‹ Histoire de la révolution du 16e siècle dans les PaysBasChapitre 9 sur 18 · tome I, page · texte numérisé non relu

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RfivnM'TION ni' XVr SlftCLE

comte d'Egmoni, que le sort de son père n'avait pu éclairer sur ses devoirs, ViUenral, Cbampagnj, Rassenf^ien (1) et la plupart des chef» de eette Doblésse, qui depuis les débuts de la révolution avait, comme on l'a vu, toui saci-ifié à un malenc oiitroux égoïsiue. Trop inhabiles pour être dignes de leur époque, ils étaient en môme temps trop orgneilletix ponr aeeepusr de plein grêla supériorité crue les événements attribuaient à Guillaume, et ils clierchèrent à lui opposer un rival d'une naissance illustre, croyant ruiner ainsi la fortune de celui que dans leur aveuglement ils regardaient comme un ennemi. Déjà depuis le 96 aodt un des leurs, le sire de Maelstede, était parti pour Vienne dans le but (1 lîira^er l'arrliiduc Malliias, frère rte l'empereur lîdiiniphe el neveu de Philippe, à venir prendre le gouvernement des l'ays- Bas (D* Le jeune archiduc, à peine âgé de dix-neuf ans, se laissa tenter par l'^pât du. pouvoir ; le 3 octobre il quitta furtivement Vienne pour se rendre dans nos provinces, sans même en avertir l'empereur son frère. En m^me temps, \mii ( onu e-halancer l'influence que GuiUaume exerçait &\t k population de Bruxelles, le due d'Aerscbot se fil nommer gouverneur de fai Flandre et s*empres8a d'aller prendre possession de sa nouvelle charge (20 octobre 1577).

Lo parti dàuocratique dominait alors à Cand. Il y avait pour . chefs deux hommes célèbres qui, s*ils ne furent pas toujours exempts de reproche, surent du moins dans ces circonstances difficiles faire preuve d'intelliirence et de dévouiiin uL Jean de Hembyzc et François de la Kelulle, seigneur de Ryhove, étaient tous les deux issus de familles patriciennes et avaient su répudier les préjugés de caste pour ne prendre conseil que des intérêts communs. Hembyze surtout avait toutes les qualités d'un chef de parti; « naturellement éloquent et persuasif, doué d'un esprit 1 orné par Tétude, souvent employé dans la magistrature, bien

(l) Mktrre>. livrft vu, folio [12.

(â) Archives de la maison d'Orange, lome VI, pa^e 191.

)• informé do l'état de la province, mieux instniit que personne » (ies vertus et des l'aiblesses de ses compatriotes (i), » il disposait à son gré da people de Gand, parmi lequel la foi calviniste s'était depuis longtemps propagée et qui voyait en loi le restaurateur et le soutien des anciens privilèges de la cité. Des relations actives existaient entre les deux tribuns il le prince d'Orange, qui les favorisait secrètement et dirigeait leur conduite. L'arrivée du duc d'Aerscbot eut pour effel Immédiat de partager la ville en deux camps ennemis. Le duc, après avoir promis aux (. in luis que toutes leurs franchises leur seraient rendues, eut l'imprudence de £ûre exclure de radminlstration tous les partisans du prince d*Orange, ainsi que ceux qui ne cachaient pas leurs sympathies pour la religion réformée. Cet abus de pouvoir lui devint funeste : le peuple, excité par Hembyze et Ryhove, réclama hautement ses privilèges. Le duc d'Aerschot ayant menacé les plus hardis de les faire pendre, Texaspération générale ne connut bientôt pins de bornes. Encouragés par Guillaume qui avait donné son assentiment à leurs desseins (2), les deux chefs gantois firent arrêter d'Aerschot dans sou hôtel (28 octobre), et avec lui les principaux seigneurs de son parti, Rassenghien, Swewegem et les évéques de Bruges et d*Ypres.

Le premier soin dcHenihvze et de Ryhove, après ce liardi coup de main, fut de réorganiser la commune gantoise et de rendre anx corps de métiers leur part â*inflaen<ce dans les affaires de la dté. Vn conseil de dix-huit membres choisis dans les rangs du

peuple et de la bourgeoisie fut investi d'une partie des attributions jttsqu*alors réservées au corps des échevins; grâce à ces

(1) Vjuimevywckt, Histoire des troubles des Pays-Bas, lome II, livre IV. ^ J^ti dié de préférence cet tuteur, parce qu'il s'attielM à rendre odieux Hemliyieel Ryliove; on peutécae ajouter foi avx éloces qi'il leur aceorde.

