LETTRE DE DON JUAN AUX ÉTATS GÉNÉRAUX
[Hminr, I mtebN 1577.]
Messieurs, les nouvelletez apportez par vostrc dernier escript que nous ont délivré TËTesque de Bruges et le sieur de Willerval, ensuivies de tant d*anltres dearaisonnables demandes et actions, nous font dn tont apparoir qu^aa lien de donner moien pour conserver la religion catholicque romaine et authoritû dene à Sa Majesté, vostro but est de donner occasion que et Tung etTaultre se tienne à anéantir, Toires jusques à là, qu'il semble que n*en> tendes laisser à Sa Majesté en ces pays, fors que ie titre, par Terection principallemcnt d uiig conseil conduict par pluralité de voix. A quoy se joinct qu'avez tait venir entre vous ie Prince d'Orenges, que doubtonsSa Majesté ne sçaura gouster aucunement : et ce.de tant moins qu^est précédée la démolition de ses chasteauz .sans congé, et une inimité de tant U'aultres indignitez que les princes si grands comme luy sont accoustumez de soutirir mal volontiers. Par quoy nous nous sommes résolus de lui en faire part, yeu que c^est chose que luy emporte si avant. £t cependant comme je vous vois si peu considérez, que sans avoir aucun respect au lieu que tenons sur vous, osez vous demonstrer si mal inclinez que d intenter
oonijre nous hostilité, comm& voions joumellement. Nous nous
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278 NOTES
partons vers le pays de Luxembourg, pour dois là entendre à nostre gonvernement, ftoivant la ehaige qa*en avons, et y attendre les ultérieurs commandements de Sa Majesté, d*où nous obéissans
ferez ce ù quoy vous estes teiiuz» et suivuus Pobligation qu'avez à vostre Prince natml, qni pour faire le contraire ne vons a oncques donné la moindre occasion da monde, mais trop bien toqs a desparty grâces si notables que pour ieeUes seules lui debvres estare &
jamais très humbles elirès obeiâsuus serviteurs et vassauU.
N<' vn.
MOIiX DE DOJM JUAN D'AUÏBICHE.
L*lûstoire nationale a été depuis yîngt ans Tobjet d^nvestigatîons
patientes et assidues qui se sont poi'técs sur toutes les époques où les travaux antérieurs avaient laissé des lacunes regrettables. Cependant on n*a pas réussi à éelaûncir tons les doutes que renfement nos annales, et parmi les probités dont la solution est encore incertaine se trouve celui des véritables causes de la mort prématurée de don Juan d Autriche, le brillant et iufortunô capitaine nommé par Philippe II au gouvernement des Pays-Bas espagndb. Cette mort si rapide, si imprévue devait naturellement faire naître des soupçons que ne jusiiliaient que trop le caractère et la politique bien connue du prince qui régnait alors sur T Espagne. C'est ce qui aniva, en effet, et presque tous lesécrivains du xri" et dnxvii* siècle
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ET DOCUMENTS HISTORIQUES
aocueiOireot sans protestation ni ré9er?e le brait d*Qn empoiioa-
nement dont Phili[)|)t; II était puljla|iiement accusé.
Toutefois, ii y a vingt-cinq ans, un savant ausfii éclairé que modeste, à qui la Belgique est redevable de la plupart des déconyertes faîtes dans ces derniers temps sur cette période de son Iris- ^ toire, émit Topinion suivante dans un recueil qu'il publiait alors (1) ;
t Les historiens ont débité bien des versions différentes sur les » causes de la mort de don Juan. Les uns Tont attribuée à un » cbagrin que liu auraient donné des soupçons conçus contre lui » par Philippe II ; on n'a pas même craint d'afiirnicr qu'il avait
été empoisonné par ordre du roi. Avant d'émettre une assertion » de eette importance, et que Ton ne peut appuyer sur aucune » preuve, il eût été natmel de se demander quel intérêt aurait » porté Philippe à comnicttro un crime aussi atroce, alors qu'au » contraire le bien de son service exigeait qu il conservât à la téte 1 de ses troupes un général renommé et qui avait la confiance des » gens de guerre. On a prêté des projets ambitieux à don Juan, » et prétendu qu'ils avaient éveillé la défiance du roi , mais, dans » cette supposition toute gratuite, le roi n'était-il pas le maître de » rappeler son lieutenant? Avait-il besoin de recourir au poison? » Certes, don Juan eût résigné le commandement au premier * » ordre que son souverain lui en eût intimé. Agir autrernciiL lui » eût été impossible, quand même ii co aurait eu la volonté ; car, 9 rebdle aux commandements du roi, il se serait bientôt vu aban* » donné de tous ceux qui Tavaient suivi. »
Dans une autre publuation (2), le même écrivain, persévérant dans son opinion, se crut plus tard fondé à attribuer la mort de don Juan à une maladie contagieuse qui régnait dans les environs de Namur* Cette persistance de la part d*un homme aussi judicieux qu'instruit, jointe à l'absence de toute preuve matérielle du forfait imputé à Philippe, était sans doute de nature à convaincre les
(1) Gockurd, Amlecle* Lelyiques, caliicr de décembre 18:il>, p. 4éO.
(1^ Cbtbvtiw 4t ioeumaiiSa inéiitt p<m ntmit A fAbMM 4t la JîcJijique, année Vttk
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M NOTES
incrédiiles. Cependant des historiens modernes n'hésitèrent pas à accneillir encore les soupçons d*enipoi8onnemeni accrédités par les
contemporains. Peut-être le i^Uciiriome volume de la correspondance de Philippe II, recueillie avec tant de soiu dans les urcUives de Simancas par les ordres du gonveniement belge, éclaireira-t-il ce sombre problème par la publication des documents relatife an gonvcniciiiiitit (lu naturel de Ciiuiies-Quint ; mais, jusc^Uici du moins, I histoirc doute encore.'
En attendant que la lumière se fasse d*ane manière pins complète, il n*est peut^tre pas sans intérêt d'examiner jusqu a quel point sont fondées les eonsidératioiis morales que Ton a fait valoir eu faveur de Philippe, et quelles sont d'uu uuti'e côté les présomptions qui autoriseraient à Ini attribuer un crime de plus. Parmi ces dernières, le témoignage de la plupart des auteurs dn temps ne peut pas être dédaigné, et doit même, semhle-t-il, être pris en sérieuse couâidératioD, puisqu'il constitue encore actueiiemeut le seul moyen de preuve que Ton puisse administrer.
