‹ Histoire de la révolution du 16e siècle dans les PaysBasChapitre 3 sur 18 · CAUSES DS LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

CAUSES DS LA REVOLUTION

En transmettant à Philippe II ce sceptre devenu trop lourd pour ses maîDS vieillies, Ciiarle&>Quint lui avait en même temps ' légué une tâebe pleine de dangers. Ses dernières paroles, ses suprêmes conseils en renonçant au trône, avaient été une exhortation à persévérer dans la voie où il était entri^, malheureusement pour sa gloire et pour les destinées de sa race (1) : persistant jusqu'au bout dans une obstination fatale, il avait insisté sur le maintien exclusif de la foi catbolique, et sur Tapplication rigoureuse des édits par lesquels il avait iiiaiii<uré en Heliiique Todieux système de rinquisition. Singulier vertige, aoaciironisme étrange de la part d*Qn prince qu'une longue expérience

(i) F. dans Gagbm», Anàlecte$ Belgiquef, cahier d*ivrU 1830, p. 7K k 106, la relaiioD de la eérémoDîe de TabdicatioD, ainsi que les discours du conseiller Plilllbert de Bruxelles, de l'Empereor, de Graovelle et de la reine Marie de Hongrie, fonvernanle générale des Pays-Bas.

RÉTOLUnON DU XV1<^ SIÊCLB

avait dû iniUer à Fart de régner, et qui pensait peut-être, en niant la lumière, parvenir à l'empêcher d*ëclalrer le monde.

Doué d'une profoiuie sa^^acitë, l'empereur avait compris sans doute que « réclamer la libcrK! du cliiélien conduisait irrésisti- » blement à réclamer la liberté de Tliomme (1) ; » défenseur ardent du principe d'autorité, c'était avec terreur qu'il l'avait vu frappé dans sa forme la plus respectée, et il s'était efforcé de le protéger; mais pouvait-il espérer que son lils triompherait où lui-même avait été vaincu, et n'y a-t-il pas quelque chose de providentiel dans cet aveuglement des pouvoirs qui s'écroulent et qui méconnaissent le péril même au bord du précipice qui les doit engloutir? Heureux dominateur de l'Europe, Charles- Quint avait pu, se reposant sur le prestige d'une victoire éphémère, fulminer impunément les peines les plus cruelles contre les partisans des nouvelles doctrines; nos populations, instruites pai le châtiment infligé aux Gantois révoltés, avaient subi sans se plaindre les terribles placards qui vouaient au feu, au fer et à la fosse les audacieux dont la conscience refusait de se soumettre à ces lois qui prétendaient enchaîner hi pensée (2). Cinquante mille têtes, livrées dans nos provinces à des bourreaux infatigables, avaient daiiieurs relenu l'audace encore novice des réformateurs (3) ; ils ne se sentaient pas assez forts pour entrer

(1) L. Buvc, Introduclion à l*ki$tùirû de htr^lution française,

(2) Où a qoelqoefois vinté radmtnistnlion de Gharte-QuiiK ; U est povr- Umt diflieile d'accorder aoe adalntioa légitime à l'atlear de répoiYaoUble placard da 25 aepleiibre lISBO, qni infliflcait les cbâtiizMiDts les plus horribles, DOB-senlement aux hérétiques, mais même à ceux qui les losealeot ou les recevaient chez eux ; qui encouiageait les délateurs en leur promettant ia moitié des biens de leurs victimes, et qui annulait expressément tous les actes bits par des coupables, en y eonprwant les aliénations ei les testaments ! Ce placard n'était d'ailleurs que la confirmation amplifiée de ceux qui avaient été publié en 1531, 15iO, iUl, 4546 el 4549.

(3) llinna!v, Histoire des Pa^fe^Bas, livre I, évalue à 50,000 le nombre des personnes mises à mort pour cause de religion MUS le règne de Charles- Quint. Grotius en porte le nombre à 100,000.

daûs la lice ; mais, à ravéaeffleot de Philippe 11, les choses avaient cbangé de âioe : les crojaiices Imtaériennes avaient flu't des progrès manifestes, et, dès les premiers jonrs de son vbç^m, Philippe II vit se dresser devant lui, menaçant et redoutable, le génie de la réiorme, cause londameatale de notre révolution du xvï* siècle.

