‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 98 sur 159 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

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Le comte de Hooghstraeten voulut aussi démasquer les iniquités du conseil des troubles. On lui imputait d'avoir adhéré au prince d'Orange et secondé ses projets ambitieux, aidé ù promouvoir la rébellion dans les Pays-Bas , favorisé le Compromis et souffert à Anvers, où il avait été envoyé avec le prince, « une infinité de choses abominables et énormes; » enfin, d'avoir usurpé ù Malines sur l'autorité royale et celle de la gouvernante, et délibéré à Termonde avec le prince et d'autres, ses complices, de prendre les armes contre le roi ou celui qu'il enverrait pour le représenter dans les Pays-Bas. L'accusé adressa de Cologne, le dernier de février, au procureur général du « conseil de crime » une longue lettre, pour déclarer qu'il ne pouvait reconnaître la compétence de ce tribunal, institué par le duc d'Albe. De même que le prince d'Orange , il invoquait les privilèges de la Toison d'or, d'après lesquels il n'était justiciable que du chapitre de l'Ordre seul ; il déclinait toute autre juridiction, protestait contre la citation du procureur général et en appelait au roi et aux juges compétents qu'il voudrait établir à cet effet. Il adressa également copie de cette protestation au duc d'Albe, dans une lettre oii , après avoir signalé la mauvaise et sinistre impression que le procureur général avait donnée non pas seulement de ses actions mais encore de ses intentions , il exprimait l'espoir que , comme chevalier de la Toison d'or, le duc ne voudrait enfreindre, au préjudice d'un confrère, les statuts qu'il avait juré d'observer. Il joignit à sa requête les dispositions des statuts de l'Ordre et de la Joyeuse-Entrée de Brabant, qui pouvaient être invoquées dans sa propre cause et dans celle de ses collègues. Non content de cette protestation en quelque sorte juridique, il entreprit à son tour de réfuter point par point,

substance, se trouve en entier dan.s la Grande chronique de Hollande, t. li, pp. I7C à lO-l .

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toutes les charges accumulées contre lui par le « procureur «( général de crime. » 11 data sa Défense de Cologne, le 25 avril 1568, et la fît également imprimer. Cette Défense tendait à prouver que le comte de Hooghstraeten était innocent de toutes les accusations dirigées contre lui , qu'il s'était sincèrement et loyalement conduit durant les troubles des Pays-Bas, et qu'il avait rempli ses charges, principalement dans les villes oii son intervention avait été réclamée , non-seulement avec le soin et la fidélité nécessaires , mais encore à l'avantage du service de Dieu et du roi , et dans l'intérêt du bien public et de la patrie. Il abordait successivement toutes les accusations du procureur général , tantôt niant ce qui était positivement faux, tantôt expliquant des démarches mal interprétées ou des actes dont la signification avait été volontairement exagérée, cherchant enfin à établir que sa conduite n'avait cessé d'être loyale et patriotique. Il terminait cette apologie, écrite avec talent, en exprimant l'espoir que le roi , averti de sa justification et de sa résolution constante d'employer corps et biens à son service, persisterait dans sa bonté naturelle, dont on avait voulu le détourner par de faux rapports et des imputations méchantes; qu'il châtierait les calomniateurs d'un serviteur fidèle ; qu'il aurait égard aux torts que ceux-ci lui avaient fait , pèserait ses services et le rétablirait au rang tenu par ses ancêtres , dont il avait constamment suivi les traces '.

Ce n'était pas seulement la noblesse qui était proscrite; le duc d'Albe faisait poursuivre aussi, avec la dernière rigueur et la plus révoltante barbarie, les gens de la classe moyenne, bourgeois ou artisans, sans exception, auxquels on reprochait d'avoir

1 Voir les pièces et les preuves dans La défense de messire Antoine de Lalaing, comte de Hocstrate , baron de Boissel et de Sombref, etc., etc., chevalier de l'ordre de la Toison d'or, passim.