On a demandé quel intérêt aurait pu porter Philippe à se débarrasser de son frère : cette question n'est pas bien difficile à résoudre. Pendant toute sa vie, don Juan avait été pour le roi uu grave sujet de jalousie et de crainte ; il avait toutes les brillantes qualités qui font aimer les princes : la valeur, la bienvmllance, la générosité. Véritable héros d'épopée, dès le début de sa carrière il sort, maUré Philippe qui le destinait à Tétai ecclésiastique, d'un vieux château perdu dans les forêts de ht Oastille^ pour aller battre les Maures comme le (Hd. Vainqueur à Guevar et & Oj^iva, il voit son bonillant courage enchaîné par les soupçons d'un despote. L'intérêt de la chrétienté l'emporte cependant bientôt sur ladéiiance duroi, et Lépante ajoute au nom de don Juan tous les prestiges de U gloire. Plus haï que jamais de son royal frère c qui le regardait comme un » rival (1), » mais de plus en plus assuré des sympathies de ceux
(1) Btnda, Um III, T dieadc. — Pétri Bann«iua, Anei^et^ JM^ta, p. XV, pr«fiic«.
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£T DOCiniENTS fllSTOMÛUES
qui rentoureni, ilrève dans Tombre d'aTenioreuiesdestîaéw, quand la volonté de Philippe le jette toat à coup, seul, sans argent et sans troupes, sur les frontières des Pays-Bas. Dans son égoïsme aveugle, Philippe n'avait rien, trouvé de mieux, pour ruiner Tinfluence du vainqueur de Lépante, que de le séparer de ses partisans : il ne savait pas qu*aa rebours des autres, les hommes supérieurs grandissent par Véloignement. La déHance du roi le suit dans ses fonctions nouvelles; en vain il réclame à Madrid des subsides et des soldats : on le laisse se consumer dans une impuissance calculée (1), dans un déeonragemeni fecile à concevoir de la part d'une âme aussi ardente. Muis sou esprit impatient lui surrgère encore une nouvelle entreprise, dont la pensée grandit en lui à mesure que le dégoût l'abreuve. Son ambition lui montre une ennemie de l'Espagne à renverser, le tr6ne d'Angleterre à conquérir, les fers de Marie Stuart à briser ; c'est là uu projet bien autrement digne de lui que de £aire rentrer dans Tobéissance des bourgeois indociles. U le fait pressentir vaguement au roi, dans une lettre qu*i! adresse à Antonio Ferez le 7 avril 1577. « D est tre»-nécessaire, lui dit-il, que » Sa Majesté me tire d'icyj car, ne le faisant, il adviendra que je » manquerai à toutes mes obligations. » âou secrétaire Escovedo est bien plus explicite encore : « Quantau seigneur don Juan, écrit-il » le même jour an roi, il a trente ans : je n*en promects rien à » Vostre Majesté, sinon que le plus certain sera, s'il voit que » Yostre Majesté ne l'assiste suivant ce qu'il représente avoir de » besoing, qu^U s* en ira là p6a»d Vostre MejeeU le pensera le » moins. Et puisque je viens jusques à là que de" le dire, Vostre w .Majesté le croyc et y prévienne avecq temps. » Cette dei*nière phrase est au moins singulière; et si Ton ne connaissait rattachement d'Ëscovedo à son maître, ^e suffirait à faire croire qu*il était Tespion de Philippe.
On voit donc que les projets ambitieux de don Juan n'étaient
(1) Stndo, loeoeit. — Mctecen, JStfMr» iet Poyi^JBa», fol. 163.
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NOTES
miliaineai^ eomma on Ta dit, noe Biiiq|»08ition toute gratuite. M. GhrwD van Prinsterer, le savant éditeur des arahives de la
maisoiuro range, Kapin de Thoiras, Strada lai-môniu ii iic^iiciiipas à coD&idérei* ces desseins comme sutli^ammeut constates. Ce u'est pas non plus une assertion sans fondement que eeUe qui consiste à dire que depuis loDgtempe Philippe nourrissait dee soupçons jslonz contre son frère, et (|ue sa défiance était plus surexcitée que jamajui. £U6 ne tarda pas à se mauiles^ter d uue façon terrible.
Avant de lîen entreprendre» don Juan voulut eneore une fois essayer d*obAenir du roi les secours qu*il réclamait inutilement depuis si longtemps. Il prit donc la résolution d'envoyer en Espagne ce même Ëscovedo qui doonait à Pliilippe Je si judicieux avis et qui devait à la oonfianoe royale le poste qu*ii oœupait auprès de don Juan. On sait ce qui advint de ce voyage : soit qu'Escovedo fàt devenu gênant pour raccomplissement des desseins du monarque, soit qu'il n'eût pas répondu à ce que Fou attendait de lui, il fut assassiné par l'ordre expris de Philippe. Ce fut Antonio Pères, làme damnée du roi, qui seebargea de cette mission et obtint en récompense le protonotariat de Sicile, rapportant 12,000 ducats (1).
C'est peu de temps après ce crime que don Jtian ressentit les premières atteintes du mal étrange qui devait remporter dans la tombe. & est ssses difficile de ne pas établir une oorrélatton pour
ainsi dire involontaire entre ces deux laits si rapprochés et si inattcndus,d'autanipluâ queles raisons qui avaient détermine Philippe II à faire périr Escovedo pouvaient fort bien aussi rexeiter à se débarrasser d\ui frire quMl regardait comme un rival dangereux par sa naissance et son courage, et qu'il savait d'ailleurs froissé, mécontent, impatient d un joug dont la première occasion le délivrerait sans doute. Par la mort de don Juan, Philippe mettait un terme à une défiance trop longtemps nourrie pour ne pas lui être devenue aussi insupportable quelle rétait à don Juan lui-même; il n'avait plus
(1) Marlfani, Mkh/irt d* VApagn» moitnu. — Miguet, Antonio PertM ti rmpp* IL
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rien à eraiodre pour son autorité, e( il cionnait en nu^e temps salisfadion à 1» basse jalonste qne lai avait toajonrs inspirée le mérité da fils naturel de Charles- Qnin t.
Il n'en fullait pas tant ù Philippe pour le déciiler à commettre nneaction criminelle. Peut-être d'aiUeors, giioe à cette morale élastiqne qni a trouyé des défenseitn même parmi les historiens, ne croyait-il pas plus criminel de supprimer nn obstaele qni le gênait dans ses desseins que de faire périr dans les cachots et sui* les bù<* chers tous ceux qui ne partageaient pas sa croyance. L'homme qui faisait si peu de cas de la vie du marquis de If ontigny, des comtes d'Ëgmoni et de Hornes, d'Escoyedo et de tant d'autres, devait se soucier mudiocremeiit de celle d'un prince dans lequel il avait toujours cru voir un compétiteur dangereux.
