CHAPITRE V
La gouTemante foi bient Ai instraîte des projets formés par les
coulédérés, et de leur intention de se rendre à Bruxelles dans les premiers jours d'avril WHi, pour lui présenter une requête contre l'inquisition et les placards (i) ; elle en awtit anssitdt le roi« en loi demandant quelles étaient ses intentions, et en Ini
exprimant toute la douleur qu*elle éprouvait d'être obligée de lui donner d'aussi alarmantes nouvelles (â). Pour parer autant
(4) Rapport fail pv Andrclee, mtjMéMM^tt If . de Megbem, à la duchesse <le Parme, le 24 mars 1500; Cûrrespmdarue de PhiUppe II, tom ï, page 400, n" 364.
(â) La duchesse au roî, â5 mars il^O; Corretpandanee, p. iOI, a* 305.
90 RÉVOLUTION DU XYl* SIÈCLE
qu'il était en elle au danger dont elle était menacée, elle convoqua en toute hâte les membres du conseil d'État et les gouver-
neurs de province, pour leur communiquer ce qui se passait et prendre leur avis sur les mesures  adopter à l'égard des confédérés. Cette importante réunion eut lieu le 27 mars, et, malgré l'opposition de d'Aerscliot et de Berlaymont, qui voulaient que l'on interdit aux confédérés l'entrée de la ville, il ftit décidé que la duchesse les admettrait à son audience et recevrait leur pétition. Les seigneurs ne cherchèrent pas d'ailleurs à cacher leur mécontentement et leurs craintes; ils s'élevèrent vivement contre les rigueurs de l'inquisition; le comte d'Hoogstraeten déclara même qu'il trouvait irès-fondcc et très-juste la demande des confédérés; le comte de Mansfelt, au contraire, dont le fils avait l'un des premiers signé le compromis, dit qu'il regardait la confédération comme une chose blâmable et qu'il n'y donnerait jamais son assentiment. Toutefois, les membres du conseil qui connaissaient certains des confédérés convinrent de les engager à ne pas venir tous ensemble présenter leur requête (1); le prince d'Orange écrivit même à son frère Louis de Nassau, pour qu'il veillât à ce que ses compagnons arrivassent à Bruxelles sans armes, et conservassent du moins par là les apparences de la légalité (2).
Il n'en fut cependant pas ainsi : le jour même où la duehesse priait de nouveau le roi de consentir à Tabolition de l'inquisition et à la modération des placards, Brederode et Louis de Nassau entrèrent à Bruxelles, acioiiipagnés de deux cents chevaux;, chaque gentilliomme portait une paire de pistolets aux arcons de sa selle. Ce fut dans cet appareil menaçant et à la tôte de cette redoutable escorte que les deux diefe traversèrent la ville pour se rendre à l'hôtel du prince d'Orange, où ils prirent leurs loge-
(1) La duchesse au roi, 8 avril 1806; Correspondance, tome I, p. 405,
(2) Groen V.\^ PRmsiERB», Archives de la maison d'Orange» tome 11^ page 7 A, lettre CXXXVill.
DAMS LES PAYS-BAS 9i
menls. Le lendemain an ivèrenL les comtes Van den Ber^i^he et de Guleml)Ourg avec un renfort considérable (1), et le ë avril tous les confédérés, au nombre de trois ou quatre cents» sortirent en ordre de lli6tel deGulembourg, où Us s'étaient rassemblés et se dirigèrent vers le palais de la gouvernante, au milieu des flots delà multitude empressée sur leur passage. Marguerite les attendait, non sans une anxiété profonde; elle les reçut, entourée de tous les membres du conseil d*État et des chevaliers de Tordre de la Toison d'or. Brederode, mettant un genou en terre en signe d honimage et de souaiissiou, présenta la requête avec toute rbumilité possible et parla en ces termes au nom de tous : « Madame, les gentilshommes présents, et autres de même qualilé, qui pour des raisons ne sont pas inaintenant icy, poussés de zèle et d'obéissance envers le roy et le bien du pays, ont résolu de présenter, avec respect et soumission, cette trèshumble requête à Votre i^ltesse, pour en disposer selon que son bon conseil luy dictera. Et d*autant, madame, que quelques-uns nous oui accusés, donnans fautciiK'ut à eiiteudre à Votre Altesse et autres de ses conseillers, que notre procédé n'avoit pour but que d'ouvrir et frayer le chemin aux Êtctions, révoltes et divisions, conspirans avec des princes forains, et gens de guerre étrangers tant Allemans que François, à 1 aide et faveur desquels nous nous étions unis et ligués ensemble. Chose à laquelle bien loin d'avoir travaillé, nous n'avons pas seulement songé, comme il parott assés par la requête que nous luy présentons, qui justifie nos iuteutions, et fait voir à nud la lauccté de ces accusations, ^ous supplions très-instamment Votre Altesse, et reputerons cette action à un singulier bienfait, de vouloir de sa grâce nommer et les accusateurs et les accusés, afin d'êter le mal et le désordre par la punition de ceux qu'on trouvera coupables. Aussi uous asseuious-uous que Votre Altesse ne souiirira jamais
(4) Pusi-scri])ium a la lettre du 8 avril; Correspondance, tome I, p. 406, II" 507.
Si BÉVOLUTION 1>U X\T Sl£CLE
qu'une troupe de noblesvse si hooûiable, soit aiosi exposée à la ealonmie des imposteurs (1). »
La requête lemise par Brederode était conçue dans le même esprit que le compromis. Les confédérés, après avoir rappelé Tantique dévoueiiieni des peuples des Pays-Bas à leurs seigneurs et princes naturels, y exposaient que les ordonnances du roi coneemant la stricte exécatlon des placards sur rhérésîe étaient de nature k exciter Témente et la sédition générales, et h enfanter la ruine du i)ays. « Voyant, ajouiaient-ils, que cependant le mal s*augmente de jour en jour, et que le danger de révolte et de sédition générale est à la porte; avoiis estimé estre nostre deb* Toir suyvant le serment de fidélité et d*honiaige, ensemble le bon lèle que avons à Sa Majesté et h la patrie, de supplier tres-humblemeut Vostre Altcze, comme de tait nous la suplious par la présente reqneste d'y vouloir donner bon ordre; et, pour l'importance de Taffaire, de vouloir le plus tost que possible sera, depescher vers Sa Majesté homme exprès et propre, pour l'en advertir, et la supiier tres-iiumbleuient de nosire part qu'il lui plaise y poarveoir tant pour le présent qu'à Tavenir. £t d'aultant que cela ne se pourra jamais finre en laissant les dlctz placcars en leur vigueur, veu que de là despend la source et l'origine de tous incoDveniens, qu'il luy plaise de vouloir enti^ndre à l'abolition dlceulx : laquelle se trouvera estre non seulement du tout nécessaire pour destoumer la totalie ruyne et perte de tous ses [i iys de pardeça, mais aussi bien conforme à raison et justice... Suplions bicii liumblemcut Sa Majesté qu'il luy plaise de faire aulires ordonnances pour l'advis et consentement de tous les estatz generaulx assemblez, afin de pourveoiràce que des6tts,par aultres moyens plus propres et convenables, sans dangers si très evidens. » Ils réclamaient en outre que Ton sursît à toute exécution des placards en attendant la décision du roi, et protestaient
(1) p. Voit, Uistoria et gcnealogia Brederodiorumf p. 121*
OAKS LES PAY»>Bik8
des suites que pouvait entraîner leur application ultérieure* « Ëi qno!^, disaient-ils, nous prenons Dieu, le roy, Vostre Alteie et
messieurs de son conseil enseinl)Ie, et nostre conscience en tcsmoignage que nou& y avons procédé comme à bons et loyaulx serviteurs du roy appartient, sans en rien excéder les limites de nostre debvoir (i). »
Marguerite, inquiète et préoccupée, écouta jusqu'au bout cette audacieuse supplique a laquelle Tattitude des conlëdéiés donnait un imposant earactère, et le lendemain, 6 avril, elle la remit apostiUée à ses auteurs. Ia duchesse dédarait dans cette apostille « qu'elle estoît bien délibérée d'envoyer devers Sa Majesté, pour faire devers icelle tous bons uiliees que Son Alteze adviseroit pouvoir servir à disposer ot incliner sa dicte Majesté à condescendre à la réquisition des remonstnns, lesquels ne dolbrent espérer sinon toute cliose di^ne et conforme à sa bénignité naffVe et accoustumée. » Elle lermii ;iit en disant qu'il n'était pas en son pouvoir de suspendre rexéculiou des placards, mais qu'elle donnerait ordre c que tant par les inquisiteurs que par les officiers respectivement tài procédé directement et modestement à l'end l uL de leurs charges, de sorte que l'on n'ait cause de s'en plaindre. »
Bien qu'ils dussent savoir à quoi s'en tenir sur c la bénignité na!!Ve et accoustumée » de Philippe, les conflSdérés se retirèrent
salisiaits du succès de leur déman lie et se livrèrent sans reserve à la joie d'avoir réussi : un somptueux banquiet préparé dans l'hôtel Culembourg les réunifie soir même, au nombre de trois cents; à la fin du repas, Brederode, portant au cou la besace, adressa à tous ses compagnons de chaleureux remerciements pour l'appui qu'ils lui avaient prêté; puis, faisant allusion à uu
(i) Requeste présentée à la dticesse de Parme, régente, le cincquiesme jour d'avril XV cent soixante cincq, ensemble l'apposiille donnée par Son Alteze sur la dicte requeste. — Imprimé à Bruxelles, par Michel de Uanoui, imprimeur Jiré, deneorant soobi It neisoD de eeste ville, 1 566.
propos injurieux qu'avait tenu le comte de Berlaymont, il but à la santé des Gueux. Ce surnoin, que les événements rendirent eélèbre, fut adoirtë d'enthousiasme par tons les convives : d'une
voix uiiaiiiiiio, ils renouvelèrent le serment de mourir pour la cause commune et la défense de leurs droits (1). Dès le lendemalDy revêtus de grossiers vêtements de couleur grise, ils parcoururent Bruxelles, portant au cou une médaille sur laquelle était gravée celte devise : Fidèle au roi fusqu'à la besace; ils s'enorgueillirent ainsi de ce tili e de Gueux dont on avait voulu leur faire bonté et dont leurs héroïques eâbrts devaient immortaliser le souvenir. Peu de jours après (10 avril). Brederode quitta Bruxelles, accompagne de cent cinquante clievaux; il se rendit à Anvers, où raceueillirent les acclamatiuiis de la foule, dont il était l'idole et qu'il put facilement diriger au gré de ses désirs.
Ces circonstances étaient assez graves pour plonger Hargne*
rite dans une vive anxiété; aussi elle se décida à presser le départ pour l'Ëspagne du marquis de Bergbes et du baron de Montigny, qui, à sa sollicitation, avaient consenti à porter au sou* verain Texpression des justes plaintes du pays (2). Un accident survenu au marquis de l>erglies (5) retarda pour quelt^uc temps ce voyage, car Montigny, comme s'il eût été poursuivi par un fàtal pressentiment, ne voulut point d'abord partir seul pour accomplir cette mission qui devait leur coâter la vie à tous les deux. Il consentit enfin, après de longues hésitations, à se mettre en route avant de Bergbes, qui n était pas encore remis de sa blessure, et le â9 mai 1566 il reçut de bi duebesse ses lettres de
{{) lU'Ialion en cliifTies, envoyée |>ar la duchesse de Parme au roi, avec sa dépêche du avril ; Correspondance, tome I, page 408, n" 570.
(2) La duchesse au roi, 13 avril lîiOO ; Correspondance, tome 1, p. 407, B» 369.
(3) Il avait blessé à la janibc rn jouant au mail dans le parc de Bruxelles. K. lettre de la duchesse au roi, 4 mai lliGti, p. Aib, 383.
BANS lES PATS*ltAS
créanee, par lesquelles elle le cbargeait de demander au roi'qu*il
approuvât lubolition de rin(|uisitioii, la modération des placards proposées par le conseil d'Etat, et qu'il promit à tous les signataires du compromis et de la requête on pardon générai et m complet oubli. De Berglies ne rejoignit que longtemps après (1) son infortiiiu! collèj^up, qui arriva le 17 juin à Madrid.
Déjà le 12 mai précodent, Philippe, informé par sa sœur de ce qui 8*était passé dans nos provinces depuis la présentation de la requête des confédéré lui avait fiiit connaître qu'il ne pouvait tolérer ni la modération des placards ni rassemblée des états généraux (2). De sembiaiihs disposiiiujis reiidaicut inutile, dérisoire même, renvoi de de liergties et de Montigny en Espape» puisque ron était décidé d'avance à ne rien accorder à leurs demandes. Aussi, lorsque ce dernier, le lendemain de son arrivée, fut aùnn:^ h l'audience royale, Philippe éluda les pressantes instances du délégué de Marguei ite et se borna à lui répondre qu'il y réiléchirait, qu'il consulterait à cet égard ses principaux conseillers (3). Dès lors, Montigny, suspect an monarque, sentit se resserrer lentement autour de lui le eerçlc dans lequel i'eniérmait une soupçonneuse surveillance et put r^^retter Timprudence qu*il avait commise en venant se livrer à son ennemi.
Cependant la situation était loin de s'améliorer aux Pays-Bas : l'audace des reloriués y croissait clia(iue jour et trouvait un nouvel aliment dans la conduite hardie des confédérés. De toutes parts dans les campagnes, de zélés prédicateurs, entraînant k leur suite une Ibule immense, répandaient avec leurs doctrines la haine contre TËspague et excitaient le peuple à s'armer pour
(4) Il|NurUtleI''jiiaietl860.
(3) Lettre aotosnpbe du roi à Itdaebesse, 19 mei ifM; Correspondance^ tome I, page 41 K, a* 585.
(5) Lettre 4a biten 4e Moatigny i la 4adie68e de Palme, 99 jaîa ItNM ; Corretpondanee^ tome 1, page 496, n" 4M.
BfiVOLUTION BU XVI* SifiCLE
laliberté (1). La persuasion et la force étaient également impui»»
santés à arrêter les progrès effrayants des croyances nouvelles ; Anvers surtout se faisait remarquer par la licence que s'y permettaiéot les calvinistes, encouragés par la présence de Brederode : telle était, an commencement de ]nin 1806, Fantorité qu'ils y exerçaient, que le magistrat 8*adressa à la gouvernante pour qu'elle envoyât à Anvers deux ou trois chevaliers de la Toison d'or, afin de préserver la ville des dangers dont elle était menacée (3). Le prince d'Orange fût chois! à cet elTet par Marguerite, snr l'instante demande dn magistrat d'Anrers, qne Louis (le Nassau, émissaire de son frère, avaii mstij^^ué h cette démarche, et le 15 juillet il arriva au milieu d'une population avide de contempler les traits de celui que Ton s'aceoatnmait d^à à regarder comme le défenseur des droits et des intérêts de tous. Plus de trente mille habitants d'Anvers, conduits par Brederode et par d'autres gentilshommes, allèrent à s:i i mcontre jusqu'à Berchem. Ce lut avec ce cortège triomphal qu'il fit son entrée dans la cité, aux cris mille fois répétés de vUmi tes Gueux (5)! 11 y tiouva la population tout entière dans un indicible état d'exaltation et ne put dissimuler à la gouvernante qu'il serait difficile, sinon impossible, d'empêcher les prédies calvinistes, auxquels le peuple assistait a?ec un zèle, une ardeur que rien ne pouvait comprimer (4).
