CHAPITRE XU
Il reste bien peu de chose à ajouter au rrcil de tant de misères. Avec Guillaume le génie de la liberté avait abaudonné notre patrie. Seul, cet homme extraordinaire avait pu contenir et diriger les éléments opposés qui se part ai;* aient alors les Pays-Bas; ([uaiiii il partit, faticrué d'une lutte intructueuse, on vit arriver au comble la confusion et le désordre. Sans frein et sans ^uide, les défensenrs de Tindépendance nationale brisèrent les faibles liens de solidarité qui les unissaient encore; ils continuèrent à résister aux Espat^iiols, mais ces elTorls isolés, dernières étincelles d'un feu qui devait bientôt s'éteindre, restèrent stériles et impuissants. Triste dénoûment de ce drame terrible, dont les acteurs, à l'exception d'un seul, ne voulurent pas comprendre que pour réussir il fallait renoncer franchement au passé et demander à d'autres dogmes la solution des crises du présent et le bonheur de l'avenir.
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RËVOLmON DU X¥l« SifiCLB
Quelques jours avant le dé|Nirt de dTAlencon, Faroèse, habile à
prolitcr des embarras de ses adveisaires, avait vaincu à Steinberg le iiiarêthat de liiron, luii des lieuLciiauts du lïère de Heori lU (7 juia 1583). La prise de Diest, de Nieuport» de Doiikerqoe et de Dixmude suivit de près cette victoire» et, pour terminer la campagne d'une manière éclatante, le prince de Panne lit cerner par ses troupes la ville d'Ypres, l'une des trois places les plus importantes de toute la Flandre. Alarmés par rapproche du gouverneur général, les Gantois, voyant que les états ne savaient à quel parti se résoudre, envoyèrent de leur propre mouvement des députés au comte palatin Jean Casimir, puis à Hembyze, en offrant à ce dernier de lui rendre les fonctions de premier échevin dont il avait été autrefois dépossédé. Hembyze accepta les propositions qui lui était laites, et son élection eut lieu le 14 août 1585. Guillaume» tout absent qu'il était, n'avait pas cessé de s'occuper activement des intérêts de nos provinces; li ne vit pas sans inquiétude le retour du tribun gantois. Le 20 août, il écrivit à la régence de Gand pour l'exhorter à ne pas se séparer des états généraux, car il se rappelait les excès commis en 1^78 et il craignait avec raison le caractère fougiteux du nouveau bourgmestre (1). Malgré ces exhortations, les Gantois persistèrent à ne pas se réconcilier avec le duc d'Anjou, qui, retiré en France, tentait encore à cette époque de renouer des relations avec les états généraux, en témoignant un repentir profond de sa folle conduite (2). Ce fut en vainque le 8 janvier iS84
(!) Archives de la mnùon d'Oraïufc tome VIII, pnge 254, n" MCXXV.
(•à) Le TioYcmbre dîiSô, le seigneur dXspruiitiaux écrivit en ces termes aux étals généraux : « f^ne altération par evenemeiis non espérez ennamme » les humeurs des meilleurs poïir les tourner à elTecls extraortlinaires, mais )) le bon naturel est plus prumpt à se recognotslre, voire quelque mal qui » advienne, pour s'en repentir et reprendre, par iceiuy bon naturel^ ung » prompt et saiiiet remède pour rabiller les clioses mesadv^nues... Il se )) eognoyt donc assez clairemi'iit, messieurs, que Son Alleze a ung entier *) regrel de ce qui esi advenu. » Archives de la maUon iOrangc, iouie V lll, page 364, d< MCXXXIV.
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DANvS LES PAYS-BAS !243
Guillaume s'adressa de nouveau à Uembyze pour rengager à agir de eooeert avec la généralité (i); il ne panint pas à Ini faire partager ses Tues. Dès lors on put prévoir le jour où toutes les villes^ séparées les unes des autres, tojaaberaicnt au pouvoir du prince de Parme.
