‹ Histoire de la révolution du 16e siècle dans les PaysBasChapitre 8 sur 18 · DANS U · texte numérisé non relu

DANS U

ment remarquables qu'ils commani(]iièreiit d*abord aux représentants de l'Es[)ai;n(\ « Tous les Espnj^nols, y était-il dit, et » la gendarmerie étrangère s'en iront; tous les privilèges » et contracte seront restablis en leur aneienne forme et » Tipear. Tontes les actions du duc d'Albe et de son conseil » des troubles seront déclarées estre nulles et faictes contre » droictetrayson. Les nouveaux evesques seront déposés. Tous > les placearis foicts contre la religion n^rmëe seront annulés» » et si on ne {leut pas avoir partout la liberté de la religion» » que du moins les consciences puissent estre libres. VMuà de 9 Culeiiiiiourî? sera rebasti, et toutes h s juaiciues qu'on a érigées » au déshonneur de ceux qui ont porté les armes et de ceux » de la religion reformée, seront démolies; les sieurs comtes » d*Egmont, de Homes et autres seigneurs seront remis en leur » honneur et leurs biens rendus aux héritiers. La sentence pro- È DODcée contre la ville de Naarden sera déclarée pour nulle et de » nulle valeur, et le roy fera rebastir les maysons et murailles de » la ville, si fifre se peut, aux despens du duc d*AIbe. > Il y a qiii'l(|(ie chose d'iîiipovaiit dans ces fières conditions dictées à r£spagne par un peuple dont i existence politique éuil bien pré- . Caire encore « mais qui trouvait la guerre plus avantageuse qu'tme paix douteuse et déshonorante.

Le départ des mercenaires étrangers, la restitution des biens et des privilèges, le désaveu du duc d'Albe et de ses crimes, la tolérance religieuse, Tabolition des placards : tel était donc Tultimatum desd^tés boUandals. Le 14 mars, les envoyés espagnols firent connaître leur réponse: le roi exigeait d*abord que les confédérés missent bas les armes ; puis il promettait le rétablissement des privilèges, la cassation des sentences de bannissement et autres, et la liberté de tous les prisonniers. Mais, quant k la reli* gion, il refusait nettement d'accorder la liberté de conscience, an sujet de laquelle il s'exprimait en ces termes :« iiien entendu que » ceux qui doresnavant ne voudront pas vivre comme catbo-

184 RÉVOLUTION DU XVI* SifiCLB

» lieqnes» Sa Majesté leur accordera et permettra pour le plus » et pour ceste fois seulement, qu'ils se pourront retirer hors

» du pays, et vendre les biens qu'ils ont en un certain temps » qui sera ordonné à cela, sans toutesfois pouvoir avoir quel- » que exercice durant le temps. » Après quinze années de discorde et de guerre civile, Philippe, bien loin de céder à la force des choses, se montrait aussi absolu que jamais et n'oilVaii aux réformés que l'exil pour toute grâce, s'ils relusaieut de renier leurs croyances ; à peine permettait-il aux malheureux que bannissait sa politique impitoyable de réaliser, à leur grtmd préjudice, les richesses qu*une vie de travail leur avait acquises. Dès ce jour, on put prévoir l'inutilité de tous les elForts du congrès, et le 21 mars 11^75, Guillaume en avertit son frère Jean de Nassau. < Les ennemis, lui disaitnl, mettent en avant conditions » plus dures et iniques que nous ne sçaurions jamais recepvoir » des plus grands tyrans du monde, et par où nostre conditic^n » deviendroit pire que celle des esclaves ou des bestes brutes {!).» La veille (âO mars), les députés des confédérés avaient âdt connaître aux plénipotentiaires de Philippe qu'ils persistaient dans leurs demandes, en laissant percer un profond sentiment d'amertume et de haine contre leurs persécuteurs. Cétaii surtout à propos de la question religieuse que leur langage acquérait une accablante énergie, c EsMl raysonnable, objectaient-ils aux » ambassadeurs espagnols, qu'un si grand nombre de gens qui » sont aliecliounés à la religion reformée, soyeut contrai nets de » sortir du pays et d'abandonner leur chère patrie? £t à la » vérité ce seroit une chose beaucoup plus dure de forcer un si T» grand nombre de bons et fidèles subjects de sa Majesté, avec » grande perte de leurs biens, à aller errer en pays estranger, » que de renvoyer trois ou quatre mille Dspagnols de rechef