S*il fallait une preuye de pins de la facilité avec laquelle le roi sacrifiait eeux-là mêmes qui lui avaient rendu le plus de services, dès qu'il ne les croyait plus utiles ù raccomplissemcnt de ses volontés, on la trouverait dans les curieuses révélations que contient le rapport adressé à M. le ministre de Tintérieur, en tête du second volume de la correspondance de Philippe II (1), au sujet des sentiments que ce moiiar(^ue éprouvait pour Alexandre Farnèse, le restaurateur (le l autorité espagnole dans nos provinces. Il £aat citer ce passage : Philippe Q y est peint de main de maître :
« Après tant et de si éminents services rendus par Farnèse à » Philippe II, croira-t-oa que ce monarque avait résolu de le des- » tuer du gouvernement des Pays-Bas, sans qu'il eût souci du » jugement qu^aurait porté l'Europe d'un tel acte d'ingratitude, » ni de l'humiliation qui en aurait rejailli sur son neveu t Quels » étaient donc les loi-ts du duc de Parme . . Il ne suivait pas aveu- » giément les instructions qu'on lui transmettait de Madrid. Piû- » lippe trouyait que, dans les affaires de France, il n'avait pas mon- 9 tré âmes d^activité et de résolution. Il s^était yu obligé à plusieurs
(1) Pag« LZXX «t mdvintc*.
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NOTBS
» reprises d aller prendre les eaux de Ôpa pour le rétablissement de » sa santé ; le roi ii*adiiiettait pas que cela fût nécessaire ; il y » voyait nne preuve de peu de zèle pour son service et était méeonu teiit (lu K tard (|ue les affaires deviiient en éprouver. Que sait-on? » peut être le puissant souverain de TEspague et des Indes était-il 1 jaloux de la gloire qu'un peiit prince dltalie, son lieutenant » dans les Pays-Bas,* s'était acquise par ses bauts faita. Donc il
» résolut de le déposer.
La mort de Parnèse épargna cette nouvelle honte à Philippe, qui, en apprenant ce triste événement, < Fun de ceux que, sans doute, 9 à cette époque, il soubaîtaît le plus au inonde, » eut l'h jpocrisie d'écrire îiu comte de Fuentès qiiil on avait éprouvé leaucoup de regrets. Trouvera-t-on invraisemblable après cela que sa jalousie et sa haine, bien autrement surexcitées à Tégard de don Juan, l'aient amené à prendre un parti terrible sans doute, mais parfitîtement conforme à son caractère et à ses habitudes? C'est un crime atroce, dira-t-on. Soit ; mais la mémoire de Philippe est-elle donc si pore de taches du même genre, qu*il ne puisse pas être au moins suspecté d'un fratricide?
La raison qui consiste à dire que le bien du service du roi exigeait qu'il conservât à la tête de ses troupes un général renommé et qui avait h confiance des gens de guerre, ne parait avoir qu'une valeur tout à foit secondaire. Depuis huit mois, Alexandre Famèse avait rejoint son oncle avec les vieilles bandes espagnoles du duc d'Albe, et il est plus que probable que dès lors riiiiippe avait jeté les yeux sur lui pour remplacer le gouverneur général^ si les circonstances venaient à Texiger. Autant que le vainqueur de Gembloux, il était aimé et respecté du soldat, et, lui présent, la mort de don Juan ne pouvait entraîner aucun dommage pour Tautorité du roi et le succès de ses armes.
Enfin Fargument tiré de ce que le roi n*avait pas besoin de recourir au poison, qu'il n'avait qu à rappeler son lieutenant et que don Juan se fût hâté de résigner le gouvernement au premier ordre de
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son souverain, n'est pas plus sérieux que le précédent. Oui, Philippe II pouvait rappeler don J uan ; mais qu'eut-il gagné à le voir meoir en Espagne où il le cooekléraii, el non sans raison, comme beancoup plus dangereux que partout aillenrs? Don Jnan irrité, blessé (le la défiance de son frère et du traitement qui lui aurait été inûigé, aurait-il calmé les inquiétudes qu'inspirait don Juan insoucieux de tout hormis de la gloire (1)?
Qnant à rempressement que le prince eût mis à résigner les fonctions dont il était revêtu, il est permis de le révoquer en doute. Lorsqu'il écriTait à Antonio Pères qu'il c manquerait à tous ses » de?oirs » si Ton ne mettait pas nn terme à Tétat d'abandon où on le laissait dans son gouvernement, et qu'il projetait, sansTaven du roi, (|ui bien ccj uuiiement n'y eût pas consenti, sa romanesque expédition d'Angleterre, il tenait assurément peu de compte de cette obéissance empressée dont on a Tonln loi faire honneur au profit de la justification de Philippe.
Quelle a donc été la mort de don Juan d'Autriche ? Il n'est pas possible aujourd'hui de répondre catégoriquement à cette question ; il est douteux qu*on le puisse jamais. Si, comme beaucoup de gens l'ont pensé, un crime « été commis, il est peu probable que l'on en retrouve jamais la trace dans un document échappé à Tindiscrétion d'un coniident ou d'uu complice. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul Mi du même genre querhistoireait enregistré sur des présomptions beaucoup moins précises : elle a, presque sans contestation, admis à charge de Louis 2!l Fempoisonnement de son frère de Guienne, à peu près pour cette seule raison que, sans la mort de ce dernier, la ligue des grands vassaux renversait le trdne du roi de France. A la vérité, Louis, quand on le soupçonna d'avoir ordonné cette mort, ne montra ni surprise ni colère; et le duc de Bourgogne, en apprenant la mort de son allié, fit publier un manifeste dans lequel il accusait le roi d'avoir Mi mourir le duc de
(1) « Si jr oonnaifi^aift, d{<«Aît don Juan, qaelqu'ai) qjni aimât la gtoire plus qoe moi, ' j'irais « l'instant mâme me jeter par la fenâtrA. »
GnieiiDe par f^km, màii/Ue$, êoHUé^ts imoeÊUtmt HMUfwet. Ifeiioeiiewni pwlà des preumph» solides que oetles qui
résultent des considérations prccédemment iiidiijuées et de iVipiniu concordante émise par un grand nombre d'historiens sur la mort dedon Jaaa.