Ypres succomba la première : le iO avril 1584 elle se rendit aux Espagnols, après un blocus ({ui avait dnré tout l*biver. Ce fut ensuite le tour de liru^^os, où commaiidait Charles de Croy, prince de Gliiuiay et iils du duc d'Aerschot. Ce seigneur, dont le père était toujours resté fidèle à Pbilippe, avait feint d'abandonner le parti des Espagnols pour s*attacber à celui des états généraux. Fomentant la discorde au sein de la cité, excitant la haine des Flamands contre les Français, il réussit à donner le cbange sur ses secrets desseins et jeta enfin le masque en livrant Bruges et Damme aux troupes royales le mai 1584. Gand et Termonde résistaient encore; ilcmbyze, déshonorant sa vie entière, commit le crime de s'allier à ceux qu'il avait jusqu'alors combattus pour ouvrir au prince de Parme les portes de Termonde; mais il liât découvert, traduit en justice, condamné comme coupable de haute trahison et décapité le 4 août, aux applaudissements de la foule indignée. « C'estoit, dit Meieren, » un homme bautain et grave, qui s'estimoit comme comte de » Flandre et avoit amené la Fbmdre et la ville de Gand en plu- » sieurs difficultés par un zèle inconsidéré. »
Pendant que les (ianlois élevaient Téchafaud de celui qui avait été leur idole, la Hollande en deuil conduisait au tombeau les restes mortels de son libérateur. Fidèle jusqu'à bi fin de sa carrière aux principes qu'il avait toujours défendus, Guillaume avait accepté la couroonc comtale que lui otfraieut les états de Hollande, de Zébmde et de Frise, mais aux mêmes conditions quMl avait tour à tour feit imposer à l'archiduc Hatbias et au
(1) Archives, tome Ylll, page m, MCXLU.
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S44 A£V01«ijTi0N DD XVT* UiOA
duc d'Ai^ou, c'est-à-dire en prolégeaut les droits de tous les Citoyens aux dépens de l'ambition que lui prêtaient ses ennemis. La sanction de tous les privilèges, le consentement nécessaire des étals non-seiiîemenl pour les impôts, mais aussi pour les traités de paix, les déclarations de guerre et toutes les choses d'intérêt général; la convocation annuelle des états à une époque déterminée et le droit de se réunir aussi souvent quils le trouveraient bon; le droit de piesentation aux principaux euiiilois réservé au parlement; 1;^ formation d'un conseil de douze membres cbargé de régler, d'accord avec le comte, tout ise qui se rapporterait au bien-être ou à la défense du pays; enfin, le droit attribué aux états ^M'iK-raux de pourvoir au gouvernement comme ils renleudraicul pour le cas où le chel de l'Etat eiitreiadrait l'un de ces articles : telles étaient les limites posées à cette autorité dont on a cru que Guillaume était avide, comme si un semblable but eût été di^ne de tant de persévérance et de jjénie (1). Au-dessus de tout cela il y avait pour le laciturne la cousciciice d'un grand devoir accompli, et dans la dignité qu'on allait lui conférer il ne voyait qu'un nouveau moyen d'être utile à la Hol* lande. On allait procéder à son inauguration lorsqu'un infâme meurtrier soudoyé par l'hilippe viuL plonger tout un peupie dans le désespoir et dans les larmes : le iO juillet ili84, jour à jamais néHaste, le prince Ait assassiné à Ddft par un Franc-Comtois nommé Balthazar Gérard. Celte fois la balle avait frapiié juste : Guillaume expira presque aubbilol entre les bras de sa soeur, la comtesse de Scbwartzembourg; à peine eut-il le temps de proférer ces paroles : « Mùn lH0u,jesid$ fort blessé; aye pitié de mon me et de ce povre peuple (2) I» Sublime pensée dans laquelle
(i ) Groeii Vaji PjuKsxsaEi, Archiva de la tmimi dOmnife, iom Wll, page AiO.