11 ne peut pas être cpiestion Ici, on le comprend, dn côté

reli^neiix de ce niouvemeiit celrhre doiil un moine obscur avait donné le signal et qui, parti de Witlemberg, semblait vouloir embrasser le continent tout entier, mais seviement de son caractère et de sa signification politiques. On a souvent affecté de confondre CCS deux aspects, bien distincts pourtant, de la réforme; on a feint de n'y vuir qu'une iiisurreelion coatie le dogme, qu'une hérésie vulgaire, et de méconnaître l'idée nouvelle qui se révélait au monde. Aujourdliui encore, au milieu d'un siècle qui doit sa grandeur à la liberté de la pensée, cette erreur volonluire n'a pas cess(^ d'avoii' cours, et il ne manque pas d'cci ivains qui persistent à n gai der comme une querelle de moines la lutte qui portait la société moderne dans ses flancs. S*il ne se Mt agi, dans la réforme, que de savoir qui remporterait du pontife de liouie ou du cénobite ii;noré, l'œuvre de Luther eût passé inaperçue, car la conscience humaine n'eût fait aucune différence entre le bûcher de Jean Uuss et celui de Michel Servet. Aux yeux de l*bistoire, le luthéranisme n*a rien à rqirocher, en fait d'intolérance, an catholicisme politique : comme lui, il manifesta l'intention de gouverner, de comprimer la pensée ; ce n'est donc pas à ce titre qu'il a droit à la gratitude de la postérité.

Hais l'élan réformateur accomplit, à son insu, on peut le dire, une rénovation bien autrement grande et majestueuse. Jusquelà, la pensée était en tutelle : il Témancipa; elle était refoulée sur elle-même ; il lui donna le monde à conquérir. En présence

d'une société fondée sur le principe d'autorité étendu, dans son

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application, à ce qui écliappc par son essence iniime à toute espèce de contrainte, il fit voir ce qu'il y avait d*injuste, d^impie dans une prétention semblable; et« reprenant Tceuvre interrompue des martyrs qui défiaient dans les cachots et les amphithéâtres la toule-puissance des empereurs, il altcsla, même à son préjudice, le. progrès incessant de Thumanité et la vanité des efforts tentés pour l'arrêter dans sa marche. Il réfuta par le mouvement le dogme de rimmobilisme : c'est \k son honneur. Quant à la formule religieuse sous laquelle il s'est manifesté au vulgaire, Thistorien n'a pas à l'apprécier.

Luther lui-même n'avait pas deviné et ne voulut pas avouer les inévitables conséquences de ses doctrines; il s'aperçut, mais trop tard, « qu'apprendre aux peui)les h discuter le pape, c'était » leur apprendre à discuter les rois (1); » il voulut s'arrêter alors, mais il n'était plus le maître de comprimer dans Tintelligence humaine c le besoin nouveau de penser, de juger libre- » meut pour son compte, avec ses seules forces, des laits et des » idées que jusque-là i Europe recevait ou était tenue de rcce- » voir des mains de l'autorité (â). » Un ardent désir d'affranchissement, un sentiment profond de leurs droits trop longtemps méprisés s'étaient éveillés au cœur des peuples, et l'émancipation proclamée par Luther, loin d'être ciicunscrite dans les bornes des croyances religieuses, s'étendit bientôt à toutes les autres sphères de la pensée (3).

{{) L.hi km f IrUroduclion à rhhloiir de la révolution française. — « ... Insitum est à nalura honiinibus avcrsari dominos :il(iue tegrè iniperia pali. Quid facienl imputai 'inoij 'jaiùs decianiationum flahris, ac tutt Gdenlesque religionis oLjcctu? » ïmraua, de Bello Bclgieo, iib. III, dcc. I.

(2) GuizoT, Histoire de la liiilisalitm en Europe, VII"* leçon.

