CHAPITRE Vil
BEQUESENS
C'était une pénible tâehe qne celle qui était Imposée aa successeur du duc d'Albe : il fallait, tout en persévérant dans le système politique adopté par Philippe, faire oublier à des populations exaspérées six années de persécutions et de guerre civile, les ramener à robélssance en leur redisant de légitimes libertés, en un mot, les obliger à rompre avec un passé déjà glorieux, à perdre le fruit de tant d'héroïques souffirances, en ne leur offrant en échange qu'un injurieux pardon et la servitude pour tout avenir. Quelque babile que fût don Louis de Requesens, il ne pouvait compter sur le succès dans une semblable entreprise; le souvenir des cruautés commises par le duc d'Albe était trop lécent eucore pour que 1 ûa crût à la modération et à la loyauté de r£spagne. Le nouveau gouverneur, après avoir vainement essayé de cakner l'irritation publique en renversant de son piédestal l'orgueilleuse statue d'Aharès de Tolède, se vit obligé
de continuer la guerre contre les provinces du nord. Dès le mois de janvier 1574, il fit équiper à Anvers une flotte considérable dans le but de délivrer Hiddelboorg, que les Espagnols occupaient encore, et que les Hollandais assiégeaient depuis longtemps (1). Le commandement de cette flotte fut donné à Julian Homero, brave capitaine, mais mauvais marin, qui fut battu par ramiral de Hollande, Louis Boisot, le 29 janvier itHÀ (2)* Les gens de Boisot firent preuve d*nn rare courage : au plus fort du cuinl)aî, nn jeune matelot de Flessingue, Jasper Leyiisen, s*élança sur le vaisseau amiral que montait Homero, et alla prendre au baut du grand mit le pavillon espagnol dont il se ceignit le corps. Avant Faction on avait promis un babit neuf à celui qui rapporterait le pavillon ennemi 'i.
Instruit de la défaite de Roiitero, tlirisloplie Mondragone, qui dirigeait la défense de Middelbourg avec une rare énergie, dut renoncer à tout espoir d*étre secouru. H consentit à capituler à des conditions Irès-honorables (19 février) : la liberté de Sainte-Aldègqnde devint le pi ix de la sienne, et il lui fut permis de quitter la ville avec armes et bagages, emmenant avec lui les religieux et les ecclésiastiques de Middelbourg, Mais il dut abandonner rargenterie et les ornements des ^Uses, ainsi qu'une énorme quantité de marchandises, telles que laines, sel, alun et cocbeniiie, évaluées à plus de 500,000 écus. La capitulation fut
(4) Le 6 janvier i;)7i, le ptiiit c d'Orange écrivait de Flessingue h ses frères : a Les affaires sont rcduictcs en telle extrémité, que nous espérons que '» la \illc iiu pourra longiieineiil se maintenir sans tomber entre nos mains. l>u )> famine cl la diselle de tontes choses y croist d'heure en heure, tclicmenl » que hommes, femmes et enflauls iiieurenl de faim. » Archiver de la maUon d'Orange, tome IV, page 321 , n« CDLXVIIL
(2) Bernardioo de M endoca rapporte que Julian Romero, après sa défaite, dit i Requesens : « Voslre Excellence sçavoil bien que je n'eslois pas mari- » nier, miis fantassin. Ne me baillez plus de flottes à conduire, car si vous » nfen donnles mille, il y auroil à craindre que je ne les perdisse toutes. » BUMrt des guerres de Platiâre, livre XI, page
(5) MmBm, Ihre V, folio 100.
ponctuellement observée par les assiëgeaius; il n'en lut pas de même du o6té de Reqaesens qui, dès le février, écrivait au roi èe qui suit : c Je ne sais comment Mondragone pourra » accouiplu' son ofl're de mettre en liberté, dans les termes de » deiuL mois, Sainte-Âldegoode el les autres prisonniers, puis- 1 que cette cire est faite sans mon autorisation, et que J*ai d^à » promis lesdits prisonniers aux parents du comte de Bonssn
» pour sa rançon. Je ne consentirai d'ailleurs pas à ce qu il aille • se constituer prisonnier, comme il Ta offert pour le cas où la > restitution de Sainte-Aldegonde et des autres n*aurait pas 1 lieu. (1). »£n effet, malgré les termes précis de la capitulation, Mondragone ne put pas tenir sa parole, et Sainte-Aldcgonde ne fut pas immédiatement mis en liberté. 11 fut, à la vérité, envoyé peu de temps après par Requesens vers le prince d'Orange pour traiter avec lui d'un accord entre le roi et les états ; mais ayant écbotté dans sa misson, il vint reprendre ses fers, et ne lut définitivement relâché que le ify octobre 1574.