La duchesse, déjà péniblement affectée par ce qu'elle savait des succès obtenus par les calvinistes dans les principales villes
(1) « Oe i|a'ils (uécheol, c'esi la liberté, et .que te peipla pnoM les armes, » disait Alonio del Gaalo, es éerivaDt an ni lei jiaillet I K66 ; p.
(3) Gachard, Correspondance de GmUaume U Tadhtme, tome II, page XXXVL
(î) Correspondance de Guillaume le ïacilume, tome II, page 136, lettre CCCXCVI, (le prince d'Orange à la duchessede Parme, Ujoillel 1561).
(4) V. sa lettre à la duchesse du 15 juillet, Cnrrap^nàÊnce de Guillaume le TacUurne, tome II, page iii, lettre CCCC.
' du pays, apprit alors avec consternation que les confédérés s'étaient de nooTetu réunis à Saint-Trond« ville soumise à la
juridiction de l'évêque de Liège, Gt'iard de Gioisheck, qui s'était en vain opj)Uï>c (15 juillet) h ce qu'ils s'assemblassent dans ses États (1). Inquiets du retard que Philippe apportait à faire droit à leur requête et de certains avis qu'ils avaient reçus de France, par lesquels ils avaient été informés que Philippe demandait à Catherine de Médicis le libre passage par ce royaume d'un corps de troupes espagnoles (â), ils avaient cru devoir veiller à leur sûreté en cimentant leur union par une manifestation solennelle. Deux mille confédérés répondirent à 1 apiel qui leur avait été adresse : forts de l'appui du peuple, qui réclamait ouvertement leur eflicace protection (3), ils résolurent de lui garantir la liberté reUgieuse, jusqu'à ce que les états généraux eussent pris à cet égard une décision à laquelle chacun serait tenu de se soumettre, et de se défendre au besoin par les armes si l'on osait attenter à leurs biens ou à leurs personnes (i).
Ces déclarations étaient de nature à redoubler les alarmes de Marguerite : aussi pria-t-elle le prince d'Orange et le comte d'Egmont de se rendre en son iiuiu vers les confédérés pour les engager à s'opposer aux prêches calvinistes, leur promettant, s'ils cédaient sur ce point, de solliciter vivement du roi la convo-
(I) Ii»tnictîoii8 données le 16 joillet 1566, parGénrddeGroisbeek, évéqae de Liège, aa eiear Oetavien de Palme, son éenyer, envoyé vers la gouver^ oante pour lui rendre raison de l'entrée dn comle Louis de Nassau et d'anUW seigneiira à Sainl-Troiid; Correspondance, tome I, page 451, «"409.
(4) Gachârd, Correspondance de Philippe IL tome 1, jiage CXXXVI.
(ô) V. Requeste présentée à la n^lesse de Saint-Trond par les marehanih et peuple depardeçn. GaoïR, Archives de la m aisand' Orange ^ t. îï, page 159. — Celte reqoètoae Ironve aosai dans La Pam, tome 111, liv. IX» page 106.
(4) Verbal du bexoignédetfmlilzhommesàSainl-TrondjûBns un manuscrit des archives du royaume, cité par M. GACHiao; Correspondance de Philippe H, page CXXXVIII. ~ V. aussi Hopperus, IV* partie, diap.. page 90 (tome IV des AnalecUs de Hothgk. Vah PApanaaiGHT.) '
cation des états généraux (1). L*entrevue de ces deux seigneurs et de Brederode, délégué de rassemblée de Saint-Trond, eut lieu à Duffel près d'Anvers, maïs n'amena aucun résultat utile;
les confédérés persistèrent dans leur iiiieiilion (reiivo}ei quelquesuns des leurs à la duchesse pour lui présenter une seconde supplique* et le 30 juillet, Louis de Nassau, avec onze autres gentilshommes (2), vint réclamer de la gouvernante Tassurance que mil de ceux qui avaient présenté la requête ou signé le compromis ne serait inquiété ou molesté à ce sujet, jusqu'à œ que le roi eût pris un parti décisif. Marguerite, irritée de cette audacieuse demande, feignit pour gagner du temps de n*en pas comprendre la portée ; toutefois, sentant la nécessité de donner quelque satisfaction à 1 opmion publique, elle renouvela près du roi les instances qu'elle avait déjà faites dans sa lettre du 7 juillet, pour obtenir son consentement à rassemblée des états généraux. Mais Philippe était fermement décidé à ne pas céder sur ce point ; déjà le 2 août, il avait mandé à sa sœur que jamais il ne consentirait à la réunion des états, sacltant fort bien, disait-il, ce qu'on entendait par là, en lui reconunandant néanmoins de laisser croire que pluë tard il pourrait en accorder rantorisation (3). Le 9 août suivant, il lui fit connaître les résolutions qu'il avait prises à l'égard des différents points de la requête des confédérés, et, par une hypocrisie digne de son caractère, il révoqua secrètement les concessions à l'aide des*
{i) LeUre de la duchesse au prince d Orange. IG juillet HiOf» ; Correspond (lance de GuiUanme le Taciturne, tome II, page liS, ii" CCCCII. — V, aussi Gaciiard, ù^rresmndatice de Philippe II, page CXXWIII.
(2) Ces genlilshommes étaient : les seigneurs d'Ksquerdcs, de Waroux, de Louverval, de Noyclles, du Kisoir, de \ ilJers, d'Escaubecque, de Ghîstelles, de Maelberg, de lïaelten et d'Audrigiiies. — Liste des députés qui présentèrent la seconde requête à la gouveraaole, le 30 juillet lîiOO ; Correspondance, tome I, page 137, n ' 4ï>2.
(5) Le roi à la duchesse, 2 août 15G6 ; Correspondance, tome 1, p. ioU, u" 427.
quelles il espérait tromper la lojfauté de ses si^eis, en attendant qu'il pût assouvir $iir eux ses cruelles veDgeances. 11 importe de bieD connaître ce curieux épisode de notre bistoire, car il
suffit à lui seul pour justifier 1 liui t eur. qu'iuspire le nom de Philippe.
Les confédérés avaient, on se le rappelle, insisté sur trois points principaux : l'abolition de Tinqulsition, la modération des placards, et le pardon gênerai de luiis les auteurs, signataires et adhérents du compromis. Touchant ie premier point, le roi répondit < qu'il était content que Vinquisition cessât, moyennant Tintro* duction des évéques dans toutes les provinces; » sur le second, tout en n*approuvant pas le projet de modéiation qui lui avait été soumis, il en transmit un autre à Marguerite, avec ordre de le fiiire examiner par le conseil d'État et par les chevaliers de la Toison d'or; sur le troisième enfin, il autorisa la duchesse à proclamer en son nom le pardon et Toubli complet de tout ce qui s'était passé H). Mais aussitôt après avoir envoyé la dépêche qui contenait ces officiels mensonges, il fit venir au bois de Ségovie un notaire auquel il déclara, en présence du duc d'Albe et d'autres conseillers, que « quoiqu'il eât autorisé la duchesse de Parme, à raison des eircoiistanoes, à accorder pardori a lous ceux qui s'étaient compromis durant les troubles des Pays-Bas, comme il ne l'avait pas fait librement ni spontanément, il n'entendait point être lié par cette autorisation, mais au contraire se reserver le droit de punir les coupables et principalement les auteurs et fauteurs de toutes ces séditions {à), a Les termes manquent pour flétrir une semblable conduite : ce n'était pas
(1) LeUre da roî au commandeur de GasUlle, son ambassadeur à Rome, ie 12 août 4S66, page 445, 448.
(2) luàlruuieiil passé, le 9 août 1566, au Bois de Ségovie, parrdcvnnl le notaire Pedro de Iloyos, en présence du duc d'Albe, du licencié Francisco de Mencbaça et du docteur Martin de Velasco; Coire^spondam e^ page 443, n** 440.
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R&VOLUTIOV DU XVi^ SIÈCLE
assez pour Ptiilippe de ruiuer un pays entier par son fanatisme; il fallait encore qne» joignant rimpostuie à la eniaoté» il otttrageflt par une violation iiagrante des lois de la bonne foi et de la vérité la majesté royale et la relij^ion dont il se prétondait le défenseur. Par une dérision sans égale, Philippe donnait les formes authentiques à un acte destiné à être enseveli dans le secret de ses papiers d*Étal, On n'a jamais poussé plus loin le génie de l'hypocrisie.
Trois jours après, le roi, pour faire t^ire apparemment les scrupules de sa conscience, chargea don Louis de Aequesens, son ambassadeur à Rome» d'instruire le pape de ce qu'il avait résolu à l'égard dés confédérés et de lui dire que relativement à l'abolition de l'inquisition « il était peut-être mieux que Sa Sainteté n'eût pas. été consultée à ce sujet, puisque raholition de rinquîsitiott ne pouvait avoir de force qu'autant que le pape y consentit. » Et, à propos du pardon général, « il priait Sa Sain* teté de ne pas s'en scandaliser, parce que, lorsqu'on en vii ndrait là» il ne donnerait le pardon qu'en ce qui le touchait, et pour les choses relativement auxquelles il pouvait le donner. » CTest la restriction mentale appliquée à la politique : il ne manquait à Plii lippe II que d'être le rival d'Escobar.
Ënhn, et pour achever de mettre dans tout son jour cette hideuse figure du tyran, il n*est pas permis de passer sous silence la fin de cette môme lettre, c Vous assurerez Sa Sainteté, disait le roi à son ambassadeur, que je tâcherai d'arranger les choses de la religion aux Pays-Bas, si c'est possible, sans recourir à la force, parce que ce moyen entraînera la totale destruction du pays, mais que je suis déterminé à l'employer cependant, si je ne puis d'une autre manière régler le tout comme je le désire; et, en ce cas, je veux moi-même être l'exécuteur de mes intentions, sans que le péril que je puis courir, ni la ruine de ces provinces, ni celle des autres États qui me restent puissent m'epopécher d'accomplir ce qu'un prince
DANS LES PAYS-fiAS fOl
chrétien et craipant Dieu est tenu de l'aire pour son >< j vice et lô maiiitien de sa foi catholique. » 11 oe tint que trop bien sa promesse» et le» coupables exeès dont nos provinoes Airent le théfttre Tinrent offrir on prëteite à ses fùrenrs.
Alors commençaient en effet ces scaiid.ileuses dévastations, commises par la tourbe du parti calviniste, grossie par une borde de gens sans aveu dont le pillage était la seule ressource. Profitant de Teialtation des esprits, ainsi que de la situation périlleuse dans laquelle se trouvait le pays, ces misérables, dont le nombre était cependant bien insigiiitiaut (1), s'enhardirent par rimpunité de leurs premiers méfaits, et désolèrent bientôt nos villes» qu*ilci souillèrent par d*affreux brigandages. Ypres et Lille éprouvèrent tout d*abord les ftinest^ effets de . leur rage : les églises pillées, les couvents incendiés, les reliques des saints profanées, les pieuses richesses devenues la proie diniibaaies voleurs, telles Airent les traces qui marquèrent leur ^ passage dans ces populeuses cités {%. Rendus plus audacieux par ces faciles succès, les iconoclastes vinrent s'abattre sur Anvers, d'où ic prince d'Uraiige était parti le 19 août pour aller assister à une assemblée des cbevaliers de la Toison d*or, convoquée par la gouvernante au sujet de la seconde requête des gentilshommes confédérés; et le :2I, favorisés par l'inconcevahle faiblesse du magistrat, ils saccagèient l'admirable basilique de Notre-Dame, oi^ la piété des fidèles avait accumulé dimmenses
(1; IhifFi.Ris, dans son Mcinorial^ dil que les dévastations d'Aiivcns furent commises» a par iinii centaine d'hommes, non jiius, sans armes, loule )) caii iilli et de basse condilion. w Toir aussi L& Petit, ilhrouiqnc de Hollaitd a lie Zclande, loiae 111, !iv. I\, page 119, el Stra.i)v, liv. V. dec. I, qui nous apprend que la gMiveruaDle écrivit au roi qu'Us u'ctaieiH pas plus de cent.
(2) La duchesse au roi, 18 août 1566; Curreaponikime de Philippe II, lome I, page i49, 4-»3; HAR 'nrs, Annale.<; Dunim Hrabantiœ, tome III, page 48 el suiv. Il est à remarquer que ic lldiiiaui, fArtois, le Luxenihourg, le comté de Naoïur el la plus grande partie du Brabanl ireurenl poiiil à subir les riivages des iconoclastes. S
IS
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RSvoLirnoN ou xvi« siëclb
trésors. Rien ne fut à l'abri de lear lurie sacrilège : les ciboires, les saintes bulles et jusqu'aux hosties consacrées servirent tour
à tour (le jouet à ces forcenés, qui, après avoir brisé tout ce que reulermait Notre-Dame, se répaudirenl dans les autres églises de la cité. Aucune ne put écbapper à leur yandalisme; dans la seule Tille d'Anvers, les dégftts forent estimés à plus de quatre cent mille écus. Enfin, après deux jours d'une apathie sans excuse, le magistrat et les bourgeois sortirent de leur torpeur; dix ou douze pillards furent arrêtés, et les lieux qui avaient été témoins de leurs crimes le devinrent bientôt de leur supplice (1).
Comme il était facile de le prévoir, ou fit retomber sur tous les calvinistes la responsabilité des ravages commis par les iconoclastes; et cependant, dès le 24 août, la plupart des membres de la religion réformée domiciliés à Anvers adressèrent au bourgmestre Jacob Van der Heyden une déclaration par laquelle « Us protesloyent devant Dieu que le brisement d'images estoit arrivé sans leur consentement et volonté, et qu'ils blamoyent et detestoyent le larcin, le pillage et les aultres insolences qui en estoyent ensuyvies; qu'en outi'e, ceux de leur £gUse eslo^ent prests de se soubmettre en toute obéissance aux commandements des seigneurs, pour s'opposer à tous tels sao cagements, violences et insolences » Ces déplorables excès
(1 ) xM. GmoiH Vin pKinnrKBia, Arâwm de la maiion éFùrange^ tome II, page 318, cberebe à excaser le bris des images, e II pinit, dit-il, que I'od » ae borna à briser tout ce qai semblait désbooorer le temple de Dieu, sans » se rendre eoapable iPaatres exeès... Il en tnt do bris des Images eomme des h prêebes : eefot nn menveneni sponuné. ei une eonséqoeoce nécessaire de n la sitoatiott des esprits. Dans da pareils moments, une étincelle suffit : le » peuple savait depuis longtemps que le eulle des images était odieux i TÉier- » nel : il était aisé de,prévoir qu'à la première occasion ou éprouverait les » effets d'un aèle irrtfëcht. » En vérité, il tout être bien aveui^é par l'esprit de secte et de parti pour ne voir, au xix* siècle, qu'un excès de lèle dans de pareilles turpitudes.