Voici, «H rsita, le rédt que noui s liiné de k moridu prince iiii
témoin oc ul lire, son confeascui , chargé, comme on lo vcrr i, });ir don Juan lui-môme, de faire connaître au roi d*£spagne ses deroîèreetoloiitéBd) :
€ Per des lettres du prince de P&nM ei d*Oelm de Gtomaga, V. M. aura appris TaiBiction dans laquelle il a plu h Notre Seigneur de nous mettre par la mort du seigneur don J uan. Aliu de remplir ses ordres et ansit ponr alléger en partie la peine que Y. H. en ressentira, je dirai dans eette lettre tout ce qa*il m*a ehai^ de supplier V. M. pour la décharge de son âme que non-seulement je crois, mais j'ose assurer quelle jouit déjà de la récompense et de la oonronne réservées à cenx qui terminent lenr vie dans U foi sainte et dans le service lojal de Isnr roi, et dont plnsienn n'ànront pas essuyé autant de souffrances que ce seigneur très-chretien et trèssoumis à Y. M.
» Tout le temps qu*il étoit au château de Namur, 8. à. Tem* ployoit à se réooneilier avec Dieu, «t à donner Tordre à ses afikires.
Il m'a souvent recommandé de prier Dieu (puisqu'il n'avoit que sa personne à lui offrir) de vouloir bien l'employer à la défense de la religion ehrétienne catliolique, et de lui aooorder de mourir, avant que de flure ou de sonlIHr qn*on fit la moindre cbose qui
loffensât.
» Deux jours avant que te prince remporta la victoire de Gembbui, il me fit appeler et me dit que, bien qu'il pensoit de commencer une escsrmouclie, cependant les sucois de la guerre étaient
MNHrf fl^«yr«tm iMT^ lUa* S« S p. tû^KL, au ifcliivM du mfmiaê, tosw VII de 1» c«n«rtion Rontart.
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si variables, qa'il vouloii faire une oonfessioii générale, ce qui loi étoit très-facile par la fréquentation des saerements, dont 11 avoH rhalntiide depuis son arrivée dans ce pays-ci. La nuit apr^ qu*il
eut fait cette confession générale, et qu'il eut fait des dispositions comme s'il aUoit rendre compte à Dieu dans cet instant même, il dit en se pvomeiiant : c Mon père, afin que vous saebiex pour le pré- » sent et pour toujours quelle est ma vobnté..\.» je recommande » mon âme à Dieu et à mon père ; quant à mon corps, j'entends » bien qu'il ne fiiit rien ou il repaiera jusqu'au jour du jugement; » mais je veux vous diaiger et vous prier de demander en mon » nom au roi mon frère que, vu la bonne volonté avee laquelle je D tâche de le servir, il m'accorde la grâce d'ordonner que mes os » seront iniijumes auprès de ceux de mon seigneur et père ; c'est » ainsi que mes services se trouveront récompensés. Quant à mes » comptes, j*en ai très>peu, et puisque je suis fils de remperenr et » que je meurs au service du roi, que S. M. dispose de mes vieux » haillons, comme appartenant non-seulement à un lils et frère, » msis encore à un sujet et esclave* Je ferois la même chose si tout » le monde m'apparienoit. » •
» Il m'ordonna expressémeut de supplier V. M. de daigner lui pardonner s il a proiité des deniers de V. M. tant en Italie qu ailleurs. Il me dit encore beaucoup d'jiutres ehoses à ce sujet, et, quelque je m*en souvienne, je n*en &is pas mention pour ne pas affluer davantagi! le cœur de V. M.
j» Cette même nuit, S. A. se retira comme si c'eût été réeUement la dernière de sa vie^ désirant pouvoir recevoir le lendemain le viatique, ce qui ne fut possible que deux jours après cette célèbre et miraculeuse victoire. Le samedi du Saint-Esprit, la veille de la Pentecôte, étant près de Philippeville, je le priai de ne pas exposer sa personne qui étoit si nécessaire à l'Église et au service de son frère, car, Sire, non-seulement il affrontoit les périls, mais il enduroit des fatigues au-dessus de ses forces. Il me répondit : « Mon père, je » dois cela et plus encore à Dieu et au roi mon seigneur, à qui
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NOTES
t» (commâ je Tai déjà dit, et je le répète nuiiatenaiit) je donne mes i 06 «t tout le reste À je meun ici dans ses États. » » Le premier d^fioùt, laimot plusieun choses pour ne pas
ennuyer V. M., la nuit avant que Son Altesse se rangeât pour aller contre Tennemi qui s etoit assemblé près de Malines, il se confessa et se prépara, à recefoir le lendemain le Saint-Sacrement, qu'il reçnt en effet. Apres sa confession il dit qne celai foisoit un bon testa iucnt qui oflfroit son âme à Dieu et son corps à la compagnie qu'il aime le plus en cette vie, ce qui étoit sou auguste père, et qu'il abandonnoit ses biens à celui qui s'en seroit le mieux servi pour les obligations qu'il pon^mt avoir à Von et à Fantre, car il ne s'oct'upoit qu a le servir. Plusieurs fois il me répéta : « Mon père, n'ou- » bliez pas les trois choses, puisque vous voiez le péril auquel je » vais m*exposer. i
» D me dit dernièrement, le jour qu'il tomba malade, que, bien que les médecins disoient que son mal n'étoit pas dangereux, il se seutoit foi t affligé et sans courage, et que ce qui le rendoit trèscontent étoit de se voir si paavre, qne rien sur la terre ne pourrott Vempècher d'ajuster ses affaires avec Dieu, surtout ayant son père dans le ciel, et V. M. pour son Seigneui et frère sur la terre; qu'il étoit très-sùr que, contiant ses afi'aircs entre vos mains, elles auroientle suoeès qui convenoit à loi et à elles. Il me demanda ce jour-là de lui donner des détails sur la vertu du martyre, et me fit entendre plusieurs IVus qu il avuit pnc Dieu d'y avoir une part.
» Jeudi suivant qui fut le 25 de septembre, il se confessa comme un élu de Dieu, me disant qu^il connaissoit qu'il avoit peu de jours à vivre, et que rien ne lui déplaisoit davantage sinon le peu de temps qu'il avoit euiployé au service de Dieu et de Y. M. ; et qu'il vouloit faire connaître au monde entier que, si pendant sa vie il n'avoit pas eu le bonheur d'être religieux, c'étoit pour obéir à son père, mais qu^à sa mort il vouloit Tètre autant que cela dépeuùuil de lui, et ne plus penser à ce qu'il possédoit sur la terre; que cela apparteuoit à son frère, à qui d rccommandoit ses dômes -
BT DOCmiENTS BISTORIQUES
tiques qulleatimoit beaucoup parce qu*ils sonitrè^-bons et très» fidèles, et que plusieurs d*entre eux sont très-pauvres et ont aban-
cluiiiic leurs foyers pour le suivre tant en mer que sur le continent. N'ayant pas eu ce moment un maravédis, ii ne peut leur payer pas même leurs gages, qui leur sout dus depuis bien longtemps, tant par lui que par madame sa mère qu'il révéroit. H me nomma
d'autres pei^sunues qua je f^rai connaître à V. M. si cela lui fait plaisir.