(2) II est beau de voir les partisans de l'Espagne faire l'élo|;;e de Rallhazar Gérarfi n rélébrer sa fon<lance au milieu des supplices. Voici conimeiil s'exprime Ds Tassis à ce sujet ; « Ducius ad suppliciuin, quoii cUversis ac
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OD le retrouve tout entier ; dernier vœu d'uu grand cœur qui ne regrettait point la vie» si le peuple à qui eette vie avait été con* sacrée conservait sa puissance et sa liberté f Dieu entendit la prière suprême du martyr : la iiatiuualile baiave, fécondée par ce noble sang versé pour la plus noble des causes, défendue par le digne héritier du Taeitume, triompha de tous les eilbrts de l'Espagne et la contraignit à sTavouer vaincue. Soixante ans plus tard, un autre descendant de Chai Ics-Quint, dépouillé de ce prestige de gloire que l'empereur avait ajouté à sa couronne, signa à la fiice de l'Europe l'acte d'admission de la Hollande au rang des nations indépendantes en même temps que celui de Tavilissèment de la monarcliie espagnole.
Guillaume mort, les succès du prince de Parme lurent rapides et décisife. Il s'empara d'abord du fort de Liefkenshoek (10 juillet); puis il assiégea celui de Lillo, noais il ne put réussir à l'emporter d'assaut et tlui se Ijorner à empêcher la libre navigatiou de TEscaut en établissant des batteries sur ses rives. Le S7 août, Tennonde le reçut dans ses murs; les Gantois découragés se rendirent à leur tour le 47 septembre; les réformés n'ohuarent pour toute grâce qu'an délai do deux ans pour vendre leurs biens et abandonner la cité de leurs aïeux. Bruxelles et Malines durent quelque temps après accepter des conditions analogues, et Ton vit encore, comme au temps de Marguerite de Parme, des familles iiiloi lunées aller chercher au loiu une autre patrie et des maires plus cléments.
Restait Anvers, ce dernier asile de la liberté dans nos provinces ; Anvers que défendait encore le vieil ami de Guillanme,
» exqoisilis modis, immaiiiqn«' ;ic barbant crudetilale per com!)luros dies » (quo lanlitafc crucialus augerelur) de oo fuit siimptiim laiitû animi quiele el » eonslaïUia, vuilùs sereiiitale, ergaque l>eum affcclii ad (iiiem iisque populo » sese spodanduin prîPbiiii. ui ipsosniet cveculores, |ulani(|iit^ iiirbaia at" mii!n titudincrn cireumstauliuui b^reticurum^ in summam adiiiii'alioQein ac slua porem conjecerit. »
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RÉVOLUTION DU XVI* SlfiCLB
rUiu&tre et généreux Maniix de Sainte-Âldegonde, à «pii le prince d*Orange, en partant, avait confié le gouvernement de la
ville où siégeaient les (Hats généraux. Si Anvers eût dû être sauvé, Marnix seul pouvait opérer ce prodige; mais il n'y avait pas dans la cité de pouvoir assez fermement constitué pour organiser une défense suffisante et pour résister aux puissants moyens d'attaque dont i-arnèsc disposait. Les colonels de la milice liourgeoise, les chefs de quartiers, les doyens des métiers et des confréries disputaient à Marnix une autorité nécessaire. Instruit de ces circonstances, le prince de Parme, exploitant la consternation (ju'avail produite l'assassinat de Guillaume, adressa le 13 novembre des propositions de paix aux bourgeois, en accusant le prince d*Orange de n'avoir cberché < autre chose » que se rendre maistre du pays tant par la ruyne des provinces » que par le sang des innocents (1). » Cette insulte i^iauiile jetée à la mémoire d'ua homme dont tous les bons citoyens pleuraient encore la perte» ne produisit pas l'effet que Famèse en attendait-: les Anversois repoussèrent énergiquement les offires qui leur étaient faites (:25 novembre), et, rappelant les véritables causes de la guerre, déclarèrent qu'ils ne voulaient passe séparer de la généralité. Le gouverneur se vit donc obligé de continuer le siège; on sait les prodiges qui y ftirent accomplis. L'Escaut fermé par des travaux ji:i{jfantesques construits sous le feu des défenseurs de la ville; les macliines terribles inventées par les assiégés pour détruire les ouvrages de leurs adversaires; les digues transformées en champ de bataille où deux années, disputant le terrain aux flots du fleuve courroucé, viennent entasser les cadavres de leurs meilleurs soldats, témoignent de l'héroïque acharnement des deux partis et font de ce siège mémorable le dernier chant d'une sombre épopée. Famèse, qui ne cessa de donner des preuves de la plus haute capacité et d'une incontestable
(i) MfiTfiMii, livre XII, folio 243.
