CHAPITRE XI
QUILLAUMB LB TACITURNE
Depuis la (in du mois de mars, Alexandre Faroèse, dont les négociations n'avaient i>as ralenti Tardeur militaire, avait, comme on Ta vu, investi la ville de Ifaestrieht après avoir été défier les troupes des états jusque sous le canon de la place d*Anvers. Déjà plusieurs assauts infructueux avaient été livrés; les habitants, dirigés par Sébastien Tapin, ingénieur célèbre qne Gnillaume avait chargé de défendre la cité, opposaient aux efforts des Espagnols une résistance inûitigable. Les femmes mêmes, à l'exemple de celles de Haaiiem qui jadis avaient défendu leui\s murs contre les soldats du duc d'Aibe, avaient formé trois compagnies et se livraient avec ardeur aux pénibles travaux des mines (1). Pendant longtemps tes courageux citoyens de Haestricbt bravèrent tout à la fois les iioi reurs de la guerre et celles de la faim ; mais,
(1) SfKABA, de BOo Bdsko, dee. Il, Hb. III.
SA
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«s HtVOLDTION DU XVI* SIÊCLB
décimés par les combats et les maladies* ils dareot enfin succomber. Le29 jain, one surprise livra la ville aux Espagnols;
. profitant de l'abseoce de Farnèse reiciiu Uaii.> sa lente par une grave maladie, ils se livrèrent pendant trois jours aux plus épouvantables excès. Huit mille cadavres et un pillage évalué par les plus modérés à un million de florins, tels furent les tropbées de cette victoire. A peine resta-t-il dans Maostriclit ruiné et dépeuplé quatre cents infortunés pour pleurer sur des débris.
Les excès des partis servaient Farnèse aussi bien que sa fortune : U semblait 4|ue tout fAt conjn pour nuire à la cause nationale. Le jour de l'Ascension, les Anversois, irrités contre les catholiques, avaient dispersé à main armée une procession à laquelle assistait l'archiduc Matbias ; le 4 juin suivant, le comte Philippe d*Egmont, qui s'était récemment joint aux Malcontents, tenta de s'omparcr de Hnixelles à la tête du régiment qu'il commandait. 11 parvint à s'avancer jusqu'au marché, mais les bourgeois, revenus de leur premier étonnement, enveloppèrent de toutes parts les assaillants et adressèrent au jeune comte les plus sanglants reproches, « luy monstraas la place sur ledit » marché où sou lière onze ans auparavant avait eu la teste » trenchée par les £$paignols qu'il servoit i ceste heure, et que » si on despavoit un caillou ou deux, il y verroit encore le sang » de sondit père. Dont il eut tel dcspit et crève-cœur qu'il en » pleura à grosses larmes et se retira hors la ville plein de » honte et avec grand deshonneur (i). »
De plus graves événements se passaient en même temps en Flandre. Depuis le (î iiiars precédeiil, ilenilnze, qui exerçait à Ganduue véritable dictature et dont le but secret était « la confu- » sion et extermination de la bourgeoisie pour amener le règne » du peuple, » s'était rendu odieux aux principaux citoyens -par les arrestations, les exécutions arbitraires qu il a\aii ordonnées.
(I) Le Pktit, Chronique de Hollande et Zélande, livre Xii, pag« 381 .
Les mécontents s'efforcèrent de séparer Ryhove de son ancien collègue, de renouveler le magistrat et de déposer le tribun. Ryhove consentit à se prêter à leurs projets : il invita Hembyze à se rendre chez lui ; celui-ci y vint sans défiance et y ftit arrêté par roux dont Ryhove s'était fait le couipliee. Mais le peuple, ingtruît du piège dans lequel était tombé son bourgmestre, vint attaquer avec foreur la maison dans laquelle il était retena et le remit en liberté.
Echai pi ;i ee danj^er, Heinl)yze, retrouvant toute son audace, fit pulilier un écrit dans lequel il expliquait sa conduite. 11 y disait que, s'il avait lait changer le magistrat et s*était fait nommer premier éclievin sans observer les formes légales, c'était dans l'intérêt de la commune, qui, de fait, était plus florissante qu'auparavant, puisqu'elle avait hérité de la souveraineté des comtes de Fkindre. 11 ne parvint cependant pas à calmer rirri* tation générale. Ses ennemis réclamèrent le secours du prince d'Orange et le sui)plièrent de se rendre à Gand. llembyze employa tout ce qui lui restait de crédit pour s'opposer à la venue de Guillaume et au rétablissement de la paix de religion, soit qu'il craignît de voir son autorité amoindrie, soit qu'il conçût une défiance exagérée, de tout ce qui lui semblait pouvoir porter atteinte aux droits du peuple. Kyliove et les bourgeois remportèrent néanmoins : le prince d'Orange arriva à Gand le 18 août 1679; il renouvela le magistrat, nomma le sieur dUytenhove premier éciic\iji et dépouilla llembyze de toutes ses fonctions. Ce dernier ne tarda pas à s'eloiguer de Gand : il alla rejoindre en Allemagne le comte palatin, son ancien allié, et ne quitta cette retraite que quatre ans après, pour venir chercher la iiiui i daik^ CCS mêmes murs qui avaient été témoins de sa puissance (1).