(5) M. GROE?f Van Prtnsterer, édiieisr de la Correspondance inédite de la maison d' Orange-Nassau (Leydc, LucliUnans, 4855-1848), a étrangement dénaturé le caractère historique de la réforme. 11 dit, tome I, page 175 :

« La réforme sanclifia l'obéissatice en sanctifiant le pouvoir; elle rendit » rhomme libre, non par le renversement de Tautoriié, mais eo lui faisant

PANS LES PATS-M8 ^

Nos provinces ne ponyaient rester étrangères à ces tendances hardies; plus que les autres pays, elles étaient préparées à en

recevoir l'impression. Habituées à l'esprit de tolérance que devait nécessairement protéger, en rencourageant, Tessor de leur commerce el de leur industrie; soumises d'ailleurs à un régime qui, malgré de notables imperfections, réunissait encore en définitive d'incontestables avantages, elles virent de bonne heure dans la reiorme ce qui s'y trouvait en effet, une conquête nouvelle et précieuse, une liberté de plus à joindre à celles dont elles avaient depuis longtemps appris à jouir. L'imprudence et Fimpopularité du nouveau souverain ûrent le reste.

On a vu que Cbarles-Quint, en publiant ses placards contre les bérétiques, y avait jyouté une sanction barbare par rétablis* sèment aux Pays-Bas de rfnqnîsition, ce tribunal exécrable,

dont rEspap:ne coDiiaissaiL dtjà les lioricurs (1). A maintes reprises cependant, les représentations pressantes et renouvelées de Marie de Hongrie avaient obtenu de lui que l*on mit un frein au zèle sauvage des suppôts de cette affreuse tyrannie; au lieu d'obéir textuellement anx dispositions des édits, on les laissait parfois sommcilier, et i empereur, absorbe dans les préoccupait voir qn'eo obéissant an soaveraio légitime, il otiéissiii à Dieu, qui est le I» maître aass! du souverain. Les principaatés et les trônes, ébranlés par les » doctrines démoeratieo-républicaines du xv* el da xvi" siècle, furent w replacés sur leurs bases par le prineipe con^rvatenr et par les doctrines » aniirévolutionnalres du proleslaiitisme cbréiieD. o Apprécier ainsi la réforme, c'est lai oter toute sa grandeur.

(1) L'empereur nomma plusieurs inquisiteurs dans nos provinces, entre antres Ruard Tapper, François Sonnins, cl notamment le conseiller François Vanderliulst, à qui il donna le droit formel de procéder contre les dissidents « par iniipilsition, dénonciation cl même par voie de torture, n Lettres de commmion de F. Vanderhulst, données à Bruxelles, le 23 avril i Vrl)>, citées par M. Gacbard, p. CVI de son rapport h M. le ministre de riiUorieur, lome I, de la Correspondance de Philippe II, recueillie aux arclUves de Simaneas. — Y, aussi Di Nsnt, lome i, page 45.

RÉVOLUTION DU XH* SIfiCLB

tions de la politique européense, avait cessé par intervalles dlnsister sur rexécution formetle de ses sévères volonté Mais de

semblables tempéraments ne pouvaicni < onvenir aux inflexibles eonvicUoAs de Pliilippe; dès le début de son administratiou, il 8*enipres8a de remettre en vigueur ce code terrible dont il comptait s*armer pour dompter la conscience de ses sujets (1). Ce Ait Ui une faute capitale (2), car les temps avaient ( ti nigé et les hommes aussi. Ce que Ton avait soullVi t de Cbarles-Uuint, on ne voulut plus le tolérer de la part de Philippe, et quoique ce dernier n*eût fait que confirmer les édits de son père, la réprobation qu'ils excitaient s'accrut de toute la haine instinctive que 1 ou portait au monarque.

Quel était donc le caractère de ce prince qui possédait le triste privilège de s*attirer ainsi Paversion de sujets Jusqu'alors dévoués et fidèles? Né sur le sol de l'Espagne, Philippe y avait reçu de bonne heure des leçons U orgueil et de despotisme; celte éducation rendait plus sensibles encore sa morgue naturelle et ces manières hautaines qui froissaient les franches et expansives allures de nos «eux (5). Affectant par un maladroit et dédai-

(I) 30 août 19S6.