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DANS LES PATS-BAS Ut
bravoure, faillit plus d*UDe fois perdre la Yie, surtout le jour où le formidable navire de Giambelli jeta dans les rangs espagnols
la tlévaslatioii et la teneur. Après quatorze mois d'uiio admirable résistance, Marnix dut enfin céder à la volonté du peuple affamé qui demandait à se rendre. La capitulation fut signée le 17 août 1588 ; le prince de Parme, en échange du pardon générât qu'il accordait aux habitants, imposa aux r(''formés l'obligation de sortir de la ville si dans le délai de quatre ans ils ne se décidaient pas à abjurer leurs croyances et à vivre c en l'exercice » de la religion ancienne, catbolicque, apostolique et romaine. » II leur permit repeii<lant de disposer librement de leurs biens « pour les transporter, vendre ou aliéner selon qu'ils trouveront » convenir, ou bien les faire régir» recevoir ou administrer par » tels qu'ils voudroyent dépoter, i D'autres clauses du traité
stipulèrent en outre la reconstruction de toutes les éjjdises qui avaient été démolies, l'élargissement des prisonniers à rexceptiou du seigneur de Téligny, la remise entre les mains du prince de Fartillerie, des munitions et des navires de guerre appartenant aux Anversois, ainsi que le payement d'une contribution de quatre cent mille florins (1).
Le ^ août, Famèse entra triomphalement à Anvers ; autour de lui se pressaient le duc d'Aerscbot, le prince de Ghimay, le comte d'Egmont, le comte d'Arenberg, le marquis de Renti, transfuges blasonnés qui applaudissaient à l'humilialion de leurs frères. Le prince se rendit à la cathédrale pour adresser à Dieu des actions de grâces; quelques jours après, il ordonna le réta* blissement des jésuites et la reconstruction de la citadelle que Guillaume avait fait détruire autrefois.
(1) ÀrUde$ et condUions du traicté fait et condu entre t Altesse du prince de Parme, Plaisance, etc», Heuunant, gouverneur et capitaine genenU is pays de par-deça au nom de Sa Majesté comme duc de Brabant et marquis du Saint-Empire d^une pari et la tàUe d^ Anvers ^auUre part; le XVUjour d:aoust tan MDLXXXV. — Anven, de rinuprlmerie de Gbrislophle Plaatlo. F. n* X des Notes et Documents historiques.
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BfivoLirnoN ws xvi* siêclb
PeDdant que la foule accourait sur le passage de Famèse, un seul bomme, triste et rêveur, se tenait à r^rt : fféiAii Mamix
de Saiutc-AliU'f^^oiide, qui venait de voir disparaître la dernière des illusions dont s'était nourrie sa jeunesse. Une clause spéciale de la capitulation Pavait autorisé à se retirer oili il voudrait, à la condition de ne pas porter les armes pendant un an contre l'Espagne. Baum du pays où il était né, puisque pour y rester il eût dû renoncer à sa religion et courber la tête sous le joug, il aUa cbereber un asile eu Hollande, non sans jeter un douloureux regard sur les murs de la cité quil avait si longtanps défendue. Une anière déception l'attendait aux lieux qu'il avait choisis pour retraite ; accusé d'avoir vendu Anvers à Faroèse, il vit ses services méconnus; l'Ingratitude et U calomnie furent la seule récompense du dernier soldat de la révolution.
Le temps a eflbeé la trace des souffhinces de nos pères, ils
ne nous ont lé^ué que le souvenir de leurs fautes : c'est à nous d'y puiser de grandes et sévères leçons. Fils d'un siècle profondément remué par les plus vastes questions politiques et sociales que rbumanité ait encore eues à résoudre, c'est dans les graves enseignements de l'histoire que nous devons chercher la lumière pour nous guider aujourd'hui. Voyons ce qu'il en coûta à la Belgique d'avoir renié les principes qui avaient foit éclore le mouvement du xvi* siècle, principes incomplets sans doute, mais qui n'en étaient pas moins un immense progrès, puisqu'ils attranchissaient la pensée et la conscience humaines et ouvraient des voies plus larges aux sociétés transformées par Tespérance d'un sort plus beureux.