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trempé dans les troubles, assisté aux prêches ou favorisé les ministres des sectaires. Mais les bourgeois opulents, dont on convoitait les biens, se trouvaient surtout exposés aux violences de cette implacable tyrannie. Le conseil des troubles citait devant lui vingt, trente, et jusque cinquante personnes à la fois d'une même ville. Ceux qui refusaient d'obéir à cette citation , étaient punis par la confiscation immédiate de leurs biens. Quant aux citoyens pauvres, on se dispensait de les ajourner : ils étaient saisis à l'improviste, torturés , puis décapités dans l'enceinte des villes , ou pendus au dehors, aux arbres des chemins. On voyait aussi des bourgeois, naguère les plus riches de leur commune, attachés à la queue d'un cheval et traînés, les mains liées sur le dos, jusqu'au lieu où on devait les exécuter'. Le 16 janvier, quarantesept personnes de Gand, nobles, patriciens et bourgeois notables, furent citées devant le conseil des troubles , pour le 4 février suivant. Le même jour, quarante-huit autres personnes furent ajournées pour le 6, et, le lendemain encore, quarante-huit pour le 10. Les listes des proscrits étaient proclamées publiquement et affichées à l'hôtel de ville, et des commissaires dressaient l'inventaire de leurs biens pendant que d'autres continuaient leurs informations et préparaient de nouvelles listes, faisant déposer même les enfants contre leurs pères, les parents contre leurs parents. Des cent cinquante ajournés, dix-huit des plus notables se rendirent à Bruxelles pour se justifier et furent entendus en leur défense. Mais, le 20 février, sur les dix heures du soir, le prévôt de la cour les arrêta tous dans leur logement, les fit mener, liés deux à deux, en prison, et, le 3 avril, leur procès étant terminé, ils furent tous exécutés, cinq ou six des principaux par l'épée, les autres par la corde. Quant à leurs biens , le fisc s'en empara, sauf la portion réservée à la veuve, si elle était

1 Van Meteren, fol. 57.

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catholique et non absente '. Au mois de février, ie duc d'Albe fut averti que des prêches secrets avaient lieu à Anvers. Ne se fiant point iî la diligence du margrave, il y envoya le prévôt de la cour, nonobstant les privilèges de la commune. Le prévôt saisit dans une cantine un bon nombre d hérétiques, et le duc annonça au roi que ceux-ci ne retourneraient plus à pareille assemblée '.

Tandis que ie conseil des troubles commençait ses sinistres travaux, le duc d'Albe prenait d'autres mesures pour assurer sa

' Ces détails ont été recueillis par Van der Yynckt dans des documents contemporains qu'il indique ( Histoire des troubles, t. !<"• , pp. 269-270.) — D'après la notice si exacte de M. Gachard , le conseil des troubles jugea, le 20 février, quatre-vingt-quinze habitants de diverses localités de la Flandre : trente-sept furent, selon son avis, délivrés au prévôt de la cour pour être exécutés, et ils le furent, pour la plupart, le 2 et le 6 avril ; les autres obtinrent leur mise en liberté, mais la plupart furent repris quelque temps après. Le 4 janvier précédent , le conseil avait déjà déclaré qu'il y avait lieu à sentence de mort et de confiscation de bien contre quatrevingt-quatre habitants de Valenciennes. Le 21 février, il rendit des sentences de bannissement perpétuel et de confiscation de biens contre vingtcinq habitants de ïhielt et quarante-six habitants de Malines. Le 20 mars, il prononça la condamnation à mort de trente-cinq personnes détenues en divers lieux. Le 22 et le 26 mars, nouvelles sentences de bannissement et de confiscation contre quatorze habitants de la chàtellenie d'Ypres, vingtdeux habitants de Warneton, trente-deux habitants de Messine, vingt habitants d'Estaires, seize de Steenvoorde, vingt-trois de la Gorgue, etc. Notice sur le conseil des troubles, p. IS. — 11 résulte, en outre, du recueil des sentences du conseil des troubles que, du 4 janvier au 28 mai ! 568, ce tribunal prononça la peine du bannissement, avec confiscation des biens, contre deux cent trente-trois fugitifs des provinces septentrionales. Voir Sententien en indaginyen van den hertog van Alba, iiilyesproken en gesla<jcn in ztjnen bloedtrued, etc., van den jaere 1567 toi 1572 , door Jacob Marcus (.■\msterdani, 1735, I vol. in-S"), passim.

' Le duc d'Albe au roi, 29 février 4 508, dans la Correspondance de Philippe II, t. Il, p. 13.

