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verait dans un monastère. Mais, après y avoir réfléchi, il jugea qu'il valait mieux attendre, les fils du comte d'Egmont étant d'ailleurs encore en bas âge et ceux du comte de Hooghstraetcn ayant suivi leur père en Allemagne. Cependant le roi lui ayant fait connaître ses intentions à l'égard du comte de Buren, il promettait de les exécuter '. La nouvelle mesure, suggérée par Granvelle et commandée par Philippe II, était tout à la fois un acte de déloyauté à l'égard du jeune comte de Buren et un attentat contre les privilèges sous la garantie desquels le prince d'Orange avait laissé son fils à l'université de Louvain. Cette institution était investie du droit de juger ceux qui lui appartenaient, de sorte qu'ils ne pouvaient être cités hors des murs de la ville universitaire. Le duc ne tint aucun compte de cette prérogative consacrée par la tradition et par le serment des ducs de Brabant=. Le 13 février 1568, il envoya à Louvain leS''deChassey, accompagné de douze archers. Cet officier était chargé de remettre au comte de Buren une lettre portant, en substance, que le désir qu'avait le roi de le voir, un jour, propre à le servir, avait donné lieu à la communication qui allait lui être faite. Chassey devait assurer le jeune comte que c'était pour son bien, et afin qu'il y reçût une meilleure éducation , et pût le servir plus tard comme l'avaient fait ses ancêtres , que le roi avait résolu de le faire venir en Espagne ; qu'il ne s'agissait pas du tout de l'arrêter, mais seulement de l'accompagner. Chassey
' Lettres du duc d'Albe au roi, du '19 janvier et du 29 février '1S68, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 7 et 13.
^ C'était lepràî'/egf mm tractus, c'est-à-dire de non trahendo seu evocando aliquo universitatis extra muros oppidi Lovaniensis . Ce privilège avait été sanctionné par les papes Martin V, Paul 11, Adrien VI, Clément VII et Grégoire XIII, par les ducs deBrabant et eu particulier par Charles-Quint. Voir Considérations sur l'histoire de l'université de Louvain, par M. le recteur DE Ram, dan.s les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XXI,
devait s'arranger de manière que, le second jour de son arrivée à Louvain, le comte de Buren se mît en route pour Anvers, oîi il logerait chez Albéric de Lodron ; de là, ils se rendraient à Flessingue, oii l'on préparait un navire pour les recevoir. A Flessingue, il remettrait le fils du prince d'Orange à la personne qui aurait à cet effet commission du duc d'Albe. Enfin, du moment oti Chassey aurait notifié sa commission au comte de Buren , il devait veiller sur le jeune seigneur, de jour et de nuit, mais sans que celui-ci pût s'en apercevoir, ni qu'il en souffrit aucune incommodité. Ces instructions furent soigneusement exécutées. Le comte de Buren quitta Louvain , fut conduit à Anvers , oii Albéric de Lodron lui fit l'accueil le plus empressé, et d'Anvers à Middelbourg, oii il s'embarqua sous la garde d'un neveu du duc d'Albe, don Pedro de Castille et de Tolède , châtelain de Manfredonia. Le duc d'Albe avait fait le moins de bruit possible, pour ne point provoquer de nouveaux murmures en Allemagne. Mais cet enlèvement clandestin de l'héiitier des Nassau ne laissait pas que d'agiter Philippe II et de préoccuper son lieutenant. Le jeune fils du prince d'Orange était déjà embarqué lorsque arriva une dépêche oti le roi exprimait le désir qu'il fût encore retenu dans les Pays-Bas , afin d'éviter le bruit que son départ causerait en Allemagne. De son côté, le duc d'Albe avait engagé le roi à faire venir ce jeune seigneur à sa cour et à l'y traiter avec bienveillance, en considération des services de ses ancêtres et aussi pour que ceux des Pays-Bas ne pussent dire que l'Espagne lui servait ! de prison. Philippe décida enfin que le comte de Buren serait
- conduit à Alcala , pour y continuer ses études, et qu'il y serait
traité convenablement , et non comme prisonnier. Il fut stipulé aussi que les cinq mille ducats de rente, possédés par le jeune seigneur, seraient fournis à Madrid '. Ainsi s'accomplit cet atten-
• Conrspuiutance de l'hiUppe U, t. II, pp. 10 et suiv. — 11 semble fou-
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tat, que le prince d'Orange se hâta de dénoncer, avec une douloureuse émotion , comme une preuve nouvelle et sinistre de la tyrannie espagnole. L'université de Louvain fit aussi des représentations pleines d'énergie. En l'absence du duc d'Albe, ses députés furent reçus par Juan de Vargas, et celui-ci se contenta de répondre : « Non curamus privilegios vestros '. »