(3) MtnuH, livre il, folio 4k.
DANS LES PATS-BAS m
ne ftirent donc qne Yaaam d'une poipëe de vils et obscars coupables, écume fangeuse qui s'élève toujours à la surface du flot
révolutionnaire, et non j^as celle d'un pai u dont tous les chefs, et Bi'tiderode lui-même (1), témoignèrent hautemeut toute la répugnance que leur inspiraient de telles horreurs.
Le S6 août, le prince d'Orange revint à Anvers; il s'appliqua à y rétablir te calme et la sécurité, mais il ii) i»arvint qu*en usant d'une sage tolérance envers les luthériens et les calvinistes et en leur accordant» à Tintérieur de la ville, des lieux désignés de commun accord pour y célébrer les cérémonies de leur religion. Cette conduite prudcnh^ indisposa contre lui Marfruerite> qui, précisément à la même époque, se trouvait pourtant obligée de recberclier l'appui de ces mêmes confédérés de Saint-Trond qu'elle avait d'abord éconduits, et de souscrire aux conditions qu'ils lui avaient imposées. Pour un instant, cédant à la icnenr, elle avait voulu fuir Bruxelles, afin de u être pas témoin du pillage des églises dont cette ville était aussi menacée ; mais, arrêtée par l'opposition du magistrat et du peuple au moment où elle se disposait à partir pour Mons (2), elle avait dâ renoncer à ce projet. Alor s, tremblante et désespérée, elle consentit à tout ce que Ton voulut (5) : le 23 aojiît, elle signa avec les délégués des confédérés de Saint-Trond on accord dont la clause principale était conçue en ces termes : € Son Alteze, voyant la force et la nécessité inévitable, hujuelle règne maintenant, promectetasseure que, le peuple mettant bas les armes, ès lieux où les prédications se font de faict, et évitant tous scandales et de&ri^lemens, on ne leur fera aucune violence, et on ne procédera point contre eulx
(i) GioBit Var Puimui, ÀnMm de la maUon tFOrunge, toms II» pige 3UI, lettre GXGUI. (Brederode à Loais 4e Nassau, S7 aoiit 1566»)
(9) F. Hamii», Mémorial des troutiei des Pays-Bas, IV^ partie, cliap. IV (page 99, lome IV de Hotrck vah PAtmuGsr).
ÇS) Lettre de Margaerile de Parme à Gérard de Groisbeek, évéqoe de Li^e, S6 août 1666, AnaUcUs Belffiques, de G*auia, cahier de jala 1880, p. 178.
par voye de fiiict esdictz lieux, mais pourront aller et venir aenretnent, jusqu'à ce qull en soit ordonné aultrement par Sa
Majesté, et avec l'advis dos oslats goneraiilx, à condition qu'ils n'empescheroot en aucune £açon la religion eatholicque, ni Texereice dleelle (1). >
Cet accord ftit Immédiatement suivi d*un pacte de réconciliatioii conclu avec les nobles, en lui me de lettres d'assurance (2) par lesquelles tout le passé était mis en oubli, rinquisition suspendue, les placards déclarés susceptibles de révision, à condition que les nobles prêteraient appui à la gouvernante i)our que le commun peuple mît incontinent les armes bas, » et s*emploieraicnt à défendre l'autorité royale et rintérét de la religion. De leur côté, les nobles déclarèrent qu'ils tenaient leur compromis € comme nul et de nulle valeur aussi longtemps que la dicte promesse d'assenrancc leur serait tenue par Son Alteze au nom de Sa Majesté. »
En agissant ainsi, Marguerite, comme elle s'empressa de l'écrire au roi, ne disait que céder à la nécessité (3), et, ce qui est peu honorable pour elle, elle crut que le roi pourrait, quand le temps serait venu, révoquer ce qu'elle avait accordé. C'était bien aussi l'opinion de Philippe, qui, en apprenant les derniers * événements des Pays-Bas, avait juré, dans un accès dindignation Airiense, de tirer une vengeance terrible des attentats commis par les iconoclastes. Il continua cependant à dissimuler: tout en recommandant expressément à la duchesse de s'opposer à la réunion des états généraux (4), il lui fit espérer qu'il se ren-
(1) MmiBH, Histoire iu Pays-Bas, Kvn II, fol. 45. — Mémorial des imAks des Pays-Bas, elitp. IV (um IV, ptgalOS <te Anakeia Bdgka de HmcK vah PinMictr).
(S) y, Lm Piffr, Chronique dâHcUandâetdeiaande^ tome II, liv. IX, pas» 190. '
(8) Leuie de la daèhMaeta roi, 27 loèl 1560; Cormpondamee de Phitippe II, tome I, p. 452, n* i63.
(4) Le roi à la duchesse, S9 seplembro 1566, p. 465, n« 475.
drait sans tarder en personne aux Pays-Bas pour rétablir les ailaires par sa présence, cl il ordonna en cliet lous les préparatifs de soD départ.
Pendant qae ces intrigues secrètes se menaient de Madrid à Bruxelles, le prince d'Orange et les comtes d'Egmont et de Homes, aussi loyaux dans leur conduite que Philippe et Marguerite Tétaient peu, se mirent en devoir d'exécuter leurs engagements et de rétablir l'autorité royale partout où elle avait été menacée dans les provinces dont ils étaient les gouyemeurs. D'Egmonl, toujiiui s emporté au delà du but par sa foup^ie naturelle et son inconsistance politique, se distingua surioul dans cettecroisade d*an genre nouveau et déploya contre les hérétiques des Flandres une rigueur quelque peu sanguinaire, n alla même au delà de ce qui lui était demandé : il défendit les prêches même dans les lieux où ils étaient établis anlérienremeut à l'accord consenti par la duchesse. Le prince d'Orange, à Anvers, Ait à la fbis plus habile et plus heureux ; grftce à Tinfluence qu'il exerçait sur les hommes de toutes les eroyanccs et de tous les partis, il parvint en peu de temps à rétablir l'ordre et la bonne harmonie entre les confessions diverses, en assignant à chacune d'elles des droits sérieusement garantis et en lui imposant le devoir de respecter la liberté des autres.
Mais cet exemple de tolérance et de bonne administration devait rester infructueux. Encouragée par les promesses secrètes de Philippe, la gouvernante ne tarda pas à donner Tordre de lever des troupes et se mit en mesure de rompre ouvertement avec les confédérés. Le prince d'Orange n'eut i)as de i>eiiie à deviner ce revirement de politique de la part de Marguerite et à en apprécier toutes les conséquences* Blessé de la manière dont la sœur de Philippe avait reconnu ses services à Anve^, instruit d'ailleurs par une correspondance secrète de la colère du roi et de ses projets de vengeance, il voulut tenter un dernier effort : il engagea dTgmont, de Homes, d*Hoogstraeten
i06 RÉVOLUTION DU XTI* Sl6CLB
et son frère Louis de Nassau à se réunir à lui pour déliliërer sur
les moyens de protéger et de sauver la patrie. L'entrevue eut lieu à Termonde le jeudi 5 octobre 1S66; ou y agita franchement la question de la résistance à main armée à l'autorité de Philippe IL (1). Pour tout bomme doué de quelque prévo;irance« ce seul parti restait en effet : aussi le prince d'Orange, son frère, le comte de Hoogstraeten et même le comte de Ilornes se prononcèrent pour son adoption. Mais leur résolution commune vint échouer contre Topposition du comte d*Egmont» dont l'acquiescement au plan proposé était indispensable € parce qu*il avait bien le plus d'authorité pai nii la geiidai luci le du^'pays, tellement que les autres ne pouvoyent pas beaucoup sans luy. » Il allégua c qu'on ne debvoit pas attribuer une telle ripieur au bon naturel du roi, et que ceux qui craignoyent cela se pouvoyent retirer, ce qu'il ne pouvoit i)a> iairc, n'ayant [)as de moyens pour vivre eu quelque autre pays, selon son estât, avec ses eiifauis, partant qu'il estoit contrainct de dépendre entièrement du roi, sans la bonne volonté duquel il ne pouvoit rien. » Paralysée, réduite à l'impuissance par cette étrange conduite de l'homme qui seul, par son influence, était à même d'assurer le succès de l'entreprise, l'assemblée se sépara sans rien conclure, trompant ainsi les légitimes espérances du pays (â).
Guillaume ne pouvait, isolé, tenir téte à Forage : après l'avortement des négociations de Termonde, il prit le chemin des provinces de Hollande et d'Utrecht, dont il était le gouverneur; les sectaires y avaient aussi depuis quelque temps gravement compromis Tordre et la paix publique. Ses vues conciliantes, ses sages ordonnances rendirent le calme à ces populeuses contrées,
(I) Sar ees impomntei craffroicM de TermoDdfl, F. Wahoh, Histoire de Philippe II, tome I, livre VII, p. S96 ; Mitbbin, livre II, folio 47 ; finoo Gwmus, de reUm Bdçicis,
(3) Gachabb, Correspondance de Guittaume le TaciUime, t. Il, p. LXXX. — Leicre de li dnelesse wa roi, 18 octobre 1500; Correspondance de Phii^ Hppe H, tome I, p. 475, n*^ 490.
DANS LES PAYS-BAS iOI
ûont les iiabiUDts lui tenioi^'nèreDt leur reGoniiaissance eu lui offrant un don de fiû,000 florins qu'il reflisa noblement» ne voulant pas que Ton pût attribuer ses services aux calculs d*un
sordide intérêt (1). II revint à Anvers le 4 février 1567, après avoir assuré la liberie des preciies partout où lii^ exii>taient de fait avant raccord du â3 août, conclu par la gouvernante avec les confédérés. A son arrivée, il retrouva les provinces méridionales livrées aux désastres de la guerre civile. Marguerite, profitant de la terreur que faisait naître le bruit de la prochaine arrivée du roi à la téte d'une armée nombreuse et bien disciplinée, avait mis sur pied on corps de troupes dont elle avait conûé le commandement à Philippe de Ssdnte-AIdegonde, seigneur de Noircarmes, avec mission d'aller assié^^er Valencieniies, où les religiounaires domioaieut, et qui avait refusé de recevoir foison (2). Trois on quatre mille sectaires, réunis aux environs de Tournai et formant un corps de onie enseignes d*inltoterie, tentèrent de secourir la ville assiégée, mais Noircarmes, instruit de leurs projets par la ducliesse, se porta à leur rencootre, en fit un carnage affireux, puis entra en triomphateur à Tournai le 3 janvier 4867 (3). Il revint immédiatement après, accompagné du couite d'Egmoiit et du duc d'Acrscliol (4), au siège de Valeii-
(1) GiGBA», Correspondance de Guittatane le ToùUume, tome II, page XCVl.
(2) Gagha», La dDcbessc de Parme ta prince d'Orange, janvier 1567 ; Correspondance de Guillaume ic Taciturne, t. II, p,3i0, n*CCCCXXXV.
(3) La duchesse au roi, 5 jaDVier 4-567 ; Correspondance de PhiUppe U, lorae I, page 499, n»5H.
{A) II est fâcheux sans doute pour la gloire de d'Egmont que le vaiaqoenr • de Gravelines ait pu être, à un moment donné, le second de Noi réarmes, maie il est avéré que le comte, dans sa Carear contre les hérétiques de Vaienciennes, prit la peine de descendre, au risque de sa TÎe, dans les fossés de la ville assiégée pour indiquer à Noircarmes le point sur lequel la cnnonnade pourrait cire le plus avantageusement dirigée. Il crut même devoir en informer le roi, et le féliciter à ce propos de ce que les prédicants fussent tous en fuite, la religion réformée éteinte et le peuple dt^sarmé. V. Mémoires de Poimis Pàtiii ; Correspondance de PhiUppe il, tome 1, page liS4.
ciennes, qui, investi par des forces supérieures, soutint cependant avec courage un sicge meurtrier qui se prolongea Jusqu'au 34 marst et dont Tissue priva la Tille de tous ses priTiléges. Noirearmes, qui dès lors s'eierçait l devenir le valet du duc d'Albe, lit pendre ou décapiter les prcdicaLcurs calvinistes et les principaux défenseurs de la cité.
Pendant que la duchesse poursuivait ainsi sans relâehe le rétablissement de FautoVité royale, même au prix d'un sang précieux, Philippe mettait le comble à ses fautes en désignant le duc d*Albe comme capitaine général de l'armée qu'il envoyait aux Pays-Bas (i). Ce choix disait assez les intentions du monarque ; il vint profondément attrister la gouvernante, qui ne put s'empécber d'en exprimer au roi son étonnement et son déplaisir (2), mais qui n'en continua pas moins l'œuvre qu'elle avait commencée, en s'attachant surtout à £sure cesser de tous côtés les prêches calvinistes. C'était agir contrairement à ce qui avait été promis par l'accord du 25 août 1506; aussi Brederode, au nom des gentilslioiiiiiies confédérés, envoya-t-il à la gouvernante une remontrance énergique (3) par laquelle il exposait que les nobles s*étaient fidèlement acquittés de leurs devoirs, et que, par conséquent, il y avait lien de s'étonner que l'on voulût défendre les prédications par la force. Il suppliait Son Altesse de dire si son bon plaisir était de maintenir le traité en permettant les prêches, comme il avait été convenu, afin d'éviter par là de grands malheurs au pays (8 février 1367).
Marguerite, dans cette circonstance, eut recours à un subterfui^e indigne d'elle et de son honneur. Elle répondit, le 4G février, qu'elle ne comprenait rien aux plaintes des confédérés : qu'elle n'avait jamais permis l'exercice de la nouvelle religion, < veu
(1) Le roi à la duebesse de Paroie, 51 décembre itiùù -, Correipondance^ page 496, n» 509.