(1) Archives de la maison éCOrange, tonie \\\, page îiO, Jctfre CMXVII. — Mktebkîï^ livre IX, folio 179. Ce fui au.'.-si vers celle ejKHjue (iioûl 1579) que Marguerite de Parme, appelée une seconde fois par Philippe au gouver-
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L*autorité des états généraux se u ouva donc rétablie à Gand par les soms de GaiHaume dont rieo ne pouvait ralentir le zèle et Taetivtté. On apprit bientôt que les conférences de Golo^ avalent été closes le 47 novembre sans que l'on eût pu s'accorder sur les points capitaux. Le prince d'Orange crut devoir à ce sujet appeler Tattention des états sur la nécessité de pourvoir k la défense générale du pays et à Forganisation d'un pouvoir central chargé de la direction des afllaires. €ela était, en effet, de la plus haute importance, car il ne suliisail pas de la vaine autorité de l'archiduc Mathias pour résister au prince de Parme, qui, secondé par les nobles des provinces méridionales, faisait chaque jour de rapides progrès, bien qu'il eût été contraint de renvoyer les troupes étrangères et de lever une armée exclusivement tomposée de nationaux. Guillaume, quoiqu*il eût peu d'estime pour le caractère du duc d'Aqjou, ne voyait pas d'autre secours possible que celui du prince français (1), dont il appuyait la candiihiture, et qui, en abandonnaiit nos provinces, n'avait point renoncé à ses prétentions. Tout espoir d'accommodement avec l'Espagne ayant donc disparu, les états généraux furent appelés à se prononcer le 15 janvier 4S80 sur < le ohangement du sei-» » gneur du païs, afln qu'ils en fissent rapport à leurs maistres et » qu'on les convoquas! de nouveau pour (1( ( der la ques- » tion (9), > En conseillant réiection du duc d'Anjou, GuilUame insista néanmoins pour que l'on imposât au nouveau souverain TobligatioD de garantir la liberté religieuse, de rétablir iuviola-
nementdes Pays-Buïî, arriva à îNamur pour prendre possession de sa charge, Alexandre Fariièse, à qui celle combinaison ne laissait plus que le commandemenl général des troupes, en m.'inifesla un vif méconlenlenicnl, et Marguerite se joignit à lui pour obtenir du roi qu'il mainliiil les choses comme par le passé. Philippe y eonsentil, et Faroèse resta seul îavesti du gouverueaieot général des Pa)S''Bas.
(1) LeUre du prince d'Orange à Lazare de Scliweudi, 27 février 1580 j Archives, lome Vil, page 229, n**GMLX,
(2) METicftSH, livre X, folio 190.
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lablement tous les privilèges et de n'employer que des indigènes dans radmiDistration du |»ay$. Les états hésitèrent longtemps avant de prendfe cette grave détermination; malgré toutes les fautes de Philippe, ils n'osaient encore s'affranchir du respect séculaire qu ils avaient vou6 aux descendants do la maisuii de Bourgogne. Les moments étaient cependant précieux : entourés d*ennenii8 de tontes parts, privés de Tappui des princes protestants d'Allemagne dont Guillaume avait inutilement invoqué les sympathies, éconduits par Élisabelh qui ne pouvait pas se décider k rompre avec la France et l'Ëspagne, vivement pressés par Alexandre Famèse, les défenseurs de la liberté nationale devaient regarder le due d'Anjou comme leur dernière espérance, et ils firent tous leurs eiiuits pour assurer son élection. Ënfin» après six mois de tergiversations et de craintes» les états décidèrent, le i% juillet, qu'une députation serait envoyée an flrère do roi de France pour lui offrir la souveraineté des Pays-Has. Les délégués, k la tèlo desquels on remarquait Mamix de Sainte-Aldegonde, partirent d'Anvers le 3 août 1K80 et arrivèrent quelques jours après au cbAteau de Plessis-Ies-Tours, résidence du fiitur seigneur de nos provinces.
Si k duc d'Anjou eût conservé au milieu de ses débauches quelque peu de ceeur et d'intelligence, une admirable occasion s'offrait à lui de conquérir la renommée et de consolider entre ses mains le pouvoir qu'on veiiail lui offrir. Élu d'un peuple libre, il pouvait, en le défendant contre la tyrannie espagnole, assurer à sa race la reconnaissance étemelle de ses nouveaux sujets. Mais la patrie n'avait pas encore subi toutes les épreuves qui lui étaient re^ci vées. François d'Aleiiçoii était eu tuas puints un digne descendant des Valois. < Tandis que les plus nobles » sentiments qui puissent fermenter dans les soci^ humaines, » la religion et rameur de la liberté, soutenaient les Belges et » les Bataves dans une lutte terrible, les princes de la maison de
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*m KtVULUTIÛiN DU XVI*' SIÈCLE
» Valois n'avaient vu dans ces enVoyables coinl)ats qu'une ocea- » sioQ de placer un des Ieur& sur un nouveau tiône. Ltur poli* » tique était plus égoïste encore et plus mesquine que celle de » Philippe II. Cette sanglante guerre, le dévouement et l'hé- * roïsme de tout un i)euple, leur parurent otlVir des chances » pour leur faire p^^u r une couronne. Moosieur veillait depuis » longtemps sur Tagonie de la Belgique, se flattant que dans » leur désespoir les opprimés se jetteraient dans ses bras (1). » Il accueillit donc avec bienveillance les députés des états, et le 29 septembre il conclut avec eux un traité par lequel il acceptait la souveraineté qui lui était offerte. U s'engageait par ee traité à respecter les privilèges, à convoquer au moins une fois par an les états généraux qui se réservaient en outre le droit de se réunir quand ils le jugeraient convenable, à assurer la liberté religieuse et à ne nommer aux principaux emplois que sur la présentation des états. L'infraction de l'une ou l'autre de ces clauses par le prince déliait de plein droit les états de leur serment de fidélité (2). Un article spécial du traité fut destiné à protéger la position particulière dans laquelle la Hollande et la Zélande se trouvaient à l'égard du prince d'Orange ; il fïit stipulé qu'elles demeureraient dans le même état, « nommément au » fait de la religion et aultrement, » tout en conservant l'obligation de se soumettre à la généralité pour tout ce qui concernerait la paix, la guerre, les impôts et les relations avec les autres pays. Des lettres reversales, données par le duc d'Anjou immédiatement après la signature du traité, contiruièrent aussi tous les pouvoirs de Guillaume dans les deux provinces quUl gouvernait depuis si lougtemps et qui s'étaient accoutumées à ne pas reconnaître d'autre autorité que la sienne. D'Anjou nefitaiicnne dilliculté d'accepter ces conditions qui aniuindnssaient sou pouvoir; il avait probablement déjà conçu le projet de sa camùade.