(3) tt La prétention de forcer i croire, si on peut mellre ces deux mots ensemble, ou de punir matériellement la croyance» la persécution de rbérésie, c^est-à--dlre le mépris de la liberté légitime de la pensée humaine, c*est là rerreur qui a coûté le plus cher à TÉsIise... Mais la force rencontrait là une résistance qu'elle ne pouvait vaincre. Pour peu qu'on leur laisse de mouvement et d*espaee, la pensée et la liberté knmaine réagissent énergiquement contre toute tentative de les assujettir, et forcent le despotisme qu'elles subissent à s'abdiquer lui-même à chaque instant. » Goixot, Eistoiredela àviU' saiUmen Europe, V* leçon.

(3) « L'empereur, qui eognoissoit mieux que prince ni homme àn monde la superbe et orgueilleuse nature des Espagnols, et penh-étre l'inelinatioii du roy son fils, d'auître part Teauitde ce paj's, ce qui le pouvoit perdre on ronsnrvcr, advertit sérieusement le roy, si U ne rcfcnoit cesl orgueil d'Espaigne, qu'il prevoioit bien qu'il seroil In mist de la ruine entière de cesl estât, lequel à la longue ne pourroit souffrir ceslc insolente domination que les £8paignois exercent partout oà ils peuvent. El lui 6st oçsie remontrance en

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peu oubli des conreoiiioes de ne parier en Belgique qae la langue espagnole, il rapi)elait à la nation par cette préfërenee

injurieuse qu'elle avait cessé d'être elle-mèine et que (lesoniiuis elle devait s'aiteodrc à subir uuti tioiiniiaiion jusicuiciit deicsice. Nourri dans ies principes de la foi catliolique, il portait le zèle religieQx jasqu'an plus Impitoyable fanatisme et f oyait avec bor^ renr les téntatlTes&ites par Tesprit hmnain pour conquérir son indépendance. Soupçonneux connue tous les tyrans, et n'accordant sa coniiance à personne* pas même à ceux qu'il élevait aux plusbautes fonctions del*État et dont la fldëlitéafait été éprouvée par de Icmgs services, il ne voulait s*en rapporter qu'à lui seul de la dircclion de toutes les aiiaii es et consuinail dans un travail tiévreux et stérile ia remarquable inleUigence, la prodigieuse activité dont Pavait doué la nature (i). Ces qualités précieusest il semblait ne les avoir reçues que pour les feire servir an malheur de ceux i]\ïo le hasard de la naissance avait soumis à ses lois; « la liheiie des sujets et la liberté des consciences lui paraissaient également sacrilèges, et comme il se croyait le cbampion de IHeu en les détruisant sur la terre, tous les moyens lui étaient bons : aucun scrupule ne l'arrêtait, aucune cruauté, aucune perfidie ne répugnait à ses convictions (:2). » Poursuivant avec une inébranlable résolution le but insensé de toute sa vie, la restauration de toutes les formes de l'absolutisme, il ruina volontaîrement de florissantes contrées plutôt que de f;dre flécbir les principes dont il avait^ entrepris la delense, et dans latroeité de sa logique il aima mieux régner sur des pays dévastés que d'être, CQjmme il le disait lui-même, le souverain d'un peuple

présence de feu monsieur le comte de Boussii . moi cl plusieurs anlfres seigneurs de la chambre. » Apologie ou défense de très-illustre prince Guillaume dûrangêf comU <U liassau, etc. Leyde^ Ciiaries Sylvias, 1581, page 44.

(i) Gacbaru, Rapport à M. le ministre de riut4Srieur, page XLVllI, . lome I de la Correspotuiance de Philippe II.

(â) SisMOHBB Di SisMonei, Histoire des FrançaiSt tome XII j page 1U4.

