CHAPITRE X
L*AVABCBIS
Conformément anx dernières volontés de don luan d^Autriche, Alexandre Famèse, avssitdt après la mort de son illustre parent,
prit le commandement général de l'armée espagnole des Pays- Bas. Ce prince, fils d'Octavio Farnèse, prince de Parme, et de cette Marguerite qui avait autrefois gouverné nos provinces* avait manifesté de bonne beure son pencbant pour la carrière des armes. A Lépante, il avait combattu à côté de don Juan et avait pris à Tabordage la galère turque commandée par Mustapha- Pacha» sur laquelle se trouvait le trésor de Tannée ennemie (i). Arrivé aux Pays-Bas avec les vieilles liandes du duc d*Albe que don Juan avait rappelées peu de temps avant la bataille de Gem-
(I) SoLkBk, de Bello Betgico, II, des. II.
nfiVOLtJTION DU XV1« SIÈCLE
bloux, il s'ëlait, lui aussi, fait chérir des soldats qui connaissaient sa bravoure et sa prudence, et qui se soumirent avec joie
à soa autorité. Politique aussi profond qu'habile capitaine, Farnèsc était bien riiomme qu'il fallait pour mettre à profit les déplorables dissensions qui désolaient alors notre malbeureuse patrie : sa grande science M de savoir temporiser à propos et se servir des fautes de ses adversaires, lluniaia et clément, quoique ministre d'un souverain impitoyable^ il sut rétablir la puissance espagnole dans un pays que les Espagnols avaient inondé de sang, tout en se conciliant Festime de ceux quMl avait vainc us. Défenseur d'une cause légitime, il n'eût mérité que des élop;-os; mais» en reconnaissant les grandes qualités de Farnèse, la Belgique ne peut pas oublier qu'il lui rendit des fers.
Le premier soin du prince de Parme, après avoir pris posses* sion de sa charge, fut d'écrire aux états du Hainaut, de l'Artois et du Tournaisis (1), pour leur annoncer la mort de don Juuu et les engager à rentrer dans l'obéissance en leur promettant la confirmation des privilèges et le renvoi des soldats étrangers (10 octobre 1578). C'était agir avec adresse que de solliciter ainsi les états de ces provinces h se séparer de la généralité, car le parti des Malcontents, qui favorisait les projets de l'iilspagne, recrutait cbaque jour dans le flainaut et TArtois de nouveaux adhérents. A Valentin de Pardieu s'étaient joints ËdouaM de Boiiiiioii ville, baron de Câpres, Guillaume de Horu, baioti de llecz, iô seigneur de Valhuou et uu grand nombre d'autres gentilsbommes. Leurs eiorts réunis donnèrent rapidement une plus grande importance au parti dont ils étaient les chefs : dès lors ils ne dissimulèrent j)lus leur dessein de restaurer le pouvoir de Philippe et de proléger exelusivemeut le culte catholique. De leur côté, ksGantois» usant de représailles» s'étaient montrés tout
(1) LeUre du prince de Parme aux états du Hainaut, Artois, Lille, Douai, Orcliirs H Tournaisis, Gacuard, Collection de docutmnU inédUt concernant l'hisioire de Belgique, tome l, page
aussi intolëraDts ; oependant, k la demande du prîDce d'Orange
et des états qui réclamaient instamment la restitution des biens ecclésiastiques et le libre exercice de la religion catholique, ils répoDdireDt le â7 octobre qu'ils le feraient aussitôt que Tou cousentirait à accorder la même liberté aux partisans de la religion réformée dans les autres villes des Pays-Bas (I).