(3) ilfvMMi âi to wuùon ^Orwn^t lome VI, page 15. — Bfniun, lÎTK VII, folio 143.

institutions, les deux tribuns devinrent tellement cliers à leurs

concitoyens qu'ils ne comptèrent plus que des adht'renls et que les Gantois se déclarèrent prêts à les seconder dans leurs projets.

L'appd adressé à l'archiduc Mathiaîs et la nomination du duc

d*Aerschot aux fonctions de j^ouvenieur de la Flandre avaient proloiidément irrité le peuple, qui, voyant les intrigues de la noblesse, fit manifestement éclater son courroux. Les états, intimidés par la réprobation que soulevaient de toutes parts les mesures qnllsavaient prises, cédèrent à la pression exercée sur eux par le mécontentemeiil irénéral et résolurent d'élever Guillaume à la dignité de ruwaeid de Brabant, espérant qu'il verrait dans Toffre de cette charge importante une réparation des injurieuses menées que Von avait dirigées contre lui (1). Son élection eut effectivement lieu le 22 octobre, et le prince, devenu plus puissant par les intrigues de ses ennemis, força les états mêmes à subir l'ascendant de son génie. Pour détourner autant qu'il était eu lui le coup que Ton avait voulu porter à la cause révolutionnaire en faisant venir le jeune ai'ehiduc, il usa de sa position pour faire décréter le renouvell un nt de l'acte d'union entre les provinces. Le 10 décembre 1577, les députés réunis dans la grande salle de l'hôtel de ville de Bruxelles signèrent un nouveau pacte qui, tout en confirmant le premier, contenait en outre une promesse réciproque de bienveillance et de protection entre les catholiques et les réformés. Cet acte important et trop peu connu consacrait les vrais principes de la politique de GuiU laume, il faisait triompher la tolérance tout en resserrant les * liens qui devaient unir les diverses parties du pays (2). Le

{1} M. Gioiif Vah Pmsrfua {Arehises de la maison ttCrangê, i, VI, page 191) fait observer avec raison que ce serait on anachroaisme d*admeUra qoe la démarclie de la noblesse près de Tarehidnc Halhiaa fût le réanllat de la nomination dn prince comme mwaerd de Brabant.

(S) Àrchim de la maison d^Orange, tome VI, page Stt7. — Ham et Wautbii, Hisioire de la viUe de Brux^^ lome 1, pace 474.

Taciturne ne s*Bn tint pas là : avant de reconnaître solennel* lement en qualité de gouverneur général Faidiidnc Hatbîas qui était arrivé à Anvers le 34 novembre précédent, il parvint à

lui iaire imposer des coiidi lions qui restroij^'naicnl toutes les prérogatives de la souveraineté. L*arcliiduc> avant d'entrer eu fonctions, devait jurer d'observer en tous points la pacification de Gand; de ne foire « cbose d'importance et qui concerne la » généralité, à sçavoir aydes et levées de deniers, romptures de » guerre ou de paix, alliances et confédération avec peuples » estrangiers, sans consentement des estais generaulx; de réta- » blir tous les privilèges et coutumes que Ton pourrait monstrer » avoir esté enfraincls, violez, ou par force et violence tolluz et » abuliz; > de permettre aux états généraux de s'assembler « toutes et quantes fois qu'il leur plairoit (i). » Enfin, pour assurer mieux encore le succès de ses desseins, il se fit nommer lieutenant de l'arehiàuc qui, réduit ainsi à la possession d'un vain titre, fut le 20 janvier lo78 pompeusement reçu à Bruxelles comme gouverneur général des Pays-Bas.

n y avait dans tous ces plans conçus par le prince d'Orange une grandeur, un patriotisme qui ne peuvent échapper à personne. On l'avait accusé de vouloir confisquer la révolution à son profit : il ne répondait qu'en constituant sur de solides bases la souveraineté nationale représentée par les états généraux; autour de lui retentissaient les clameurs des partis préoccupés de leurs seuls intérêts : lui ^eul, supérieur à ces ambitions coupables, proclamait l'union et protégeait la liberté.

