‹ Histoire de la révolution du 16e siècle dans les PaysBasChapitre 5 sur 18 · LK CÛMFUOMIS DES NOBLES · texte numérisé non relu

LK CÛMFUOMIS DES NOBLES

^apparente concession que le rot avait faite en signant Tordre de départ de Granvelle procura quelques instants de calme au

pays, mais de ce calme qui précède la tempête. Les seigneurs du conseil d'État et la plupart des nobles iireut publiquement éclater leur Joie d'avoir renversé leur ennemi, bien que djans son il leur parût encore à craindre (i), et pensèrent peut-

(l) Du fond de la Bourgogne, Graavelie exerçait encore une influence notable sur les afTaires de noire pays, et le 3 mai 13C4, il écrivail de Besançon à la duchesse de Parme pour Texhorterà ne pas consentir à la convocation des ëlals i;i:aeraux. « Il s'en fera, disait-il, à rautorité de Sa Majesté une « playesaiis remède, et dont Son Altesse aura, tant (ju'elle sera au i;ouverne- » meut, ressenlement, et plus de trente ans après ceux qui auront le gouverne- » ment depuis elle. Je sçay fort bien ce que je diz, ajoutail-il,et me desi)laira )) amèrement d'en être prophète. » (iaotN Vas Prirstgrer, Anhivea de la maison d Oiaiujc, tome 1, page 245.

être avoir ainsi mis un terme aux embarras de la situation; mais la pénétrante sagacité du prince d'Orange ne se laissa point tromper par cette trêve momentanée, et le 28 mars f 864, en annonçant au landgrave de Hesse la résolution prise à Tégard de Granvelle, il ajoutait : « Je ne sçay que discourir sur ce subit partemeut, sinon attendre ce que le temps nous apprendra; une chose me semble, que debvons toujours estre sur nostre guarde, et ne nous lesser trompor, car peut estre est-ce par bon sem- ' blant que Ton nous veult endormir, pour avoir après mclieur moyen d'exécuter leurs dcsseings (1). » Ces mots, écrits quelques jours à peine après la chute du cardinal, témoignent de la rare intelligence de Guillaume, et ne permettent i)as de douter que dès lors il ne lût prdpai c aux éventualitcs lerribles qu'il {)r(;sseiitait dans un prochain avenir. Pour y parer, il eût fallu que Philippe eût consenti à ratifier le programme politique qu'avait alors formulé le prince aussitôt après le départ de Granvelle : la convocation des états généraux, l'abolition, ou du moins radoucissement des édits, et la suppression du conseil privé et du conseil des finances; mais ces mesures, les seules qui fessent propres à détourner Torage, étaient précisément celles que l'obstination du roi devait surtout repousser. Tout en ne se faisant aucune illusion à cet égard, Guillaume assista avec le comte d'Ëgmont, dès le 18 mars, à la séance du conseil d^tat, et, pour quelque temps, Marguerite, comptant sur leur concours et sur celui de la noblesse, put croire au succès de ses eliorts et au rétablissement d'une autorité que Philippe était impatient de compromettre (â). Mais c'était un bien fragile appui que celui de ces nobles avides qui ne songeaient qu'à profiter de leur nouvelle Influence pour obtenir

(1) Ghoen, Archives de la maison d'Orange, tome I, page 225, lettre

(2) La duchesse au roi, 12 juin 1564; Correspondance de Philippe II, tome I, page -203, u" 215.

des GommaiiderieB et des bénéfices (1), et qui se soneiiient assex peu des intérêts dn pays» quand les leurs n'étaient pas

'en jeu. Marjriieriie ne tarda pas à en faire Texperience.

ArmeiUei os avait rapporté d'Espagne, comme ou i'a vu précédemment, l'ordre de procéder sans pitié contre les hérétiques; la gouvemante, quelque répugnance qu'elle en edt, avait dû se conformer aux royales volontés, et les prisons s'étaient refermées sur une multitude d'infoitune.s, anabaptistes ou calvinistes, voués à une mort inévitable. Yiglius lui-même, malgré son inaltérable dévouement à la cause du monarque, ne put échapper aux calomnies de linquisition. Par Tordre exprès du roi, une instruction secrète fut dirigée contre lui, et le génie des iiiijuisiicurs n'eut aucune peine à établir que ce serviteur intègre avait été successivement luthérien, sacramentaire, athée, pillard, faussaire et voleur. Heureux encore d'en avoir été quitte à ce prix, et de n'avoir reçu que l'injure et l'ouUa^e eu récompense de sa lidétité {±) !

Le peuple, témoin des rigueurs exercées contre des victimes sans défense, soulevé par ces speetacles Imrribles, sentait peu à peu naître et grandir en lui le désir de la vengeance. Le sang répandu sur les places publiques i>emblait d'ailleurs féconder la foi persécutée; il ne fallait qu'une occasion pour liaire éclater les haines qu'avait amassées contre elle une affîreuse tyrannie.