Les dançccrs de la situaiiuii s'accrurent encore de la rivalité qui existait entre le duc d'Aujou et ieau Casimir : ce dernier avait amené dans nos provinces un corps de troupes beaucoup plus considérable qu'on n*en était convenu et avait Veillé ainsi l'ambitieuse susceptibilité du prince français. Il s'en i)IaiLiiil le 8 novembre aux cials. Ceux-ci, le 25 du même mois, pncrcut le duc de ne pas s'en émouvoir, promettant de lui transférer la souveraineté des Pays-Bas, si, avant le mois de mars prodiain, ils n'étaient point parvenus à conclure une bonne paix avec le roi. Mais pendant ces pourparlers les soldats du duc d'Anjou, mal payés et avides de pillage, se joignirent aux Wallons que guidaient les Malcontents et firent à plusieurs reprises Invasion sur le territoire de la Flandre. En revanche, Jean Casimir, mandé àGand par Heiiihyze et iivliove, y était arrive avec ses troupes le 10 octobre et y avait été maguiâquemcut accueilli. Tout se réunissait donc pour rendre inévitables les déchirements qui menaçaient le pays. Les états essayèrent toutefois de conjurer le péril en s'adressantà la reine Elisabeth, qui avait favorisé l'intervention de Jean Casimir. Elle envoya, en effet, son ambassadeur Davidson à Gand pour £aire en son nom des reproches au comte palatin qui, voulant se justifier, partit pour l'Angleterre • où il arriva le 22 janvier 1579 Ses soldats, abandonnés à eux-mêmes, sollicitèrent et obtinrent peu de temps après du prince de Parme Tautorisation de rentrer en Allemagne. Quant au duc d'Anjou, mécontent du rôle qu'on lui avait Mi jouer, Il
(1) Mbtere.-^, livre VIII, folio 101.
(â) MiTMKKN, livre VllI, folio i(i5.
SIO
RËVOUmON DU XVI« 8IÊCLB
avait invité les états à le seconder pour mettre les Gantois à la raison, et, sur leur refîis, il s'était retiré à Mous dont il comptait
s'emparer; mais, réduit à ses seules resssources, il se vit obligé de licencier son armée après avoir engagé ses meubles et sa vaisselle* Il quitta le pays à la fin du mois de décembre i578 (I).
Pendant que le prince français hâtait les préparatifs de son départ, le Taciturne, qui voyait avec douleur s'évanouir ses espérances, revint à Gand pour exhorter Hembyze et Ryhove à renoncer aux mesures violentes et à donner leur assentiment à la paix de religion. Ses conseils furent entendus : les Gantois, cédant à riiilluence que le prince exerçait sur eux, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais voulu se séparer de l'union des états . généraux; qu'ils étaient, au contraire, décidés à la maintenir Intacte; que, du reste, en agissant comme ils l'avaient fait, ils avaient eu pour but de réprimer l'insolence des Wallons qui s'étaient rangés du côté de l'ennemi. Ils consentirent donc, le ii décembre, à rétablir à Gand le culte catholique, et rendirent aux ecclésiastiques la possession de leurs cloîtres et de leurs biens (^). Si cet exemple de bon sens et de prudence, donné par des hommes que l'on a souvent regardés comme des lactieux, eût été suivi par tons ceux qui fomentaient alors la discorde, il était temps encore d'arracher le pays à une ruine imminente; il n'en fut malheureusement pas ainsi. La confusion qui régnait alors de toutes parts rcudail facile Fexécution des projets des Malcontents ; un homme actif et rusé, Mathieu Mou» lart, évéque d'Arras, détermUia le clergé des provinces wallonnes à faire cause commune avec les partisans de l'Espagne. Forts de l'appui de ces puissants auxiliaires et de celui d'Emmanuel de
(1) Lettre du prince d'Orange au «îeur d'Espruneaiix, (iand, tiO iioveiubre 1578, Archives de la tmisoii à^Omnge^ tume Vi, page 5â0, n° DCCLXVI.
(2) MKTiiRKN, livre IX, folio 16(5.