Pendant que ces faits s'accomplissaient à Bruxelles et que, sous la vivifiante influence de Guillaume, l'espoir se ranimait au

cœur de tous les vrais citoyens, don Juan, retiré à Liixeiubom a, se préparait à reprendre les armes pour recouvrer sou auioi itc. Le 14 octobre, il avait donné communication aux états d'une

(4) Poinctz et articles accordez sur ki rcccption de l'archiduc Malhias, — A Anvers, de l'imprimerie de Ghristopble Plantin, 4579.

lettre de Madrid par laquelle Philippe faisait connaître les conditions qu'il voulait imposer k nos provinces. Ces couditions éuient le maintien exclusif de la religion catholique et de robëissance due an roi, Texpulsion dn prince d'Orange et de ses pailisans, la dcstituiioii des foiictioimaires nommés parles états au gouvernement de nos villes et la mise en liberté des prisonniers (1). Quelque temps après (ianvier 1578), le baron de Selles» frère de Philippe de Noircarmes, remit aussi aux ëtats de la part du roi une lettre en réponse à celle qu'ils avaient adressée au monarque le 24 août précédent pour le supplier de pourvoir au remplacement de don Juan. La lettre dont le tiaron de Selles était porteur était datée de Madrid le 16 décembre IIOT. Le roi n*y parlait point du tout de don Juan; il insistait fortement pour qu'on rétablît la religion catholique sur le pied où elle se trouvait au temps de l'empereur Charles-Quint, prétend^^t que les états s> étaient engagés par Taeceptatlon de Tédit de Marcheen-Famenne (2). Les états protestèrent contre cette imerpr^ tion de leurs promesses, en faisant observer qu'ils n avaient pu vouloir enlreiudre les clauses de la paciticatiou de Gand et que celle-ci c permettoit aux Hollandois, Zelandois et autres retires » de la dicte religion catholicque romaine, de librement » retourner, venir, lianler, eouvcrser et demeurer en ces Païs- » Bas; moyennant que ce soit sans rien attenter contre la » religion catholicque romaine ou rexercioe d'icelle, ni empes* » dier, irriter, injurier on scandaliser ceux qui la suivent et » uiiiiiiiiennent, ce qui du tem|is de feu l'empereur Lhailes » n estoit nuliemeut licite, ains etmlemcui deffendu (5). » Us refusèrent donc d'accepter ces offres dérisoires, et don Juan,

(<) Lettre de don Juau aux étals; Luxembourg, 14 octobre 4577. Véritable récit, elc.

(2) Ai'duues de la rnaison d'Orange, tuiue VI, page 283.

(5) Responce véritable au j lettres patentes et persuasions abusives de don Jehan d'Attslrite, etc., page i8.

Sm&sé de la venue de l'archiduc Mathias, leur déclara ouverte* ment la guerre le S5 janvier 1578. De grands préparatiiii de défend se firent alors des deux côtés; mais tandis que l'armée

(le doii Juan se renforçait de ces terribles soldais du ducd'Albe qui, après avoir été momentanément expulsés du pays, revenaient conduits par Alexandre Famèse et prêts à venger cruellement raffh)nt qu'on leur avait fiiit subir, les états confiaient le comniaiHiciiient de troupes inexpérimentées à des généraux incapables, insouciants et livrés à leurs plaisirs. Au lieu de prendre résolûment l'offensive, comme le conseillait le prince d*Orange, ils perdirent on temps précieux et laissèrent don loan s'avancer jusqu'à Gemblonx, presqu'au centre du pays. 11 fallut bieu accepter la bataille, quoique la plupart des cbefs de l'armée des étals, au nombre desquels se trouvaient le comte de Lalaing et le vicomte de Gand, fussent alors cbez eux on aux noces du sire de Bereeele. LMssue du combat ne fut pas un seul instant douteuse: les Espa^^ols, dont l'intrépidité naturelle était doublée par l'exaltation fanatique qu'avait excitée en eux la bulle du 18 janvier, par laquelle le pape Grégoire XIII leur avait accordé la rémission de tous leurs péchés (1), eurent bientôt mis en déroute les troupes nationales, qui s'enfuirent dans une confusion inexprimable, en laissant aux mains des ennemis leur artillerie, leur bagage et leurs drapeaux (31 janvier 1^8).