Le siège de Middeibourg avait coûté à l'Espagne plus de sept millions de florins. Les sacrifices pécuniaires auiquels Philippe devait se résigner pour soutenir la lutte contre les provinces révoltées commençaient à lui paraître trop louids; ils compromettaient gravement la situation finaucière de ses États, mais son orgo^ ne lui permettait pas de s'avouer vaincu par la persévérance de ceux qu'il regardait comme des rebelles. La vic^ loire remportée à Mook par Requesens vint effacer la fâcheuse impression qu'avait produite la perte de Middeibourg et ranimer à la cour de Madrid Tespérance du triomphe. Le comte Louis de Nassau, avec un corps d*armée de dix mille hommes, setaiL dirigé vers hi i.iieldrc atin d'ojx'rer sa jonelion avecGuillaimae et de tenter ensuite une vi^oureu e attaque contre les provinces méridionales. Requesens ne lui laissa pas le temps
(i) Le graad comoumdeur au roi. Correspondance de Philippe //, l. III, page m, r ld07.
d'exécuter ses desseins : il se porta rapidement à sa rencoiiu e, et le 14 avril il le délit complètement dans les vastes plaines qui enviroBBent Nimègue. Trente enseignes, trois drapeaux, deux canons, tous les bagages et trois mille hommes tués forent les trophées de la victoire; Louis de Nassau, son jeune frère Henri, à pciue âgé de vingt-quatre ans, et le prince Christophe, fils de rélecteur palatin, disparurent dans la mêlée, et Ton chercha vainement leurs cadavres sur le champ de bataille (1). Ce n'était pas la première fois que les princes de la maison de Nassau donnaient leur sang pour la liberté de la Hollande : des cinq glorieux frères qui s*étaient voués à cette œuvre immortelle, il ne resta plus, après la bataille de Hook, que Jean de Nassau et ce Gnillauroe qui, supérieur aux tempêtes, sut dompter la doukm dont sou âme était pleine pour ne songer qu*à venger son pays (2).
Le succès que venaient d'obtenir les troupes espagnoles réveilla au cœur de ces soldats mercenaires leurs vieux instincts
de pillage et de brutalité. Depuis longtemps, la pénurie du trésor n'avait pas permis de solder leur paye : rendus plus insolents par la victoire, ils se mutinèrent, et, méprisant la voix de leurs chefe, tirèrent de leurs rangs des élus chargés d'organiser leurs brii^andages (5). Anvers otljail une riche proie à leur rapacité: ils marchèrent sur cette ville, y entrèrent malgré les eflbrts de Frédéric Perrenot, seigneur de Ohampagny, qui en était le gouverneur, et jetèrent la consternation parmi les habitants. Perrenot essaya inutilement de ramener ces forcenés au devoir : ils Tobligèrent à sortir d'Anvers, s'emparèrent des clefs de la
(1) llutoired^ guerres deFlamlre, par liLK^ARDiîvo de MKirooçi, livre Xî, folio 260. L'auteur, qui assistait à ia bataille de Mook, s'y distingua particulièrement : ce fut lui qui mil en déroule la cavalerie hollandaise.
(2) Guillùuiiie fut tellement affecté de la mort de ses frères, qu'il en fit une grave maladie. Lellre du secrétaire Hrunynck à Jean de Nassau, 28 auul ioTlj Archivi;:^ ilc la maison d'Oranqc, lome V, |>age 45, u^' DVIII.
(5) Mktkren, livre V, folio i02.
place, puis, tournant en dérision les conseils d'un jésuite espagnol qui les exhortait à robéissance, ils contraignirent les bourgeois li s'imposer, pour acquitter la solde arriérée, une
contribtilioa de quatre cent mille florins (4). Requesens lui-même dut engager sa vaisselle pour les apaiser et pour les déterminer à rejoindre sons les murs de Lejde les tronpes qui avaient commencé le siège de cette ville importante.