('2) La duebesse au roi, l'*^ février ii>C7^ Correspondance ^ pa^ie SOSi, (5) Mbteres, Uvre II, folio 48.
qu'elle eotendoit qu'elle avoit excepté cek expressément soabi ces mots de scandâlas et de désordres. » Celte interprétation pen loyale d*nn pacte dont les termes ne pouvaient offHr le
ïiitjiiHlrp doute, fit ouvrir les yeux aux confédérés, et Brederode nliésita plus à s'opposer ouvertement à l'exécution des ordres de la gouTemante (1). .Quoique le comte d'Egmoni, sollicité à une nouvelle entrevue avec le prince d*Orange, Brederode, Hornes et ïïoo^rstraeten, eût positivement refusé de s'y rendre, en déclarant que 1 on ne devait pas compter sur lui pour détendre et eonserver les libertés des provim»s ; que même il traiterait en ennemis tous ceux qui ne se conduiraient pas comme de bons et fidèles vassaux du roi (2), Brederode, secrètement soutenu par Guillaume» résolut de tenter le sort des armes. Il leva des gens de guerre à Anvers; Louis de l^assan se rendit dans le même dessein en Allemagne, et par lears soins combinés une expédition fût rapidement préparée contre Ifle de Walcheren. La conduue de cette expédition avait été confiée au seigneur de Tholouse, Jean de Marnix, frère de l il lustre auteur du compromis des nobles. A la téte de sa flottile, Marnix tenta d'abord d'opérer un débarquement sur nn point quelconque de l'île, mais il n'y put réussir. Il prit alors la résolution de remonter l'Escaut jusqu'au village d'Austruvveel, à une très-petite distance d'Anvers, et de s'y retrancher de ^içon à pouvoir défier toutes les attaques. Hais il avait compté sans l'habileté militaire du capitaine à qui îa gouvernante a^ail confié la mission de jeter dans l'Escaut les soldats de Brederode. Le i3 mars, à sept heures do matin, Philippe de Lannoy, sire de Beauvoir, attaqua à l'improviste la petite armée du seigneur de Tholonse, la
(1) Leltre du secrétaire Prais à Granvelle, 33 février i^67 , Correspondance, tome I, page 512, n" 526.
(2) Mnnoirc des points qii Alojizo Lopez Galio communiquera au roi de la part tle Madame, i6 février 4 oG7 j Correspondance de Philippe II, p. 540, !!• 522.
mit en pleine deioute, et enleva ainsi aux confédérés tout espoir de lutter me avantage contra le pouvoir de Philippe (1). L'infortuné Jean de Mamîx perdit lui-même la vie dans la
mêlée.
Du haut des murs d*Anvers, le prince d'Orange put voir la défiute de Maruiz et de ses braves compagnons; il parvint» au péril de ses Jours, k contenir Teffervescenoe des calvinistes anversois, qui voulaient courir au combat et se joindre aux confédérés pour accabler les troupes royales; cette fois encore, son attitude ferme et digne, et le courage dont il fit preuve, épargnèrent à Anvers dincalculables malheurs. Puis, ne voulant pas conserver plus longtemps des charges qui Fcbligeaient à protéger raïuouic i ovale, il pria de nouveau Philippe d'accepter enfin la démission qu'il lui avait déjà tant de fois offerte (2), en motivant son insistance sur Timpossibilité où il se voyait de prêter le nouveau serment exigé par Marguerite de tous les gouverneurs de province et des chevaliers de l'ordre de la Toison d'or. La gouvernante avait, en efl'et, adressé aux seigneurs une formule de serment par laquelle chacun d'entre eux devait attester qu'il était t déterminé et prest à servir Sa Majesté, et s'employer envers et contre tous, comme seroit ordonné de sa part, sans limiuaion ou restriction (5). n C'était de la part de Marguerite une adroite précaution qui lui faisait connaître à la fois ses adversaires et ceux sur le dévouement desquels eUe pouvait compter. D'Egmont, après avoir quelque peu hésité, fit le serment qu'on lui demandait; mais le prince d'Orange fut inébranlable. £n vain la duchesse lui envoya son secrétaire Berty pour rengager à se soumettre : il répondit que ce sonnent
(1) Let[rr (li; la ducliesse de Parme au roi, 14 mars 1507, p. 521, n* 540. — Sthada, f'i Uello Ik'hjiro, lib. VI, dec. l.
(2) Gachaku, l.epniicc d Orange à Plulppc II; Correspondance de Guillaume le Tacilurnc, tome II, page 5l>0, kure DVI.
(3) Archives de la îtuiuiun d'Orange, tome ill, page 45, n" CCLXV.
était contraire à ses devoirs d'homme et de ettoyen ; qu'il avait juré de maintenir , les privilèges des provinces commises à son
gouvernemenl, et (|u'ii ne pourrait obéir à des on h es qui violeraient ces privilèges; que, d ailleurs, il ne voulait powX être l'exécatear des édits promulgués oootreles liérétiques, puisqu'ils le forceraient à livrer sa propre femme au bourreau (1 ) . D*£gmont et Mansfelt, qui étaient venus le trouverà Willebroeck, ne réussirent pas mieux que Berty; Guillaume résista à toutes leurs instances, et leur fit connaître sa détermination de se retirer en Allemagne pour y attendre des jours plus heureux. Ce ne flit pas sans une émotion profonde qu'il se sépara de Tinfortuné comte d'Egmont : un prcsscniimeiU secret lui disait qu'il ne devait plus le revoir et que le comte serait la première victime de son aveugle confiance, n le lui dit, mais diront resta sourd aux conseils de la sage amitié qui lui prophétisait sa destinée. Le piince d'Orange partit pour Bréda le 11 avril, après avoir informé la gouvernante de ses desseins; le 22, il quitta cette ville pour se rendre à DiUenbourg, dans son comté de Nassau : sa femme et sa maison l'y suivirent, et il ne sortit de cette paisible retraite que pour annoncer à notre patrie l'instant de la vengeance, lorsque les cruautés du lieutenant de Philippe il eurent soulevé contre lui tous ceux qui avaient pu échapper au fer de ses satellites et dont le coeur battait encore an souvenir de la liberté.
Le départ du prince d'Orange fut le signai de la dissolution du parti des confédérés; nul ne pouvait songer à continuer une lutte que ce grand homme reconnaissait hoopossible. Brederode
lui-même, l'impétueux et ardent Brederode, resté le dernier sur la brèche, comme il avait été le premier à se précipiter au milieu des dangers, se vit enfin forcé de quitter le pays pour lequel il eût voulu donner son sang et sa vie. Seul et dépourvu de res-
(1) Gâchai», Correspondance de GuUlaume le Taciturne, lome II, pige CLYIL
fit
RÉvourriON dd ivt« siècle
sources; que pouvaitpU désonnais pour cette caose sacréeT Il partit; mais cet homme de bromie» inaeeessible à la crainte,
bmid son cœur se briser en abandonnant la patrie : il ne pat supporter Tinaction et les douleurs de l'exii, et une mort prématnrée fut la récompense de son audace et de ses exploits.
Privées de leurs défenseurs, les villes des |)rovinees septentrionales qui avaient embrassé le parti des confédérés rentrèrent sueeessivement sous l'autorité de Marguerite. Bois-le-DnCy Haestridit» Amsterdam, Utrecht reçurent les troupes royales dans leurs murs; la gouvernante en personne entra le avril à Anvers cl prit, dès son arrivée, des mesures sévères pour y interdire Texereice de la religion calviniste» interdiction qui fut bient^yt étendue à toutes les antres parties du pays (I). De toutes parts, les tapies des réformés tinrent détruits en aussi peu de temps qu*on en avait mis à lesconstniirc; les persécutions contre les reiigionnaires reprirent une nouvelle ardeur, « et il D'y enst si petite ville où on n*en fist mourir einquante, cent, deux cens et trois cens, outre oenx qui Airent exécutez sur le plat pays par les baillis, qui piindient et pendiii ni tous ceux qu'ils trouvèrent estre suspectz (2). » A ce prix, Tordre se rétablit dans toutes les provinces» et la duchesse crut pouvoir représenter au roi que, puisque les villes étaient soumises et les sqjets réduits à l'obéissanee, il n'étaii pas nécessaire que le duc d'Albe vint avec une armée pour semer la terreur dans une contrée d*oik le seul bruit de son arrivée faisait fuir des oûliiers dliabitants, k qui Texil semblait plus doux que le poids des chaînes que traînait après lui ce suppôt de la tyrannie (5). Mais
(1) U dochesse au roi, 3 mai 4567; Comtpondan» de Fkikpfe 11^ p. 551, n* 567. Snukùk, lib. VI, dec. 1.
(2) Mktkrbk, livre il, folio 50.
f^) l.a diichessp an roi. 17 juin; Cnrn'.sfiondfuwr, p. 516, n" ^96. La même à Monli^ny, 17 juin, n" o94. — Stkada, lib. rSI, dec. 1.
elle connaissait bien peu Philippe, pour croire qu*il renoncerait
à un projet qui flattait à la fois son ressentiment et ses iFisiincls de despotisme. Loin de céder aux représeniations de la gouvernante» U l'informa qu'il avait donné pour instructions au duc d*All>e de casser les privilèges, de faire remplir les charges de magistrature pai des officiers royaux, de construire des citadelles, de confisquer les biens, de lever des impôts, et de ne pardonner à aucun des coupables (1). La duchesse, saisie d'indignation à la lecture de ces ordres terribles, comprit alors quel était le système politique auquel elle s*était iucousirh'rément associée : elle écrivit aussitôt au roi que son iuieiuiou formelle était de renoncer dans le plus court délai possible au gouvernement des Pays-Bas, en ajoutant que le duc d*Albe était si odieux, qu'il MiUiiail à faire haïr toute la nation espagnole. Mais ces protestations tardives ne turent pas entendues à Madrid : le 8 août, le duc d*Âlbe arriva à Luxembourg, où l'attendaient le comte de Berlaymont et ce même Philippe de Noircarmes qui s'était ossavé au meurtre lors du siège de Valeucieunes, et qui avait hâte de connaître l'iiomine dont le nom et les forfaits forment la page la plus sanglante d'une histoire féconde en misères et en calamités.
Deux mois auparavant, le marquis de Berglies, auquel le roi avait refusé, ainsi qu'à Montigny, rautorisation de revenir aux Pays-Bas, descendait, frappé d'un mal Inconnu, dans la tombe, où Montigny ne devait pas tarder à le suivre. Fut-il, lui aussi, la victime de Philippe? Nul ne le sait (2), mais il est permis de douter que, sorti de l'Espagne, il eût échappé à i uojdaciïble proscription qui dévasta nos provinces; car, pour être coupable aux yeux du duc d'Âlbe, il lui suffisait d'avoir osé, quoique bien timidement encore, élever la voix en faveur de son pays.
(1) lieltra de la duchesse an lol, 13 juillet 1K67, p. Si^, d* 611. (3) Li Pim, t. III, livra IV, p. 140, dit qu'on tint pour certain que le marqais de Bergbes fut empoisonné.
aiAl ITRE VI
LE DUC PALBE
Il y a dans Tliistoire des époques néfastes que Ton n'aborde qu'avec borreur, et qui ne retracent à rimagination épouvantée que des tableaux de deuil et de désespoir. Tous les peuples gardent dans leurs annales le funèbre souvenir des souffrances par lesquelles ils durent expier le crime d'avoir osé chercher la liberté; mais, parmi tous leurs oppresseurs, il n'en est point dont le nom soit plus tristement célèbre que celui du duc d*Albe, ce soldat qui s'abaissa jusqu'à devenir un bourreau. 11 n'est pas de spectacle plus repoussaiil que celui de Tadminislration de cet bomme exécrable « foullant arrogamment aux pieds nos libertés et franchises anciennes, et tout ce qu'il y avoit en nous restant de la splendeur de nos ancêtres (1) ; » mais il l^ut savoir vaincre cette répugnance, car le récit de nos malheurs offre un ensei-
(4) Apoiogie du prince d£ùrang$, page 83.
RÉVOLUTION DU XW SlhXLE
gnement utile. D'ailleurs, si c'est un devoir sacré de payer aux grands hommes ud juste tribut de reconuaissauce, c'en est un aussi, et non moins inviolable, d'assurer aux grands criminels la popularité de leur infamie.
Ferdinand Alvarès de Tolède, duc d'Alhe, avait depuis longtemps lait ses preuves dans l'art de la guerre et s'était acquis la réputation d*an des plus redoutables capitaines de son siècle (i). Les longues luttes qui avaient marqué tout le règne de Charles- Quinl cl auxquelles il avait pris une part bi illauic, l'as aient initié à tous les secrets de la lactique militaire; aussi, lorsque Philippe, à peine monté sur le trône, eut déclaré la guerre au pape Paul IV qui s'était ligué contre lui avec le roi de France Henri II, ce ftit au duc d'Âlbe qu'il confia le commandement de ses iroupes en Italie, et le clioix qu'il avait fait fut ratifié par d'éclatants succès. Mais dès lors le duc d'Albe laissa percer les barbares instincts dont l'avait si richement doté la nature : à la prise de Ft'assinetto, petite ville située sur le PA, il fit pendre le gouverneur de la place, oi donna de passer au fil de l'épée les soldats italiens et d'attacher les Français à la chaîne des galères pour inspirer la terreur àses ennemis par cette froide cruauté (â). Un tel lieutenant devait plaire à Philippe ; aussi le duc d'Albe fut bientôt en faveur dans le conseil : ce fut lui que le roi d(''signa pour le représenter aux célèbres conférences de Bayonne, où s'était rendue de son cdté Catherine de Médicis, et dans les-
(1) (( C'esloit, dit Meleren, un homme de gramie stature, maigre, droicl cl )} long de visage, nyaiit les yciix enfoncés, la mine rude et sévère, le cœur » grand et hautain, Lien e\p»M'imcuié ès simulations de cour; avoit de bons »> dons de nature, bon entendement et grande expericnpe. Il n'esloil ni avari- )> cieux, ni libéral, mai* fort magnifiqiif» snnji ! m ii\ en sa mayson. Il esloil » haï et envié de tout le nîonde en gênerai, pour ce qu'il estoit trop rude. » rigoureux et orgueilleux envers ses moindres et ^ulx, faisant trop esiai » de so)-nu!iue. )>
(2) SisMORDB DE Sisxoudi, tome XJ, page 44. -- Db Thou, livre XV, page 532.
quelles le duc d'Âlbd conseilla à la reine mère d*user de la plus graDde rigueur envers les ehe& du parti huguenot, disant que dix mille grenouilles ne valaient pas la tête d'un saumon (f ).
Dioiiiincqui douiiait tie semblables conseils était bien celui qu'il fallait au monarque; le serviteur était digne du maître : à peine investi du gouvernement, le duc se révéla tout entier par us premiers aetes. Hautain et superbe jusqu'à llnsolenee, impitoyable par caractère, incapable de clémence et de générosité, il mit toute sa gloire à être Texécuteur des hautes-œuvres de Piûlippe, dont il mérita de partager Topprobre et le déshonneur.