(I) F. la lettre de la doehease de Panne, datée da 89 mars ISOi (Correspondance de PhiHppe ÎT), où eUe Infbnne le roi du mécoDtentement de Momigoy, eaoaé par le refus que loi a Idl le nonarqae de la Gommandene de

Courrières.

(S) On croirait volontiers aana doute à l'exagération de ees iisnes : mallicareasemenl, elles ne sont que la reproduction aonunaire des accusations intentées à Viglius dans plusieurs pièces authentiques citées par M. Gachiu, Correspondance de Philippe IL V. entre autres : Informations foaniies par ' un docteur e( un oei léî>i;isiiinio à la dacbesse de Parme snr VigHns, page 519, n* 334; Mémoire de Pierre Tildmanus, inquisiteur de Flandre, sur le même sujet, page '^20, n" 256; Mémoire de Fray Lorenço de Villavieeneio et d'Alonso del Ganlo, ftage 520, n<> 337.

Cette occasion se présenta liieutôt : un canne nommé Christoplie Fabrieius, récemment revenu d'Angleterre où il s'était marié, avait été arrêté à Anvers, comme coupable d'avoir ouvertement

enseigné les doctrines hérétiques (1). Conduiiuié au bûcher par la justice inquisitoriale, il voyait déjà s'élever autour de lui les flammes qui devaient le dévorer, lorsque tout à coup le lien de l'exécution retentit de concises clameurs : une grêle de pierres laiiiccs (le tous les poiiiL^ de la place vint assaillii' le I)ourreaii, qui, impitoyable comme ceux dont il était le digue ministre, adieva de son glaive le malheureux que le bûcher n'avait encore consumé qu'à demi. Cette froide cruauté mit le comble à l'exaspération publique, et de mystérieux écrits, tracés en caractères de sang, et répandus dans toute la ville, annoncèrent au pays que Fabhcius trouverait des vengeurs (â) ; redoutable prophétie qui ne devait pas tarder à s'accomplir.

La publication des décrets du concile de Trente vint à cette époque ajouter un nouvel embarras à tous ceux dont Marguerite se trouvait accablée. Philippe voulait que cette publication se fît sans qu'il y fût apporté aucune restriction; mais les seigneurs du conseil d'Etat se montrèrent mécontents que le monarque voulût décider une question aussi grave sans les avoir consultés, et firent entendre qu'ils regardaient plusieurs des décrets du concile comme Inoompatibles avec les privilèges du pays (S). Ces nouveaux symptômes d'opposition ne laissèrent pas que d alai mer ^rargucritc, qui, depuis ces derniers temps, avait suivi dans sa conduite les inspirations que lui avaient suggérées les seigneurs; ses inquiétudes devinrent plus vives encore lorsqu'elle * leur entendit élever la prétention de concentrer dans le seul

(I) Lelirc de la duchesse h fionzalo Perez^ 21 juillet i^ùA, Correspond dam e (le l'kUippe II, page 500, n' ^2\S.

(i) Le roi h la duchesse de Parme, ^5 oovemitre i Correspondance,

page ô^fy, n"

(3) Granvcile au roi, 8 oclobrc iUGi^ Correspondance, page 521, n° 259.

conseil d'État, en augmentant le nombre de ses membres» les pouvoirs précédemment répartis entre les trois conseils institués

par Charles-Quiiit. Toutefois, dominée par l'ascondau! (luelle leur avait laissé prcodie el qu'elle était foicée Ue subir, elle consentit non-^ulement à désigner à Plûlippe ceux qu'elle croyait dignes d'entrer au conseil d'État, et entre autres le marquis de Ber^îhes, le comte de Neghem et le sieur de Moiiliguy (1), mais encore à envoyer l'un d'eux eu Espafjriic, pour transmettre leurs demandes au monarque, sous prétexte de lui représenter « les misères et les nécessités du pays (2).» Le comte d'E^mont avait surtout insisté sur l'utilité de cette mission, dont il désirait vivement être chariî^é, bien plus dans son propre intérêt, ce qui est fàclieux à dire, que dans celui de nos provinces çSj, La duchesse crut devoir déférer à ce désir, qu'ap[myaient d'ailleurs tons les autres membres du conseil d iktat, et, api avoir essayé de détoui iier le eomtc de ce projet, ou tout au moins de retarder son départ, elle lui remit enfin, le S5 janvier 1565, les instructions dont il devait être porteur; elles contenaient un etposé sommaire de la situation des Pays« Bas « sous les rapports de la i eliii:ion, de la justice et des linaiices. Marguerite chargeait en outre le comte d'£gmont d'insister auprès du roi sur la nécessité de sa venue aux Fays*Bas, et, pour le cas où le roi s'en excuserait, de lui demander des instructions précises sur la conduite qu'elle aurait à tenir désormais (4). »

(1) La dndiesseaQ roi, 9» novembre 1804; Correspondance, page 551,

(2) Ladaelie8seaiiroi,16décenibre 1564; Correspondance,p,ZZ^jn''a6. <3) Dans cette même lettre do 16 déeenibre, la duchesse mode an roi

« qu'elle a compria, aux diaeoars do comte d'Egmont, <|nMl fonde de grandes > prétentions sur ses services passés et préseats. Il se plaint de n^avoir eu )) d'autre récompense qu'âne ayuda de costa de tt0»000 ducats, tandis qa'ii » a Imit filles et deux garçons et des milliers de florins de dettes. »

(4) Instructions données par la duchesse au comte d'Egniont; Correspondance, tome I, paie 537, n*" 255. — Mrimii , liv. il, fol. 55.