Depuis les premiers jours du mois de décembre 1573, Leyde avait été cerné par les Espagnols; mais, au début, les travaux avaient été mollement conduits et les habitants avaient pu se préparer à une résistance opiniâtre. L'arrivée des renforts envoyés fi.ii llpqiiesens mai 1^74) domia une impulsion nouvelle aux eilons (les troupes royales; mais l'admirable constance des citoyens de Leyde trompa l'attente des assaillants et fit de ce siège mémorable l'an des plus beaux épisodes de cette guerre féconde en nobles dévouements.
Requesens, qui avait conlié à Francisco de Valdès le commandement des troupes réunies à L^rde, était resté à Bruxelles oii le retenaient de graves intérêts. Le 10 mars précédent, Philippe lui avait hii parvenir de Madrid un pardon général dont il n'exceptait que le prince d'Orange et quelques autres; il avait joint à ce pardon des lettres par lesquelles il promettait la suppression du conseil des troubles et le retrait des impôts du dixième et du vingtième denier, moyennant le vote par les états d'une subvention annuelle qui ne pourrait être moindre de deux millions de florins, pendant six ans (2J. Le gouverneur
(1) « Qoand même les natarels, écrivait Requesens au roi, nous lîme" » raient comme leurs enfants, et que la tiaine pour notre nation ne fût pas le M péché originel du pays, tant de mutineries dont ils sont leslémobis, et les » maux qu'ils eo ressentent, ne snIBnient-ils pas pour nous foire abhorrer? » ConespùndanuékPhiiippe II, tome III, page 204, n* 4427.
(2) Lettre du roi su grand eommsndeur, 10 nuis iK74; Correspondance de Ph&ippe II, tome III, page 3â, a* 1313.
lift R&VOLUTION m W 6l£(XE
espérait, à 1 aide de ces coueessioûs, se concilier la confiance dos états généraux, coniroqués par son ordre à Bruxelles; il fit publier, le 6 juin» l'amnistie que Philippe daipait oetro^r à ses sujets; mais ce tardif retour à la cU'nience ne fut et ne pouvait être d'aucun effet. Pliiiippe agissait toujours saus avoir égard aux progrès du mou?ement révolutionnaire; Immobile dans le cercle funeste qu*il avait tracé à sa politique, il ne s'apercevait pas que tout marchait autour de lui et qu'il était distancé par les événementi» dont il se croyait le maître. 11 ne suffisait plus de âdre grâce à tout un peuple qui refusait fièrement de reprendre on joug mal déguisé par l'amnistie : il ûdlait compter avec la révolution, et c'est ce que Philippe ne sut ou ne voulut jamais conipii iicii e. i*ai'ler de pardon à des [iiJiniiies qui s'essayaient à devenir libres était une maladresse ou une laute de plus. Aussi les états accueillirent par un concert de récriminations et de plaintes la demande de subsides que Requesens leur adressa au nom du loi; ils n'y répondirent qu'en récLiuKUii le renvoi des soldais étrangers, le rétablissement de tous les privilèges, et « quelque accord de ceste guerre intestine, avec conservation » néanmoins de la foi catboUeque, honneur et service de Sa » Majesté; » c'est-h-diie la tolérance religieuse, seul moyen de rendre k l'Espagne les liclies provinces qu'elle allait perdre à jamais. Le représentant de Philippe ne pouvait accepter de telles conditions; il fidlut bien s'en remettre au sort des armes pour vider la querelle entre un tyran obstiné et une nation jus* tement irritée.
Au reste, le roi lui-même ne prenait guère au sérieux l'amnistie qu'il faisait proclamer avec tant de pompe; pendant que Requesens délibérait avec les états, il se disposait à foire de
l'incendie un moyen de pacifieation. Vaklès lui avait donné ce conseil, et il s'accordait trop avec les vues de Philippe pour ne pas être admis. Aussi écrivit-il, le 22 octobre, au grand commandeur de Castille de donner ordre « à la première gelée,
» d'entrer avec les flammes dans le Wtterland, et de brûler les » villaîçes, ainsi que le plat pays. Avant de mettre la maiii à » rcBUvre, disaUril à HequesfiQi, vous aurez soin de faire eptrer » d«ii« Amsterdam la plus grande quantité de victuailles possible » pour la troupe cbargëe de r«iéeutîoD. On ealeule qu'il flradra dix » ou douze mille lioumies, et Ton su[)pose qu'ils s'en chargeront » bien volontiers, à cau&e des prolits qu'ils feront^. £t si l'on » en vient à Tes^tion, vous devrez faire commencer Tineendie » par le Waterland, et Ikire savoir par toute la Hollande que, » celui-là achevé, on brûlera le reste du pays. Aiiisi peut-être la » crainte les feraH-elle venir à rés>ipii»ccQce (1). » Mais PbiUppe, tout entier aux eombfnaisons de son implacable politique, ne 'savait pas à quels bommea il s'adiesiait, ni quels prodiges ils allaient accomplir.