(1) SiMONDK DE SisMONDi, Htstoire (Ics Français, tome XIT, page lit.
(2) Archives de la maison d'Orange, tome VII, page 400.
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DAMS LES 9X1
Ambitieux et perfide, il se vit à peine investi du rau(^ suprême, qa*U mit sa gloire à rivaliser de despotisme avec Philippe. L'avenir loi destinait, comme une leçon terrible, d'ëehoner misé-
rableiiient dans ses coupables tentatives, et de devenir un objet d'exécration et de mépris pour le pays dont il voulut trabir la cause* '
En apprenant que les états réunis à Anvers songeaient à se
dégager de rpbéissancc qu'ils lui avai«Mil piuuu.Nf, Tliilippo reconnut sans peine la maiii du prince d'Orange dans le nouveau coup dirigé contre lui. Emporté par une fièvre de vengeance» il n'attendit point la conclusion du traité de Plessis-le»-Tour8 pour éclater contre son ennemi : il signa le 15 mars un édit de proscription qui est peut-être Tacte le plus honteux d'un règne rempli de turpitudes et de crimes. Depuis longtemps déjà il méditait la perte de Guillaume, mais il n'avait pas encore eu jusque-là le cynisme do pi éconiser ouvertement l'assassinat. Ce dernier genre d'infamie ne devait pas lui laire défaut. Alexandre Famèse publia, le i^juin 1K80, le ban de proscription par lequel le prince d'Orange, déclaré c trahistre et meschant, ennemi du » roi etpaïs, » était dépouillé de tous ses biens, et qui permettait d'attenter à sa vie comme à celle d'un ennemi du genre bumain. « £t afin mesmes, ajoutait le roi, que la chose puisse estre » effectuée tant plus pi omptement, et pourtant plus tost délivrer » nostre dict peuple de ceste opression et tyianiiie, vueiliaai » appremier la vertu et chastter le crime, promettons en paroUe » de Roy et comme ministre de Bieu que s'il se trouve quel- » (ju'un soit de nos snbjectz ou estrangers si genereus de cœur » et désireux de nostre service publicq, qui sache moïen d'effec- » tuer nostre dicte ordonnance et de se faire quicte de ceste » dicte peste, le nous délivrant mort ou vif, ou bien lui estant » la vie, nous lui ferons donner et fournir pour lui et ses hoirs, » incontinent après la chose effectuée, la somme de vingt-cinq y> mille écus d'or; et s'il a commis quelque delict ou lourfaict,
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t28 RÉVOLUTION DU XV1« SIÈCLE
» quelque grief qu'il soit» nous lui promectons pardonner et dès » maintenant nous loi pardonnons; mesmes s*il ne ftist noble,
» Tanoblissons pour sa valeur. »
Toilà Philippe tout entier : pour lui, le plus làclie assassinat n'est qu'une clume qu'il fuit faire effectuer an plus tdt; prostituant sa parole royale, c'est au nom de Dieu lui-même qoTil ordonne de verser le sang; non content de prodiguer l'or à l'exécuteur de ses volouics, li s'engage à lui pardouiier ses crimes, quels qu'ils puissent être, et, pour couronner dignemeni cet assemblage dliorreurs» il promet ao meurtrier de Guillaume des parchemins ramassés dans le sang de sa victime et un blason conquis à la pointe du stylet.