(1) LeUre du prioce d'Orange à Jean de Nassau, 21 mars 1574. Archives de ta maison d'Orange, tome V, |»age 150, DXLVl.

» h la maison, qui avoyeni assez fait leur profit (1). > Il u'y avait rien à répondre à ees raisons, mais les représentants de Philippe avalent ordre de ne rien entendre; ils déclarèrent,

le 1' ' avril, (lu'ils s'en tenaient à leurs preniières instructions. Tel était chez les confédercs le désir de la paix, qu'ils firent un pas de plus et consentirent à s'en rapporter aux états généraux ponr la décision de la question religieuse. Le conseil d*État, consultë par Requesens, élail d'avis qu'il fallait traiter sur ees bases avec les provinces insurgées ; la cour de Madrid repoussa néanmoins ee dernier essai de transaction . Le 24 juin, les députés de Hollande quittèrent Bréda, en protestant hautement de leurs bonnes intentions pour le maintien de la paix publique, et eu rejetant sur qui de droit les conséquences de la rupture des négociations (2). C'est alors que les Hollandais firent frapper des médailles avec cette devise : SeeuHu» bdium pace duhià.

Ainsi se terminèrent ces conférences célèbres, dont llmportgnce historique ne peut être méconnue, car elles achèvent de légitimer 1 munection des Pays-Bas contre un gouvernement assez aveugle pour ne pas tenir compte de ses propres intérêts» après avoir été assez coupable pour violer les lois de lliumanité. Au congies de Bréda, toute la modération lut du côté des états, tout l'arbitraire du côté de TEspagne; les confédérés demandaient la tolérance religieuse : Piûlippe ne voulut point renoncer à Toppresslon des consciences; ils s'engageaient à rester fidèles au roi, pourvu qu'un ue les forçât point à abandonner leur patrie :

(1) V. cette pièce et celles qui précèdeui dans Metsuir, livre V, toiio lli et suivants.

(2) Le 11 juin 157i>, Guillaume, qui avait répudié sa seconde femme, Anne de Saxe, épousa, dans la ville de la Brielle, CimrloUe de Bourbon, fille (lu duc de Monlpensier. M. Groen Van Priksterkr, loine V des Archives de la vuiison d'Orange, donne un très-giaud iH ii/hrc de docuiiiciiU rciatifs à ce njariagc, dont le résultai politique fut de nuin aux intérêts du prince, eu tudisposaui cuuiru lui ia plupart des princes alleniuudâ. «

le monarque, sourd h cette touchante prière, ne leur laissa que le clioix entre l'esclavage et l'exil.

La guerre était redevenae inévitable; pour la contiiioer avec avantage, Requesèna fit faire des préparatifs aussi menaçants que iapides. Les états, eux aussi, s'élaieiii uiis en mesure de soutenir Tattaque des Espagnols, et dès le 25 avril précédent, la Hollande et la Zélande avaient conclu un traité d'union pour la défense eonunune sous la direction du prince d'Orange (1); ils durent cependant comprendre qu*il leur serait presque impossible de résister seuls à leurs ennemis, et ils se décidèrent à réclamer la protection de la reine ËU^abeth d'Angleterre, en lui offirant en écliange la souveraineté dea PiQrs-Bas. Guillaume approuva cette décision, et Philippe de Mamix fut«nvoyé à cet effet en Angleterre, avec l'aul Buys, avocat de Hollande (décembre ; mais Élisabetli ne leur fit qu'une réponse dilatoire, sans néanmoins leur 6ter toute espérance (2). Les états reconnurent bientôt qu'ils ne pouvaient compter que sur euxmêmes pour arrêter les Espagnols qui, depuis le mois de juin précédent, avaient reconiineiicé les liosUlités* Us avaiejit d'abord attaqué.et pris la ville d'Oudewater, et, dans ce siège meurtrier, ils avaient retrouvé la férocité brutale dont Ils avaient d^à tant de fois donné des preuves. De tous les défenseurs de la cité, vingt à peme échappèrent à la rage dea soldats de Hequesens