C'était surtout vers Leyde que se tournaient tous les yeux; l*iatérét de la lutte s'était momentanément concentré sur ee eoin de la Hollande, oti brillaient de tout leur éclat les plus sublimes vertus (2). Vivement pressés par les soldats de Valdès, les assiégés supportaient depuis quatre mois, sans se plaindré, le» plus affreuses privations ; réduits à se nourrir d'aliments impvrs qui 4eiir firent bientôt défaut comme tout le reste (3)* ils avaient répondu aux Espagnols, qui leur proposaient de se rendre, que, si les vivres vcuaiciit à leur manquci , ils se mangeraient le bras gauçbe» et garderaient le droit pour se dépendre contre leurs
(1) Le roi au grand commandeur, 28 octobre 1574; Correspondance de Philippe II, tome III, page 174, n*' 1415.
(2) V. pour les détails du siège, Bek^iidino di Mkitaoça, Histoire des guerres de Flandre, livre XII, folio 377 à 291 ; HAUiius, 1. 111, pages 210 à S16 ; Le Pim, tome II, Ihrre X, page S88.
(5) Le 19 teât 4874, Requesess écrivait ta roi «pie Leyde était ti reeaerré, qu'on n'y distribinit plus qu*une demi-livie de pain de raliou pur bonebe : a Malgré cela, ajonUùHI, les babiiants n'ont dit aaeaiie démonstra- » tiondevoQlobr w reaéra. > ComtfoniiOMDt dt PhiUppeU, t. III, page 154,
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iOO BÉVOLUTION DU X¥I^ SIÈCLE
oppresseurs. Un instant toutefois ils sentirent défaillir leur courage : empérés par la laim, ils menacèrent de leurs poignards leur bourgmestre Tan der Werff qui refosaii de remettre les defe de b ville aux ennemis ; mais la courageuse attitude de
ce noble maji^istrat désarma les infortunés qui allaient coniinotire un crime inutile. Rappelés au sentiment de leur devoir par le mâle langage de leur bourgmestre, ils jurèrent de 8*ensevelir sous les raines de leur cité. Leur dévouement ne Ait pas perdu : le prince d'Orani^'O, qui depuis loïii^tcinpsclierchait par tous iiioyt iis à venir en aide aux assiégés, obtint des états de Hollande l'autorisation de rompre les digues du Leck et de la Meuse, et d*inon« der toute la contrée, afin d'obliger ainsi les Espagnols à se retirer. Cu hardi projet ne pouvait s'exécutercju'au prix dcpertes immenses, mais toute autre considéraiiou disparut devant le salut de la patrie. < C'est une chose étrange, écrivait à ce propos au roi le » grand conomandeur de CastiUe, que ces gens^ià préfôrait » mettre sous l'eau leurs personnes et leurs biens que de se » réduire à l'obéissanet; de leur roi et seigneur naturel (1). » Chose étrange en effet pour Requesens, qui ne comprenait rien aux séductions de la liberté.
On confia le soin de couper les digues à « huit cens matelots - » de Zélande, gens rudes, austères et terribles à voir pour les » balafres et playes qu'ils avoyent reçues, et qui cependant » scavoyent encores fort bien desfendre et faire de fort bons » services (2) . » Le 5 octobre, les eaux, poussées par une marée extraordinaire, envahirent tout le ternioire compris entre le cours du vieux Kiiiu et l'emboucbure sept^trionale de la Meuse ; les Espagnols, effrayés par la crue rapide et inattendue de rinondatîon, levèrent le siège en toute bftto et abandonnèrent leur camp dans une couiusiun inexprimable, eu laissant sous
(1) €orrcs]>ondancc de Philippe II, lomu iil, page 409, W 1411. (î2) MkTEUËis, livre V, folio iOà.