Justement indigné, Guillaume répondit k Philippe par la publication de son Apologie (I). Cet écrit immortel, en retraçant tous les forfaits du tyran espagnol, renversa l'absurde système d'accusations à l'aide duquel Philippe avait voulu jusimer sa conduite. U suffit, pour connaître les deux bommes et les deux causes, de comparer le style véhément et chaleureux de V Apologie aux allégations mensongères, aux perfidies accumulées par le monarque dans son édil de proscription. C'est au nom des sentiments les plus élevés que le prince d'Orange exhorte les états à persévérer dans leur résistance, c Pourquoi, » dit-il en terminant sa justilication, pourquoi est-ce que j'ai » exposé tous mes hieus? Est-ce pour m'enrichir? Pourquoi ai- » je perdu mes propres frères que j'aimois plus que ma vie? £st- » ce pour ea trouver d'anltres? Pourquoi ai-je laissé mon fils si » longtemps prisonnier, mon fils que je dois tant désirer si je » suis père? M'en pouvez-vous donner un aultre ou me le pouvez » vous restituer 2 Pourquoi ai-je mis ma vie si souvent en danger, » sinon pour vous acquérir et acheter s'il est besoing au prix » de mon sang une liberté?. . . Allons doncq ensemble de mesmes
(1) Imprimée à Leyde, ehez Charles SyWias, en 1581. Le texte du ben de pnucrî|ilioii se fioQve à la (^p de l-apologte*
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DANS LES PAYS-BAS âid
» cœur et volunté, embrassons ensembie la défense de ce bon » peuple, et ce faisaot, si encores vous me continuez ceste » faveur que vous m*avez portée par cinlevant, j'espère, mo!en- » nant vostre aide et la grâce de Dieu que ce qui sera par vous » résolu pour le bien et conservation de vous, vos femmes et > enfants, toutes choses sainctes et sacrées, je le maintien- » dray. »
Les états, à qui ces nobles paroles étaient adressées, reconnurent par une lettre du il décembre lt>80 que Guillaume méritait toute leur reconnaissance et lui offirirent c une cornette de » cavalerie pour garde du corps et plus grande asseorance de » sa personne. » Inutiles précautions : une première fois, Theureuse cioile du prince déjoua les complots iiauiés contre lui; nuis lorsque, deux ans plus tard, il tomba sous les coups d*un vil fanatique, on vit que rien ne pouvait apaiser la haine de celui qui avait armé le bras de lauregui.
Aflfrancbis désormais de toute retenue envers un souverain qui s'était couvert d'un opprobre ineffaçable, les états généraux assemblés à La Haye proclamèrent solennellement la déchéance de Philippe (26 juillet i88i), quatre mois après le retour des députés qui avaieni ele t liargés de traiter avec le duc d'Anjou, ils n'eurent pas de peine à convaincre le monarque de trahison et de tyrannie, et, au nom de ee principe que les rois sont fisâts pour les peuples et non pas les peuples pour les rois, ils déclarèrent à la face de l'Europe qu'ils ne voulaient plus obéir à leur oppresseur. « Desesperans totaliement, disaient-ils, de tout « molen de reconciliation, et nous trouvans destitaei de tout » aultre remède et secours, nous avons, suyvant la loi de » nature, pour la taition et défense de nous et des aultres habi- » tans, de nos droictz, privilèges, anciennes coustumes et liberté » de nostre patrie, de la vie et de l'honneur de nos femmes, » enfants et successeurs, afin qu'ils ne vinssent tomber dans la » servitude des Espagnols, esté couifamcts de quitter le roi
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aSO R&VOLliTlON OU &l£CLB
A d*Espagne. Sçavoir faisons que, considéré ce que dessus, » nous avons d'un commun a£Cord, délibération et con^- » tement, déclaré et dedarons par eeste le roi d'Espagne » deeheu, ipso jure, de la souveraineté, droiet et heritaige de » ces païs (4). ^) Trop heureux si cette fière déclaration eût été enteadue de tout le pays et si les provinces méridionales eussent écouté la YOix de ceux qui voulaient les arracher à la ruine et à l'esclavage I
L'attitude énergique des états rendit à la lutte une nouvelle ardeur. Farnèse, qui venait de remporte i* de grands succès en Frise et dans le Brabant septentrional, oii ses troupes avaient' pris possession de Bréda, se dirigea vers le midi pour s'emparer de quelques mIIos qui résistaient encore à ses armes. Il vint mettre ie siège devant Cambrai et bloqua si étroitement cette place qu'il la réduisit en peu de temps aux plus cruelles extrémités. Heureusement le duc d'Anjou, qui venait d'organiser une ariiiée pour entrer dans ses nouveaux, domaines, se liàta de venir au secours de Cambrai. Le prince de Parme, en présence de forces beaucoup plus considérables que les siennes, lut obligé de se retirer (17 août i!(81) et alla investir Tournai qui était défendu jcii ( liristine de Lalainu, {irincesse d'Epinoy, nièce de rinfortuiie comte de Hornes. Le pnnce d Lpiiio^ servait alors sous les drapeaux du Taciturne; il n'avait laissé à Tournai qu'une garnison peu nombreuse. La courageuse princesse, loin de songer à se rendre, donna à ses soldats l'exemple de la fermeté et dirigea si habilement la delenâc de la place, qu'elle parvint à résister pendant trois mois à son redoutable adversaire. £ile dut pourtant consentir à capituler le 30 novembre 1581 {% mais ce ne fut qu'aux condiiions les plus honorables : k garnison entière
(1) MfiTKftBR, livre X, folio â09, publie lexlueiletuent celle pièce iui^rlanle.
("2) V. le lexle ûo. la capiliilalion dans les Aualectes bel{iiques de Ai. Galua&d, cahiers il'oclobre el de décembre 1830, page 509.
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DANS LES PAYS-BAS tSt
put sortir de la ville avec armes et bagages. Quant aux habitants, ijs (^chnppèreot au pillage moyennant une coninbutioo de 300,000 florins.