Le duc d*Âlbe avait amené dans nos provinces une armée formidable, non pas Uini par le nombre que [)ar l'austère discipline des troupes qui la composaient (2). Ces vieux soldats de Charles- Quint, rompus aux périls et à la fatigue, avaient à leur téte des chefs expérimentés; guidés par l'espoir d'uh fiicile butin, ils attendaient avec impatience Toccasion de satisfaire leur rapacité et de recommencer ces pillages qui b's avaient auuclois rendus si odieuxàlauatiou; aussi, lorsqu'ils virent, à leur arrivée, le pays tx^nquille et pacifié, ils laissèrent éclater leur mécontentement et < dcMmèrent au diable » celui qui leur avait Ciit quitter ritalie (ô). Telles étaient leurs disposiuuus, lorsque le duc entra
( l ) D K TiioL , I ivre XXXVII. ^ s'AuBieiiâ, livr« IV, cbap. ^. — MiziSAi,
(orne m, page "21 "2.
(i) Voici quelle en dtait l;i composilion : 5,000 tiommes de pied, Espai^nnls, qu'Alfonso d'riloa vennit de lirer des garnisons du royauiutj de A'aples; ie réginient de Mihiii, fort de hommes, sou? les ordres de Sanche de Lodrono ; l,<iO() Skilieiis, commandés par Juliaa liouero, el pareil nombre d'Espagnols, qui obéissaieiil à Gonzalvede Bracamonte; plu-; (jiKUre brigades de nouveaux soldais. La cavalerie se composait de 1,200 li inîiit's, commandés par Ferdinand de Tolède, (ils naturel du duc et grand pi 'ieur de Casliiie. Au nombre des chefs de l'armée se IrouvaiciU aussi Chiappino Vilelii, marquis de Celone, ujaréclial de camp; Serbelloni, général de rartiilerie; don César d'Avalos, don Beniardino du Meudoça, gentilshommes de la chambre de Philippe; Christophe Mondragone ; Sanche d'Avila, gouverneur de Pavie,elc.
(3) LetU'e d'Aloozo de Laioo, secrétaire du comle de Homes, au baron
RÉVOLUTION DU JLVV Sl&CLB
le août à Bruxelles, suivi du régiment de Sicile. 11 se rendit au paiais de la gouveroante» qui le reçut avec sévérité et qui ne fit pas même un pas pour 8*avaiicer à sa rencontre (1). Le duc
lui remit les pouvoirs qui hii avaient été conférés par le roi et par lesquels il était autorisé, comme on Ta vu précède m ment, à cbàtier les prétendus coupables, à bâtir des citadelles, k casser les gouverneurs de province, en un mot à se saisir de la direction sui)rèmc des affaires du pays. Marguerite, dissimulant son resscntimeut, demanda au duc d'Albe s'il n'avait pas d'autres instructions à lui communiquer; il répondit qu'en effet, il y avait encore quelques autres points que le roi lui avait recommandés, mais qu'il ne pourrait en instruire la (i^ouvernante que lorsque le temps serait venu (2). Célaii faire à Marguerite une insulte à laquelle elle se montra sensible. Le ^9 août, elle écrivit au roi pour obtenir sa démission immédiate d'une charge dont elle n*avait plus que le titre, en se plaignant amèrement de ce qu'on la mît en parangon avec le duc d'Albe, qui seul possédait toute l'autorité, tandis que sa volonté était mécouuue (5j. £lle renouvela ses instances dans une autre lettre du 8 septembre suivant, en rappelant que pendant neuf années elle n'avait cessé de com-
ée Monti^oy» 17 août 1507 ; Corre^ndance d$ PhiUppe 11^ tome l, p. 503,
(1) Lettre du conUidor Mendivil aa roi, 39 août 1567 ; Correspondance
de Philippe II, page 567, n» 631.
(2) Haracs, Annales ducum Brabantiœ, tome III, page 79, dit que le
roi avait donné au duc d'Albe plein pouvoir pour tout ce qui se rapportait 5 la guerre et aux matières de religion. II ajoute : « ... tàm ad appreliendas personas cujuscuniqiie qualitatis, quàm ad easdem castigandas, vel in gratiam recipiendas, cum facultale privaiuli ofiiciis et bonis, vel gratiam faciendi, uti dp patrimonio regio. Ad hoc epistolam Parmensi All>anus tradit propria régis manu scriptnm, qii'i declaral)at rex , jussisse se Albano certa negolia, qua loco ipmiini c Parinrn'^i npcrirel. Ubi cum Parmensis interrogarel quiBoani ea e-Hiit negoiia, respondil Ali)anus, non salis nunc s!^ eorum recprdari ; postcn plenius occurrissent, se ea Parmensi dedaraturum. w (5) Lettre de la dacbesee aa roi, 29 aoiît 1567 ; Correspondance^ p. 567,
il»
pronetlre sa flantë et sa rie poar le service da roi. Une eataa»
Iroplie inattendue vint encore ajouter à l'amertume de ses décepiions et lui faire mieux conuaitre i Uoiume que Philippe* lui donnait pour sacœsseur.
Depuis longtemps la perte des comtes d'Egmont et de Homei était résolue; le roi, qui les re|?ardait comme les fauteurs et les comj)lices de tous les prétendus < ruin .s qu'il voulait punir^ les avait désignés au duc d'Albe avant son dépait de l'Espagne eomme devant être frappés les premiers. Cétait là sans nul doute l'un de ces points secrets que le due avait reAisë de révéler à Marguerite, parce que le moment n*ëtait pas encore arrivé d'exécuter ses projets ; mais le 9 septembre, après avoir assuré le succès de ses desseins par des précautions perfides, il convoqua le conseil d^tat, sous prétexte d'examiner les plans des fortitications de Tliionviile et de Luxemhourir. D'Egmont et de Homes se rendiieot, comme les autres membres du conseil, à rh6tel de Culemlwurg où le duc s'était logé» et» au sortir de la séance, d'Egmont fut arrêté par Sancho d'Avila, capitaine des gardes, pendant que Jérôme Satinas, châtelain de Port-Hercule, faisait de Homes prisoumcr. Ces arrestations furent immédiatement suivies de celles de iean Kat&embroot, seigneur de Backerzeele, secrétaire du eomte d'Egmont, d'Alonzo de Laloo, secrétaire dueomte de Homes, et d'Antoine Van Straelen, bourgmestre d'Anvers, l'un des pins dévoués partisans du i»i ince d'Orange (1).
Ces actes arbitraires jetèreut la consternation et la terreur dans tout le pays. La ducbesse de Parme, qui n'avait été informée des mesures prises par le duc d'Albe que par la rumeur 'publique, s'en montra vivement offensée et ne elierclia i)as à cacher l'indignation que lui inspirait uue semblable couduite.
(!) Lettre du ducd'Aîl)e an roi, 9 septembre 1867; Correspondance de rhil'ppe n, page 572, n<> 657. Relatioa de rarreslalion des eomles d'Egmont et de Horoes, n" 638. — Uisioire des guerres de Flandre^ psr doo Bia* itmiiro M MiHDOçA, Kvro II, folio âS.
RÉVOLimON DU XVI* SIÈCLE
Mais le dtt€ d'Albe a*éta!t pas bomme à se laisser émouvoir par
la réprobation qne faisait naître sa politique ; il prit an contraire à tâche de la braver, en instituant un nouveau trihiiiial auriuel il donna le nom de conseil des troubles et que le peuple flétrit aussitôt de réuergique appellatiou de conseil de sang (1). Ce tribunal indigne, dont les juges, nommés par le due, cons^ tirent à n'être dans ses mains que des instnimonts de meurtre, n*eut d*autre but que de donner une apparence de légalité aux iniques condamnations prononcées par lelieutenant de Philippe 11. Créé au mépris de tontes les constitutions nationales, et sans que le d'Albe eût même cru devoir demander à ce sujet aucune lettre patente du roi, il fut dès Torigine, comme l'a fait remarquer un historien célèbre, un véritable club révolutionnaire sans existence légale, une sorte 4e comité de salut public destiné à organiser la terreur au profit du despotisme espagnol. On livra, dès le début, au ( oiiseil de sang, comme coupables de crimes de trahison, tous les habitants du pays convaincus ou soupçonnés d'avoir coopéré, soit de fidt, soit d'abstention, à hi présentation de la requête reçue par la gouvernante; d'avoir hit circuler ou signer des pétitions contre les nouveaux évêchés, l'inquisition ou les édits royaux; d'avoir toléré les prêches |)iil)lics ; de n'avoir point opposé de résistance aux prêches en plein champ et aux briseurs d'images ; d'avoir déclaré que le roi n'avait pas le droit de dépouiller les provinces de leurs libertés, et d'avoir soutenu que le conseil fut astreint à respecter aucune coutume ou charte. Plus tard, on eut recours à un procédé plus expéditif encore : le 16 février IS68, une sentence du saint-office condamna à mort, comme hérétiques, tous les habitants des Pays-Bas (â).
(1) JoARini BàwrmM tm Tiaan, Commenlmia de iumuUihu Belffidt sid temporiSf llb. iV (tome iV, page 141 des Awàeeta Bdgiea de Hotugk
(3) Boi, t. IV, p. 3S6; Heorr, t. IV, p. 18$; Mmuii, p. iO.
in
Toat cet appareil judielaire n'était en réalité qa'tan éclatant
déni de justice, une violation audacieuse de tous les privilèges, puisqu'il enlevait les citoyens à leur juiidiction naturelle et que ses attrilHitions le plaçaient même au-dessus des conseils souverains du pays. Le duc d'Albe se réserva, avec la présidence, le droit exclusif de jti^^er les accusés, n'accordant aux antres conseillers que voix coiiMiltative ; il ehoisit jn/ui vice-prt'sident du conseil un Espagnol, nommé Juan de Vargas, homme grossier et stnpide, chez qui Flporance le disputait à la férocité. Berlaymont, qui jusque-là avait su garder son blason pur de toute souillure, n'eut pas honte de consentir aussi à faire partie du conseil, et son nom figura à côte de ceux de Vargas et de Philippe de Noircarmes sur la liste des sicaires choisis par le duc d'Albe pour sanctionner ses attentats (i ) .
Après avoir, au mépris des constitutions de Toidre de la Toison d'or, fait transférer au château de Gand les comtes d*Egmont et de Homes (S2 septembre), le duc d'Albe fit décréter (9 octobre) par le conseil des troubles que tous les biens du prince d'Orange seraient séquestrés (2), en attendant qu'un jugement rendu contre le prince lui-même prononçât leur confiscation définitive. Pendant qu'il exécutait ainsi fidèlement les ordres que lui avait donnés Philippe, celui-ci faisait jeter le baron de Montigny dans la tour de Ségovie (20 septembre) et chargeait Ruy Gomcz d'informer Marguerite de Parme (ju'il lui accordait son congé (S). La duchesse, à qui le séjour des Pays-
(1) Lettre du dne d'Albe an roi, 10 septembre ilt6t ; Correspondance de PkOippe U, page 574, d* 640. — Les antres membres do conseil élaient, outre Vargas, Berlaymont el Noircarmes, Adrien Niooiaî, cbancelier de Gueidre ; Jacqaes Harteosen, président dn eonseil de Flandre ; Pierre Arset, président dn eonseil d'Artois; le doctenr Louis Del Rio; Jacques Hesgeto ; Jacques de Blasere, conseiller de Uallnes ; le conseiller Belin fiiese ; l'avocat flscal Du Bois et l'Espagnol Geronimo de Roda,
(2) Lettre du duc d'Albe au roi, 0 octobre iS67, p. 583, n« 060.
<3) Lettre du roi au due d*A]be, 16 octobre IS67; Correspondance,
491 RÉTOLUnOH DU XVI* SIÈCLE
Bas était devena insupportable depuis Tarrivée du duc d*Âlbe, reçut atec joie la dépêche qui lui rendait la liberté ; après avoir
une dernière fois recommande au loi d'user de clémence et de miséricorde envers ses sujets (1), elle partit pour riLalie à la ûn du mois de décembre 1867, emportant Taffection et les regrets d'un 1)011 pie désormais livré sans défense aux flirears d*un soldat
A peine, en effet, eut-elle quitté le pays, que le duc d'Aibe, perdant toute retenue, fit sommer le prince d'Orange, son Mre " Loub de Nassau et les seigneurs qui avaient suivi leur exemple,
de se présenter devant le conseil des troubles pour y être jugés. Guillaume invoqua les privilèges de l'ordre de la Toison d'or, qui attribuaient aux cbevaliers le droit de n'être jugés que par leurs frères, mais ce Ait en vain : le duc, en vertu des instructions qu i lui avaient été données de vive voix par le monarque et qui lui (uiciit conlirmées plus tard par écrit (2), fit procéder par contumace contre le prince et ses compagnons, qu'il condamna tous à la peine capitale ainsi qu'à la confiscation de leurs biens. De il ordonna à Yargas, malgré les privilèges de l'université de Louvam, de s'emparer du comte de Bureu, lils du prince d'Orange, à peine âgé de treize ans, assouvissant ainsi sur un
page 587, 666. Ray Gomes à Mtrgiierite, 6 octobre 1867, page 585, n« 658.
(1) <( Je supplie Voire Majesté de considérer que pins les rois sont grands, » ei plus ils approchent de Dieu, plus aussi ils doivent être imitateurs de It » bonté et de la démence divines ; que tous les princes quelconques qui ont 1» régné sur ces pays se sont toujours contentés de cbâlier les chefe des sédin tions ; quMIs pardonnaient au reste de la multitude, en disant que le repentir » qu'elle témoignait de ses fautes leur suffisait. » La duchesse au roi, âS novembre 1567; ConespondanUf page 611, n* 701.
(2) K. leure du duc d'Âlbe au roi, 9 octobre 1567, page 583; n* 660, lettre du roi au duc d'Albe, SO décembre 1567, page 61â, 704 ; pouvoirs donnés par Philippe an duc d'Albe à reffet de procéder contre tous ceux qui avalent prb part aux troubles, et même contre les chevaliers de la Toison d'or, sans égard aux constitutions dudit ordre; 15 avril 1567.
(aible enfaat la Uaine qu'il avait couçue contre le père (1). 11 ue s*arréta pas là : non content de remettre en vigueur tous les édits de rinquisition et d'envoyer chaque jour au supplice des
victimes inoffensives, il fit raser de fond en eomble l'hôtel de Culeiiibouig, où les gueux s étaient rasscuibies après avoir remis leur requête à Marguerite. Une pompeuse inscription (2)» gravée sur une colonne que l'on éleva au lieu même où llidtel était bâti, témoigna de rorgueil insensé de ce ptierrier fanatique, qui mettait la destruction et le meurtre au nombre de ses exploits.