DAVS LBS FATS-BAS
les flots leur artillerie, leurs bagi|;es et leurs miinitioDs. Boisoi entra le lendemain à Leyde avec ses matelots ; « Dieu sçait avec
» quelle joye ils fureuL reçus. Il n'y eiisl conir si dur qui ne se 1 fust e&meu de vqir ces povres gens attamés dévorer le paiu et 1 les liarens crads que les gens de Fadmiral leur moyent de » leurs barques ; dont aucuns qui mangèrent trop avidement » lurent iiialudes, et quelques-uns en moururent (1). » Ces souffrances fureul bieuLùl oubliées, et la Uullaude enlière partagea rivresse des habitants de Lejde, rendus à la liberté après cinq mois de dangers et de misères.
Valdès, honteux de sa défaite, s'était retiré à la Haye où Tavaieut suivi ses soldats. Ceux-ci ne tardèrent pas à recommencer leurs mutineries : sous prétexte qu'on refusait de payer leur solde, ils se révoltèrent contre leur cbef et essayèrent suc^ cessivement de s'introduire dans les villes de llaai lria, il'Anisterdam et d'L trecht, mais ils trouvèrent les portes fermées de tous côtés. Réduits à Timpuissance du pillage, ils consentirent alors à écouter Juan Osorio de Ulloa, Tun de leurs capitaines, qui parvint enfin à les calmer, et qui les ramena à Herenlhals et àTermonde, où ils prirent leurs quartiers d'hiver.
Ce revers inattendu déconcerta fteqoesens qui, depuis la vietoire de Hook, avait compté sur un &clle succès. Aux cbances fleheuses de la guerre vinrent encore s'ajouter des préoccupations d'un autre genre : l'insolenee et TiiiMibordination des mercenaires allemands et espagnols, la débâcle du trésor el l'impossibilité de pourvoir aux nécessités financières. Les choses en étaient venues à ce point que, le 18 novembre 1574, Requesens écrivait au roi « qu'il ne voyait pas de moyen de se » procurer un seul réal {à). »
Alors, accédant à i'oire qu'avait faite l'empereur Maximilien 11 de s'interposer comme médiateur entre les deux partis, il fit
(I) Le Petit, Chronique de Hollande et Zélande, livre VI, page 297. (â) ùnre9pondance de Philippe Uf tome 111, page 100, a** liSS.
in RÉvoLunon du xn* sdEcclb
proposer aux états de Hollande d'oavrir des conférences à Brédaponr régler les conditions de la paix. Quoique Ton ne pÂt
père espérer une issue favorable de négociations entamées avec un monarque dont les principes n avaient point varié, le prince d'Orange engagea les états à envoyer de leur oôté des députés à Bréda* Guillaume désirait sincèrement la paix; d'ailleurs, profondément attristé de Topposition tracassière que lui fisiisaient alors ces mêmes éuts dont l'injurieuse défiance rendait pénible au statliottder Texercice de ses fonctious, il leur a?ait offert, dès le 20 octobre 1574, la démission de ses charges, pour qu'il ne ffit plus possible de suspecter ses Intentions, tout en tânoignant de sa volonté de sacrifier sa vie pour repousser la tyrannie étrangère. Mieux éclairés sur leurs vrais intérêts par la conduite du prince, les états avaient refusé d'accepter sa démission, et lui avaient même conféré des pouvoirs plus étendus que ceux dont il était luéccdemmcui investi; mais Guillaume, poussant jusqu'au bout l'abnégation civique, n'en fut pas moins le premier à conseiller Tadliésion au congrès de Bréda, afin de tenter une dernière fois les voles de la conciliation. Philippe de Marnix, Paul Buys, le docteur Junius, Charles Boisot, Ai ent de Dorp, (juillaume Van Zuylen van Nyevelt et Jacques Van der Does furent chargés de représenter la Hollande à ce congrès; l'Espagne y envoya comme plénipotentiaires le comte de la Roche, le sire de Rassenghien, Arnault Sasbout, chancelier de Gueldre, Corneille Suys, président de Hollande, et le docteur £lbertus Leoninus (1). L'empereur, dont la médiation avait été acceptée par les deux partis, avait désigné de son côté le comte de Sehvninembourg, beau-frère du prince d'Ora 1 1 e , sous la direo* tion duquel les conférences s'ouvrirent à Bréda le "2 mars 4575. Les députés hollandais avaient reçu des instructions extrême-
{{) Meterru, livre V, folio 110. Haraus, tome III, page 219. — Commentaire de Tassis, livre II (tome IV, page iU5 des ÀmUcta B^ica de HoYNciL Yak Papendrecht).