Si le dac d'Aïqon Teût voulu, il lui eût été fiicile de délivrer Tournai; mais, peu soucieux des intérêts du pays, il ne crut imm à pioiios (le joindre ses troupes à celles du prince d'Orange, « persuadé qu'il convenait à sa propre cause de tenir les Fia- » mands dans une situation critique et de leur faire éprouver » toutes les calamités de la guerre, afin qu'ils ftissent plus sou- » pies avec lui et qu ils s'empi eî>bassent davantage à lui sacrifier 1» leurs libertés. > Aux instances de Guillaume qui l'engageait à pénétrer plus avant dans le pays, il répondit que les volontaires dont se composait son armée reftisaient de le suivre; que, d'ailleurs, il était (If'pourvu d'ari^'erit et que des aflaires importantes l'appelaient en Angleterre. Il partit, en effet, après avoir donné le gouvernement de Cambrai à Balagny, Tune de ses créatures, et arriva à Londres an mois de novembre, peu de temps avant la capitulation de Tournai. L'espoir d'obtenir l.i main de la reine Ëlisabetb était ce qui l'avait déterminé à entreprendre ce voyage; on put •croire pour un instant au succès de cette démarche lorsque Elisabeth, en présence de toute sa cour, tira de son doigt un anneau et le mit à celui du pi ime iiiinçais. Mais le comte de Leicester, qui jusqu'alors avait été le favori d'Elisabeth et dont ce mariage renversait les espérances, s'eflbrça de recouvrer IMnlIuence qu'il avait momer^anément perdue. Secondé par le inéconlentement de la nation anglaise qui voyait avec déplaisir un étranger s'asseoir à côt*; du trône, il réussit à faire revenir Elisabeth sur sa détermination. Au moment où le duc d'Anjou se croyait sûr du triomphe, il fut adroitement congédié par la reine, qui, sans rompre tout à fait avec lui, l'engagea à retourner en Flandre en lui prêtant une somme de cent mille écus.
Le duc D'eut pas de peine à comprendre qu'il avait été joué ;
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RÉvoumoN DU vn? siêclb
0 86 promit de prendre sa revaocbe aux dépens de la liberté de
nos provinces. Le 10 lévrier 1582 il arriva à Flessingue : le prince d*Orange l'y alleûdait et Vy reçut au nom des états. De là il 86 rendit à Anvers, où devait avoir lieu Tinaugaration solennelle du nouveau duc de Braliant. Cette cérémonie s'accomplit le id février avec la plus ^M-ande ma^niûcence; elle fut suivie de fctcs spieiidides a l'aide desquelles le duc d'Anjou espérait acquérir la popularité qui lui manquait. Mais ces fétos n'étaient pas encore terminées qu'un horrible attentat vint réveiller toutes les défiances dont ce prince était l'objet. Les vingt-ciuq mille ecus promis par Piiilippe à l'assassiu du Taciturne avaient tenté la cupidité de tous les misérables perdus de fortune et d'honneur. Il se trouvait alors à Anvers un négociant espagnol, Jean de Isuncha, originaire de la Biscaye, avec lequel le roi d'Espagne entretenait de secrètes relations. L'associé de Isuncha, Gaspar Anastro, avait essuyé de grandes pertes dans le commerce : ce iùt sur lui que l'émissaire de Philippe Jeta da! ! 1 les yeux pour exécuter le crime; il lui promit au nom du monarque « quatre-vingt mille ducats, une croix de Saint- » Jacques et d'autres honorables états ou offices. » Anastro, effrayé, n'osa pas s'en charger directement et s'adressa d'abord à son caissier Antonio Venero, puis à Tun de ses domestiques, jeune homme de vingt-trois ans, nommé Jean Jauregui. Ce dernier, moitié par ûuiatisme, moitié par l'appât de la récompense promise, consentit à ce qu'on hii demandait (1).
Le dimanche 48 mars avait été fixé pour la perpétration du crime. Par mesure de précaution, Anaslro s'était enfui à Dunkerque, oit il attendait les événements. De son côté, Jauregui s'était confessé le vendredi à un moine jacobin nommé Antoine
(1) Di Tabsis s'intéresse à Janregni et cherebe à le justifier. .Vofei eom- BMDtilparlede loi : « Erat adoleseens rellgloei Gatholiett sommoperè addielos, « ide^e eraéiliUe est ferventf FeligloBit lelo eè ftoisse addadam. » Commentaire, Ihrre VI.
Timmerman, qui l'avait encouragé dans son dessein et lui avait
donne rabsolutioii. Laissons à un clironiqueur contempoiaiii le soin de mm raconter les détails de l'attentat (i).
c Hooseignear le prince d'Orange, après avoir ouy la predi-
» cation en Fëglise te dimenclie xviij de mars 4882, se retira
» en sa maison au lieu ou fust le cliasteau d'An u ers, aecom-
i> paigné de plusieurs seigneurs el genUis-iiomines dont aucuns
>» demeurèrent a dtsner avec luy. Peu après, il disna pubUe-
9 quement, comme il souloit, en la grand'salle de ladlcte
» maison, et lui faisoient compagnie messieurs les comtes de
» Laual, messieui's ses cnfans et deux de ses ncpucux, enfans
» de monsieur le conte Jean de Nassau, les sieurs de Bonniuet,
» des Pruneaux et autres gentilshommes. Le disner se passa en
» plusieurs honnestes pro[)os et deuîs : et entr^autres fiist parlé
» des cruautcz commises es pais de par deçà par les Espaignols.
» Peu après disnés ledit seigneur prince marcJia vers son anti-
» cbambre pour entrer en sa chambre auec lesdîts seigneurs^ et
V gentUsbommes, et en passant leur monstroit une pièce de
» t^ppisserie où estoyent représentez des soldats espai^nols. A
> rinstant un jeune bomme de basse stature luy tire un coup de
» pistollet chargé d'une balle seule, et Tattainct au dessoubs de
» roreille droicte, le perce de part en part, passant la balle par
» le palais et soi lani par la joue seneslre près la mâchoire de
» dessus. Ledit seigneur, cooune depuis ii a dit plusieurs fois,
» ne sçavoit que c*estoit, et pensoit qu'il y eust quelque raine
» d'une partie de sa maison; car il ne sentoit point estre
» frappé : toutesfois sa vefie fust esblouîe quelque temps.