DANS LES PAT8*1IAS tll
LalaiDg, baron deMontigny» gDaTerneur da Bainant, «{ni s'était aassi déclaré pour enx, ils ouvrirent des conférences dans la
ville d'Arras où les éiixis de TArlois se trouvaient rassemblés, et le 7 janvier 1579 ils conclurent, de concert avec les députés du Hainaut et de la ville de Douai» la désastreuse confédération d'Arras (i). Par cet acte» que Ton avait sans pudeur intitulé eonfrmaHm de Vmitm généralê, les représentants des provinces méridionales, en jurant « de persévérer et maintenir » la saiocte foy catboiicque, apostoiicque et romaine, » à FeiLclusion de toute autre, creusaient un abime inihin^issable entre, eux et les réformés ; ils déchiraient le pacte solennel qui avait élabli entre toutes les provinces la solidarité d*oîi devait sortir tôt ou tard une nationalité vivace; ils brisaient d*un seul coup Tavenir de la patrie : criminelle erreur qu'il iallut cbèrement expier!
Ce qu'il y a de reniai (iu.iblc, c'est que les auteurs de ces attentats prcleudaicnt agir au nom de la légalité et invoquaient, pour justifier leur détermination, les clauses mêmes de la pacification de Gand, dont ils dénaturaient le sens et la portée de la manière la plus naj^Mante. En effet, disaient-ils, « il avoit esté » expressément stipulé, promis et accorde de part et d'aultre, » que, èsdictes provinces de par-deça, au dehors de Hollande et » Zélande, ne seroit loisible et permis d'attenter quelque chose » contre le repos et paix pnblicque, signamment contre la reli- « giûu caLholieque romaine et rcxcrcice d'icelle. » Mais, à côté de cette sage protection accordée au culte catholique, la paciû* cation avait inscrit le principe de k tolérance et avait confié aux états généraux le soin de régler définitivement cette question importante; ce qui avait été fait par la paix de religion. Or, cette paix de religion, les confédérés d'Arfas avaient dès le début refusé de soumettre, et même dans leur traité ils déclaraient
(I) Voir le texte de cet acte, u" Vlli dca Documents historiques.
Îf12 «ÉVOLUTION DU XVr SIÈCLE
encore quils la regardaient « comme cbose à vray dire tant » absurde, qae c^estoit la seule Toie et unicque molen i>our » accomplir la mesure des iutquitez. » Ils trahissaient donc la
révolution on même temps qu'ils TÎolaient les lois de la justice, puisqu'ils iciusaient aux réformés les droits et la protection qu'ils réclamaient pour eux-mêmes. En vain aussi ils se fondaient sur les excès commis à Gand par Hembyze et Rjbove: on a vu que ces exp^s iTav aient éic que la conséquence du refus fait par les nobles du liainant et de l'-^rlois d'accéder ù la paix de religion; d'ailleurs, depuis le 10 décembre, les Gantois avaient réintégré les ecclésiastiques dans la possession de leurs biens et les avaient autorisés à pratiquer librement leur calte. Tout prétexte de discorde avait donc disparu; rien m pouvait plus motiver la fimeste résolution prise par les confédérés. Enfin, en admettant quUls eussent de légitimes sujets de plainte, qu'était-ce que les ftutes commises par les Gantois, comparées à toutes les atrocités dont s'ctaiCQl souillés les Espagnols? Appartenait-il à des bommes qui se disaient les défenseurs du bien public de rompre des liens sacrés en se joignant contre leurs fthm égarés à leurs étemels oppresseurs? Le prince d'Orange les avait bien jugés, ces fauteurs du désordre et de la guerre civile, lorsque, se défendant lui-même contre d'odieuses accusations, il rappelait aux états leur conduite versatile et coupable. « Us servent, disaitril, le duc d'Albe et le grand commendador » comme varlcts et me font la t^uerre à toute oultrance; peu » après ils traictent avec moi, lis se reconciiieut : les voilà enne- » mis des Ëspaignols. Don lean revient : ils le suyvent,ils le » servent, ils machinent ma ruyne. Don Jean fiiult à son entre- » prise du cbasteau d'Anvers : ils le quittent incontinent, ils » m'appellent. Je ne suis pas si lost venu, contre leur serment, » sans en rien communiquer ni k vous ai à moy, ils appellent » Monseigneur l'archiduo Matbias. Est-il venu, ils voient qu'ils » ne peuvent y&ar à leur but : ils le laissent et sans l'adverUr
» vont <iuerir Monseigneur le duc d*Aiiioa; iU ramèneiit et iuj » promettent meneillet . Us voient qu'ils ne le peurent amener