Alors les proscriptions recommencèrent de toutes parts et prirent un caractère plus atroce que jamais : on vit des citoyens qui n'avaient assisté qu'une fois aux assemblées des réformés, et qui protestaient de leur dévouement à rÉprlise roiuamc, condamnés à être pendus ou noyés; ceux qui s'avouaient réformés, et qui refusaient d'abjurer leurs croyances, étaient appliqués à la torture, puis écartelés en place publique; enfin, quand leur vie s'était éteinte au uulieu des supplices, on jetait leurs corps aux bûchers (3). Du fond de sa retraite, le prince d'Orange entendit les gémissements de la patrie opprimée; n'écoutant qu'une
(1) C'élail Granvelle qui avait suggéré au roi cette idée que le duc d*Aibe s'empressa d'adopter. V. lettre du duc d'Aibe, 18 décembre 1507 j Corret^
pondanee, page 611, n" 701.
(2) Régnante Philippo II, Cathol. Hispan. Rcge, in liis suis ioferioris Germariia' regionibus gubernantc vero ejus noniiiie Fcrdinandu Alvarcs de Tolodo, Alva duce, etc. Fioreiilis de Pallaul comilis Culembiirg, quundam doniuni solo a'(iuari saiicilum est, ob exccraiidani memoriam repeliî.'e in cfi coiijurutionis adversiis religionem Kccles. Cattiol. îtotn. regiaui majeslaiem etipsas regiones. Anno à salul. MDIAVHI, quinto kalend. Junii.
(3) C'est h lu suite de ces persécutions que s'organisèrent dans la Flandre occidentale les bandes do gueux sauvages ou gueux des bois < Ils se Ycn- )> geoyent sur les prestres cl moynes, quand Ils les pouvoyt ]if aifraper de )) nuit, prenniif fons Iturs biens, el leur coupant le nés et les iirt^'illes. » Ce fut en vain que, pur un placard du lt> jrînvi'-r 1^08, le duc d'Aibe reudil les paroi>«ii'ii.- iesponsables de la vie df b m s insteurs; il ne parvint pas à mettre un ternie aux terhliles veoseances des gueux des bois. {¥. MsTsusn, livre 111, folio 55.)
tu R&yOLUTlON DU SIÈCLE
généreuse iuUignatiOD, il reprit les armes, après sétre assuré de l'appui des princes protestants d'Allemagne et des huguenots français, et lança sur nos provinces les liataillons c[a*U avait
orpiiiscs. Li» commandement en était confié h Louis de Nassau. Ce priacc pénétra dans le p^ys par la Frise; laudis que le comte de Lumay, avec un autre corps de troupes, tentait une diversion dans le duchë de Gueldre, il s'avança rapidement jusqu'à Heyli* gerlée, à peu de distance de la ville de (ironingue. Le duc d Albe, instruit de son approche, envoya à sa renconlrc le duc d'Arenberg, avec trois régintents d'Allemands et d'Espagnols. Dans cette première bataille', livrée le 24 mai 1868, la fortune se ranj^^ea du côté de Louis de Nassau. D'Arenberj;, qui avait Je désavantage de la position, lut forcé de céder aux exigences de ses soldats, qaà voulurent absolument combattre, et qui s'embourbèrent misérablement dans les marécages dont ils étaient entourés. « Quant à lui, il combatit jusques à luy estre le cheval » lue soubz luy; et lors se trouvant h pied, sans pouvoir marcher, » tant pour la pesanteur de ses armes, comme pour estre fort 1 navré, s'appuya contre une porte d'un pré qui estoit sur le » chemin; là où survenans grand nombre d'ennemys, et luy » croissant le courage à mesure que 1 adversité luy survenoit, il » combatit avec le coutelas, moustrant autant de valeur comme » il avoit toujours feict, jusques à estre tué par lesditcz » rebelles (i). »
Lorsque la nouvelle de cet échec parvint au duc d Allie, li résolut, pour venger i'attront lait à ses armes, de marcher eu personne contre son redoutable ennemi ; mais, avant de quitter les provinces méridionales, il voulut les terrifier par un nouveau
crime, aliu qu'on ne doutât plus de sa délei aiiiiaiiun de tout oser pour parvenir à son but. Depuis huit mois, les comtes d'Ëgmonl et de Homes languissaient dans une pénible captivité; le duc
(1) Hisiuirc des guerres de Flandre, par duu B£iuiaiu»ino wt Mjuvaoça, livre 111, folio 46.
DANS LES PAYS-BAS li5
les eD tira pour les faire monter sur Técbafaud. Ud umulacr^ de procès instruit iNtfdevant le conseil des troubles, ne servit
qtfà prouver à tout le monde que ces deux infortunés étaient €0iJ(laiiHi(.'s U avance. Accusés d'avoir voulu ôler au roi la domination des Pays-Bas pour les partager ensuite avec le prince d*Oninge, d*avoir pris pari à la conspiration ourdie par les confédérés, de 8*étre déclarés leurs protecteurs, de ne s'être point opposés aux entreprises des ^imix et d'avoir accordé aux réformés la tolérance et la liberté des prêcbes (1), les deux comtes essayèrent en vain de désarmer des jugea sans conscience et sans honneur qui ne connaissaient d'autres lois que celles que leur dictait le duc d'Albc. Déclarés coupables de lèse-majesté, ils furent condamnés à ia peine capitale, et, le 4 juin, on les transféra de Gand à Bruxelles où l'exécution devait avoir lieu. Le lendemain, récbafaud s'élevait sur la place de l'Hôtel de Ville : ils y nionlèrent avec fermeté; d'Egmont livra le premier sa tête au bourreau, de Hornes le suivit de près. Leurs têtes, fichées au boni de pieux plantés à côté de Téciia^ud, restèrent pendant deux heures exposées aux regards d'un peuple immense qui venait rendre un dernier hommage de respect et de vénération à ceux qu'il s'était habitué à rej:çarder comme ses zélés défenseurs.
Ainsi se trouvèrent réalisées les prédictions du prince d'Orange; et c'est un bien grave siqet de méditations que le sort de ce comte d'Egmont à qui la gloire des armes et l'amour du peuple avaient ouvert une si brillante carrière, périssant par l'ordre du monarque qu'il avait préféré à sa patrie, condamne comme traître et coupable de lèse-nugesté après avoir tout sacrifié à un sentiment exagéré de ses devoirs envers l'autorité royale. Ce fïit un martyr sans doute, ums un uiartyr inintelligent et in\oloiii.ure, et s'il mourut pour la cause de la liberté, on peut dire qu'il avait compromis cette cause sacrée an lieu de la défendre. An reste,
(1) SiBAiiA, lib. VII, dee. h
ce double assassinat,. qui avait été précédé de Texécution de Katsembroot» de Van Stiaelen et de dix-huit autres gentilshommes parmi lesquels se trouTaîent les deux comtes de Battembourg, fut inutile au duc d'AIbe comme à l'Espagne et ne servit qu*à creuser plus profondément Tabîme qui séparait un peuple de ses oj[q[>resseur8.
Profitant de la consternation que ses forfaits avaient répandue dans le pays, le duc d'AIbe se dirigea avec son armée vers la Frise pour en chasser Louis de Nassau. 11 l'atteignit près du village de Gemminghen, où il remporta sur lui une victoire qui répara amplement la défaite d*Heyligerlëe (i). Sept mille hommes de l'armée du comte Louis restèrent sur le cbarap de bataille, et le comte lui-même ne dut son saiut qu'à ia fuite (^5 juillet). Les soldats espagnols, voulant tout à la fois célébrer leur triomphe et venger la mort du duc d*Arenberg« mirent le feu à un grand nombre de villages de la Frise qu'ils désolèrent par leurs sanglantes dévastations (2); puis ils revinrent dans les provinces méridionales, où le prince d'Orange les attendait avec vingt mille hommes d'inianterie et neuf mille cavaliers (3). Cette fois le duc d'AIbe, changeant de tactique, se borna à surveiller les mouvements de son adversaire, qui avait passé le lUiiu et la Meuse avec une habileté, une promptitude incroyables, et refusa obstinément d'engager une action décisive» espérant ainsi décourager les troupes ennemies qui, mal payées et fetiguées de leurs manœuvres inutiles, finiraient par se débander. LV vénement ne • tarda pas à jusiitier ses prévisions : le prince d'Urange, après avoir en vain essayé de forcer le général espagnol à combattre,
({) Histoire des guenes de FtandrCf par don Bernari)i?jo a* Minnoçà, livre m, folio 73. L'aoteur assista en pei^oone à celte bataille.
(2) Strada, de Belio Belpco, Mb. VII, dec. I.
(3) Le prince avnil entamé avec Coligny des négociations à TetTel d'obtenir nne entière liberté de conscience en France et dans les Pays-Bas. V. dans les Archives de la maison d'Orange, lomt II f , page 283, n** GCCXXI, uo projet d'alliance qui se rapporte à ces uégocialious.
DANS LES l'AYS-BAS
se vit forcé de licencier son armée pour repasser en Allemagne, sans avoir recueilli le fruit de sa constance et de son courage (1).
L'iieureuse issue de cette campagne mit le comble à la renommée militaire et à la vanité du dac d'Âlbe : comblé d*éloges et de bénédictions par le pape Pie V, qui loi avait Bwnufé me toqoe et une épée enrichies de pierres préci<Mises, en lui exprimant toute la joie qu'il resseutalt de voir Tautontë de la religion et dn roi se rétablippar ses soins, il poussa la démence jusqu'à se décerner les honneurs du triomphe, en se iSdsant ériger, au milieu de la citadelle U Anvers, une statue, « monument de sa tyrauiue, lesmoignage de son orgueil {^). » Le bronze pris à Gemminghen servit à cette statue, qui représentait le duc foulant aux pieds les rebelles et insultant an malheur de ceux qu'il avait terrasses (3). Lue insolente inscription, gravée sur le piédestal
(1) Quelque temps auparavant (iG juHlet 1668), Philippe amUiiiromié le due d'AUie de h mort de l'infant don Carioe. « Il a fkict, disait le roi, une i> iio Uint ehrelUenne, et aveeqoe telle repenlanee et eonlriUon, qae ee m'a » esté beioeoDp de eonsoiatfon et d'aUégeinent en ce travail. 9 {Àrcbim de la maison éTOrange, supplément, page 84.) Il est permis de douter que Philippe eût besoin de consolations i ce snjec qutnd on se rappelle que, malgré les prières de pinsieors soaverains de l'Europe, il retint son fils dans «ne dure captivité pendant plus de six mots^ et que l'infortuné don Carlos mourut de la manière ta plus étiufe, la plus mystérieuse, dans la prison oA son père Tavilt bit jeter. SnAnA luî-méme, l'intrépide panégyriste de Philippe et dn duc d'Albe, n'ose pas affirmer que la mort de don Carlos ne Ait pas violente (lib. VII, dee. 1). MntnnAi (tome IH, page 281) ; SvliiT, dans ses Mémoira; Brautomu (vt^ de PhiUppe /i), sont moins réservés : ils accusent hautement le roi d'un horrible assassinat. Smoimi m StsxoKii (tome XI) partage cet avis et cite à l'appui l'assertion de ni Tioo (livre XLIII, page 68), de n'Aroieiia (li^n V, cbap. 26, page 537); de TATimms, etc. V. aussi Hoeo Gnonos Oib. XI, psge 30) et M nriniif (livre III, folio 56).
(i) Apotûffiô du prince dùrange, page 83.
(^ « Nec non Albanus tant! vanitate ob fodioes sucoessus elatus est, ut ipsi sibi, qood nollus fonan unquàm anteà, stttuam ex »re, variis figuris, alqne enigmaUbus crimen Belgarom cKprimenUbos, œnllalain, ad perpetuaro rei memoriam, pnblieè in medîo ircls Antwerpiensis erexerit. » {Cammentam de Tabbib, liv. I, page 141.)
du monument, énuméraitles titres de gloire du ministre, en rappelant le restaurateur de la religion, le soutien de la justice et le fondateur de la paix du pays (1) !
£nivré par les hommages qu'il se rendait à lui-même, le due pensa que le moment était favorable pour mettre à déeution les idées qu'il avait depuis longtemps en matière d'impôts et pour achever la ruine des Pays-Bas en tarissant les sources de leur prospérité. L'établissement des impôts du 10*^, du âû""* et du I00*« denier restera comme une des plus effroyables conceptions qu'ait jamais pu su^^^jërer le génie de la fiscalité et du despotisme. Le centième denier était une contribution extraordinaire, exigible pour une fois seulement, et qui attribuait au trésor le centième de la valeur de tous les biens, meubles et Immeubles. Les impôts du dixième et du vingtième étaient bien autrement onéreux : chaque fois que s'opérait la vente d'un objet mobilier ou immobilier, ou devait payer au prince le dixième ou le vingtième de la valeur de Tobjet vendu. Cétait l'extinction, du commeree et de l'industrie, en même temps qu'un dernier coup porté aux privilèges des états des provinces, auxquels on enlevait le droit de voter les impôts, leur plus efficace garantie contre l'absolutisme des souverains. Le conseil d'État, assemblé par le duc d'Albe pmir délibérer sur ce projet, ftit d'avis qu'il fallait renoncer à l'impôt du dixième denier, dont la perception serait presque impossible et occasionnerait d'inextricables embarras (2). Il était £icile de comprendre que rien ne pouvait être plus ftineste aux transactions commerciales. L'augmentation
(1) FerdiDando Aivans à Toledo, Albac duci, Philippî II, Hispnnîanim régis, apad Belgâs prsfecto ; quod extinctà sediUooe, rebeliibus pubis, reJigione procuratâ, justiiiâ ciritft, proviociis pieem finnaveril, regis oplimi ministre fidelissimo posîtum.
(2) Viglii ab Aylta Zuichemi Commentarius rerum actarum tempore ducis Albanœ super novâ impodlione au vectigaU decimi denarii rerum vendUanm (tome I, page 388 des Anaketa B^gica de Hotrce vas FirBii- OMCirr).
inunëdiate de tontes les denrées et rinterniption du commerce
avec les nations voisines étaient les moins fâcheux résultats de ce désastreux impôt, car il devait nécessairement arriver dans l)leii des cas qae la taxe du dixième, per^e sur toutes les ventes successives d*un même objet passant entre des mains diverses avant d'être livré à la consommation, Imirait par on absorber presque toute la valeur (1). En outre, comme le firent trèssensément observer plusieurs membres du conseil d'État, et VigUus entre autres, des impi^ts aussi exorbitants que ceux-là ne manqueraient pas de donner carrière à la fraude et de rendre par conséquent inévitables d'énormes frais de perception. Quelque fondées que fussent ces observations, le duc d*Albe, se croyant sûr de l'approbation de son maître, s'obstina, et prétendit qu'il n*y avait rien de plus juste que ce qu*il proposait; que de semblables impôts existaient dans sa ville d'Albe, et qu'il en retirait annuellement quaiaute à cinquante mille ducats. Ce n'était là qu'un argument ridicule, car nos ricbes provinces pouvaient-elles être comparées à un coin ignoré de l'Espagne, dépourvu de commerce, d iiulu-sirie et de . ces relations qui laisaieut uoirc prospérité? Il exigea donc des états l'établissement des institutions nouvelles, mais ils opposèrent la plus vive résistance à des édita qui les dépouillaient de leur plus belle préroj^^ative ; ils consentirent cependant sans trop de difficultés à accorder pour une fois le centième denier (â), mais il n'en fut pas de môme en ce qui concernait le dixième, et, pour s'en libérer, ils offrirent de payer une somme de deux millions de florins. Prières, menaces, le duc mit tout en œuvre pour les amener à céder à ses volontés ; il essaya même d'obtenir par la ruse le consentement de quelques provinces. Par son ordre, Berlaymont et Noircarmes engagèrent secrètement les états du Hainaut, de l'Artois et de Namur à voter le dixième
(I) METKBEn, livre IV, folio 69.