7e RÉVOLUTION DU XV1« SIÉrXE

L6 comte partit au commencement du mois de février 1565» au grand regret de Philippe, qui aurait bien voulu ne pas voir s'efflBCtuer ce voyage (1), mais qui n*en fit pas moins à d*£gmont l'accueil le plus flatteur. Celui-ci se laissa proiulio au piège de cette insidieuse affabilité (^); comblé d'honneurs par le monarque, il oublia que celai dont il recberdiait les &veurs était la cause de tous les maux de sa patrie. Ce fut là une des plus inexplicables erreurs de cet homme célèbre, et poiiriaiii, parmi les épisodes de sa vie, il n'en est peut-être aucun que l'on ait plus vanté : longtemps on a cru qu*il avait cbaleureusement déiendu près de Philippe le principe de la liberté des consd^ces, mais aujourd'hui le doute même n'est plus permis en présence des documents authentiques qui révèlent le véritable caraclère de la uiission du comte en Ëspagne. Organe fidèle d'une aristocratie liautaine et ambitieuse, il s'efforça surtout d'obtenir du roi l'augmentation du nombre des conseillers d'État et de fidre consacrer la supériorité de ce corps politique sur le conseil des finances et le conseil privé (3). Tel fut le but principal de son voyage; quant à la question religieuse il s'en préoccupa beaucoup moins que du succès d'une combinaison qui aboutissait inévitablement à rinslitution d'un L;uavernement oligarchique, et de misérables questions d'argent lui parurent plus dignes de sa SQlUcUude que les vceux de tout un pays qui plaçait en lui son espérance, et qui avait salué son départ comme le présage de jours plus heureux.

Le 5 avril, admis par le monarque en audience de congé, le

(1) Le roi à la duchesse, 3 février i56K; Correipotidancet page 339, n*» 259.

(2) Voici eu quels termes Arnionleros parlait de d'Egmont h Gonxalo Perez, le 24 févrM^r 1565 : « Il est homme bien intentionné et assez présora5>fiieux ; )) quoiqiji 1 lumaud, il se laisse aisément aller ù tout ce que veulent les per- )) sonnes qui ont du crédit auprès de lui... a Correspondance dôPhiUppe II, page 343, n° 26îî.

(3) Le roi à la dudiesâe de Parme, 3 avril 1505, tome I, p. 346, n** â75.

DAMS LB8 PATS-BAS

comte reçut de sa main les instnictions rëelamées par la duchesse de Panne. Sur le point de la religion, Philippe déclarait qu'il ne

pouvait coiiscntir à ce qu'il y fût t'ait (jiH'l<|ue cliangemeut; qu'il aimerait mieux perdre cent miiie vies, s'ii les avait; il permettaitseulement que sa sœur réunit deux ou trois évéques, quelques théologiens et des conseillers en nombre non supérieur à celui

des évè([iit's, aliii de disciilcr le meilleur mode à employer j)our ejidoctrinci le peuple, et d'eiuimioer en outre s'il D'y aurait pas d'autres moyens que ceux dont on avait fait usage jusqu'alors ponr châtier les hérétiques. Avant de nommer de nouveaux conseillers d Éiat, le roi demandait l'avis de la duchesse sur Tordre el lorgaiiisalioii à établir daus le conseil ; il terniiiiail en promettant le prochain envoi d'une somme considérahle pour suffire aux besoins de radministration du pays (1).

On comprend difficilement que, porteur de pareils ordres, le comte d'Egraont ait pu, le 9 avril, après avoir admiré L > splendeurs de r£scurial et du bois de Ségovie, écrire au roi qu'il retournait en Flandre l'homme le plus satisfait du monde (3). Philippe, loin de laisser espérer la liberté de conscience, disait hautement qu'il aiuiaii mieux mille fols mourir que de tolérer l'hérésie dans ses États; à peine consentait-il, par une amère ironie, à ce que l'on recherchât de nouveaux moyens de châti-

(1) Correspondance de Philippe JI, tome 1, page 346, n*" 27i. — « Quant » à ce qui touche le faict de la religion, disait le roi, il sera iraicté par ceux » qui seront appeliez, a'il eonvienl d'introduire aoltre forme de cbastoy des )) héréliqQ0S et desvoyez; non qu'ilz demenrent iiii|ianiz, mais que cela seu- » laneiil se voye s'il y a lollre manière de punition, par laquelle Toutrecui- » dance des hérétiques se puisse refréner, el le mal estre du tout poinci » esiaiut, » Hoppercs, T partie, chap. IV (tome IV, page des ÀnaUcla Bdffka de Hotnck Van Papendrecht).