9 au poinct de le rendre chef contre vous et ceux de la religion : » ils le délaissent et se joignent au prince de Parme. Y a-t-il » flots d^ la mer plus inoon&taot& que 1^ conseils de telles
> gens(l)? »
Le premier soin des confédérés «près la cmehision do traité
d'Ai ras lut de nouer des relations ollicielles avec Farnèse que Philippe avait confirmé dans ses fonctions de gouverneur général. Us s'empressèrent de lui envoyer une eopiederacte du 7 Jan^vier, et } jui^uirent une lettre par laquelle Us exposaient que, « allant les affaires de jon i à aultre en telle déeadtiici' (|iie brief- » vement ils se venaicni tous accablez et exterminez, » ils avaient cru devoir chercher à y porter remède. Us terminaient par ces paroles bassement flatteuses : « Supliant Voitre Ahese » en toute humilité de voulu u interposer le crédit et aueloi ité
> d'iceile à raccomplissement des poinctz représentez. Ce sera » chose vrayement digne de » grandeur et du rang qu'elle tient, » mesmement Tacquict et descharge de son propre serment, qui » rendra et nous et tous les liabitans de ce pays tant plus obli- B gez à service (2). >t
Une semblable trahison devait exciter l'indignation des provinces septentrionales, qui voyaient leurs justes prétraitions méconnues, leurs croyances méprisées et leurs intérêts foulés aux pieds. A leur tour, elles durent songer à euiichii e entre elles une étroite alliance qui les mit à Tabri des dangers dont elles étaient menacées, en aceordant d'efficaces garanties à leur religion et à leurs libertés. Telle fiit l'origine de la célèbre union dTtrecht, qui fut la première charte de la république batave et
(1) Apologie du prince d'Orange, page 99.
(2) LeUre des eslaUdu pays et comté d'Arthoy et depuln^aultm pr(hvineu à Sou AUene Monseigneur le Prince de Parme, — * Amm, de rimprîMeriede Ghriat^plie PliitiQ, 1570.
vt
nf:V0LLTI0N DU XVr SIÈCLE
dont Jean de Nassau, frère du prince d'Orange, liit le principal auteur. Le 2SS jauTler 1IP79, les représentants de la Hollande, de la Zélande, de la Gueldre, des Ommelandes et du pays dlTtrecht stipulèrent que les provinces contractantes ne fornioraieiit plus désormais qu'un seul corps poliiique et renonçaient, dès lors pour toujours, au droit de se séparer les unes des autres, tout en se réservant les privilèges particuliers dont cbacone d'elles avait joui par le passé. Elles s'engageaient en outre à se prêter un mutuel secours pour repousser les altaqncs des puissances étrangères et surtout les tentatives que le roi d'Espagne pourrait diriger contre elles, sous prétexte de rétablir la religion catholique ou pour quelque autre cause que ce fût. Le libre vote de riuipot ét^it attribue aux étals généraux ; ils ne pouvaient néanmoins établir aucune taxe sans le concours de la nugeure partie des provinces et des villes de l'union; ce concours était aussi indispensable pour les déclarations de guerre et les traités de paix. De leur côté, les villes et les i)iu\iiices ne pouvaient contracter alliance avec aucune puissance étrangère sans le consen* tement de la généralité. La question religieuse était réglée par la clause suivante :
« Uuant au poincl de la leligion, ceux de Holiaiido et de » Zélande s'y comporteront comme ils le trouveront bon. EX au > regard des auUres provinces de ceste union elles se pourront 9 gouverner en cela selon le placart de l'archiduc Mattaias, gou- » verneur général des Pais-Bas, émané i)ai 1 advis du conseil » d'Ëstat et des estats généraux, touchant la liberté de religion; » on bien elles pourront soit en gênerai ou en particulier y meir » tre tel ordre et règlement que pour le repos de leurs pro- » vinces, villes et membres particuliers, tant ecclésiastiques que » séculiers, et la conservation chacun de ses biens, droiclz et » prérogatives ils trouveront mieux convenir. Sans que par » nulle aultre province leur puisse en cela estre fiuct ny donné » aucun empeschem^t, demeurant un chacun libre en sa rell*
» gion sans qu*à cause dUcdle personne en puisse estre recher- » ehé (i). »
Les articles suivants assuraient aux ecelésiasiiques, aux couvents et aux églises la restitution de tous leurs biens, à rexccptiott de ceux qui étaient situés en Hollande et en Zélande; ils devaient être remplacé par des pensions payées aux prêtres catholiques partout où il leur plairait de résider.