» Vendredi matin 26 que je suis entré pour lui faire une visite, il se plaignit de ce que les médecins raYoient obligé de prendre un
breuvage, et il en avoit beaucoup de regret parce qu'il croyoit que ce breuvage l'empèclieroit de communier ; je lui dis que cela n*importoit en rien ; alors il m^ordonna de mlnformer des médecins 8*il risquoit en le remettant à un autre jour, ou en différant jusqu au dimaiiclie, jour qu'il pensoit gagner le juLilé ; les médecins dirent que la maladie peruiettoit ce délai. Ainsi il se réconcilia le dimanche matin avec tant de sentiment et de tendresse, que j*en eus la douleur et la peine que Dieu sçait en apprenant que sa maladie augmentoit, et, disant la messe dans sa chambre» il me demanda la face de son Dieu me disant a que Ton jiic meiie à la face de mon » Dieu, » prononçant des paroles avec le très-^aint Sacrement dignes d*une bouebe aussi chrétienne, et lui disant s*il pouvoit et si c'ctoiL sa volonté étant nécessaire du Sacrement de l'extrême onction qui lui restoit à recevoir, il le demanda avec tant d instance pour rétat où il étoit^ comme un don très-précieux et fort désiré de lui. La messe finie, il nomma le lieu de sa sépulture jusqu^à ce queV. .''il. ( M eût ordonné autrement...
» Le lundi et le mardi se passèrent avec de très-grands travaux et un grand martyre, parce que tout son parler n*étoit que de pourvoir là tranehée et dVnvoyer de la cavalerie et des munitions en disant presque à tous moments que cela étoit ce qui convenoit au service du roi.
» Le même mardi pendant la nuit je lui demandai s'il ne sou-
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NOTES
liaitoit ptt le ncremeni de Textrème onetioD; il me répondit toat comme s'il n^eùt pas de ma! : Oni, mon përe, d'abord, d*abord,
d'abord, et le reçut donnant des nuiiqaes qu'il prioit, bien qu'on ne i'euleudoit pas, parce qu'il parloit confusément.
» Le mercredi metiD, fat le jour de son passage, une heure et demie avant qii*î! mourut, je lui demandai s*il vouloit entendre la messe, et donnant des signes de la -tête il lit entendre de si, et au temps de Télévalion, les cavaliers qui éioient à son chevet l'en avertirent, et bien qu'il avoit déjà les jeox sénés et qu'il étoit pour ainsi dire hors de Ini-mème, il quitta le bonnet qu'il avoii sur la . tète avec empressement pour adorer dans son cœur son Dieu, le regardant des yeux de sou âme, ne le pouTant plus voir de ceux de son corps.
» Le reste du temps jusqu'à sa mort, qui (tet environ une heure
de l'après-midi, se passa à l'assister et lui nommer et invoquii- le saint nom de Jésus et de Marie. Et ainsi comme un oiseau du ciel il s'envola, sans le moindre mouvement du monde.
» Ce fut la fin, très-puissant seigneur, d'une si glorieuse vie de ce fils et sujet comme il se nommoit de V. M., et, selon que j'entendâ, dans trente et trois années, il accomplit la volonté de ses deux pères, de Tempereur notre seigneur de gloneose mémoire, et de V. M. Il meurt comme uo fils très-obéissant et sans aucuns biens, comme un religieux, même comme un pauvre soldat. U n'avoit pas la moindre chose du monde à lui, et en cela il imitoit fort bien la pauvreté de Jésus-Christ» et quatre on cinq mois avant qu'il mourut, il s*oocupoii si sérieusement aux oeuvres de miséricorde, de piété et d'humilité, qu'il me paroissoit trës-souvcnt dans ce que je le voiois faiie en ma présence un grand exemple d'édification à tous. Tout son contentement étoit d'assister les malades, • dont il y avoit une grande quantité au camp, lés allant voir dans leurs baraques, accompagnant le très-saint Sacrement, leur fiûsant l'aumône de sa main propre, les recevant avec des entrailles de père, leur cherchant des charrettes pour les conduire à l'hôpital. Il me
ET DOCUmSNTS HISTORIQUES
recoBimandoit particulièrement ladmioistration des sacrement aax naïades, el que penonne ne monrôt sans les reoeroîr, ledit hôpital tenant à part les pestiférée, me chargeant aussi que ceux-ci
ne mourussent sans les recevoir quand cela seroit possible. Il vouloit que je Tassistasse à bannir de cette armée les blasphèmes» les juremens et les péchés pabUcs» principalement rhérésie, me promettant que je le tronyerpis en cefa^ bien que ce fàt contre son plus proche, toute la faveur du mande; comme eftectivement il comuiençoit à faire, mettant Varmée daus un si bon ordre à la fin de trois mois qu'il étoit en campagne, qu'elle paroissoit un Gonreni de religienz. Et de telle manière se comportoit cet henrenz prince,
que, comme ses soldats le voyerit mort ;i présent, ils ne peuvent pas croire qu li n'ait eu un esprit de prophétie touchant sa mort jusqu'à dire qu'il ne parait pas qu'il soit mort comme un homme, mais comme un ange il soit volé vers Dieu au ciel.
» Puisque, prince très-chrétien, des trois choses qu il avoit le jour auparavant devant ses yeux, la première, qui est Tame, pour sàr est à Dien, et ses os^ et ses domestiques, et ce peu dont il s^est servi jusqu'à présent, çnr tont quoi nous attendons les ordres de V. M. que nous prions Dieu qu'il veuille conserver longtemps.