(2) LeUre autographe du comJe trEgmont au roi ; Valiadolid, 9 avril

page 349, n*278. — « M. d'Egmonl parait èlrc revenu irès-coiilenUhi roi, » el très-disposé à servir «es desseins, parliciilièi enuMit en ce touche la » rclii^ion. » (iranvello nu roi, Ikudottcourt, iO juio 1565; Correspondance, tome 1, page 356, a" 293.

RÉVOLUnOR DU XVI* SIÈCLE

ment poar les coupables : et lui» comte <l*£gmont» lui» le protecteur né des malhenreux opprimés par un sombre ftnatisme,

il se déclarait satisfait! Il est vrai qu'au moment da départ, le monarque lui avait fait don de li\OUO ducats (1), et qu'il avait doublé la valeur de ce royal présent par les insidieux éloges doot il ravait accompagné I Ce n'est pas sans one profonde tristesse que Ton est contraint de reprocher à un bomme illustre & tant de titres uii avcu^ieiucnt aussi étrange, aussi désastreux que celui-là.

Fier de son dérisoire succès, d*£gmont revint à Bruxelles, où il arriva le 50 avril avec le fils de Marguerite, Alexandre Famèse,

que Philippe avait f^iit élever en Espagne, et il témoij^na vivement la satisfaction quil éprouvait d'avoir été si bien traité par le monarque (â). Mais le prince d'Orange ne Ait pas bi dupe des artifices du cabinet de Madrid ; déjà le 5 avril, en mandant à son frère Louis de Nassau la brillante réception faite au comte par le souverain, il avait laissé percer un soupçon qui n'était que trop bien Ibndé 0). c La fin démontrera le tout, » disait-il; et les événements firent bientAt voir qn*il ne s*était point trompé. Lorsque le crédule d'Eprmont vint k son retour exalter devant lui les bontés du roi et son aiiection pour le pays, Guillaume n'eut pas de peine à deviner que l'amour-propre et l'intérêt personnel avaient seuls pu donner à son malbeureux ami cette dangereuse sécurité, qui fit rapidement place au désappointement le plus complet (4).

Conformément aux instructions de Philippe, la gouvernante avait assemblé à Bruxelles un conseil d*évôques et de tbéologiens

(1) Le roi à la duchesse, 5 avril 4565, page 548, 276.

(2) Tomas Anneoteros à GoouUo Perex, 5 mai 1564, tome I, page 353,

{5) GnocN VA?f PuH9nftM, Àrchioet dô la maitm (POranget tome i, page 368, lettre CV.

(i) Waiboh, Histoire de PhiUjn^ II, tome I, liv. VU. ^-Hauhis, tome III, page 34.

qu'elle avait cbargés d'examiner les moyens les pins efficaces pour réprimer et punir lliérësie (1) ; ce conseil déclara quMl n*y

avait pas lieu de cliaiij^er 1*^ mode de chàliment jusqu'alors adopté, et cet avis, qui répondait si bien aux désirs du monarque» lui fut envoyé le 22 du mois de Juillet* Mais ce dernier n*avait pas attendu jusqu'alors pour manifester son implacable volonté : le 15 mai, dans une d<^pèche expédiée de Valladolid, il enjoignit à sa sceur de redoubler de rigueur envers les hérétiques, et désapprouva nettement le projet d'accroître Fautorité du conseil d'État. Lorsque les termes de cette dépêche furent connus à Bruxelles, les seigneurs exprimèrent un vif ressentiment de la conduite de Philippe à leur égard, disant qu'ils ne pouvaient plus se fier ni aux paroles ni aux promesses du roi; le comte d*Egmont surtout ne dissimula point le dépit qu'il éprouvait de s*étre montré si crédule, et se plaignit que Ton edt agi avec lui de manière à lui faire perdre son crédit et sa réputation. Il crut même devoir écrire au monarque, et, le 18 juillet 1565, il le pria instamment de consentir à ce qu'il lui avait proposé relativement au conseil d'État, enl'assurant que c'était le seul moyen deràablir les affaires du pays (^). Chose bien rciiiaiijiiable, il n'y a pas dans cette lettre un seul mot qui se rapporte à la question religieuse, et ce serait là une nouvelle preuve, s*il en était besoin, de l'importance secondaire de ce point aux yeux de d'Egmont et

(1) Les membres de ce conseil étaient : Martin Ritliove, évéque d'Ypres ; Antoine-Joseph Havet^ évéque de Mamar; Gérard d'Hemricoart, évêqae de Saint-Omer ; Jacques MarttDB, président de Flandre ; Hippoiyte Persyn, président d'Utrechl; Meulciincre, conseiller; Jodocus Tiletanus, Corneille JflDsenius, théologiens ; Volmar Bernacrt, professeur de droit caooo. V. Correspondance, tome I, page 355, n° 289.