Assurciaeut on jie rencontre pas dans ces stipulations l'esprit de tolérance complète, illimitée, qu'il eût été beau d'y trouver; la réforme, comme Ta fait observer un bistorien Judicieux, se faisait la part du lion (2) ; mais il devait être bien difficile à des hoinnies que l'on avait en quelque sorte mis hors la loi de se montrer indulgents et modérc^s pf)iii' des adversaires qui n'avaient fait preuve ni de modération ni d'indulgence. Il ya loin, d'ailleurs, du dédaigneux langage des confédérés d*Arras, traitant de cbose absurde et inique l'édit qui pioclainait la liberté de eonscience, à ce respect des droits et des propriétés, à ces pensions payées aux catholiques, à cette défense de rechercher personne pour cause religieuse, que consacraient les clauses de l*union dlJtrecht. A la vérité, le culte calliolique, autorisé dans toutes les autres provinces, était iutcrdit en Hollande et en Zélande; mais au fond ce n'était là que la reconnaissance d'un fait, car depuis longtemps presque tous les habitants de ces contrées avaient embrassé le protestantisme. Sans approuver donc en aucune manière les restrictions ai)|)ortées à l'exercicede droits ininiuables, on peut dire qu'eu égard aux temps et aux clrcoostaaces, il y avait dans la conduite des provinces du nord une retenue dont les nobles du Hainaut et de VArtois n'avaient pas donné l'exemple.
(1) LEPr.TiT, livre XH, page 572. ■- Mkti ro, livre IX, folio 172. — De Tassis, livre Y {Amlecta Bdgica de Uovucil Vak Pàpkndrbght, 1..1V» page 3i0).
(â) H. Bo&fiS£i, PhiUppe Ueila Belgique» page
fl6
RÉTOLUnOll DO XVI* SIÈCLE
La oooclusion de l'anion d'Utrecbt ne Ait pas la Mule oonaéquonee du traité d'Arras. Les Gantois, irrités de la perfidie de
leurs voisins du midi, prirent le parti d'adhérer aussi à rimion, ce qui eut lieu le 4 lévrier i^ld. Celte mesure était sage eu eUe^ même, mais Hembyie et Ryhove eurent le tort de ne pas s'en contenter. Le 9 mars 4879, ils chassèrent de nonTeau les ecclésiastiques cailioliques de la ville, après leur avoir enlevé tout ce qu'ils possédaient (1). Le peuple, excité par ses chefs, se livra ensmte à de furieuses dévastations, à des actes de violence tpd, loin de lui être avantageuses, compromirent gravement sa cause et ne firent que hâter la chute du pouvoir des deux tribuns. Ainsi tous les partis, également coupables, semblaient devoir donner tour à tour au pays le spectacle de leur fimatisme.