9 De Namur, ce 3 octobre 1578. i
On remarquera sans doute que ce document, si complet et si
précis à tous autres égards, garde un silence absolu sur la nature et les causes de la maladie de don Juan, ainsi que sur les symptômes qui la caractérisaîeut. Ce mal étrange, qui se manifeste pour la première fois le 22 oa le 33 septembre, n^est qualifié nulle part ; ce détail valait cependant bien la peine qu'on le mentionnât. Il est bien question du grand nombre de malades qu'il y avait alors au camp> et dwpuHférés qui occupaient un hôpital particulier; mais rien qui puisse foire penser que Ton doi^e attribuer à une maladie contagieuse la mort de don Juan.. Et cette observation semble acquérir d'autant plus de valeur, qu'il était plus natui el d'assigner
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M KOTBS
à ce funeste événement une cause qui eût dû être connue de toute Famiée. Haïs parier des soins et des reconunandatioiis de don Jobd à propos des pestiférés, et ne pas ajouter que c*eet à son dévone-
mcnt, :ï son abnégation qu'il dut de contracter la luuladie dont il fut la victime, ce que vraisemblablement on n'eût pas manqiié de faire s'il ea eût été ainsi, c'est onvrir un krge champ aux conjectoM, c'est presque légitimer le soupçon.
Toutefois, pour être impartial, il faut citer ici une annotation très-précise qui se trouve inscrite dans le MemorU-Boek der sladt GhiiU, sons Tannée 1578, et dont voici la teneur ; c Item outrent » Bamesse starf don Juan van Oostenrijoke, *s couinez gouverneur » ende bastaerde broeder, binnen Gembloers, van de peste. » (Item Tcj-s la Saint-Kemy don Juan d'Autriche, gouverneur et » frère bâtard du roi, mourut à Gemblouz, de la peste.) » Mais on se souviendra que ces annotations, fiùtcs dans nos grandes communes par le chroniqueur quotidien du magistrat, n'ont de valeur historique que pour les faits dont la cité même a été le ihédtre, ou qui ont un rapport direct avec ses intérêts. U y a, d'ailleurs, dans ces quelques lignes une erreur de fait flagrante : don Juan n'est pas mort à Gembloux, mais à Bouges, près de Namur. N'est* ce pas une raison de plus de se tenir en garde contre une mention sommaire qui n'est, selon toute probabilité, que Tenregistremefit d*un simple on dUf
Strada, dont Texcessive indulgence pour Philippe II est bien connue, et qui écrivait son histoire de Bello Belgko bien peu dannées après ces événements, se croit obligé, malgré toute sa rés^ve, de mentionner les bruits qui s'étaient accrédités sur l'empoisonne* ment de don Juan.
« Quand il apprit, dit-il, l'assassinat de son secrétaire Escovedo, » qu'il avait envoyé en Espagne pour obtenir un secours, se voyant « abandonné du roi, ce jeune prince, qui ne se souvenait que trop % qu'il était le fils d'un empereur, mourut enfin de déplaisir et de » tristesse. Si à cette mélancolie quelqu'un ajouta dît poison.
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» comme Cêm qui virent le cadavre assureni en avoir reconm les
Ce témoignage, si prudent d*aillenrs, prend daDS la bouche de Strada une iinpurtance extrême. Il est à r(.'iimrquer que l'écrivain, en général eiactemeni renseigné sur les événements dont il parte, ne dit pas un mot de la maladie oontagiettae a laquelle on a attribué la mort de don Jnan. Il eût cependant été pins natorel d*tndîqQer cette cause que le dé[)liiisir et iu iri&ies^e, dont ie;i eHets ne sont pas d'ordiouire aussi funestes
Moreri (2), dans son dictionnaire histonqne, se borne à dire que don Juan mourut de peste ou de pcnson. Brantôme, selon sa cou* iume, est beaucoup moins réservé ; voici comment il s'exprime dans ses Vies des Capitaines illustres étrangers . « Don Juan mourut, . » dit-on, de peste qu*il ayojt prise de madame la marquise d*Avré ; » mais tout le monde ne dit pas cela, même en Espagne, où Fou » tient (|u'il mourut t injM isonné par des bottines parfumées. » On se rappelle, en eliet, qu à 1 époque où Brantôme écrivait ceci, Catlierine de Médicis avait mis à la mode en France Tusage de ces poisons d'Italie que son parfumeur, le Florentin René,raidait à préparer.
Hugo Grotius (3), Mézerai (4), Watson (5) admettent tous, d'une façon plus ou moins explicite, la probabilité d*un empoisonnement. Grotius surtout, dont Tautorité est des plus respectables, exprime
clairement qu'il croit à la réalité de ce crime. Meteren ne dit rien de positif sur les causes de la mort de don Juan (6), mais il insiste beaucoup sur les embarras de toute espèce que la jalousie du roi d*£spagne créa au jeune prince. Enfin, parmi les auteurs contempo-
(1) ■ In defaneti corpori* «rtItisHc non obteuft vnifiil vwUgffttfSntaiit, qaividenuift, •
dit textuellement StniiBA. hih. X, dec. 1.
(2) Tome III, pa^e 316, neaTiènie édition.
^ D» Jltftw 3ti9ki», uVrt m, p. 7B.
(4) Sittoire de France, tome III, p. 345.
(6) Mitioire de rkiUppe JI, lome IV, Uv. XIV, p. 106.
(fl) P. 16B. U tek femarqner qui MttMrtn, ém iOn ouvrage, Mt «mrtMWniatinJwrtt envers don Jvm, qaTU mcom d'IlM laattiii •tUmtnlft, rtd* porter w» haiiw MCiAtttiu Fors-fiM.
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9M IIOTB8
raiDS, H. de Marliani, aatenr d*niie Hiëtmrê de VSêpagnê moderne
justement estimée, racontu ainsi (1) la moi t de don Juan : « N'at- » tendant plus rien de lavenir ni de son frère, sa santé s'altéra » tout à coup d*UDe manière si prompte, qa*il est resté peu de » doute /(ne la même main qui aTait poignardé Escovedo avait . ï> empoisonné don Juan : il expii.i d.uis les plus horribles convul- » sions. Son cadavre se couvrit immédiatement de taches noires et • livideSt son corps se dessécha, et sa peau était roussie comme si » elle eût été brûlée. »
Qno Ton ronijjte ou que Ton pèse ces témoiguages, on n'en arrivera pas moins à un total imposant et qui ne permet pas de considérer comme si dénuée de fondement Taccusatioii dirigée contre Philippe n. En reconnaissant donc qu*élle n'est pas* selon le style du palais, démontrée à suffisance de droit, il faut avouer en même temps qu il n'y a pas une seule bonne raison à donner pour la détruire.
CONFÉDÉRATION D'ARRÂS.
Nous Prélats et personnes du clergé, nobles et députez des Ytlles du Pays et comté d'Ârthoys, représentant les trois membres et Ëstatz d iceluy.
(1) Ton» n, p. n.