(3) LeUre autographe du comte d'Egmont au roi, 18 juillet 1565 ; Correspondance, tome T, page 359, n* 298. V. aussi sa leUre du 0 octobre suivant, page 371, n" 316, dans laquelle il dit : « On atlcnd toujours In rëso- » lution de V. M, sur la forme du gouvernemeiil des Pa>s-[îas; ce delay nuit n beaucoup à voslre service, et les seigneurs à qui j'ai dit la bonne volonté^ » que V. M. leur porte, pouroal penser que les ay voulu tbuser^ »

Rf:VOLUTION DU XVI« SIÈCLE

de ceux dont il avait été l'interprète. Néanmoins, à partir de ce moment, les seigneurs» déçus dans leur espoir et sentant que

Tappui du peuple leur était nécessaire, unirent leurs griefs à ceux de la nation irritée par les perscciiiioiis qui recommençaient de tous côtés, et se trouvèrent ainsi forcément amenés k se poser en défenseurs de la liberté religieuse, ce qu'ils n'eussent point Mt s! Philippe avait aeeëdé à leurs demandes et avait consenti à kiiv jiccordoi' ce pmuoir qu'ils n'avaieut arraciio àGranvelIe que pour s'en emparer h leur tour.

La duchesse de Parme, redoutant avec raison les suites déplorables que pouvait entraîner rirritation générale, essaya de fléchir le souverain, en lui représentant l'état précaire du pays et en le suppliant d'accorder quelque satisfaction aux seigneurs et au peuple (1); mais c'était tenter l'impossible, et Philippe ne répondit à ces prières qu*en lançant, du bois de Ségovie (17 octobre), un arrêt de mort contre tous ceux qui désormais oseraient enfreindre les odieuses lois de l'inquisition. Dans celte dépêche honteusement célèbre, Philippe se montre enfin tel qu'il est et dédaigne de voiler plus longtemps ses intentions par ces palliatifs qui, tout menteurs qu'ils étaient, n'en avaient pas moins fait supporter d'intolérables souffrances. Proclamant le droit divin des inquisiteurs, il ordonne de les protéger et de les seconder dans l'exercice de leur aflireux ministère; attribuant à l'indulgence des juges les ])i ogrès constants de rhérésie, il vent que Ton exécute rigoureusement les [)lacards de Charles-Quint, et déclare qu'en agissant ainsi, il croit assurer le repos de nos provinces, c Croyez, dit-il en terminant, que ce que je vous respondzicy est ce qui convient au bien de la religion et de mesdictz pays de delà, qui ne vauldriont rien sans ieelle. Et cecy est la voye pour les pouvoir conserver en justice, paix et tranquillité. Et puis doncques que vous voyésce qu'il Importe, je vous requiers

(i) La duchesse au roi, ^ juiUd 4565, toute J, p«se 360, d° dOi.

derecbief de suyvre le chemin par oà ce que je diz icy se poisse effectuer (1). » Couvrir un pays de sang et de ruines pour lui

rendre sa prospérité, voilà quelle devait être la conclusion nécessaire du système de Philippe il : semblable à ces Kouiaius dont parle Tacite, ii prenait pour la paix répouvantable solitude qu'il créait autour de lui (S).

Pour qu'il ne restât pas le moindre doute sur son inébranlable résolution, le roi, par une autre lettre datée du 20 octobre, confirma à la ducbesse sa sœur tout ce qu'il loi avait mande trois jours auparavant. Tout en déclarant» ce qui était vrai au Ibnd, que ses dernières instructions ne différaient nnllement de celles qu'il avait remises nu prince de Gavre, il ordoiiuait que Ton fît justice des anabaptistes précédemment arrêtés, et de tous ceux que Ton pourrait prendre à l'avenir. Il joutait enfin que les réclamations relatives à rinquisition lui avaient extrêmement déplu, et que, croyant cette inquisition plus nécessaire que jamais, il ne pouvait souHrir qu'on s'ejQbrçàt de la discréditer (5). Après avoir vainement eu recours aux prières, il ne restait plus à Marguerite qu'un parti, celui de l'obéissance. Elle s'y décida, non sans prévoir les malheurs qui allaieut fondre sur nos provinces, et, pendant que résomiait encore le bruit des fêtes destinées à célébrer le mariage de son fils (4), elle communiqua les dépêches de Philippe aux membres du conseil d'État. Une émotion profonde accweillit la lecture de ces lettres fatales : quels que fussent ropinion et les secrets désirs des assistants, çhacuA comprit que l'on touchait à une crise suprême (6).

(1) Gachakd, Correspondance de. Philippe II, page CXXX.

(2) « Ubi solitudlDcm faciunt, pacem appcllant. »

(5) Le roi à la dacbeue, âO octobre i50i^. Correspondancet tome I, page 372, n» 522.

(4) Alexandre Farnèse venait d'épouser Marie de Portugal, fllle du prince Édouard et dMsalii>II«> (}e Bi8S<Me. GeUe priaeeste était arrivée à Bruielies Je il novembre 1565.

