. Philippe II s'empressa d'approuver ce projet et d'adresser, en conséquence, des instructions au duc d'Albe '.
Celui-ci, ne voulant point sans doute laisser à Granvelle tout le mérite de ce nouvel acte de violence, répondit qu'il avait eu le dessein de prévenir les désirs du roi. Lorsqu'il fit arrêter Egmont et Bornes, il lui avait paru convenable, disait-il, de s'assurer aussi du comte de Buren ainsi que des fils des comtes d'Egmont et deHooghstraeten, pour les envoyer en Espagne, où on les élè-
qu'il avait compassion de ce seigneur parce que, jusqu'à sa sortie des Pays-Bas, il n'avait point remarqué en lui des sentiments opposés à la reliligion catholique et au service du roi. 11 était persuadé, au contraire, qu'en ce qu'il faisait, Egmont, abusé par d'autres, croyait servir son souverain et son pays. Correspondance de Philippe 11, t. !"•, p. 59i. — 11 répétait, le '12 novembre, qu'il était toujours persuadé que le comte d'Egmont avait été abusé par d'autres, dans les choses où il ne s'était pas bien conduit, et ne doutait point que le roi ne se ressouvînt des services que ce seigneur lui avait rendus par le passé. Ibid., t. I", p. GOO. — Ainsi Granvelle ne cherchait point à tromper Hinckart, le gentilhomme envoyé par la comtesse d'Egmont à Madrid, lorsqu'il lui mandait, le 29 janvier 1568, qu'il partageait son opinion sur la non culpabilité du comte d'Egmont et qu'il continuerait à lui rendre auprès du roi tous les bons offices qui seraient en son pouvoir. Ihid., t. II, p. 9.
1 Lettres de Granvelle au roi, du 2 novembre et du roi au duc d'Albe du ■18 décembre -l.'iGV, dans la Correspondance de Philippe 11, t. !«'■, pp. 594 eteil.