» A l'instant aucuns des seigneurs et gentilshommes, qui
» estoyent plus près de luy pour lors, donnèrent audit jeune
» homme deux ou trois coups d'espée dedans le corps ; et les
(1) Brief recueil de l^astasnnat commis en ta personne de trèS'iUusire prince de Nassau, marquis delà Vers, ete», par Jean Jaureguit espagnoL Â Aaven, en l'imprimerie de Cliristoplile Plantin, lltSS.
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3i54 RÉVOLUTION DU XVI* SIÈCLE
» ballebardicrs diulit s'mir prince approchant, laclievèrent à » coups de iiailehardc. Cependant estant adverti ledit sn -neur » de ce qui estoit advena, et mesmes le sentant par ie feu qui » estoit à ses elieveux, et oyant le braict autour de Fassassina- » leur, s*escria : « Ne le tuez point. Je luy pardonne nia mort. » » et, se tournant vers aucuns seigneurs françois, leur disoit : . c 0 que Son Altezciperd un fidèle serviteur. » Ët incontinent » liist mené en sa chambre, soustenu soubs les deux bras, car » î! pouvoit marcher et n'etoit i)oint timibé du conp. »
La nouvelle de l'attentat fut bientôt connue de toute la ville, et les soupçons du peuple se portèrent d*abord sur les Français que Ton regardait comme les complices de Tassassiu. Déjà une fouk' furieuse avait envahi les mes en ci iant : Voici des nopces de Paris; allons tuer les massacreurs (1); mais les papiers trouvés sur le corps de Jauregui prouvèrent que le coup n'était point parti de là. Ces papiers, écrits en espagnol, donnèrent con* naissance dos relations qui existaient entre Anastro, Venero, Timmermau et Jauregui. Anastro s étant cniui, Venero et Tinimerman purent seuls être mis en jugement. Ils furentcondamnés le 27 mars à la peine capitale (3). Le prince d*Orange « ayant » entendu qu'on vouloit procéder à donner sentence définitive, » donna cbarge par esciipt au sieur de Sainte-Aldegoude de > prier le magistrat qu'on les ehastiast de la mort la plus douce » que faire se pourroit (3). Ce qui fat faict, car par sentence du
(1) Lm Pim, Chronique de HoUande et Zélande, livre Xlll, pago 446. Ce propos est aossi rapporté par Sully, dans ses Mémoiret*
(2) Voir les pièces de cette procédure, n** IX des Ikwuments kUUh' riques. Je les ai déjà publiées dans la Belgique judiciaire, n* do dimaDehe 16 février 1845.
(5) Voici la lettre qu'il écrivit à Marnix & ce sujet :
« Moasieur de Sainte-Aldegande, j'ay entendu que ron doibt demain faire » justice des deux prisonniers, estant complices de celoy qui m*a tiré le coup. » De ma pari, je leur pardonne tièi-voionliers de ce qu'ils ne peuvent avoir » oITensé; et si ils ont, peut-estre, mérité un ebastoy grand et rigoureux, je
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» magistrat, le incrcreili ^8 du dit mois, furent mis à l'estache » sur un escliauffaut devaot k maison de ville au milieu du » grand marehé, et par Texëeuteur de justice estranglez au » j^^uTot, leurs corps mis en quartiers et pendus sur les princi- » paies portes de la ville, leurs testes mises sur deux des » grands i)Ottlevards qui faisoyent par cy-devant partie du cbas- » teau (1). > ^
Le bruit s*était d*abord répandu que le prince avait succombé à sa blessure ; les partisans de l'Espagne témoignèrent hautement la joie qu'ils éprouvaient d'être dél>arrassés de leur ennemi. Granvelle, qui était alors à Madrid, Ait l'un des premiers à s'en réjouir (2). Alexandre Famèse lui-même, trompé par le rapport erroné d'Anastro, crut devoir écrire à la plupart des villes révoltées que, puisqu'elles avaient perdu le cbef de leur rébellion, elles devaient prendre le parti de se soumettre au roi. € i'espère, » mandait-il aux ëcbevins d'Anvers, que Dieu vous aura osté de > devant les yeux le bandeau qui vous enjpeschoit de cognoistre » les ruses, cautelles et inventions par lesquelles il nourrissoit » la dissidence et perpetuoit vos misères pour sa convoitise et » ambition particulière;... vous ayant bien voulu advertir et fl asseurer qu en cas que veuilliez vous pi evaloir de l'occasion » que Dieu vous présente, ne trouverez personne qui vous y » aide avec plus de sincérité que je feray; vous offhmt à eest » effect tout ce que je puis en vertu de Tauthorité que j'en ay » de Sa Majesté, de iaquelie je suis très certain que vous ne
)) vous prie vouloir lenir la main dt;vcT.s Messieurs du magislrai qu'ils ne les ' veiiillcnl faire souffrir grand tornieiu et se coiUenler, s'ils i'oQl mérité, » u une courte mort. Sur ce, vous diray le bonsoir. » Vobiie bien liou auiy à vous (aire service. u G"'" db Nassau. »
(1) Brief recueil, etc.