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d'hérétiques (1). Fils insoumis, époux coupable, père dénaturé» il mérita que l'histoire fît peser sur sa tombe le soupçon de

Fassasslnat de sa femme et de son fils, et le flétrît d'un stijîmate indélébile eu condamnant à jamais son nom aux gémonies de la postérité. '

On a tenté de nos jours la réhabilitation de Philippe II; pour atténuer ce que Thistoire a le droit d'appeler ses crimes, on a

allépié qu'il était sincère et de boinie foi dans sa conduite ; on a soutenu qu'en résistant aux irrésistibles vœux de son époque, il était dans son droit de feryent catholique et de monarque absolu (2). Il est certain que pour ceux aux yeux de qui l'émancipaiiou de l'esprit lnuiiain est une calamilé sociale, et qui proiitent de la liberté présente pour rêver encore le retour du passé, le fils de Charles-Quint est l'incarnation la plus complète du principe dont ils sont les sectateurs attardés. Mais la légalité apparente dont ils veulent assurer le bénéfice à leur idole n'est qu'un menton ?:e, qu'un subterfuge dont il est impossible de se payer. Quand les derniers Césars jetaient

en pâture aux bétes fauves les disciples de lIiomme^Dieu coupables d'avoir initié le monde à une foi nouvelle, ils avaient aussi pour eux la légalité. Avec eux était le droit public de leur époque : les révoltés, c'étaient les martyrs. Et pourtant la conscience universelle ne s'y est pas trompée : elle a flétri le droit barbare de la Rome païenne, elle a exalté les apôtres de l'égalité et de la fraternité. C'est (jii'au-dessus du droit et de la légalité de convention imposés pai- un despote à son peuple, il y a les lois éternelles de ia justice et de l'humanité ; ce sont elles

(1) Lettre de Philippe au grand commandeur de Casliliei 13 août IttOO.

Correspondance de Philippe //, p. 445.

(â) On a peine à comprendre que M. Groen Van Prinsterkr {Archives de la maison d'Orange, tomel, page CLVIII), puisse écrire ce qui suit : « En » refusant d'admellre l'exercice d'une aitlre religion que la sienne, le roi » agissait cooformémeot aa droit pablic de son époque. Un te) refus était son » droit. »

qui condamnent Pliilippe, et celui-là n'était pas ûv^ne de i f^Fier, qui, méconnaissant les devoirs sacrés imposes aux cticls des nations, luttait contre son $iècle, au lieu de marcher avec lui.

Ainsi, d'une piiii, un peuple inviiiriblement entraîné par le courant des idc^os rolormaihces, blesse dans son nmour-propre national et soulevé parles cruautés inquisitoriales; de l'autre, un prince s'obstinant dans une erreur coupable, et décidé à tout perdre plutôt que de renoncer à son système, tels furent les premii'is ('Icineiils de la révolution. D'autres causes, moins importantes peut-être, mais dont on ne peutcontesler rinfluence, ne tardèrent pas à s*y joindre. '

Les victoires de Saint-Quentin et de Gravelines (1), en con-f traignant la Fiance humiliée à recomiailre encore une fois l'ascendant de TËspagne, avaient bâté la conclusion d'une paix aussi ardemment désirée par Philippe II que par le fils de François I^. Le monarque espagnol attendait avec impatience le moment d'abandonner un pays où son despolisitie se sentait mai h Taise; aussi, lorsjiue le traité de Càieau-Cambrcsis, coaclu le 3 avril i{Ut9, eut consacré rabaissement de la France en restituant à son heureuse rivale toutes les conquêtes faites pendant la durée de la guerre (2), et en stipulant le mariage do i'bilippe avec Elisabeth de France, tille de Henri II, le roi ne songea plus qu'à régler au plus tôt les affaires de l'administration des Pays- Bas et à abandonner pour toujours ces belles contrto dont il devait anéantir la prospérité. La paix avait rendu ses États à Philibert de Savoie, gouverneur général des Pays-Bas depuis

(1) 10 août 4557, lô juillet \'y,)H. V. Meterkn, Histoire des Pays-Bas, livre ï, fol. 17 à 19. — (iAcn vun, Analccles Ueiqiques. cahier d'avril l.sôO, pa.ire 101) ; bulleliii de la ijataiile de Gravelines envoyé à Philippe II, extjail des an hivf'S du royaume.