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Députez des Estais da Pays e^ Comté de Uajnaolt. Députez de la ville de Doua j:
A tous ceulx qui ces présentes voiront ou oiront salut. Comme doiz en Tan mil vclxxvj les Esiatz geuerauLx de tous les paya de paj^4eça, ae sont joiDcts et assembles en la ville de Bruxelles pour donner ordre et résister aux Espagnols mutinez venus de Zirixee à teste baissée pour s'emparer et saccager ladicte ville de Bruxelles, ayant de force prins la ville d*Alost, sans que fut esté possible les contenter ny renger à la raison, pour commandement que leur fut esté foict par Messeigneurs du Conseil d'Estat, brs commis par 8a Majesté au Gouvernement gênerai desdictz pays, pour la mort de feu de bonne mémoire don Lojs de Requesens, précèdent gouverneur. A cause de quoy avoient esté par eux déclarez et proclames, ensemble leurs fauteurs et adhérons pour rebelles à Sa Majesté, ennemis et perturbateurs du repos publicq et que pour tels on les pouiToit traicter.
Suivant quoy lesdictz Estatz generaulx avaient absolutement résolu les faire sortir et retirer, et en repurger le pays pour le remettre en repos et liberté et prévenir au joug de misérable servitude, auquel ils tachoient, comme se descouvroit de jouj- à aultre, le mettre et précipiter. Ayant de prime face avisé et de £aict traicté une pacification en la ville de Gand, avec le Prince d'Orenge et les Provinces de Hollande, Zeelande, et associez pour lors en guerre contre les aultrcs Provinces. Par laquelle avoit esté expressément stipulé, pi'omis et accordé de part et d'aultre, que èsdictcs Provinces de paiHieça, au dehors desdictes Provinces de Hollande et Zeelande, ne seroit loisible et permis anzdietz de Hollande et Zeelande, ny aultre de quel pays, qualité ou cundition qu'il fut d attenter quelque chose contre le repos et la paix publicque, signanunent contre la religion catholicque romaine et Texerdce d*icelle ny à cause de ce injurier ou irriter aucun de feict, de parolles, ny les scandaliser par actes semblables, à peine d'estre punis comme perturbateurs publicques à Texemple d'aultres.
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VOTRS
Bt depois ce, estant ainsi les dix-sept Provinees*Uaies, icelles aToient passé une Union generaUe entre elles, promettant ei jurons
les unes aux aultrcs de teiiij* et cutrcteau , iiiviolablc et ù jamais Utdicte Union et association, pour la conservation de notre saincte foy, et religion oatholioque romaine, dene obéissance de sa Majesté, et accomptissement de ladicte pacification de Gand, jofncte» ment pour rexpiilsion des Espaignolz et leurs adherejis : Ensemble pour le maintienuement de tous les privilèges, et j exposer corps et biens et la vie si mestier fnt. £t an sorplns de secourir et assister tons ceuk de ladicte nnlon, qni se tronveroîent assaillis, agressez, emprisonnez, rançonnez, mole^stez ou inquiétez en personne, eorps, biens, honneur, estât ou aultrcment, voires procurer la délivrance des emprîsonncB, à peine d'estre dégrades de noblesse, de nom, d'armes et dlionnenr, tenaz ponr parjures, desleavx et ennemis de nostre Patrie, devant Dieu et tous hommes et encourir note dUnfamie et lâcheté à jamais.
Et combien qn^en conformité desdictes pacification et union chascutt se devoit contenir en ses bornes sans rien attenter de faîct ni de parolles, au préjudice d'icelle, signamment de nostre saincte foy, religion catholieque apostolique romaine et deue obeissnuce de Sa Majesté; Sy estoit-il advenu que plusieurs séditieux hérétiques et perturbateurs du repos publicque, contre leur foy, honneur, obligations et serment, 8*estoient au temps que plus on se debvoit évertuer et employer de secouer le fardeau de Tennemi commun, tellement oublies, desbordes et desbandez en k princi* pale province et quasi par toutes les aultres peu 8*en fitult, 8*att»chant à nostre dicte sainte foy et religion par telle fàrie qu'ils avoient dcchnssé tous gens d'EgUâe et de religion, massacré grand nombre d'iceulx, violé filles sacrées, propbané et renversé ^ises et autels, saccagé et brisé images à tous costés, fouUé aux pied» les saincts sacrements, mesmement sans aulcune horreur ou crainte de la vengeance divine, eeluy du précieux corps ou sang de nostre Seigneur, mynant et démolissant josques aux fondemens Âbbayes,
Eglises, Cioifitres et Monastères, usurp^mt et robânt les biens d'ioellM bonnes maisons dédiez et Touez au sainct aemce divin. Deckdrant de bouche et demonstrant par teb et ieh anltres excès
et outrages par trop horribles et insupportables, qii'ilz estoient et sont délibérez d'à jamais esUiindre et atterrer uosii e dicte saincte foy et religion, mesmement tonte noblesse et legitimme ordre d*JBstat et de polîce. Destituant cenlx qni legitimmement y estoient establis et commis, selon les droictz, loix et anciens usages, et en leur lieu j rétablissant gens de leur qualité et condition herelii^ues et séditieux, aiant aussi appréhendé les pnneipaulx seigneurs Bvesques, Prehits, nobles, gentilshommes, dames et conseilliers, et les aucuns d'iceux exécutez, pendus, cstranglez et décapitez sans aucun ordre et forme de justice. Ët tinablement, s'efforchant d'exterminer tous gens de bien, d'honneur et de verta, s^estant à ces iins mis en campagne i main armée, nsurpant villes, chasteanx et forteresses, y establissantgaruisou de leur part, sans aucune licence et ordonnance d'auctorité supérieure, |)lantans ainsi partout leurs perverses et fanlses sectes, hmsies, abolissant et mettant à néant tout exercice de religion et piété, ponsseï d'nne telle rage et furie qu'ik Cistoieut jà parvenuz sur les uietes et provinces de leurs voisins, où ils avoient exerce et exécuté toute espèce de tirannie et semblables cruautef , délibères de faire le mesme partout. Ne fut fbt que par une vraye providence divine Monseigneur le Baron de Montigny avec ses troupes, plusieurs seigneurs, eentilzhomnies et Hultres bons personnages zélateurs de la gloire, honneur et service de Dieu, s'y fassent uniement opposez, tons lesquels excès, outrages et dflbordemens ont esté passez et coules par connivence et impunément nonobstant plusieurs et grand nombre de lettres, requestes, plaintes et doléances qu ou en avoit faict et représenté tant ù Son Alteze qu*aax £statz generanix et Conseil d'Ëstat aiant emprins le gouvernement des pays. Demonstrant par les aucuns d^avoîr grand part et intelligence à telles factions et menées, non scuIcuk ut le coulant, comme pai* nonchallauce, mais les excusant, voires declai-