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tyrannie. Vers la fin d'octobre, il s'était rendu à Anvers afin d'y |

présider à la construction de la citadelle destinée à contenir cette j

ville populeuse, qui avait été naguère et qui devait encore rede- ;

venir le principal foyer du protestantisme dans les Pays-Bas. Le château d'Anvers, élevé d'après les plans de Pacciotto, allait être une des forteresses les plus redoutables de l'Europe. Le duc d'Albe obligea les habitants, maintenant désarmés, à contribuer, pour une somme considérable (200,000 écus), à l'érection de cette citadelle, qui allait leur enlever tout repos et toute sécurité '. Le duc voulut aussi que le magistrat rétablît les églises et les monastères qui avaient été ruinés, et il ne tarda pointu généraliser cette mesure. Le 14 juillet, il prescrivit que les églises et les monastères pillés et dévastés, pendant les troubles, seraient réparés aux frais de ceux qui avaient provoqué ce mal, fréquenté les prêches ou favorisé, d'une manière quelconque, les entreprises des sectaires =".

Ce n'était là que le prélude de mesures bien plus violentes.

Parmi les privilèges dont jouissaient les Pays-Bas, un des plus précieux était certainement le droit assuré aux états de votei' périodiquement les subsides pétitionnes par le souverain. La bourgeoisie, de même que la noblesse et le clergé, pouvait ainsi

1 D'après Van Meteren, fol. 35, le duc d'Albe fit commencer les travaux le 27 octobre -1 567 ; selon la Grande chronique de Hollande (t. II, p. 169), ce fut seulement le H décembre qu'il posa les fondements « de la plus superbe citadelle qui fût en Europe. » Du reste, le duc d'Albe lui-même écrivit au roi, le ^er novembre 1567, qu'il était venu à Anvers, pour y arrêtcr ce qui concernait la construction de la citadelle; que ceux de la ville lui avaient accordé 200,000 écus, destinés à subvenir à la dépense de cette construction ; qu'il eu ferait commencer les travaux avant son départ, et qu'en même temps, il désarmerait les habitants, etc. Correspondance de Philippe II, t. I", p. 592.

2 Ihid., t. H, Appendice, p. 659.

contrôler et discuter les actes du prince. Jaloux de cette grande prérogative, le duc d'Albe prétendit l'annuler en remplaçant les subsides, qui dépendaient des états, par des revenus fixes et permanents. Il déclara donc au conseil d'État et au conseil des finances qu'il fallait que le roi eût aux Pays-Bas des revenus ordinaires, au moyen desquels il pût non-seulement payer les dépenses qu'il y faisait, mais aussi mettre dans ses cofîres une réserve, pour s'en servir dans les cas de nécessité ; que, sans cela, ces provinces ne pouvaient se soutenir. Tous les conseillers reconnurent qu'il disait la vérité; mais aucun, cependant, ne voulut entendre parler d'un revenu perpétuel , parce qu'ils tenaient pour impossible que les états y consentissent. Il leur répliqua que, sans la perpétuité, le roi, pour la défense du pays, se trouvait à la merci de la dernière classe des bourgeois de Bruxelles et de Louvain ; qu'il n'était pas ainsi leur seigneur, mais leur sujet; qu'en outre, chaque fois qu'ils accordaient une aide, ils y mettaient de telles conditions, qu'il ne restait plus au roi ni gouvernement ni justice pour châtier les coupables : que c'était là deux inconvénients énormes, auxquels il était indispensable de pourvoir pour l'avenir. Quant à la crainte d'un rejet par les états, il leur dit qu'ils ne devaient point s'en préoccuper , qu'il en faisait son affaire. Alors il mit en avant, après s'être concerté avec Noircarmes, le système des alcabalas qui existait en Espagne, Il proposa de faire payer une fois le centième de la valeur de toutes les propriétés mobilières et immobilières, et d'établir un droit permanent sur tous les objets vendus, à savoir : dix pour cent sur les meubles ou marchandises, et cinq sur les immeubles. Mais ce projet rencontra l'opposition la plus vive, même parmi les partisans zélés de Philippe II. Elle ne fit que stimuler le duc d'Albe. Malgré les exhortations du conseil, il maintint son projet, ne prévoyant pas sans doute qu'il était destiné à secouer un jour la torpeur des plus indifférents, et à favo-

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