L'enlèvement du comte de Buren avait suivi un événement encore plus grave , l'arrestation de l'héritier présomptif de Phi-
tefois que l'Espagne servit effectivement de prison à l'héritier de la maison de Nassau : « Ce jeune enfant, dit Aubery du Maurier, fut mené prisonnier en Espagne à l'âge de treize ans, et enfermé dans un château à la campagne, où il ne put recevoir aucune éducation, et oîi il passa la plus grande partie de sa vie à jouer aux échecs, que le châtelain lui apprit. Sur la fin de sa prison, qui fut de près de trente ans, on lui donna un peu plus de liberté. » Mémoires pour servir à l'histoire de la république des Provinces-Unies, t. IL ' Dans sa Justification, le prince d'Orange s'écriait : « L'on nous dé- « pouille non-seulement de notre bien... mais aussi de notre honneur et de « notre enfant, qui nous sont plus chers que la vie ! « Dans son Apologie, ses plaintes étaient plus amères et plus véhémentes : << Ils s'en prennent u dabord à mon fils, jeune écolier, et malgré les privilèges de l'université, « ils le tirent par force de Louvain. Il arriva même que, sur les remon- « trances faites à ce sujet par l'université, le barbare Vargas répondit « d'une manière propre à faire connaître son ignorance et sa brutalité : i> Non curamus vestros privilegios. Ils le tirent donc hors du Brabant « contre les privilèges du pays, et contre le serment du roi. Ils l'envoient « en Espagne pour l'éloigner de moi, qui suis son père, et jusques à pré- « sent ils le tiennent en une dure et cruelle prison. Quand donc ils ne « m'auraient point fait d'autre mal , je serais indigne non-seulement de ••< mon extraction, et du nom que je porte, mais même de la qualité de « père, si je n'employais tout ce que j'ai de forces et d'adresse, tous les <i moyens que Dieu m'a donnés, pour tâcher de le retirer de cette misérable « servitude, et do me procurer la réparation d'un outrage de cette nature. « Je ne suis point assez dénaturé pour ne pas sentir les émotions de la « tendresse paternelle, ni si sage, que le regret d'une si longue absence de " mon fils ne se présente continuellement à mon esprit... »
lippe II. Les démarches suspectes et les propos inconsidérés de don Carlos avaient accru la froideur qui régnait entre ce prince et son père. Philippe II finit même par ne plus adresser la parole à son fils. L'extrême défiance que Carlos lui inspirait fut aussi, dit-on, un des motifs qui l'empêchèrent de se rendre dans les Pays-Bas. C'était , du reste, vers ces provinces que se portaient principalement les vues et les pensées de l'héritier de la monarchie. Selon des assertions qui ne sont pas dénuées de vraisemblance, don Carlos aurait voulu favoriser les mécontents des Pays-Bas, et, après avoir été placé à la tête de ces provinces, se soustraire à l'autorité de son père. La nomination du duc d'Albe étant venue détruire ses espérances , on a vu comment il avait cherché, le poignard à la main , à se venger du capitaine qui le supplantait. Plusieurs écrivains ont prétendu aussi que le délire de son imagination alla jusqu'à l'horrible dessein d'attenter à la vie même de son père. Quoi qu'il en soit de ces assertions ou de ces hypothèses , que l'histoire n'a pu encore éclaircir entièrement , un fait est hors de doute : c'est la mésintelligence qui existait entre le prince et son père , mésintelligence sourde mais profonde , provoquée par une divergence complète de vues. Divers indices donnèrent bientôt l'éveil sur les projets du prince et sur l'agitation de son âme. On savait qu'il ne s'endormait jamais sans placer sous son chevet une épée nue et des armes à feu. Lui-même, aux dernières fêtes de Noël, s'était plaint hautement que son confesseur lui eût refusé l'absolution , parce qu'il ne voulait point renoncer à une vengeance préméditée. Enfin, il s'était ouvert de ses projets à don Juan d'Autriche, son compagnon d'enfance ; et don Juan avait tout révélé à Philippe II, qui, d'un autre côté, avait reçu les confidences du confesseur de don Carlos. Philippe , cependant , délibérait encore avec lui-même sur les moyens les plus convenables de déjouer les projets insensés de son fils, lorsque, par une dernière démarche, le prince