Cependant les états généraux, alors rassemblés à Anvers, avaient, immédiatement après avoir eu connaissance de la confédération d'Arras, adressé aux états de l'Ariois de vifs reproches sur leur étrange conduite. Ceux-ci n'y avaient répondu qu'en se prétendant seuls observateurs fidèles de la pacification de Gand et en enjïag:eant les états généraux à rentrer comme eux sous Tobéissance du priDce de Parme (:^3 février) ; ils écrivirent même le â6 février au gouverneur général pour le prier d'employer son influence afin de les amener aussi à soumission. Famèse y consentit, quoique depuis quelque temps déjà il eût repris l'offensive; il fit connaître le mars aux états d'Anvers c qu'ayant faict » traicter avec quelque bon nombre de provinces particulières » sur le faict de la réconciliation avec Sa Majesté, et les ayant » trouvées assez enclins d'y entendre, » il leur offrait an nom du roi « la ratilication de ta pacification de Gand, union depuis » ensuyvie et edict perpétuel» en tous leurs pointz, pourveutou- » tefois et moîennant que le seul exercice de la religion catbo- » Hcque romaine et laccomplissement de la deue obéissance de
(I) MmuiT, livre IX, folio 166.
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I>AN8 UBS PAtS-BAS
» Sa Hajêstë soient observez et mainteniiz comme du temps de
» feu Temperenr Charles de très haaite mémoire (1). » Cette condition aDimlait complètement lu ratilication à laquelle on feignait de consentir : aussi les états généraux» en répondant le 19 mars à Alexandre Famèse, lui firent observer que e*était « chose entièrement contraire et destructîTe de ladicte pacifica- 9 tîon, et mesme que tous les estats en gênerai avoieut estimé » estre contraire au bien, repos et tranquillité du pays ; à cause » que du temps de Vempereur Cbaiies les feuz et les placarts, B avee aultres rigueurs, estoient tellement en vigueur que les- » dictz estats generaîlcment et d'uii luaiiiiiin accord ont trouvé » nécessaire et du tout convenable de les surceoir et suspendre. » Vostre Excellence peut considérer, ajoutaient-ils, quelle issue » nous debvons espérer de telles offires, non praticquables, » estant au reste bien marris qu'en chose de si grand poix et » importance on n'y procède d'aultre rondeur et discrétion. » Ils déclarèrent néanmoins, pour montrer combien ils désiraient la paix, qu'ils étaient prêts à entrer encore une fois en négociation avec le roi d'Espagne, luiin vu qu'on leur fît des concessions « raisonnables et asseurées. » Farnèsc qui achevait alors les préparatifs du siège de Maestricbt, crut devoir, pour gagner du tempspeut étre,acceptercette proposition. L'empereur Rodolphe, sollicité par les états de leur servir de médiateur auprès du monarque espagnol, ayant désigné pour le représenter le comte de Sctawartzembourg et les électeurs de Cologne et de Trêves, des conférences s'ouvrirent à Cologne le K avril 1S79 {%. Dès le premier jour, il fut facile de prévoir qu'elles n'aboutiraient h rien : Philippe, à qui vingt années de révolution n'avaient ricu pu apprendre, avait donné pour instructions à son ambassadeur, le
(i) LtUre )1d prince de Vwmt tai Étale d*Aiiven« 4n eanp de Petraseni, le lanars 1570. — Anven, ChristoplUe PIibCId, 1579.
(1) Voir snr ke eonléreicei de GologDe de ioiigi détaUt diai Ds Tamb> Ivrn pages 349 à 188. - MneaiR, livre IX, folios i73 et 174.
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RÉVOLUTION DU X\T 81ÉCLE
duc de Terra-Mova, de maintenir exclusivement le culte catholique; les états réclamaient hautement la liberté de conscience.
C'en était assez pour rendre toutes les néi^ociatioiis inutiles, si, iudcpeiidainmeiit de la question religieuse qui ue pouvait pas même être discutée, [Mis plus que celle de Tautorité inviolal>le et absolue du souverain, il ne se fût pas trouvé dans les ordres transmis par le roi à son mandataire vinirt autres points sur lesquels il était impossible de s eulendie. Il est curieux surtout de voir Philippe charger le duc de Terra-Nova d*offrir cent mille écus d'or au prince d*Orange pour se débarrasser de lui ce trait seul peint Tliomnie qui eroyait son adversaire capable de vendre à ce prix sa gloire et son iionueur (2).