(1) Arcliives de la maison d'Orange, tome V, page 540.

(2) Msteeeh, livre V, folio lli. — LeUres du prince d'Orange ù Jean ile Nassau, 29 novembre 1575. Archives de la tiiaùon d'Oi'ange, lome V, page 313, n«DLXXXIV,

(3) Histoire des guerres de Flandre de don Bkrîsardino de Menuoça, livre XIV, folio 300. Hcqucsens va plus loin encore : « Les Espagnols, » dil-il, oui coupé la Icle à tous ceux qu'il y avait dans la ville, tant bour- » geois que soldaU. QutUjues capitaaif > -ix iient sauvé la vie au gouverneur, » à un taijiUiine wallon et au prédicaiiL, ilaiii Fespoir d'obtenir d'eux une » rançon, mais aussilôl que j'en ai été informé, j'ai ilunne 1 ordre que les » trois prisonniers fassent pendus. » Correspondunce de Philippe ii, t. iii, page d*" 1500.

BANS LB8 Pm-W

La emaiité dm vainqueun 8*exerça jusque «ar les étret les plu

faibles, et presque toutes les maisons furent livrées aux flammes. De là ils allèrent à Schoonhoven, qui se rendit sans combattre pour édiapper au sort des maUieiireia habitants d'Ou(lewat«r (34 août). Ces tieareux débuts suggérèrent à Requesans le plus audacieux projet dont fassent mention les fastes militaires de cette grande époque. Dans la nuit du ^8 septembre, un corps de troupes espagnoles, fort de trois mille bommes euviroo» tra?eiBa, à la marée basse et sous le Ion des batteries boUandaises, le bras de mer qui sépare 111e de Dniveland de nie de Tholen. Douze cents hommes seulement atteignirent le rivajife; les autres furent obligés de renoncer à l'entreprise ou périrent dans les flots sous les yewL de Repesens quUyde la cète de Tbolen, suiraH avee anxiété les progrès de ses soldats <4). Les Hollandais sVfforcèrent en vain de s'opposer à la marche viciui ieuse des troupes royales : après une lutte acharnée, elles passèrent à gué avec un égal succès le canal qui se trouve entre les lies de Ihii?eland et de Sebouwen et parvinrent à forcer leurs adversaires à se renfermer dans la ville de Zierikzee. Cette place fut immédiatement cernée; les Espagnols poussèrent les travaux du siège avec une grande activité. Le prince d'Orange, appréciant la gravité de l'écbec que venait de subir la cause nationale, atuebait une grande importance àlaoonaervatioa deZiwOuee; aussi résolut-il de mettre tout en usage pour la délivrer. Il chargea du soin de la ravitailler Louis de Boisot et le comte de Hûbenlobe, qui attaquèrent résoldment les Espagnols; mais le vaisseau ({ui portait Boisot vint écbouer contre la digue de Buuuiam et fut coule Ims par les ennemis. Boisot se sauva sur une poutre; mais, lu nuit étant venue, il se noya. Ce désastre décida du sort de Zierikiee : la ville se rendit le 2 juUlet 11^76,

(I) Stkasa (lîb. VIII, dec. I), en racontant cette remarquable expédition, ajoute sérieusement qu'au moment de la traversée on vil uoe flanuiMi «a lorme de couroBoe planer »ar la tô(e de Requeseos.