La nouvelle de ce désastre plongea les états dans une aflireuse perplexité. L'armée victorieuse de don Juau menaçait déjà BfuxeUes et se signalait chaque jour par d'éclatants succès. Louvain, Tirlemont, Diest> Sicbem surtout, dont le siège avait rappelé les atrocités commises par le duc d'Âlbe, avaient dû se soumettre aux Espagnols, et don Juan, chez qui Tivresse de la victoire éveillait l'instinct de la cruauté, avait souillé l'honneur de ses armes en autorisant des massacres borribles. La prise

(I) MtifcKtv, livre Vin, folio 150.

crAiiistci'daiii, qui jusqu'alors était resté tidcle au roi et qui s'éUit rendu le H février aux soldate du prince d'Oiaoge, avait néanmoins compensé ces revers; mais les étals* sons Tempire de la terreur qu'ils ëprouTsuent, ne tinrent point compte de la présence de rarcliiduc Mathias qui s'était réfuerié h Anvers, et pendant que les calvinistes exclusifs, soutenus i)ar la reine d'Angleterre Elisabeth, engageaient le comte palatin Jean Casimir à venir les défendre contre don Inan d'Âutriclie, ils réclamèrent le secours du duc d'Aujou, Irèie de Henri ÎII, loi de France, qui leur avait offert ses services après la jouruée de Gembloux (1). L'un et l'autre de ces princes répondirent à rappel qni leur était îsdi : tandis que Jean Casimir pénétrait jusque dans la Flandre, les soldats du duc d'Anjou Irancliireut les frontières de l'Artois et du liaiuaut. Ces renforts ranimèrent la confiance des états; il eût sans doute été facile de résister à l'oppression étrangère, si Ton eût voulu oublier les discordes, les baines politiques et religieuses, pour réunir en un seul faisceau toutes les forces du pays. Le prince d'Orange crut que le moment était venu de tenter cette réconciliation des partis en consacrant par mu acte solennel et définitif le principe de tolérance que contenaient en germe la pacification de Gand et l'union de Bruxelles du 10 décembre 1577. li espiiaii c^u'en face du péril commun tous les citoyens comprendraient la nécessité d'une étroite alliance, basée sur le respect des droits et des croyances de chacmi. Le nombre des réformés s'était d'ailleurs considérablemrat aecm depuis quelques années, et à plusieurs reprises déjà ils avaient adressé aux états de vives réclamations en foveur de la liberté de conscience (!2). Ce fut encore au

(1) Le prinee d'Omse était d'ameois rtvonble ta due d'Anjou. « Je » 8çay, écrîTiit-il le SO avril 1578 au seisneor d'Esproneanx, qu'il n'y a 1» prince en la chreslienié qne nons y pealt tant ayder que Monielsaenr » d'Alençon. n

(â) Àrdims de la maUm dOrange^ tome VI, page 388.

DAKS LES PATS-BAS

prinee d'Onmge qa*échut la gloire de prendre l'initiative de

(uHle grande mesure : il fit adopter le 2:2 juillet 1578, par Tarctiiduc Mattiias et par les états généraux, Tacte célèbre connu sous le nom àepaix de religion^ et dont les principaux articles étaient conçus en ces termes :

« Chacun i)eut demeurer libre et franc, et selon qu'il en veut » respondre devant Dieu, touchant les deux reli^noii>, cti lelle

> sorte que Ton ne se pourra irriter Tun Tautre. Mais un cbacun» » soit ecclésiastique ou séculier^ pourra posséder et retenir ses » biens en paix ^ en repos, et servir Dieu selon la cognoissance » qui lu} en a esté donnée et selon qu'il en voudra respondre au » jour du jugement.

» Afin que la liberté de la religion soit réglée de part et » d*au1tre, a esté ordonné que la religion catholicque romaine » sera restablie, tant ès villes de Hollande et Zélande, qu'ès B aultres villes et i)laces de par-deça où Ton a quitté ladiete » religion, afin d'y estre exercée paisiblement et librement

> pour ceux qui le demanderont, excepté qu'ils ne soyent point » moins de cent mcsna^^es en cliasque grande ville ou village, » qu'ils y aycnt este continuellement et pour le moins i espace » d'un an.

» Semblablement, ladiete religion reformée pourra estre

» exercée publiquement en toutes les villes et plaees des pais de » par-deça, et que le mesrae soit requis par les habitants, en » mesme nombre que dessus.

» Ceux de la religion reformée hors de Hollande et Zélande seront tenus de garder et observer les jours de festes, lesquelles » on observe en I rL^iise eaihuUeque mmainii. Et ne pourront » point travailler, vendre ni tenir boutiques ouvertes lesdicts » jours (1). »

Jamais encore, au milieu des tempêtes qui avai^t si violem-

(1) Metbrbkt, livre VIII, folio 160. — IIae«us, tome ill, pageâ79. Archim de la nmùon dOrangCt tome Vl, pige 3S8.