(^i) Par le Iraité de Càteau-Caïubrésis, la France resliluailà l'Espagne les villes suivantes : Sainl-Quenlin, le Càlelel, Ham, Thionville, Yvoi, Dampvillicrs et Montmcdy.

RâVOLimON DU XVI* SIÈCLE

Philippe confia lesbautes fonctions que ce départ raidait vacantes à Marguerite, duchesse de Parme, fille naturelle de

Cliaiies-Uuint. Celte princesse, née dans nos provinces (1), sans être (louée tle bien grandes capacités politiques, possédait cependant avec des qualités peu ordinaires chez une femme ]*art de s'attirer l'affection de ceux qu'elle devait gouverner {%, Joignant à une perspicacité rare un esprit ferme et iirndcnt, elle sut au milieu des circonstances les plus ditliciles concilier la dignité de sa charge avec les légitimes exigences du pays. Au lieu de persister aveuglément dans une politique dont chaque jour lui démontrait les dangers, elle eut le noble courage de conseiller une sage modération à Philippe et de mériter ainsi la disgrâce de ce prince, qui répondit à ces conseils par renvoi d'un soldat assassin. I^fin« lorsqu'elle vit son pouvoir compromis par le choix du lieutenant que lui adjoignait la cour de Madrid, elle aima mieux résic^ner des fonciiojis qu'elle ne pouvait plus exercer avec honneur que de souiller son nom en l'accolant à celui du duc d*Albe. 11 ne^manquerait rien à sa renommée si, plus scrupuleuse à garder la foi promise, elle n'eût parfois donné

des preuves d'une versatilité que ni les périls de sa position ni rirrésolution naturelle à son sexe ue peuvent suHirc à excuser (3).

En plaçant Marguerite de Parme à la téte de Tadministration

du pays, Philippe semblait accorder à celte princesse un écla-

(I) Elle était née à Âadenardeeo 4893, île Margnerite Van der Genst, et avait épousé eo iS58 Octave Farnèfle, doc de Panne ei de Plaisance.

{%) «... Et veré aderat ei non modè animas muliebrem eonditionem supergressuBySed etiam habitas quidam eorporis ioeessusqne, qoo son lamen femina sortita viri spiritos, qaam vir emealitos veste femina videretur. Qnippè vires illi bint», ut vcnari vei cervos motalis ad eorsam eqois eov* eaessel eojasmodi veoatione homines perquàm robusti «^nccnmbunt. Née deerat aliqna mesto soperiorique labello iurbala : ex quâ virilis ei non magis species, quàm anetoritas, eoncilialiaiur. » Strada, lib. I, dec. prima.

(3) F. Gacbard, Correspondance de PhUippe II, tome I, p. CLXiil.

tant témoignage de confiance et de Qfmpatliie; mais* fidèle k ses habitudes soupçonneuses, il avait pris soin en même temps

d'amoindrir aiitnnt que possible Tautorité dont il Tavait investie, par 1 oi'^'uiiKsaliuii qu'il avuil donnée au corps polilicpu' rounu sous le nom de conseil d'État. Ce conseil se composait de deux fractions bien distinctes : dans l'une se rangeaient tous ceux dont le zèle et le dévouement aveugles étaient acquis au monarque; dans Vautre, les seijrneurs qui n picsontaient le parti national, Topposilion légale et modérée aux prétentions d'un gouvernement absolu. A la téte des premiers se trouvait Antoine Perrenot, seigneur de Granvelle (1), d*abord évéque d'Arras, puis cardinal et prinaat des Pays-Bas : sous le titre modeste de conseiller d'Etal, lui seul en réalité gouvernait nos provinces. B*origine bourguignonne (2), Granvelle avait été dès sa jeunesse initié à ces secrètes intrigues dont la cour d*Espagne aimait à s'entourer; éloquent, érudit, actif et habile, il n'avait pas tardé à se rendre nécessaire à un prince dont il flattait les impérieux désirs par une adroite déférence et par un esprit naturellement souple et courtisan. Gomme intelligence, comme aptitude des affaires, il était évidemment de beaucoup supérieur à Marguerite et à Philippe lui-même, mais ces qualités, quelque brillantes qu'elles lussent en lui, manquaient de cette élévation qui est le privilège et le signe du génie; on le vit bien quand il fàllut lutter, dans le sein du conseil d'État, contre un borome dont les concopiions (M lia|)|)ai(Mil à la viilfrairc sagacité du cardinal. Bien diUérent d'ailleurs de son redoutable maître, il n'eut, on