(2) Lettre de Grauvelie à M. de Bellefoutainc; Anhivcs de la vmimi d Onuiye, luuie VIIÏ, page 76, n'MLXVI. « Les nouvelles, écrivit-il alors, » qui arrivent de la mort du prince d'Orange ne sont pas mauvaises et fussent » été melieures s'il îusl mort vingt ans devant, w
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» recepvrez moiodre grâce et faveur ni traicicmeiit pire qu'ont » esprouvé ceux qui se confiant en la naturelle douceur dont 9 icelle est douée, se sont si volontairement jectës ès bras de sa
» royalle clémence. » Nos villes se soucièrent peu de faire à leurs dcpeus i'cprcuve de la « naturelle douceur » du roi d'£spagne; elles répondirent par un refus formel aux ouvertures du gouverneur général. La guerre recommença donc avec plus d'activité, et Farnèse se signala d'abord par la prise d'Audenarde (2 juiilcl 1582). Les forces dont il disposait s'étaient récemment accrues des régiments espagnols qu'il avait dû renvoyer pour se conformer aux clauses du traité d'Arras, et dont
les nobles wallons, qui craii^naieid rinterventiou d'une aniiéo française, avaient eux-mêmes soilicilé le rappel après la prise de Cambrai et l'inauguration du duc d'Anjou (1). Avec ce puissant secours* qui portait son infanterie à cinquante-six mille hommes et sa cavalerie à trois mille cinq cents chevaux, il lui fut aise de maintenir sa supériorité. Le duc d'Anjou s'était depuis quelque temps emparé de plusieurs places peu importantes; mais cet avantage ne fut que passager» et bientdt Cambrai, Ninove et Gaesbeek retombèrent au pouvoir des Espagnols.
Irrité de ces échecs et mécontent du rdle secondaire que lui assignait Tinfluence de Guillaume, fatigué d'ailleurs des restrictions que les privilèges du pays mettaient à l'exercice de son autorité, le duc d*Anjou, niai conseillé par les courtisans qui l'entouraient, prit un parti qui devait lui devenir funeste (2).
(i) iMlre de Granvelle à M. de BellefonUline j Madrid, 28 février 1583.
Archives, lome VIII, jia.^e 70, n" MLXIII.
('■2) (( Dnx gailus lassus et jm(>alicns, diuliùs sub Âuriâci vir^â, ac ex jussu vel nulu populi tnrhulenli vilara degerore, cerrifins salis sibi viriiim ad maniis esse, secreto scse lanlà indignilate alque ojiprobno exuiieic, lolumque iin()<;rium sibi soli vindicare consUtoit.» Di Tissis, Commentuire, livre VI, page 434.
DANS LBS PAtS-BAS 9ST
Femques, Rocbepot» dont il écoutait tes avis bien plus volontiers que ceux de Sully qui Tavalt aussi accompagné, Texhor-
tèrent à s^eniparcr par force Ues principales places du pa}s ci ù s*y établir eu maitre absolu, au mépris des lois qu'il avait juré d'observer. Il se trouvait alors à Anvers et avait eoneentré autour de cette ville un corps d*armée assez considérable. Ces précautions éveillèreiil les soupçons du prince d'Orange, qui dit un jour à Sully, en parlant du duc et de ses lavons : c Ces » gens-là ont des desseins pernicieux et pour eux et pour nous, » où, à mon advis, ils ne trouveront pas leur compte ; je vous » prie, monsieur, de ne pas vouh éloigner de mon logis (i). » De leur côté, les bourgeois, qui se défiaient des Français, se tinrent sur leurs gardes et se mirent à l'abri d'une surprise en tendant les cbatnes qui protégeaient Taitrée de leurs rues plus tôt qu'on ne le faisait auparavant. On arriva ainsi au 17 janvier 1583; ce jour-lii, d'Anjou annonça son intention de sortir de U ville sous prétexte d'aller passer en revue son armée qui était cantonnée dans les fiiubourgs. Arrivé à la porte de Kipdorp, une querelle simulée s'en^rajjea entre des geiitilsiiouiines de son escorte; ils feignirent de tirer l'épée, et les bourgeois qui gardaient la porte ayant voulu interposer leur médiation, le comte de Rochepot plongea son poignard dans le corps de l'un d'entre eux. Une mêlée allreuse s'engagea alors entre les Français et les Anversois, qui, trop peu nombreux pour résister, succombèrent presque tous. Sur ces entre&ites, Tannée du duc d*Anjott s'était avancée vers la ville; déjà quinze bannières d'infanterie et dix cornettes de cavalerie y avaient pénétré en poussant des cris de joie et de victoire, lorsque quelques bourgeois, profitant du tumulte, se glissèrent vers la porte, parvinrent è détacher la herse, et, coupant ainsi la retraite aux assaillants, empêchèrcnl le gros de l'armée de se joiniirc à ceux qui étaient
(1) Mémoiret deSulbf; chip. XVII.
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déjà entrés. Les rues devinrent alors le théâtre d'un combat aeharné entre les habitants exaspérés et les soldats fhinçais qui, cernés de toutes f»rts, essayèrent d'échnpper par la Aiite au sort qui les attendait. Réduits à se précipiui du haut des remparts pour se dérober à la fureur des Auversois, ceux qui avaient survécu aux massacres de la rue trouvèrent pour la plupart la mort dans les fossés qui ceignaient la ville (i).