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KfiVOUITiO!! DU XYI* SlACUB

ment agité le xn"* siècle, on ifavait entends un langage aussi

élerë. Séparer la foi de la politique, reconnaître à tout homme le droit imprcscriptihle et sacré de servir Dieu selon sa conscience» consacrer Tégalité deseultes, admettre sans distinction catholiques et réformés à Texereiee de tous les emplois, substituer aux haines religieuses une loi de tolérance et d*araour, voilà ce que voulut le prince d'Orange. En présence do ces sublimes conceptions du génie, Tenvie reste impuissante et désarmée; il n'y a de place que pour Tadmiration de lliistoire et la reconnaissance de la postérité.

Malheureusement, Guillaume n'avait autour de lui que des hommes chez qui l'esprit de parti avait étouffé tout autre sentiment. Lorsque les stipulations de la paix de religion furent connues^ les nobles du Hainaut et de FArtois s'empressèrent de protester contre un acte qui, selon eux, était contraire aux clauses de la pacification de Gand. Ce traité avait cependant chargé les états généraux de ré^er définitivement la question religieuse : il était donc évident qu'ils n'avaient bit qu'oser de leur droit en approuvant la paix de religion. D*ailteurs, llntérét général, le salut de la patrie ordonnaient inii)érieusenient d'adopter une politique conciliatrice si Ton voulait faire triompher la révolution. Tout eda ne Ait d'aucun poids pour les ennemis du prince d'Orange et de la liberté. On vit naître dès lors cette rivalité funeste qui devait bientôt amener la scission de nos provinces. Valentin de Pardieu, seigneur de la Motte, fut le premier qui, traître à ses devoirs et à son pays, chercha à se réconcilier avec l'Espagne : il reçut de Philippe des lettres de grâce le 1 1 septembre iii78 et devint l'un des principaux chefs de ce parti des Malcontents i^ui se recruta dans le Hainaut et dans TArtois de tous les hommes avides d'esdavage et de honte (I). Leur conduite provoqua de terribles reiNré-

(1) MmaKN, livre YHI, ioï'to lêO.

DAiNS LES PAYS-UAS 20 i

sailles : Hembyze et Ryhove, qui dii i^^f^aienl à C.aiid le parti calviuiste, lircnt chasser de telle ville les ecclésiastiques €aUioliqiies romaiiis, conlisquèreDi leurs biens nialgré les protestations de Sainte-Aldegonde, firent fondre les cloches pour en faire du canon et remirent toute l'autorité entre les mains des conseils de la commune (1). Dès ce moment, on put regarder la séparation comme on £ait accompli; ce déplorable résultat, fruit de rintolérance des partis, devint pour les provinces méridionales une source inépuisable de malheurs.

Cependant don Juan continuait le cours de ses succès militaires. Nivelles, JUmbourg, Daelhem, ainsi qu'un grand nombre de places moins importantes, avaient successivement reconnu

son autorité', et parmi ces malheureuses villes plusieurs avaient encore été le théâtre de forfaits inouïs. Ces crimes ranimèrent au cœur des populations toute Tborreur qu'excitait jadis le nom espagnol ; d'énergiques écrits vinrent augmenter rindignation du peuple en rappelant toutes les fautes commises par dou Juan. « S'il y a une seule goutte du sang de nos ancestres dans nos » Teines, disait Tauteur inconnu de Tun de ces écrits, ou une » petite étincelle d'honneur en nos cœurs, choisissons plustot » une mort honorable, s'il est besoin, qu'une si infâme et si

> ignominieuse servitude. Si nous voulons scuiemeul nous » resouldre à défendre vertumisement nostre liberté, je ne fay V nul doubte que Dieu aura inentôt brisé l'o^eil et flère » outre-cuidance de ces tyrans qui nous font une cruelle et san- » glaïUc guerre, comme si nous n'estions nés sinon pour servir » de proye à leuis insatiables cupiditez et de marchepied à » leur orgueil. Le Dieu qui résiste aux superbes ne nous aban-

> donnera point dans notre Juste querelle; Il tient seulement à » nous que nous prenions courage, et ne nous laissions non plus

(1) MiniM, livra Vlil, folio 160.