Il fîit bientôt évident pour tout le monde que les négociations de Cologne n'auraient aucun résultat; d'autre part, l'espérance d'amener à un rapprochement les confédérés d'Arras disparaissait de jour en jour. Les états généraux avaient une dernière fois essayé de les faire rougir de leur défection en leur, représentant, le 8 avril, c que ceux qui se tiennent sur leurs » g&rdes, avec les armes en mains, obtiennent tousjours un » melieur appoinlemeut, accord et paix que ceux qui se séparent » légèrement de leurs alliés, et qui font des traités à part, dont » vient commun^nent que pour punition de leur révolte, au
(1) SriiSA, lib. II, dee. II.
(2) Il est constant que les signataires de la confédération d'Arras n'éconlérent qae les conseils d'on sordide intérêt. « Évidemment, dit H. Bor«iiit n {PHHfpe II et la BelgiquCy pase 136), ce ne hit pas on intérêt national » qni guida les deux premiers ordres : le clergé ent nniquement en voe le » rétablissement de sa suprématie; la noblesse, des avantages personnels. La n conduite de la plupart des seigneurs qui traitèrent avec Farnèse offre un n triste spectacle: la Toison d'or, un commandement mUilaire, le gouverne- » ment d'une province, de rargent même, tels sont les moyens honteux par » lesquels Philippe acheui leur soumission. 9 Témoin de tant de bassesse^ le monarque, qui se connaissait peu en hommes, s'imagina probablement que, pour satislbire le prince d'Orange, Il aufflsalt de l'acheter un peu plus cher que les autres.
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AANS LËS PAYS-BAS
» lieu d'entrer eu une paix, ils tombent eu une misérable servi- » tude. » Ce prophétique avertissement ne fat pas écouté; l'inutilité de cette tentative décida le prince d'Orange à adhérer le 4 mai à 1 union d'Utrecht. Anvers, Unigres, Bréda l'imitèrent bientôt après, ainsi que plusieurs autres villes (1). Pendant ce temps, les députés des états de rAitois et du Hainaut, qui s'étaient rendus au camp du prince de Parme, alors occupé à faire le • siège (le Maestricht, insistaient vivement près de lui pour qu'il consentit à ratifier le traité d'Arras et à se réconcilier avec les provinces wallonnes. Ils atteignirent enfin le but de leurs efforts : le 17 mai, Alexandre Famèse leur octroya des lettres patentes par lesquelles il promettait au nom du roi robservaiion entière de la paciûcatiou de Gand et de l'édit perpétuel, le pardon général, le départ des gens de guerre étrangers dans un délai de six semaines, la confirmation des privilèges et la restitution de tous les biens saisis ou confisqués (2). Mais, à côlë de ces coucessious, qui pour la plupart étaient illusoires ou le devinrent par la suite, était inscrite l'obligation imposée aux contrées soumises de maintenir exclusivement la religion catholique et robéissance due au roi comme au temps de l'empereur Charles-Quint, c'està-dire d'abjurer le passé et de eouronuer une lutte de vingt ans par la plus éclatante des apostasies. Ainsi fut rétablie dans les provinces méridionales l'autorité du monarque contre l'intolérance duquel ces mêmes provinces avaient été les premières à s'armei . Ptniippe dut à l'habileté de Farnèse un triomphe qui décida du sort de la Belgique,
(1) Cesl alors qoe les états géoéraox firent frapper des médailles qui portaient d'nn côté les cadavres d'Egmont et de Homes avec leurs tètes fichées sor des pianx, et de Tantre cette fière devise : Prœstai pugnare pro patriâ quàm simulatâpace decifd. HinMH, Uvre IX, folio 169. * (2) Li PniTjivreXII, page 583.
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