(4) Né à Ornaris, près de P.oiiiiroii en l^t7, morl à Madrid en t'iOH. Il ('lait éviMjue d Arras à ilô ans. 1", jxjur lus détails de sn vie, les ÎHtinaires jK>ur servir a l'hUlou'd de Granvelle par don Puo.si'hR Boii.)i kt, religioux de la congrégation de Saint-Van n . -i \ ,l. Paris, Guillaume Desprelz, 1753.

(2) Meleren el Grotiiis se si.ià liicoccupés de l'origine roiurière de Granvelle ; Mclcren suriuui ï>tiidjie lui reprocher d'avoir ou pour aïeul <> un liorome de Uii-!i( 1 » (iivru II, folio 32). Si le ministre de Phili|)pe II n avail eu que de $embUl>les loris, ils ajouteraient à sa gloire, au lieu de la ternir.

peut le dire, ni croyances politiques ni croyances religieuses; flatteur jusqu'au servilisme, avide de plaisirs, d'honneurs et de puissance, il trafna trop souvent dans les débauelies Thabit dont

il était revêtu, et doiu ii ne sut i)as respecter le sacré caractère; n'obéissant dans sa conduite qu'à ce besoin de dominer, à cette insatiable ambition qui fut le mobile de toute sa vie» il n'eut pas même pour excuse ce ânatisme sincère que l'on a parfois invoqué pour la justification de Philippe. Détesté des grands qu'il se plaisait à rabaisser par sou orgueil insupportable (1), odieux au peuple qui voyait en lui le satellite complaisant de Tétranger, il eut le pire de tous les défauts pour un homme d'État : celui de n'avoir d'autre passion qu'un Immense égoisme et d'avoir tout sacrifié à ses intérêts, jusqu'à sa gloire même. Sans être cruel par instinct, il fut le premier, après avoir suggéré à Philippe l'idée d'arracher un fils à son père au mépris des droits de fai nature, à lui conseiller l'assassinat de l'homme illustre dont le génie fondait la liberté de la Hollande. Personm ne contestera ses grands talents et ses vastes connaissances; mais s'il ne doit pas répondre de tous les crimes commis par le prince dont il était le ministre, s'il ne fht pas toujours l'instigateur des mesures iniques qui désolèrent notre patrie, il eut du moiiis le déplorable courage de s'y associer pour conserver sa faveur et son crédit. C'en est assez pour légitimer la haine qui s'attacha à son administration et qui le suivit jusque dans sa chute.

Tel était riiommc à qui Philippe avait commis le soin de nos destinées (2). Granvelie formait avec le comte de Beriaymont et

Antonio Percnotîo lirivov?) allezza d'iiilcndinicnto, ma non menoallczza di cuorc : qtianlo per l'una pari ad ogni vaslo iiianeggio, tanto per l'altra più acconcio ad adminislntre un coverno dispolico c]w rivile ; si che quando gli liM çu di regger provincic aborrenli de 1 uno el iciiaeid»'! allro, iiecagiono in perdila al suosignorc. « Palla\ici!m, liv. XIII, ch. 15. — T. aussi Gacuard, npporl au ministre de i iolérieur, tome 1, page CLXXX de la Carrespondance de Philippe II.

(2) Le Pbtit, Chronique de UoUande et Zélande, lome II, liv, 9, emporté

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