(») MiTBBBn, livre IV, folio 70.
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denier, en leur prometttant < qu'ils n*en seroient pas chargés et
» que c'esloit seulement pour entraîner les autres (1). » A cette condition, les étals de ces provinces tirent ce qui leur était demandé, et le duc, qui tenait depuis longtemps en réserve une amnistie accordée par Philippe à tous ceux qui avaient pfis part aux troubles, crut y trouver un moyen d'amener le peuple à se soumettre aux sacrifices qu'il réclamait de lui : il la publia donc pompeusement à Anvers te 16 juin 1570. Mais les innombrables ^ restrictions dont cette amnistie était pleine la rendaient tout à fidt illusoire': le roi en exceptait les ministres réformés^ ceux ' . qui les avaient reçus ou logés en leurs maisons, les iconoclastes, les signataires du conii)romi8 et de la requête des nobles, tous ceux qui avaient pris les armes avec les rebelles, tous les magistrats, gouverneurs, etc., qui auraient négligé de punir les transgresseurs, enfin tous ceux (\[\\ .idtiéraient en quelque laçon que ce fût aux hérétiques il était facile de voir que ce n'était qu'un nouveau leurre, et l'exaspération qu'avaient soulevée les nouveaux imp6ts s'accrut de l'indignation que l'on éprouvait d'avoir été encore une fois trompé. Le duc n'en persista pas moins dans ses projets; au commencement de Tannée 1571, il renouvela les édita par lesquels ilavait précédemment ordonné la perception du dixième et du vingtième denier. En vain les états lui représentèrent que les émigrations recommençaient déjà et que la ruine du pays était imminente; en vain Viglius lui-même, dont ie dévouement au roi ne pouvait être suspect, déclarart^il que l'impôt du dixième était odieux au peuple et que vouloir rexiger était aussi impossible que de lutter contre le
(1) « ... Apad alios suitos, ni Hannooios, Arlesfeoses, ae Namnrcenses, qoXhm taie aliqoid objid non poterat, per Berlaymoniium ac Noircarmium Uandiùs agit, pfomisitqae liueris ad lioc ad dietum Noirearmlam seriptis, ne se difficiles in consenliendo praeberent; neque enim làm wpnBlendereexeaotionem decimi denarii, qoàm observanliam obedieniiamque ob repntationem RegiiB Majestati&cum requirero. n {VigUi Commeniatius, p. ^93.)
(S) Mit iaiH, livre III, folio 65.
courant du fleuve (1) : le duc s'emporta jusqu'à menaeer grossièrement le fidèle conseiller de le dénoncer à la veBgeance de Philippe (2). € Alors il n*y eot plus ni ménagement ni retenue
» dans les provinces; lesecclésiastiqia s uiêmes y mêlèrent la con- » science, cl un jésuite de Courtray refusa ouvertement l'absolu- » tion au collecteur du dixième (5). » Cliaque jour naissaient de nouvelles difficultés; de toutes parts les protestations se multipliaient, et les états, puisant dans l'excès de la niisèi e publique uu courage qui ne leur était pas habituel, trompèrent la surveillance du duc d*Albe en enyoyant à Madrid des députés clutrgés de supplier le roi de renoncer à la perception du dixième et du vingtième denier. Cette démarche fournit un nouvel aliment à la colère du duc, qui, furieux de ce que l'on osât résister à ses volontés, eut de nouveau recours aux supplices. Les brasseurs et les bouchers de Bruxelles avaient positivement refusé d'exercer plus longtemps leur industrie, disant quMls aimaient mieux mourir que de payer l'impôt : le duc fit élever dix-sept potences eu tace des maisons de ceux qui s'étaient le plus (ait remarquer
(1) « ... Pr»se8(VigIius) dicebat, jàm anteà ÎDDOlaisseqiiàm odiosa cuncto popaio foret deeimî denarii ezaclio, vo\ autem popuH vox Doi : undè sspè dixeral : illam velle eiigerCi non aliud esse quàm adverso flumine natare. » {Viglii Commenlarim, page 302.) — V. aussi ses lettres à Hoppenu» H» a, GXXill, CXXIV» GXLIII ; tome 11 des ÀMlecta Beigica de UontcK
TAN PlPEHDRECHT.
(2) Viglius s'est cliargé de nous conserver la réponse qu'il fit aux menaces du duc d'Âlbe ; la voici telle qu'elle est consignée à la page 508 de son Commentaire : « Respondil Pracses (Viglius) : ...ex juramento lencri in consilio ea dicere, quae conscicntia; suac scrvilioque Régis convenire sibi videnlur. Ilâ eum pricsente linperatore, Reginà, Rcge et aliis gubernatoribus fecisse, neque illos id rrirrA înlisso: nec nunc esse quod cano capili timeat, sperareqoe Kegcm alteram ipso aurenfi quoque pra^stilnrum. » Si Viglius n'en a pas imposp ;! l'hi'^tnire, on ne peul que regretter qu'il n'ait pas toujours montre le inéiiie courage.
(5) Dk Ne?» y, Mémoires historiques et politiques sur les Pays- bas autrichiens, tome 1, page 49.
RÉVOLUTION OU XVl^ SIÈCLE
par leur résistance; les Louii eaux étaient prêts (1), luisque la nouvelle de la prise de la Brielle par les gueux de mer, commandés par Guillaume de la Marck {% changea subitement la direcliOD des alfeires et arracha àunemortiné?itable les malheureux que le duc allait iiiiiiioler h son couriuux (1*"" avril 157:2).
Les hommes intrépides qui vcnaienl d'opérer cette heureuse diversion et de jeter les premières bases d'une nationalité puissante, étaient des exilés qui, d'abord réfugiés en Angleterre où la reine Élisabelh leur avait accordé un asile, avaient équipé de légers navires, avec rauLonsatioii du prince d'Orange qu'ils regardaient comme leur chef. Croisant dans la mer du Mord et dans la Manche, ils attaquaient les vaisseaux espagnols et disaient au commerce de cette nation un tort considérable. Le duc d'Albe avait d'abord allecté de les nR'})riser; mais ils s'étaient rendus si redoutables, qu'il avait formellement demandé à la reine d'Angleterre de les expulser de ses États. Élisabeth ne voulut pas rompre tout à fait avec la cour d'Espagne, quoiqu'elle saisît toutes les occasions de lui nuire et de favoriser ses ennemis : elle donna aux gueux de mer l'ordre de sortir des ports anglais. Privés de leur retraite, ces hardis corsaires firent voile vers les côtes de la Hollande et s'emparèrent à Fimproviste de la Brielle, qui devint ainsi le berceau de ia i epuLiiique des Provinces-Unies.
Ce ne M là que le prélude de succès plus importants : peu de temps après, la ville de Flessingue se révolta contre les Espagnols, les chassa, et les habitants, après avoir fait pendre le commandant Pedro Pacheco, qui était parent du duc d'Albe,
{{) Apologie du prince d'Orange^ page 87.
(2) Voici comment bi Tassis {Commentaire^ livre I, page 146) dépeint le comte de La Marck ; a Virom génère claram et qoaflivisseienlis mtUlaris radem, superbum tamen aiquc inquioti anhni, adqae boe civile beUuni admodikm propensiuD io vindicUiiii (vt lor^t) eonllit Egmonlanl, cujus erat alBnis. »
ehoisirent pour leur amiral un brave marin nommé Ëwout Pietenen Worat. Guid^ par lui, ils se joigniieni aux gueux de mer; leurs efforts concertés firent tomber entre leurs mains un grand
noiïibre de vaisseaux euaemis, et, entre autres, quatre navires de la flotte du duc de Medina-Celi que le roi venait d'envoyer aux Pays-Bas pour remplacer le duc d*Albe dans le fl[Ou* vememMt de nos provinces (1). Pour un instant, en effet, après l'échec éprouvé par Ife prince d Uiange, le duc, croyant avoir dompté ses ennemis, avait offert au roi sa démission; mais à rarrivée du due de Medina-Geli les cboses avaient chan|;é de face et la position était plus critique que jamais. I^Albe reftua donc de se dessaisir de l'auiorilé, et le duc de Medina-Ccli « voyant » Testât du pays autre qu'il ne s'estoit attendu, et que le duc » d*Albe ne vouloit point lui transporter le pouvoir qu'il n'enst » recouvrése8pertes,iîit6ttfin,à8areqtteste» excusé et déchargé » du gouvernement (2). »
Jamais encore, en réalité, la situation n'avait été plus alarmante pour l'Espagne qu'à cette époque. Toutes les villes de la Hollande, sauf Amsterdam et Hiddelbourg, se soumettaient aux gueux avec une elfhiyante rapidité; en outre, pendant que les héroïques dt leiiseurs de ces contrées conquéraient ainsi pied à pied le sol de la patrie, un adroit stratagème livrait Mons à Louis de Nassau (24 mai iK72), et préparait dans le midi le triomphe de la cause nationale. Entré dans la ville avec soixante arquebusiers et quatre-vingts chevaux pour toute escorte (5), le frère du prince d'Orange parvint, malgré l'opposition du inagistrat, à soulever les habitants contre la tyrannie espagnole ; il fit même ' entrer dans Mons un corps assez considérable de huguenots il aiiçais. Le duc d'Albe ii avait rien prévu de tout cela ; aussi,
(1) Gachard ; Correspondance de Philippe il, tome II, |). â03^ n*" 1055.
(2) METERE5, livre IV, folio 75.
(5) Hisiirire des guerres de Flandre, par don iisaNAïutiNo bb Mbnmça, livre V, folio 127.
RÊVOtUTlON DU XVI'' SIÈCLE
lorsqu'on lui annonça la pi ise de Mons, li iic put cûuteair les élans de sa colère et eonçut d'affireux projets de vengeance (pTiX ne tarda pas à mettre à exécution. Ce fut d*abord mts le Hainaut
(^n'il tourna retlbrt tle ses armes : il charjxea son fils, Frdderic de Tolède, di^ne héritier d'un nom abiiorré, dlnvestir la ville défendue par Louis de Nassau et d'en commencer le siège (i). Ce plan de campagne donnait aux révoltés du nord le temps de consolider ce qu'As avaient fondé, maïs la flireur du dnc ne le laissait pas maître de eaicah r les eoiKs* qiiences de sa eoiiduitc (2). 11 vint bientôt en personne rejoindre son ûls sous les murs de Mons; sa présence imprima une nouvelle activité aux travaux des assiégeants. La défaite essuyée près de Salnt-Ghislain par le baron de Genlis, que Colii^ny avait envoyé avec sept milie hommes au secours de Louis de Nassau, et qui fut lait prisonnier par Frédéric de Tolède, redoubla la confiance et l'ardeur des soldats espagnols. Tout espoir n'était pourtant pas perdu pour les défenseurs de la ville : cinq cents laniassins et cent cinquante chevaux échappés à la déroute de Genlis avaient réussi à pénétrer dans la place (3) ; d'un autre cété, le prince d'Orange, qui avait rassemblé en Allmagne une armée de dix-huit mille hommes, venait de passer encore une fois le llliin et la ^h^use, et, soumettant sur son passage Hurcuioudc, Tirlemont, Malines, Nivelles» Termonde et Audenarde, il s'avançait à marches forcées vers Mons pour contraindre le duc d*Albe à hi retraite on au combat. Mais le massacre de la Saitit-Barthélemy (99 août 1!S7S), en enlevant à Guillaume i appui des calvinistes français, jeta le découragement dans son armée et rendit au duc d'Aibe une par-
(1) Frédéric établit son quartier i^éiiérai à fabbaye de Déiian, et fil occuper par des arquebusiers le clieniiii des iiiuiilins d'Hyoo. (K.Bskrabuijio m Mkh- BoçA, livre VI, fol. t il, et 1G7.)
(2) r. tikTassis, ('utiniii iitaiir. livre I, page <57.
(ô) Lettre du prince d'Orange au comle Jean de Nassau, Kurenionde, b août i^l"!. Archives de la maison d'Orange, tome 111, page 471), CCCLXXXII.
tie (le ses avantages. Des feux de joie et des salves de mousqueterie (i) accueillirent dans le camp espagnol la nouvelle de cette boucberie bien faite anssi pour r^ooir le fanatisme sauvage
de Philippe; la satisfaction que ce monarque en éprouva fut, en effet, si vive, que le septembre suivant Saint-Goard, ambassadeur de France à Madrid, écrivit en ces termes à son maître : « La nouvelle des eveoemens du jour Saint^Bartbelemi est arri- « vée au roi catholique; il en a monstre contre sofi naturel et » coustume tant d'allegrie, qu'il la fait plus magnileste que de » toutes les bonnes adventures et fortunes qui lui vindrent » Jamais. De manière que je le flis trouver dimanche matin à » Saint-Hieronime, et estant arrivé auprès de luy, il se prist à • rire, et avec deiiionslration d'un extrême plaisir et conienie- » ment commença à louer Vostre Majesté (â). > Il n*apparte* naît qu'à Philippe II de fidre Véloge de Charles IX et de rire en pensant à la Saint-Bartbélemy.
Le j)rince d'Orange, forcé de renoncer à res|)oir de secourir la ville assiégée et ne pouvant réussir à faire sortir le duc d'Albe de ses retranchements, se retira vers les provinces septentrionales, après avoir licencié la plus grande partie de ses troupes (3) . Louis de Nassau, convaincu de l'inutilité d'une pliiN longue résistance, capitula à des conditions lionorablen : le ^1 septembre, le duc d*Albe entra dans Mous en vainqueur irrité. Son premier soin fut de suspendre ou de révoquer les franchises communales; puis il installa, sous la présidence de Pliili|)pe de Nolrcannes, une commission des troubles chargée de punir tous ceux que Ton soupçonnait d'avoir pris part aux derniers événements. Noircarmes prouva qu*il méritait toute la confiance du ducd'Âlbe:
(1) Stkava, lib. VII, dec. I, approuve tout naturellement la Saint- Barthélemy, qu'il appelle u uo digne supplice de celle (action insolente qui » se fiisait contre le roi. »
(2) Archives de la maison. d'Orange, suppiiMiiciit, pngc 155.