» amadouer de leurs fausses persuasions que opprimer de leurs » sanglantes et ravissantes mains (1). » Un tel langage devait rendre le courage aux plus timides; aussi le 1^ août l'armée des états, commandée par Maxîmilien de Hennin, comte de Bonssu, ayant rencontré à Rymenan, entre Mtlines et Aerschot, raniiee espagnole qui lui était cependant bien supérieure en nombre, lui lit éprouver un sanglant éehec et força don Juan étonné de cette résistance inattendue à se replier sur Namur. Pen de jours après cet important fait d'armes, le duc d'Anjou, qui le 15 juillet précédent était arrivé dans nos provinces, reçut h Anvers le titre de protecteur de la liberté belgique et conclut avec les états un accord par lequel il s*enpgeait à leur fournir un corps de dix mille hommes d'infanterie et de deux mille de cavalerie, snns exiger pour cela au( unu pai Licipalion au gouvernement civil du pays, qui restait entre les mains des états. Seulement, ceux-ci promettaient, s'il fallait cbanger de souverain, de donner la préférence au frère du roi de France (2). C'étaient \k sans doute dos conditions fort satisfaisantes; mais ' le méconteutement d iiiiisabctli, qui voyait avec dépit l'intervention de la France dans les affaires des Pays-Bas, la coupable ambition du duc d'Anjou et la rivalité qui s'élevait entre les provinces, les rendirent inutiles et soulevèrent de nouvelles difflcullés. On vit alors les états, l'archiduc Mathias, le duc d'Anjou et Jean Casimir se disputer les lambeaux d'un pouvoir qu'ils auraient dû prot^er tous ensemble et plonger ainsi le pays dans la plus pitoyable anarchie.

(1) Bespance à un petit Hvret mguem ptttUé ei intUulé Déckaration de HntenHon du seigneur don Jdian «tÀustriee» — En taqudle ta waye intention dudU don Jehan est manifestment descotoferte à ïorigine des présentes guerres ei troubles de par^deça bien ebUrement et à ta vérité exposée, — Aovefs, de l'imprUnerle de Ghristophie Pltnlio, MDLXXVIII. Brochure in-4* de 46 pages.

(S) Gmbh Viir Prirstsub, Aràivoes de la maison d^Oranget lome VI, page 405.

DAMS LES

Quamt à don luan, il s*ëtaît, comme on sait, retiré à Namur

après réchec de llvuiciiaiii, ci il avait envoyé en Espai?no son secrétaire. Ëscovedo pour réclamer du roi qu'il envoyât du secours aux Pays-Bas. Il adressa cependant de nouYelles propositions de paix aux états, mais ceux-ci ne consentirent à traiter que sur hases suivantes : rarciiiduc Mathias conserverait les fonctions de gouverneur général; Jean Casimir et d'Apjou seraient compris dans le traité de paix, et fon remettrait aux états avant la fin du mois d'août la province de Limbourg et toutes les conquêtes des Espagnols dans le Brabant et le Haiuaut. Don Juan repoussa ces prétentions, qui lui paraissaient inacceptables, et se rési^ à attendre qa'il plût au roi d'Espagne d'envoyer les renforts nécessaires pour continuer la guerre. L'inaction à laquelle il se trouvait réduit minait sensiblement ce fougueux capitaine; toujours obsédé par d'aventureux désirs, il songeait à abandonner nos provinces où il se consumait en efforts stériles, pour aller attaquer la reine Ëlisabetb, briser les fers de Marie Stuari, la captive de Fotheringa} , et monter avec elle sur le trône d Angleterre (1). i)e tels rêves plaisaient à son âme ardente et charmaient les ennuis de sa situation; mais lorsqu'il apprit que l'implacable Philippe avait fait assassiner Escovedo, au lieu d'envoyer les secours demandés;

quand il se vit l'objet des soupçons du sombre tyran qui régnait à Madrid et qui semblait vouloir labandonncr à luimême au milieu d'un pays révolté, il tomba dans une langueur profonde qui épuisa en quelques jours le reste de ses forces. Le 28 septembre 4878, sentant la mort s'approcher, il commit Alexandre Farnèse, prince de Parme, pour signer les dépêches en son remplacement. Le lendemain, il désigna, pour le cas où il viendrait à mourir, son neveu comme devant lui succéder dans le commandement de l'armée et dans le gouver-