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DANS LES PATS-BAS tl9
Après la prise d'Anvers, il ne resta plus rien delà révolution ;
rinvincible Farnèse a rétabli partout le calme et l'intoldrance ; la restauration du despotisme espagnol est désormais un fait accompli. Ënciiainée à une puissance en décrépitude et qui s^est condamnée à un lent et ignominieux suicide, la BelgHiue, calme pendant quelques années sous l'administration trop vantée d'Albert et d Isabelle, se voit de nouveau absorbée par l'Espagne dont elle partage rabaissement et les désastres. L'Ëurope, soulevée par la guerre de trente ans, donne rendes-vons à ses armées dans nos fertiles plaines que l'on peut dévaster impunément; qu'importe, eu elict, à Philippe lY que l'on ruine notre malheureux pays! Bientôt la paix est conclue à Munster : c*est encore la Belgique que l'on sacrifie et dont on anéantit le commerce par la fermeture de l'Escaut, tandis que la Hollande régénérée traite de puissance à puissance avec ses anciens oppresseurs. Philippe iV meurt en laissant un trône déshonoré à rimbécile Charles n, dernier rejeton d*ane race flétrie; nos provinces, jetées lambeau par lambeau en pâture à fambition de Louis XIV, subissent sans pouvoir se plaindre le plus honteux démembrement; et comme si ce n'était pas encore assez de payer les fhds d'une guerre impie, c'est sur le sol belge que les rois d'Europe viennent vider leurs querelles. La dévastation de nos canij>ai^nes, le bombardement de nos cités, vino^t liatailles livrées pour donner au vainqueur le droit de nous charger de fers : voilà notre histoire an xm* siècle. Charles II était déjà de son vivant descendu dans la tombe; il va rejoindre ses ancêtres sous les voûtes de l'Eseuiial : Louis XÎV, qui épiait avidement le dernier soupir du monarque, pose la couronne d'Espagne sur la téte de son petit-fils, étend sa main puissante sur ce qui restait de la Belgique et dispute cette proie si longtemps convoitée aux souverains coalisés. Le traité d'Utrecht est enfin conclu; un congrès européen veut opposer une barrière aux envahissements de la France : d'un trait de plume, il impose
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RÊVOLtmOIf DV XVI* SIÉCLB
à nos yilles des garnisons boUandaises; il enlève à Philippe V les Pays-Bas espagnols, et, sans consulter la volonté nationale, il les livre à l'empereur Cliarles VI. Mutilée, appauvrie, la Belgique, rivée à TAutriehe, vent redemander au commerce les richesses qu'on lui a ravies : un ëdit impérial ordonne la suppression de la compagnie d'Ostende doni la prospérité naissante excite la jalousie de la Hollande et de TAngleterre. Le sage gouvernement de Marie-Thérèse fait oublier pour un instant que la patrie est soumise à l'étranger; mais trois révolutions séparaient encore la Belîîiciiic du jour oîi elle devait eaûa prendre rang parmi les peuples libres.
Âujourd*bui les plaies de Tesclavage sont fermées, l'indépendance est reconquise, et de tant de souffrances il ne reste plus qu'un indélébile souvenir et la haine du joug étranger. C'est un précieux dépôt que nous avons reçu de nos pères; mais, sans faire ici le procès à une époque qui compte tant de martyrs, elle aurait pu, à la condition de le vouloir énergiquement, nous léguer mieux encore ; rindépeadance. Il eût été facile, sans riea sacriûer de la foi religieuse à laquelle nos populations étaient attachées, de constituer le pays sur les bases de la pacification de Gand et de fonder à la fois le règne de la tolérance et de la souveraineté nationale. L'étroit esprit d'opposition et de ii\ alité qui existait alors dans nos provinces, les injustes défiances qui poursuivirent le grand homme dont le génie pouvait seul conjurer les dangers d'une aussi vaste entreprise, et les artifices des lieutenants de Philippe II nous ramenèrent, décimés et ruinés, sous le joug espagnol. L'heure de la vie nationale avait sonné pour la Belgique; nos ancêtres ne Tentendirent point : ce fut là leur fiiute. Il nous en coûta trois siècles de senitude de plus, et lorsque enfin nous pimits encore une fois comljaLlrc pour notre indépendance, il nous fallut la conquérir aux dépens de ceux qui avaient été nos frères, frères par la race, par l'histoire et par le commun amour de la libèrté.