(B) ... « Qm cura aupradiciis éomtnts commaokai» eisent, uiram la mo-

Yiglitts, rassemblant tout ce quil possédait de fermeté et de

pi uilcnce, émit un avis dont Tadoption eût peut être retardé de quelques instants la crise terrible dont on était menacé : il demanda que Ton iQOumât Texécution des ordres du roi jusqu'à ce que Philippe eût été mieux informé de Tétat du pays, mais les autres membres du conseil repoussèrent toute idée de temporisation, et Marguerite, se rangeant à leur opinion, transmit aux gouverneurs des provinces et aux consaux des villes Tordre de remettre en vigueur tous les édits formulés contre les partisans des nouvelles doctrines.

Le prince d'Orange assistait à cette séance du conseil d'État, et, s[i\ faut en croire Viglius, il ne put s'empêcher de laisser percer sur ses lèvres le sourire du triomphe, et de dire à l'un de ceux qui s'y trouvaient avec lui que c'était là le commence- ' ment d'une grande tragédie. Les détracteurs de Guillaume ont cru trouver dans ce mot une arme contre lui : ils y ont vu un indice certain des trames ourdies contre l'autorité de Philippe II; ils ont même été jusqu'à lui reprocher d'avoir personnellement combattu le parti proposé par Viglius, et de s'être prononcé pour l'exécution immédiate des volontés du souverain (1). 11 est peu

dum fremero cœperunt, et tamen, quoniam popuH adversùs regem damon» incitari posse credebant, coosuluere, ut Ducissa litteris suis ad consUla magisiratusque mandata régis perscriberel. Sobodoratos aotem Pneses id qDod futurum erai, suasit ut es liUer» eô nsque differreotor, donec Hajeslas sua eerlior fieta esset qnam in partem id quod mandaverat acdperelar. Verùm alii ÎD contnriiin eonlenderuai, mittdatisqne obsequeodum daxernnt ; ad qaod Prwes raspondit, pcrjeiilQin «jus in se ipstun recipere : sed nîhil id profnit, Ducisaft eoram sealentî» asaentiente, ae litteraa mox eipedirl jnbente. Qnâ conelusione, accepté, princeps Anriaoensia enidam \û aufem dixU (qol post id retnlll) qnaai Imita gloriabnndusque ; visuroa nos brevi agregi» tragedia inHIum. {VUa YigUi, tome I des Anakcta Bdgka de Hothgk Var Pimmucnr.)

(1) F. à ce SQjet la note précédente; Viglios ne désigne pas plus le prinee d*Orange qne les antres seigneurs du eonseU d'État (alii). F. aussi une lettre de Viglios à Grenvelle» 90 novembre I96tt, dans les Arckim de la-iMison

rationnel de fiûre an prince an reproche de sa perspicacité, et

quant à raccusalion d'avoir cherché à précipiter la chute d'un gouverneiueut tyrannique, elle ajoute à sa gloire, au lieu de la ternir* Pourquoi donc le prince d'Orange eût-il tenté dinutiles efforts pour empêcher la lutte que Philippe semblait vouloir provoquer? Pouvait-il lui rester le moindre doute sur Finflexible détermination <ia roi, el lui ét;nt-îl possible de garder l'espoir fondé de détourner les dangers qui menaçaient le pays? Il valait bien mieux, tout en déplorant les ftinestes conséquences de tant d'erreurs, laisser aux événements leur libre cours, et, puisque Philippe voulait al>M)lument se perdre, l'abandon ncr à son mauvais génie, sans se compromettre et tomiter avec lui.

La publication des édits envoyés aux gouverneurs de province

produisit tout l'eUét qu'on en devait attendre. De tontes parts retentit un cri d'indignation auquel s'associèrent les gouverneurs eux-mêmes : mis en demeure de iUre exécuter les placards, ils répondirent noblement qu'ils ne voulaient pas concourir à ce que l'on brùlàt ciuquaiite à soixante mille personnes (2). En outre, Marguerite, à qui répugnaient ces mesures odieuses, I écrivit au roi qu'elle regrettait la résolution qu'il avait prise, et

ne eraipit pas de lui dire qu'il avait été mal conseillé.

Lorsque, disait-elle dans sa lettre du 9 janvier 1566, les franchises cl les libertés dont jouissent ces provinces leur donnent déjà tant de pouvoirs, et mettent tout à leur merci, c'est un grand mal qu'elles aient une arme plus dangereuse encore dans l'établissement de Tinquisition, par laquelle le roi s'est aliéné l'amour du peuple et a donné occasion à d'autres de se le conci-

étOrange, tome I, page 443. «r Les seigiiean diient à loas propos qne polsipie » le roi leeofliiiiaiide si expresséiMiit, qu'ils n'y vaillent contredire» nuis qae » la chose ne passera sans hasard ni ineonvénieut. »

(9) Lettre de la duchesse au roi, 9 jsnvier i866 ; Correiptmdanee, p. 586, a» 848.