RÉTOLUnON DU XTl* SINGLE

«près un siëge de hait mois» et pour un instant les Iles de DniTeland et de Sdiouwen flirent replacées sous la domination

espagnole (1).

JLe ô mars précédent, iiequesens ét^t mort à Bruxelles» emporté par on mal yiolent et presque subit qui lui avait à peine laissé le temps de déléguer aux comtes de Berlaymont et

(le Manslclclt les pouvoirs dont le roi l^avait investi. Il avait c^^rcc les fouctions difficiles cl(3 gouverneur général pendant deux ans et quelques mois (â). Sa mort inattendue changea le cours des événements et ftit fatale aux intérêts de l'Espagne : les états du Brabaiit refusèrent de reconnaître les deux seigneurs désignés par Requesens (3), en alléguant qu'aux termes des privilèges, le roi était tenu de confier radministration suprême à un prince de sang royal; et le conseil d*État, ce corps politique dont la composition primitive avait été si profondément altérée par les vengeances du duc d'Albe, prit de sa propre autorité la direction des affaires du pays. L'embarras lut grand à Jliadrid lorsqu'on sut ce qui s'était passé» car depuis quelque temps la froide résolution de Philippe avait fait place à une incessante perplexité; toujours le même dans ses desseins, il hésitait continuellement sur les moyens à employer pour parvenir à son but. Cependant» d'après Tavis du garde des sceaux Joachim Hoppenis, il se décida à confirmer provisoirement» par lettres datées de

(1) notoire des guerres dit Flandre ^ par don BEBifARDiiro db Mbndoçâ, iîvreXVl, folio ù^, — METBaBn, livre V, folio 116. — LeUres do prince cPOnnfeà Jeande Niuau, 0 juin ei iG juiiiei 1576 ; Archivesdela mamn â^Orange, tome V, pages 367 et 569, u" DXCVll et DCIII.

(2) Le grand commandear semble avoir eo, du reste, le pressentiment de sa fin prochaine. « Je serais heureax de mourir bientôt, écrivait-il au roi M le 30 janvier 1576, poor que d'autres que moi apprissent à V. M. la perte » des Pays-fias. » Correspondance de PhiUppe li, tome 111, page

(ô) Lettre (io Geroiiiiiio de Uoda au TOI, 10 mars li»76. Correspondance, iome 111, page 454» r 1&47.

DANS LES l*AYS-BAS

Madrid le 24 inars ITiTf), les pouvoirs que sVtait arro^^és le conseil d'État (1), jusqu'à ce qu'il lui fût possible d'envoyer aux Pays-Bas on prince de sa famille. Pour la première fois depuis le commencement de la révolution, un gouvernement composé en grande majorité d'indigènes M appelé à veiller sur les destinées du pays. Certes, si ce gouvenieiiieiii vùi mi s'élever à la hauteur des circonstances, il lui eût été bien facile d'achever l'œuvre de l'émancipation politique et religieuse de nos provinces ; mais, dès les premiers jours de son administration, le conseil d'État laissa deviner sa faiblesse et son ineapacité. Au lieu de prendre une initiative énergique et de rallier tous les citoyens sous le drapeau de la tolérance et de la liberté, il vit bientôt son action paralysée, sa dignité compromise, et laissa échapper de ses iiiains impuissantes une autorité dont s'emparèrent les états généraux, qui, après avoir fait espérer au pays des jours plus prospères, perdirent eux-mêmes dans de longues dissensions l'occasion qui leur était offerte de fonder la nationalité de la Belgique.

(1) Lettre da roi aux gens de son conseil d'État des Pays-Bas; Correspondance, tome lUf page 473, lôiiâ. V, aussi MmiiH, Uvra Y, foiio 116.