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UANS LES PAYS-BAS H&i
Certes, en coiituiuplaul le majestueux édilice élevé par la Belgique de 1830, les institutions que oous avons fondées, Tessor inou! qui s'est produit dans la splière des intérêts moraux comme dans celle des intérêts matériels, le respect admiiable de ce peuple pour ses lois et pour une dynastie désormais unie au pays par des liens indissolubles, il est impossible de ne (as s'enorgueillir de ces œuvres fécondes. Hais quelle que soit la fortune présente et la gloire qui en rejaillit sur nous, Thistorien n'a pas le droit d'oublier que la patrie eût pu être plus grande et plus prospère encore, et qu'elle l'eût été, en effet, sans Terreur désastreuse qui sépara nos destinées de celles des provinces du Nord. Quand on voit au xvii* siècle la république des Provinces- Unies opposer une résistance indomptable à ce Louis XiV devant lequel tremblait TËurope, qui peut dire ce qui Mt advenu si les fils des chevaliers du Hainaut et ceux des commaniers du Brabant et de la Flandre eussent pu se joindre aux marins de De Ruyter?
Ainsi lancés dans des voies différentes, ïm grandissant par l'indépendance, l'autre s'amoindrissant sous le despotisme, les deux peuples sentirent bientôt se relftdier les liens qui les
avaient unis et devinrent rapidement étrangers l'un à l'autre. La langue, une jusque-là pour toutes les populations de race thioise, s'altéra et se corrompit dans la Flandre espagnole ; le mouvement intellectuel, si vif au xvi« siècle, s'atrophia et fit place au marasme; do jour, eu jour la ligue de démarcation eutre le JNord et le Sud se creusa plus profonde. Aussi, lorsque en iSiS les remaniements de la carte d'Europe rapprochèrent ces deux tronçons d'un corps depuis longtemps morcelé, la diplomatie se trouva impuissante à reconstituer ce qu'avaient brisé nos ancêtres. C'est par 1585 qu'il faut expliquer 1830.
Aujourd'hui, le développement de la vie nationale et les attractions de la liberté ont fait ce que les protocoles n'avaient pu faire. On a compris, en Hollande comme en Belgique, que
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S5â RËVOUiTIOM DU XVl^ SIÈCLE, ETC.
la fraternité des deux peuples est la garantie la plus sérieuse de lear indépendance. Les anciens ressentiments ont disparu; nous avons renoué la éluitne de nos traditions aux glorieux souvenirs du m* siècle, et jeté ainsi les bases d'une alliance indestructible entre deux Dations maîtresses de leurs destinées. De toutes parts surgissent les plus généreux efforts : savants, artistes, hommes d'Etat travaillent avec ardeur de part et d'autre à cet heureux rapprochement fondé sur une estime réciproque et sur riiitclligence du rôle qui nous appartient dans la £unille européenne. Déjà Ton peut marquer le jour où la Belgiqfue et la Hollande marcheront de concert et du même pas à la conquête du progrès. Ce jour sera béni dans les annales de la patrie ; forts de not i e mutuel appui, éclairés par les erreurs et les revers du passé, et toujours fidèles au vieil esprit de liberté qui nous a été transmis avec notre sang, nous retrouverons, pour notre prospérité commune, les traces qu'a bien pu faire [M'i drc, mais que n'a pu effacer le despotisme. Nous n'avons rien à craindre de Tavenir.
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NOTES
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DOCUMENTS HIgïORlÛUËS
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