M RÉVOLUnON DU XV1< SIÈCLE

lier, en se montrant hostiles à rinqnisition et défenseurs de la

liberté publique. » Ces courageuses paroles ne trouvèrent • point d'éclio à la cour de Philippe, mais elles sont un titre de gloire pour la princesse qui osa protester contre les iniques abus de la force et élever la voix en foveur d*nn peuple opprimé.

Alors s'ouvrit pour nos provinces cette ère d'avilissement et de décadence qui devait amener la ruine totale de leur prospérité. L'émigration commença, et avec elle toutes les calamités qu'elle tratne à sa suite : pour échapper aux supplices, phis de trente mille Ir.isailicurs s'expatrièrent, et, chercliajîl un sol plus hospitalier que celui qui les avait vus naître, allèrent enrichir rAngleterre de leur patiente et féconde industrie (â). Le commerce cessa tout à coup ; Tagrlculture manqaa de bras dans nos campagnes dépeuplées, et la cherté des denrées alimentaires . menaça des tortures de la faim les populations déjà décimées par Texil et les bûchers.

Ému à la vue de tant de désastres, Guillaume comprit que le moment était venu pour lui de rompre ouvertement avec Philippe : sa lettre h la duchesse de Parme, datée <le IJréda le â4 janvier 1566, inaugura dignement la carrière politique de ce grand homme (â). Le prnice, en signalant à la gouvernante les périls de la rigoureuse exécution des placards, et Timpossibilité ou il se trouvait de les faire appliquer dans les provinces de son gouvernement, oirit au roi par celte lettre la démission de toutes ses charges, et demanda qu'on le remplaçât par quelque antre plus habile < plutôt, disait-il, que d'encourir la note dont moi et los miens porrions eslre souillés, si quelque inconvénient advint aux pays de mon governcmcut, et durant ma

(1) Le coBseOIer d'AsM&MNe à GranveUe; Braidles, 15 janvier itS60; Correspondance, tome 1, page 390, n* 551.

(3) Correspondance de GuiUaume le Taeiiurnej tome II, page i06, n« CGGtXXlV.

ebarge. > GeUe eondnite franche et loyale dégageail dès lors le Taeitiinie de tons ménagements nltérienrs envers le souverain ;

c*est aussi à partir de ce moment qiril abandonne le rôle d'observation dans lequel il s'était jusque-là prudemment renfermé, pour prendre une part plus active à un mouvement qu'il ëiait appelé à diriger.

Les tentatives de résistance se multiplièrent bientôt et s*orgaiiisèrcnt dans tout le pavs : les chefs- vi lies du Brabani (1) s'opposèrent avec énergie au maintien de rinquisition, en alléguant que cela était contraire aux ebartes et aux privilèges de cette province (2) ; les murmures populaires acquirent un caractère à la fois menaçant et uuaiinne, et de cette effervescence redoutable sortit enfin l'un des actes les plus mémorables de nos annales, ce célèbre compromis, qui fit entendre au monarque irrité la von solennelle d'une nation soulevée poui' défendre eoulre lui la liberté de la pensée, désormais atfrancbie des entraves sous lesquelles on avait voulu rétonifer.

Le compromis flit l'œuvre de la noblesse, non pas de cette noblesse ambitieuse du conseil d*État, qui avait nn instant révé

pour elle les avantaji^es de roli^^arehie, mais de cette classe de genlUsbommes plus rapprochés du peuple, dont ils comprenaient mieux les besoins et les misères, parce qu'ils partageaient ses croyances et ses désirs. Neuf jeunes bommes, tons dévoués, tous eiiiliouMastes de leur cause, tous jusqu'alors obscurs cl inconnus, furent les premiers signataires du compromis; Philippe de Mamix, seigneur de Sainte-Aldegonde (5), eut la gloire d'en être Fauteur, et illustra ainsi les débuts d'une carrière

H) Bruxelles, Anvers, Louvain, Bois-lc-Duc.

( j) U<»i>i'Liirs, !:>'" partie, chap. VIII {AnaleiUes de Hoir^ck Vaw Pap£nhbecrt. îome IV, page Gi); — Hk&Mm, IooiëIII, page 59.

(5) .Ne a iiruxelles eu iôùS, fils de Jacques de Marnix, tMuon de PoUes, seigneur de Toulouse, cl de Marie de Haimericourt.

RÉVOLUTION DU XTl* SIÈCLE

entièrement consacrée au bien de son pays (i). Inspiré par les chaleureux élans d'une âme ardente et généreuse, il peignit à

grands traits dans ces pages éloquentes toutes les turpitudes de la domination espagnole, cl ses compagnons rassemblés dans le ebâteaa de Bréda jurèrent» électrisés par ce mâle langage, de s'unir à Jamais pour la défense de la patrie et de résister de toutes leurs forces à rétablissement de l iiiiiuisition, « comme mère et occasion de tout desordre et iiyustice. » Pour arriver à ce but, tout devait être commun entre eux, et» « se tenant la main run à l'autre, » ils se promirent en frères et compagnons fidèles une mutuelle assistance à laquelle ils engageaient leurs biens et leurs vies. Il n'y a guère dans nos Jastes de spectacle plus sublime que celui de ces hommes prenant à témoin « le souve* rain Dieu, créateur du ciel et de la terre. Juge et scrutateur des consciences et des pensées, » de leur ferme volonté de mourir plutôt que d'enfreindre ce serment solennel (2).