Le duc d*Anjou assistait de l'extérieur à ces scènes de carnage; il crut d'abord au triomphe de ses soldats, mais bientôt^ cruellement désabusé, il se vit contraint de fùir pour assurer son salut. Il alla se réfugier à Termonde où il apprit que les villes de lirup^es, d'Ostende et de Nieuport avaient repoussé les tentatives diri^^ées contre elles. A ia vérité, le coup de main avait réussi à Termonde, à Âlost et à Dunkerque, nuds ces succès partiels n'apportèrent aucun remède à la position précaire dans laquelle il s'était placé en compromettant sou honneur et son autorité.
Les Malcontents et le prince de Parme s'empressèrent de
mettre à profit les criminelles entreprises du prince français; ils écrivirent aux états généraux pour les engager de nouveau à se joindre à eux. Mais les états repoussèrent ces suggestions et demandèrent avis au prince d'Orange, qui, le 7 février, leur répondit qu'ils avaient trois partis à prendre : se défendre euxmêmes, se soumettre à TEspagne, ou se réconcilier avec le duc d'Anjou. De ces trois partis, disait Guillaume, le premier était évidenoment le meilleur, mais il n'était guère praticable; le plus
(1) Voir dans La Pnn, livre XIII, page 488, an éerit da temps intilolé : déclaration faite par Us BouTgkmaUtres, Echevins et CanseiUen delavittettAmoen sur ce qui est arrivé en ceste ville ^ leildejamkr IB83, flt dus GAiauM, Anaketei belgiques, cahier d*aodt 1830, page une lettre du sieor d'Espraneaax, ambassadeur du due d'Anjoa anx Pa^Bat, ao aieur de Bellièvre, en date du "26 Janvier iS83. — Haia», Come III, page 348; MiriBin, livre XI, folio Sâ3; Da Tiasn, livre VI, page 434; Mbibbai, tome III, page 364; SiaoHaa ni Siaaoroi, lonie XII, page 171.
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sAr était d'oublier les fiiutee dn dac, qu*i1 valait mieux avoir pour
sont ion que pour ennemi, et qui seul pouvait encore être utile aux états (1). Ce eouseii dicté par une politique intelligente lut suivi par les états; ils envoyèrent des députés à d*Alençon, et le 25 mars 4885 il fut arrêté que le due se rendraitpoiir un cer^ tain temps à Dankcrque, afin de faire oublier le f:\eheux souvenir de sa camisade; qu'il évacuerait iermoudc ctDixmude, et que ses gens entreraient au service des états. A ces conditions tout devait être oublié; mais, par une de ces inexplicables bizarreries dont on trouve parfois des ex^ fiiiiles dans l'histoire, on fit un crime à Guillaume d'avoir détendu le duc d'Alençon. Les aecusations les plus contradictoires et les plus fausses fiirent dirigées contre lui : on prétendit qu'il s'était entendu avec les Français pour sui prendre Anvers; on alla jusqu'à lui reprocher le mariage qu'il venait de contracter avec Louise de Coiigny, fille du fameux amiral, et qui prouvait, au dire de ses ennemis, ses sympatbies pour la domination française. Ces accusations injustes» Guillaume eut à les subir jusque dans sa famille : Jean de Nassau, son Irère, lui reprocha son alliance avec les Français, et l'histoire, il est (âcbeux de le dire, a souvent tenu le même langage. Si l'on veut savoir à quoi s'en tenir sur cette prétendue trabison
du Taciturne, il faut lire la lettre qu'il adressa de Dclfl à son frère le 18 mars 1584. La graude ùme du libérateur de la Hollande s'indigne de Tétroitesse de vues de ses accusateurs, c On » dit que je me doibs défier du parti de France, y écrit-il. Les » dan^^iers qu'il y a de ce costé ne me sont incojxnens, alns » peut-être mieux cogneus qu'à ceulx qui en paiieut, et me » touchent de plus près qu'à nul aultre : à qui doncq veult-on » que je me fie? Les princes d'Allemagne ont esté si souvent
(I) Mimiif , livre XI, folio 337. Li Pbtr, livro XIII, page A70. Il est à remarquer qu'après la amisade, Jeao do Nassau déconseilla Tivemeat i soo frère de se réconcilier avec le prlDea français. Àrckives de la tnaùon SOrange^ tome VI II, paige 148.
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RbVOLLlION UL XVI* SILuLt., LiC.
» sollicitez et nous n'en avons reccu aulciin secours ny appa- » reiice. » D*aiUeurs, ajoute-t-il, il faut s'en j)ien(lre aux villes, qui veulent à tout prix finir la perre. Telle était alors, en effet, la sitoation da pays. Quoi qn*il en soit» Gnillaoïne, froissé de l'injustice du peuple, dont ringratitude oubliait en un seul jour trente ans d'abnégation et d'héroïsme, quitta Anvers le ±1 juillet et alla habiter la Hollande où devait l'atteindre encore le ièr des assassins.
Quant au duc d'Anjou, il ne tarda pas à comprendre tout ce que sa position avait d'équivoque. Désespérant de regaper jamais la confiance des états, exposé à la haine et au mépris de la nation entière, il reprit le chemin de la France un mois avant le départ dn prince d'Orange, et se retira à Ghâteaa-Thierry, où il termina bienlùL ses joui s, ii mourut empoisonné, dit-on, par l'une des victimes de ses infâmes plaisirs (1), après avoir acquis, suivant Fâiergiqne expression de d'Aubigné, autant d*ennemi$ qu'il y avait de gens qui le connussent (2).
(1) Db Thou, livre LXXVIH. •
(2) Il légua au roi de France ses titres sur les Pays-Bas et sur Cambrai. Henri 111 céda cette ville à Callierine de Médicis, qui la garda en garantie de 9m droiu sur le Portugal.