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NOTES
raos par les aucuns, qu ib vuuloient embrasser et défendre leur ^aereUe comme bonne et juste. £i par aultres qu'ils ne se tiennent obligez à la diète peeificstîon de Gand Caieto par la neoeestté do
temps. Mais au ri>ntraire, qu ilz sont tenus cravancer, promouvoir et favoriser leur nouvelle religion (si ainsi doibt estre appelée) ayant qui pin» eet, aonbs umi»re de remedi«r ao mal, attenté et tiré de ranthorité de eeulx qui ainsi sont admis an gouvernement gênerai des pays, divers edictz et mandcmcns tendans à Tabolissenient de la religion catholique et pour establir et admettre partout rexercice deadktes faunes doctrines et hérésies, et entre anltres celny qa'ilx appellent dê R$Ugim-Vreié, voulant persuader que c'est le seul et unicque remctio pour pourveoir à Lml Uc iiiuulx; cliose ù vraj^e (lire tant absuide, que tout au contraire c'estoit et est la seule voie et unicque moien poar accomplir la mesure de leurs iniquités. Bien considéré la nature et condition deadîctz, qui d'un esprit irreqnieté jamais ne seront contcns s'ilz n'ont exterminé les bons et mis le tout en confusion, comme ils ont bien demonsti'é en ce que doiz le commencement cherohant les occasions, et soubs umbre qu'ib se doubtoient des catholiques jà n*en eusaent-ifaE esté picquez ou touchez, tant peu que ce soit. Mais au contraire , leur auroient beaucoup inféré d injures et outrages, avoient demandé et obtenu nne ampliation on dedaration de la susdite uniou, par laquelle ils avoient de nouveau et réciproquement prins les uns et les anltres en protection. Dont encores ne sont asseurez, comme ils visent, imposons que prestement levinction de rcnnemy, les catholicques leur couperont la gorge, qui au contraire se doibvent tenir pour asseurez du même inconvénient puisqu'ils voient qu'on a composé une armée et remply tous les pays de gens de guerre estrangers, de pareille condition. Estant chose par trop clere et manifeste, que jamais ne cesseront qu'ils ne parviennent à leur but, demonstrans en oultre estre en tout irréconciliables, et que par tous moiens ils empescberont la paix, soit par demander des conditions trop iniques ou aultrement, nonobstant qu'on voit à Toeil de jour à aultre les
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affaires aller à décadence et mine. Dont ne se peult attendre qn'enticre et generalle désolation, si Dieu par sa miséricorde et bonté
infinie ne nous impartit les bénéfices de sa tressaincte grâce, soubz la contidence et protection de laquelle et pour nous acquitter vers Bien et les hommes de nostre deroir, si avant que lliiimaînement est possible» ne Tonlant en rien conniTer ou participer an mal d*anltniy ny enconrir la note de perfidie et anltres mdîetes par la dicte union; Avons trouvé convenir d'en faire protestation et démonstration pnblioqae et de nouveau entre nous et tons anltres qui se vonldrontdescliarger de lenr serment et obligation rafresdne, renonveller et plus estroictement confirmer ladicte union.
A ceste cause en vertu de nos pouvoirs et commissions respectivement et aultrement, avons promis et juré, promettons et jurons les uns aux aultres^ en foy de clirestieiis et gens de bien, pour nous et nos successeurs a jamais suyvant le contenu espres de la dicte union et à Tefiect et accomplissement d'icelle, de persévérer et maintenir nostre dicte saincte foy catholicque apostolique romaine, deue obéissance de 8a Majesté et pacification de Qand, aussy, procurer le bien, salut, paix et repos de nostre Patrie tant désolée, conservant nos privilèges, droictz, franchises, coustumes et usages anciennes, de résister et opposer par toutes voyes et manières licites, denes et raisonnables à tous ceulx qui vouldroient attenter an contraire. Et à ces fins ayder, conforter et assister Tun Taultre, et de commune main employer nos vies, corps, biens et tous aultres moyens. Nous submettans à toutes resolutions, que par commun advîs seront faietes pour le bien et advancement de ceste cause, soit pour levée de deniers, de gens de guerre, ou aultrement, de tenir toute bonne secrète et discrète correspondance les uns aux aultres^ sans pouvoir découvrir ou révéler cbose qui puisse nuire ou grever à la bonne et saincte intention de la dicte union, sommans, prians et exhortans tous aultres Estatz, provinces, villes et coininuiuiutez, gouverneurs, colonels, capitaines, gens de guerre et generalleœeut tous gens de bien, de s'acquiter
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pareiUen^Dt de leur debvoir el obligation ; Ëi à mesme fin entrer et ae joindre STec nons fumne par enx on députez de lenr pari
snffiianitnent anthorisez pareille déclaration et protestation de maintenir et coui^rver ladicte paciiicatioa et union geueralle depuis ensniTie, en tons leurs poincts et articles, sans aneimeinMit 8*en defltjoindre, retirer ou séparer» pour oceasion ou par quelle Toîe que ce soit, ouTertement, secrètement, directement, ni iudirectemeut comme font tous ceulx et celles qui avancent, inventent, pouiBuÎTent, admettent ou conniveut choses au oontraîre, oe que noua ni eulx pouvons nj devons ftîre« le tout à peine d'encourir rire de Bien, et d*e8tre dégradez de noblesse, de vertu, de nom, d'armes et d'honneur et d'estre tenus pour parjures, iulidèles, desloianz et ennemis de IHeu, de nostre saiocte foi et reUgion et de nostre patrie, et au surplns d^encourir la note d'inteiie et de lâcheté à jamais. Ët à Teffect et accomplissement des choses avant dictes et qu'en dépend, en avons submis et oblige, submettons et oUigeons Fun envers lanitre nos corps et biens et ceux de nos hoirs suoeesseors et remanans, meubles ei immeubles, presens et advenir par tout, renonçant generallement et speciallement à tontes exceptions et droict de loj et coustume, et toutes aultres, qui au coutraire nous pourroient servir et valoir, le tout de bonne foy et sans aucuD malengin. Pour approbation de toutes lesquelles choses, nous avons le présent acte feict signer et attester respectivement de noz greffiers. Ce fut faict, résolu et arresté en pleine assemblée desdicta Eitatz en la ville d'Arraa, Tan de grâce de Nostre Seigneur mil septante-neuf, le vij* jour de janvier.
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