‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 99 sur 159 · LIVRE XV (15C8). 4bî · texte numérisé non relu

LIVRE XV (15C8). 4bî

riser puissamment la cause du prince d'Orange et de l'indépendance des Pays-Bas. Le duc, aveuglé, disait au roi que, s'il parvenait à réussir, ce serait un grand service qu'il lui rendrait. Il se plaignait toutefois de n'avoir personne pour l'aider dans ces matières : les ministres, avec lesquels il doit les traiter, lui suscitent, disait-il, des difDcultés de tout genre '.

Le commerce et l'industrie se trouvaient comme paralysés au milieu de l'effroi universel, et des milliers d'hommes fuyant vers les frontières , allaient chercher des rivages plus hospitaliers. L'annonce seule de l'arrivée du duc d'Albe avait considérablement accru cette funeste émigration qui devait tarir les principales sources de la prospérité des Pays-Bas; les premiers actes de rigueur, dont l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes fut comme le signal , firent refluer de nouvelles troupes d'émigrés vers l'Allemagne, les royaumes Scandinaves, les villes hanséatiques, la France et surtout l'Angleterre ; enfin, les exécutions commencées au mois de janvier et qui allaient être poursuivies avec une impitoyable persistance , déterminèrent encore la retraite de plus de vingt mille hommes, l'élite de la population industrielle et commerciale ^ Soit que le duc d'Albe voulût dissimuler son inquiétude, soit qu'il fût réellement abusé par de faux rapports, il prétendit que l'on avait exagéré le mal. De tant de gens que l'on déclarait s'être absentés, il n'y en avait pas, écrivit-il au roi, un sur vingt de ceux que l'on signalait. « Il est vrai, ajoutait-il, que beaucoup emportèrent leurs biens avant son arrivée; mais comme on ne la pas vu procéder contre

' Le duc d'Albe au roi, -13 avril 1568, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 24.

* Van Meteren, fol. oi vo; — La vraije et entière hisloire des troubles, etc., p. 39.

la généralité, nombre de ceux-là les ont rapportés '. » Or, il s'en fallait toutefois que la plupart des émigrés eussent été disposés à rentrer dans leur patrie pour reprendre le joug espagnol. Vers la fin de 1567, on comptait trois mille huit cent trente-huit Flamands ou Belges sur les quatre mille huit cent cinquante et un étrangers, qui s'étaient établis récemment à Londres et dans les paroisses voisines. De nombreux fugitifs, commerçants, manufacturiers, artisans , s'étaient répandus aussi dans d'autres localités de l'Angleterre dont ils allaient contribuer, pour une large part, à fonder l'importance et la prospérité. Les fileurs et les tisserands s'établirent à Maidstone; les ouvriers en flanelles et autres étoffes de laine, à Sandwich et à Colchester ; d'autres émigrés belges introduisirent les tissus de soie et la teinture des étoffes à Norwich et Southampton, tandis que des pécheurs du littoral venaient se fixer à Yarmouth. Beaucoup de ces fugitifs avaient apporté des capitaux considérables. On citait Pierre Tryon qui emporta en Angleterre des valeurs équivalant à 60,000 livres sterling et maria sa fille au lord maire de Londres \

Cependant tous les fugitifs ne se dirigeaient point vers les contrées étrangères. Un grand nombre, après avoir abandonné leurs biens, même quelques-uns, femmes et enfants, se réfugièrent dans les bois de la Flandre, de l'Artois et du Hainaut, Parmi ces derniers se trouvaient beaucoup de sectaires qui

' Le duc d'Albe au roi, 6 janvier IS68, dans la Correspondance de Philippe U, t. II, p. 2.

2 Voir le curieux ouvrage de M. Burn, intitulé : The history of the french, loalloon, diitch, and otiier foreign protestant refugees setlled in England, from the reign of Henry VIII, etc. (London , 1846). Il a été analysé par M. Delepierre dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XIV, -Ire partie, pp. 126 et suiv. Voir aussi The lifc and limes of sir Thomas Gresham, t. II, p. 242. « Notre grandeur commerciale, dit l'auteur, s'éleva sur les ruines de celle d'Anvers. «

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