CHATliaE MU

La mort de Requesens relevait les esprianccs du parti- Datiûoal, en enlevant à TEspagne la direction du pays momentanémai placé» comme od Fa vu, sous Tautorité du oaoaeil d'État. Philippe, duc d'Âeracbot, Enieat, comte de Maosfeld, Charles, comte de Berîaymont, Maximilien, baron de Hassenghien, Viglius d'Aytta, ArnauiL Sasbout, président du conseil privé, Christophe d'Asfionleville, Louis del Rio et Gerouimo de Roda composaient alors ce conseil, qui ne comptait par conséquent que deux Espagnols dans son sein (1). Il n'y avait pour les indli^ènes qui formaient la majorité de ce corps politique qu un seul parti à prendre; celui d'assurer, avec rindépendance de nos provinces, le triompliedes idées qui avaient M% éciore la révolution; ils

(1) JoAN?(i»-BAmrji •■ Tamis, ùmmenlaria de fumtdlibui BàgifiU mi imporù, Ihrrt III (page 900, tome IV des Anakcles Belgiques de

HOTVCK VaR PAViUtRICaT). '

IflS . RÉVOLUTION DU Xn<> SIÈCLE

eussent été secondés dans leurs efforts par le prince d'Orange,

dont linfluence dans les provinces du nord augmentait de jour

en jour, et qui, le 28 avril 157i>, avait été investi par les états de Uoiiaude et de Zélande de presque toutes les prérogatives jusqu'alors réservées aux souverains. Mais le cœur et l'intelligence leur manquèrent pour accomplir cette grande tâche : il dépendait J * u\ (fillustrer leur administration en contribuant au succès d uûc cause sainte; ils ne surent être qu'un gouvernement de liasard. Tiraillés en tous sens par des passions opposées, envieux surtout du prince d'Orange dont le crédit les eflîrayait, ils oublièrent le bien public dau.s la luUe de leurs propres inté- ^rêts : cette déplorable erreur ne tarda pas à porter ses fruits.

Après la prise de Zierikzee (â juillet iâ76), on avait vu se reproduire les scandaleux désordres qui avaient déjà suivi la victoire de Mook et la levée du siège de Leyde. Les soldats espagnols, enorgueillis des derniers avantages qu'ils venaient de remporter, et se croyant sûrs de Fimpunité depuis la mort de Reqnesens, avalent refiisé d'obéir plus longtemps à leur gâiéral Ifondragone ; abandonnant tout à feit Scbouwen et Duiveland, leurs nouvelles conquêtes, ils étaient entrés dans le Brabant où ils espéraient s'emparer par surprise de Malines et de Bruxelles. Leur approche répandit partout l'alarme, et le cohseil d'État, cédant aux voeux des populations indignées, rendit un décret par lequel les Espagnols étaient mis hors la loi comme rebelles et ennemis du repos public. Les états du Brabant crurent devoir prendre des mesures encore plus efficaces: ils levèrent des troupes pour se défendre contre les étrangers; le commandement en fut donné au baron de Hccze, gouverneur de Bruxelles, et à son lieutenant, le comte de Glimes, grand bailli de Brabant. Ce n'étaient là que de sages précautions, car dès le ^juillet les Espa^ols s'étaient emparés d'Alost, dont ils avaient fait le centre de leurs désastreuses opérations, et menaçaient à chaque instant de piller la conu ee

d'aientoor (1), Cependant le conseil d*£Uit restait impuissant ai miliea de cette confiisioa aifrense; sa position de?int pins