Expression tidèle des vœux de la nation entière, le compromis fut bientôt revêtu de nombreuses signatures. Sans y adhérer formellement, ce que sa position ne lui permettait pas encore, le prince d'Oranjj^e aitiij oiiva les principes par lesquels il avait été dicté, et Louis de iNassau, qui suivait en tous points les conseils de son frère, joignit son nom à ceux des premiers confédérés. On vit même des princes étrangers, des hommes célèbres par leur naissance ou leur génie, regarder comme un honneur iusij^ue le droit dclre aduiis dans les rani^s des citoyens dont le courage venait de doter leur pays d'une charte immortelle.

Il fallait un chef à la confédération : on le trouva dans Henri de Brederode, descendant des comtes de HolUnde, ei l'un dés

{{) M. (iR()K?< Van Prinstkrf.r, lomc II, ]mc 13, croit devoir auribuer la rédaction du compron^is à Jean de MaruiiL, &eipeur de Toulouse; celle assertion sembie dru un i!t fondement.

(^) y. le lexlc du cuuipromis à la fin du volume, n" 1 des Documents liùtoriques.

lionimes les plus remarquables de cette grande époque (1). c C'était, dit Le Petit, un homme de baute et allègre stature,

un peu rousselet, avec les cheveux crispus, hardi comme l'espée, soudain et choloie, résolu m ce qu'il dcsignoit, libéral néanmoms et courtois. 11 portoit eo sa jeunesse pour devise : P^ut' e$tre (3). » U possédait, on le.?oit, toutes les qualités exigées pour la mission aventureuse que lui donnaient les cfreonstances ; enfant perdu de la révolution, il se précipita l«Hc iiaissée au milieu des dangers, et n'eut plus dès ce moment d'autre but que le suooès de la commune entreprise. Intrépide et fougueux, il ne connaissait point d'obstacles ; sa parole de feu remuait les cœurs et lui doiiii iit sur la multitude un empire dont il savait profiter. Malheureusemcut pour lui, Tintempérauce et la* colère obscurcirent parfois ces brillantes qualités ; mais il ne méritait pas les calomnies dont on s*est plu longtemps à Taccabler : précurseur audacieux d'un génie plus complet que le sien, il prépara les voies au prince d'Orange, qui avait su apprécier les ressources de cette vigoureuse nature, et alla terminer son existence agitée dans un exil dont ses services auraient dû le préserver.

Conduits par cet impétueux tnl)un, les confédérés pureiii concevoir de légitimes espérances , et le compromis, répandu à profîision dans toutes les parties du pays, obtint en peu de temps une immense popularité. Ce grand acte, en révélant à Philippe toute rétendue de la faute qu'il avait commise en refusant à ses sujets la liberté de l'intelligence, ouvrit à la révolution une phase nouvelle; jusque-là, on n*avait encore eu recours qu'aux remon-

(1) Né à Bruxelles le 26 décembre 1531, de Renaud III, seigneur de Brederode et de Vianc, vicomte d'Ulreeht, et de Philippine de la Marche. V. Historia et genealagia Brederodiorum, Ulustriswnœ gentis Hollandiœf P. CoEiiELii BoGKBNBERGii Gcvdani. — Paul Voit : Origines, progrès ei gestes mémorables des scigut'urs de Brederode.

(2) Chronique de Hollande et Zélande, tome II, liv. IX, pafe 13tt. — STftAiiA, <k BeUo Belgico, lib. Y. dec. 1.

trances, et à lâ prière; désormuis la Mlion traitera avec le souvenin de paissaneeà paissanoe, et ce sera les armet à la main qoe Brederode et ses compagnons remettront à Margnerlte de

Parme la requête lameuse qui leur valut le nom de Gueux. Période de combats, de déchirements el de souHrarices, dans laqueUe brillent d'un éclat sinistre le moosqnet du soldat et le glaive du bourreau.

Que faisait alors le comte d*£gmont? Pendant que des hommes ignorés s'efforçaient de fonder la liberté de la patrie, il écrivait au roi pour l'avertir des progrès que les nouvdles MCtes fidsaîent parmi la noblesse» et des inteUigenceB que les hérétiques des Pays-Bas entretenaient avec ceux de France, d'Allemagne et d'Angleterre. On si^niait partout le coiiiproiiiis, et il ne croyait pas que l'on pût songer à une rébelli un contre le souverain (i). Ces ra^rochements suffisent : les laits parlent asses haut pour que Ton n*ait rien à igout^ à leur éloquence.

(1) Lettre du comte d'EgmoDt au roi, IG luars 1566; CorresjHjndancc de Philippe //, tome I, page 597, ii" ôu8.

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