(3) Lettre du prince il Oraiige ù Jean de Na«sau ; Geel, sepienibro 1 .'i72. — Archives de la maison d'Orange, tome lU, p. 510, W CCCLXXXVIL
m RÉVOLUTION DU XVI* 81ÈGLB
« les actes de cet effroyable tribunal renseignent soixante-douze » condamnations dont soixante-neuf à mort, par le glaive, le
> fer ou la eordOt da 15 décembre au 27 août 1573,
> contre vingt-neuf numu&ctoriers de drap et de serge» et « quarante nobles, orfèvres, artisans et ouvriers. Leurs biens » furent confisqués et vendus, leurs veuves et leurs enfants » bannis des Pays-Bas. Lorsque Requesens remplaça le duc » d*Albe, il y avait encore dans les prisons de Hons soixante- » quinze détenus destinés à Técbalkud (1). »
Victorieux au midi, le duc d'Albe se pré|)araii à tourner ses armes contre la Hollande révoltée, lor$qu*une dépêche reçue de Madrid vint lui faire éprouver une cruelle mortification. Ébranlé par les sontcitatlons pressantes des députés des états, Philippe avait consenti, le 27 juin lo~r2, à Tabolitiou du dixième et du vingtième deaiei , et le 26 août, les états de Brabant, de Flandre, de Hainaut et d'Artois furent officiellement informés de la décision du souverain (2). Hais le due rdUsa de tenir compte des ordres de son maître, et n'en prétendit pas moins imposer aux provinces racceptation des impôts abolis. En réponse à cette folle prétention, les états de Hollande, réunis à Dordredit (octobre 1572), reconnurent le prince d*Orange comme gouver* neuf et lieutenant général du roi pour la Hollande, la Zélande, la West-Frise et le pays d'Utrecht (ô). Bien que l'autorité du monarque ne fût pas formellement méconnue par cet acte, ce n*en était pas moins un audacieux défi lancé au duc d*Albe, qui s'avança rapidement vers le nord en semant partout sur sa route le pillage, le meurtre et Tincendie. Malines subit la première
(4) Recherches sur le paupérisme en Hainaut, par Â. LAcmoiz, archiviste de la ville de Moos, page 29.
Ci) Mbtbkbiv, livre IV, folio 70. LeUre do rot ta dw d'Albe, Madrid, S9 jain Correspondance de Philippe II, lone II, page !^64,
(5) Gmir tar PKiiimiii, ÀrdUm de la maison ^Orange, lome IV, page 1.
les eiPets de sa rage : pendant trois Jours et trois nuits les
soldats espagnols s'y livrèrent aux plus horribles excès; leur brutalité, ne respectant ni le sexe ni Tâge, s'exerça même sur les choses sacrées, dont ils firent un infâme butin (1). De là Frédéric de Tolède se dirigea vers Zutphen» où se reproduisirent les scènes de carnage dont Malines avait été le théâtre. Puis vint le tour de Naarden, et dans cette malheureuse ville s'accomplirent des forfaits inouïs, dont le souvenir seul fait frissonner d'indignation et de dégoût. Après avoir promis la vie sanve aux habitants qui oiRraient de se soumettre, Frédérie fit rassembler tous les iiuiiiines sur une place et les fit tuer jusqu'au dernîrT à coups d'épée et d'arquebuse. Les femmes et même les liiles de douze et de treize ans furent livrées aux honteux plaisirs de ces vainqueurs atroces, qui, pour achever leur féte, mirent le feu à toutes les maisons (2). « Une femme, nommée Marguerite Nicolas, laquelle n'avoit été qu'un jour et une nuict en couciies, fust chassée sans chaussures et sans souliers hors de la ville, avec un enfant d*un jour et un d*un an et demy. Au village de Bussem, ils tuèrent une femme grosse, après en avoir fait leur plaisir, et hiy tirèrent l'enfant hors du eorps, prétendans qu'il pourroit encore vivre (o). » £*ar un dernier raflinement de har-
(1) « Tribus coDtimiis diebos te nœtibas in nlramqiie sexam, omnemqae conditionenii anUo noD Hltidiols ae soritis génère est gnssatnm : sacra proiànaque in pnodam versa, cùmqoe obvia, seris effraetîs, essent direpla, bosiines nt abdîUi defoasaqoe delegereot per immania (omenta detegere. » ILumra, Ànnalet dueum BrabatUiœ, tome ill, page 141. — Lettres CLXXXIV el CLXXXV de Yiwm i loaebim Hopperas ; tome II, page 713 et sais, des Ànaketa Belgica de Hotnge Vin pAViiniicHT. Le doe d*Âlbe an roi, Malines, 9 octobre 1S7S; Comtpondanee, tome II, page a* 1168.
(S) Histoire du guerret de Flandre par BinrAunio db Hiudoca, \an III, folio 188. Lettre dn dac d'Albe au roi, NImègue, 18 décembre 1873; Correspondanee, tome II, page 300, n* 1166. Le due se réjouit des masneres de Naarden et écrivil an roi qu'il les regardall comme one punition de Dieu.
(3) MnaiiN, livre IV, folio 88.
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barie, ito défendirent aux femmes d'ensevelir les cadavres deleors époux, et pendant viiii^t jours les eliiens et les oiseaux
de proie se disputèrent les lambeaux des victimes du duc d'Albe.
L'année espagnole arriva enfin sons les mors de Haarlem, qui s*était, comme presque toutes les autres villes de Hollande,
soumise à raulorité de Guillaume et où coiiiuiandait en son nom un vaillant capitaine, nommé Wibalt de Kiperda (décembre 1572). La place avait été récemment avitaillée et se trouvait en mesure de soutenir on long siège; Frédéric de Tolède la fit investir par ses troupes, mais il ne parvint cependant pas à empêolicr toute communicatiqu entre les assiégés et le prince d'Orange (i), qui soutenait leur courage en leur promettant d'épuiser tous les moyens pour venir à leur secours. Forts de cette promesse» les défenseurs de la cité mirent tout en usage pour résister aux ennemis; les femmes elles-mêmes, enflammces d'un saint zèle, voulurent partager les périls de leurs époux et se joignirent à eux sur la brèclie pour repousser les elTorts des assaillants. Les ruses les plus ingénieuses ftirent tour à tour employées pour prolonger cette lutte admirable à laquelle il ne manqua que la consécration du triomphe : tantôt des pigeons adroitement dressés portaient aux frères du dehors des billets qui les instruisaient de l'état de la ville; tantôt les Hollandais, sillonnant de leurs patins la vaste surface du lac de Haarlem, se dérobaient rapidement à la poursuite des £spagDols, et apportaient des vivres et des munitions à leurs compagnons assiégés (â). Déconcerté par une si longue résistance, Frédéric écrivit au duc
(1) Lettre de Goillame I WONtlt de Riperda; Mfl, 18 janvier 1575. ArdUtfesdelafnaiêon «fOnsn^ tome IV, page 47, a* CD.
(3) Beroardino de Meodo^a donne de iongs détails snr le si^ de Haarlem (Hvre VIII, folio 180), et tt déerit d'ane manière fort naïve et fort corieiae l'IubUeté des Hollandais à se servir du palin, ^U appelle sonlier delwis. « Lors, dit-U, U n'y a cheval qui coure plus vistemeot qu'ils font, lenr » vitesse est si grande qu'ils volent, n
(lAlbe, alors retenu par la goutte à Bruxelles, que sou iuteutiou était de lever le sii^e ; le due fax tellement irrité de ce message, quil envoya don Bemardtno de Mendoça, l*an de ses officiers,
dire à son flls qu'il ferait venir d'Espa^qie la diicliesse d'Albe pour cojQtiuuer le siège de Baarlem (1). Frédéric de Tolède, humilié par la réponse de son père, reprit avec ardeur les travaux commracés et réduisit bientôt la ville à la dernière extrémité. En effet, los secours promis n'arrivaient pas, iiial^iL' les actives démarches du prince n'Orange (2), et la famine était venue Joindre ses souiRrances anx fatigues et anx périls qu'endurait depuis cinq mois nne population héroïque. Après avoir supporté pendant longtemps encore les tortures de la faim, il fallut bieu céder â l'impérieuse nécessiic : la ville capitula, sur la promesse qu'avait laite Frédéric de Tolède d'accorder leur pardon à tons les liabitants (i5 juillet i575.) Mais c'était un frein impuissant ({ue la loi jurée pour le lils du duc d'Albe : à peine entré dans Haarlem, Frédéric se lit un jeu de sa parole. l*ar sou ordre, plus de quinte cents soldats et bourgeois, parmi lesquels se tronvait.Wibalt de Riperda, forent envoyés au supplice. Les uns furent décapités, les autres pendus; d'autres enfln, garrottés doux à deux, furent précipités dans le lac de llaarlcm, et ceux que n'avait pas désignés le féroce capitaine durent, pour écliapiNsr à la mort, payer une contribution de 240,000 florins (3).
Le duc d'Albe se trouvait alors à Aiiacgue; il crut devoir profiter de l'impression produite par les exploits de son ûls
(1) Bernardino de Mettdoça, livre IX, folio 206.
(2) V. sa leUre à Louis de Nassau, 15 avril lî)73, Archives de la iiiaiso)i d'Orange, tome IV, page 83, n" CDXI. Qncliiue tinips auparavant, il écrivait à ses frères : u Vous savez assez que mon iuliMUioii n'a jauiais esté, el )) n'esl encore de chercher tant peu que ce >oit mon parficulier; ainsi j'ai )) seulement aspiré et prétendu ^ la liborlé du pays, t;int an fiiicl de la coij- }) science eomuie de la police, que tes estraogiers oal tascUé d'opprinoer. »
(3) MKTfiasii, livre IV, folio 90.
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pour adresser, le 26 juillet, à toutes les villes de HoUande un placard dans lequel il leur promettail le pardon du roi si elles consentaient à se soumettre, disant « que le roy youloit les » rassembler comme une poulie faict ses poulins (1). » Mais les Hollandais avaient appris, à Naarden et à Haarlem, à coniiaiire la valeur des serments de leurs ennemis; les hypocrites paroles du duc d*Âlbe ne firent qu'i^outer un degré de plus à leur indignation et à leur courage. Le siège d'Alkroaar, entrepris par les Espagnols après celui de Haai icm, donna à Frédéric de Tolède la mesure de la haine quMl s'était attirée. Les habitants se défendirentavec cet béroîsmequlnspirent les suprfimes dangers; » les femmes et les filles, dit Heteren, avoyent appresté aux » Espagnols de teml)!» s potages, leur jetant du haut des » murailles dû la poix ou gouildron tout allumé, de Teau chaude » et des pierres. » Cette fois, la fortune se déclara pour la bonne cause : Frédéric de Tolède, après un assaut Infructueux et meui^
trier, leva le siège le 10 octobre 1575.
L*étoile du duc d'Albe pâlissait, et le moment approchait enfin où nos provinces allaient être délivrées de ce monstre; un échec plus signalé encore que celui d'Alkmaar acheva presque en même temps (S) de ruiner la puissance espagnole dans le nord des Pays-Bas. Louis de Boisot, amiral de Hollande, détruisit dans le Zuiderzee une flotte ennemie commandée par le comte de Boussu, qui fut même fait prisonnier et qui devint un précieux otage entre les mains des Hollandais (5). Quelques jours après en effet, Philippe de Marnix tomba an pouv oir des Espagnols (4), et le prince d'Orange ht déclarer aux euuemis que le comte de
(1) MKTfiRK^, livre IV, folio 94.
{Il) i JL octobre.
(5) Chronique de Hollande et Zélande, par Lk Petit, lome II, livre X, page 27 i. — LeUre du princ(Ml Oraoge à ses ffères, 31 octobre 1573 j Archives de la }imison d'Ora)t(je, lome IV, page 226, n'CDXLV,
(i) Lciite lie Guillaume à Louis de Nassau; Delft^ 5 noveulire 1573 j Archives, tome IV, page 231, n" GDXLVI.
hnmsu lui serait garaut de la vie et de la liberté de soa vieux conipagnoa d'armes.
Alterré par ces deniers revers et reeomiaisseDt enfin, non sans
rage, llnutilité des atroees moyens qu*il avait employés pour soumettre le pa}b, le duc d'Albe, prétextant des motifs de santé (1), pria le roi de lui donner un successeur dans le gouvernement de nos provinces. Philippe, à qui l'orgueil du duc avait déplu et qui n'était pas ISché de trouver l'occasion de riinmiUer, accepta sa démission, et nomma |)our le remplacer don Louis de Zuniii^a, marquis de Kequeseiis et grand commandeur de Castille. Quel que fût d'ailleurs le despotisme du monarque, l'évidence lui avait démontré Fimpossibilité du système de terreur adopté par le duc d'Albe; aussi Requcsens arriva-t-il aux Pays-Bas avec des insiruclions, sinon moins absolues, du moins plus pacifiques. 11 n'en faut pas faire boaneur à Philippe, car on verra plus tard que sa politique ne s'était nullement modifiée; mais il vit qu'il s'était trompé dans le cboix des moyens, et s'il renonça aux supplices, ce ne fut que par calcul, non par iHini.uiilé.
Peu de temps n|)rès l'arrivée de son successeur, le duc d'Albe quitta le pays qu'il avait pendant six années épouvanté par ses crimes et par sa fùneste présence (18 décembre 4573). La disgrâce qm ratteijcnaii li' ibattit point son indomptable orji:ueil ; il resta calme et superbe en lace de. tout un peuple qui l'accablait du poids de sa réprobation et de sa baine. Et, diose étrange et que Tonne peut expliquer que par une monstrueuse aberration du fanatisme, il se fit honneur, à son lit de mort, du sang qu'il avait répandu, comme ce marécbal de Tavannes qui mettait au nombre de ses actions les plus méritoires la part qu'il avait prise à la Saint-Bartbélemy. Au reste, qu'Alvarès de Tolède ait ou non entendu s'âever en lui le cri de la conscience, il n'en laissera pas
(I) V. Bbihaidiro db Mbndoça, livre X, folio 240. — ViglU EpiMai poUtiùœ kistoricœ ad Joachimum Uoppenm, CCXV (lome II, des AwUectes de Hotuck vm Papiuvuckt).
IS
RÉVOLUTION DU XYl"" SIECLE
moins à la postérité le souvenir d'une de ces exceptions hideuses qui, n*ayant de l'homme que le nom, souillent paitois les fastes de l'histoire et prennent une place sanglante à côté des Néron et desGaligula.