(1) H. Ghmb van Prioaierer n'hésite pas à Ironver ce dessein de don Jaan soflisamment conslalé.

tOé

RÉYOUITHHI DU ZVl* SltCLB

nemeDt génàrd dv pays, et, deux jours après {i^ octobre), il termina dans son camp de iîouf^es, près de Namur, sa ronrte etiiriilanle carrière. Ses luuérailles, ordonnées par Farnèse luimême, ftireot célébrées ie 4 octobre dans Téglise de Saint- Aubain k Namur, avec tonte la pompe dne an rang illustre du défunt. L'armée, qui l'aimait, y assista en deuil; les coins du poêle étaient tenus par Ernesl de Alanslelt, maréchal de camp, Ociavio GoQzagne, colonel de cavalerie, Pierre de Tolède, marquis de Vâlefranche, et Jean de Croy, comte de Roenlx (1). Après la cérémonie funèbre, le corps de don Juan fut provisoirement déposé daus le caveau de Téglise de SaiiU-Aubain (2).

Doué des ^pialités qui font les conquérants, don Juan n'avait pasrbabileté politique qu'exigeait la mission dont il avait été chargé. Il s'accommodait peu de ces temporisations, de ces ruses duut sut faire usage son successeur. Sur une scène plus vaste et plus propre à doimcr carrière à son ambition, il eût peuirétre été l'un de ces hommes exceptionnels à qui la Providence réserve rhonneur de fonder un ^pîre; réduit à uo rôle uiipossiblc par la poliiiquc de Philippe II, il mourut à trente ans, dévoré par le chagrin de n'avoir pas réussi, s'il est vrai que le poison de l'Ëspagne n'ait pas contribué à abréger ses jours (3).

Le 4 lévrier i57U, les restes uiorlcls de don Juan furcnl

(I) &nu9A, de Bello Bclgico, lib. III, dee. seemid.

(â) L'épiiapbe Buivanie Ait plaeée sur sa tombe :

D. 0» M. S. — Seraniss. Prindpi JoaBni Anstritco D. Garoli V inp. f. PdtlMavros ii Bciicft rdiellaiiles aabjasatos Ttireanimq. naunam dassein apud Pains eo doce funditus (ttgatam deteUmq. cum in Boigio proregen agerot io castris fiougranis contloul febre in ipso jnveotolis flore soUato avQRculo amaatiss. Alexander Famesîas Parmat PtacentMeqae prinoeps in Impmù Boeeesaor, t\ aundato D. Philîppi Bfep. ae Indiaram ragis polentiss. bane allaris tabaJam cemrtapUi loco P. C.-M. D. XJCXVIIi.

(5) V, n* VU des Notes et JheumenU historiques^ Pexameo des diverses opinioBs émiseï par les historieas soir la mort piémalorée de don laan d'Aotriebe.

extournés, par Tordre de Philippe, en présence du mestre de

camp (Ion Gabriel Geroiiimo de Çuiiij^a, fini avait autrefois rempli les ionctioDS de grand écu^er du jeune prince. 11 s agissait de transporter en Espagne ees reliques précieuses, et il n'est pas douteux que la popularité de don Juan n*eût fait à sa dépouille un splendide cortège depuis la frontière espagnole jusqu'aux caveaux de TEscurial. Mais Philippe iiouva le moyen de ravir à la mort ce triomphe suprême. Sous le prétexte c d'épargner les grandes dépenses et d'éviter les contestations » qui s'élèvent d'ordinaire entre les magistrats et les prêtres à » l entrée des villes, dans le passade des princes morts on > vivants (1), » il ne recula pas devant la plus odieuse des pro* fanations, et fit dépecer ce glorieux cadavre avec Fimpudeur d'un valet d'amphithéâtre. Le ccenr se soulève de dégoût à igouter que tous les membres furent sépare.^ d u i orps, et que tous les ossements des bras, des cuisses, des jambes, et la tèle même, dont on avait retiré la cervelle, lurent entassés pêle-mêle dans trois caisses que l'on attacha Airtivement, honteusement, à la selle d'un cheval de bagajie, ni plus ni moins que s'il se fût agi du butin d'un contrebandier.

Ce fut ainsi que Geronimo de Çuniga ramena en Espagne ce que la tomhe avait gardé du vainqueur de Lépante. La majesté du trône n'avait pas su respecter la majesté de la mort.

(1) Strâda, de Bellû Belgico, lib. X, dec. I.

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