enibanassaiitc que jamais par la défection de Sanclio d'Avila, gouverneur de ia citadelle d'Anvers, qui, au lieu de s'employer pour rétaiilir la discipline, envoya aux mutins d^Àlost des vivres et des munitions. Les mercenaires révoltés avaient des intelli- $]^eDces au sein même du conseil, où Geronimo de Roda les favorisait en secret. Ces tiicoii.Niances, connues du peuple, achevèrent de déconsidérer un pouvoir déjà affaibli ; Tarrivée de Cbarles de Croy, marquis d'Havré, qui revenait d'Espagne avec des lettres par lesquelles le rot informait les états de la ijuniination de doa Juan d'Autriche au poste de ^^ouveiiicur général, contint pour un moment encore une explosion désormais inévitable ; mais la prise du fort de Liedekerke, situé non loin de Bruxelles, fournit bientôt après un prétexte à l'indignation populaire (^). Le prince d'Orange, vers qui se tournaient alors tous les yeux et que Ton regardait avec raison comme le seul capable de dominer une pareille crise, conçut le projet d*un hardi coup d'État dont il confia l'exécution au grand bailli de Hrabant (ô). Le 4 septembre, la salle des séances du conseil d'État fut envahie par les soldats du comte de Glimes, qui, au nom du baron de Heeze, gouverneur de Bruxelles, arrêta les conseillers présents en leur déclarant qu'ils étaient prisonniers. D'Aerschot et Viglius n'avaient pas assisté à la séance ce jour-là l)our eause de maladie; llassengliien eiaii parti depuis peu de temps pour l'Espagne ; quant à Geronimo de Hoda, il se trouvait alors à Anvers oil il s'était rendu pour communiquer avec les

(1) Hiitoire det fmv» de Fkmâre, inr don Biiiiab»uio bi Hbhooça^ livre XVI, folio 351.

(2) Strada, de Bdlo Bel^, dec. I, lib. VIIL

(5) Lettre du prioce d'Oraege k JeiD de Nassin, 9 septembre 1S76. Arekhes de la maison etihan^e, tome V, page 405, a* DCX. M. Gbobb Vah PBimfnuR affirme qoe Goillaiime fat le promolear do coup d'État dODl il est iei question. — Habjnjs, lome III, page 233.

RÉVOUITiON DU SIÈCLE

£spagnols mutioés. Mâuslcld, Bci laymont, del Rio et d'A&sonld» Tille ùami donc seuls arrêtés ; les deux premiers flirent conduits au Broodhays; les autres ftoreut proyisotrement incarcérés dans

une maison nommée le Petit ftloulin {{); par une exception dont on ne connaît pas le motif, Amauld Sa&bout put se retirer dm lui en liberté.

Une semblable mesure était sans doute audacieuse, mais Fim^ puissance arérée du conseil rayait rendu nécessaire ; un gott?e^

nement comme celui-là ne pouvait que pousser le pays aux abimes.Pour substituer le calmeau désordre, l'unité aux tendances oligarcbiques, il fallait supprimer robstacle qui s'opposait à cette transformation; il fidlait remplacer, par une autorité sérieuse et respectée, les éléments hëtéroj^cnes qui se heurtaient au sein du conseil d'Etat. Le prince d Orange osa le faire; cette audace lui était commandée par le rôle dont il avait accepté la responsabilité. On lui en a fidt un reproche, on Fa blâmé d'avoir conseillé l'emploi de la force pour se débarrasser d'un corps où siégeaient ses adversaires politiques; mais on oublie qu'antérieurement déjà à l'arrivée du duc d'Albe dans les Pays-Bas, Guillaume avait refusé le serment d*obéissance, qu'il était entré depuis lors en lutte ouverte et permanente avec le roi, et qu'il n'avait aucune espèce de raénageiiniii à garder envers les dépositaires d'une autorité dont le renversement était le but de tous ses vœux. Il ne fit d'ailleurs qu'agir de concert avec les états du Brabant, dont les efforts, traversés par le conseil, tendaient à la convocar tiou des états généraux; aussi le pays vit-il tomber avtjc indilFérence les hommes qui s étaient arrogé le droit de régir un pays sansavoir d'abord calculé l'étendue des devoirs que leur imposait une ambition inconsidérée. A partir de ce moment, le conseil d'État n'exista donc plus que de nom.

Quatre jours après l'arrestation des meml)res du conseil, les

(4) « In fbfo divenoiio qood parmltm mohin tppdiant. i» Di Tâisn, C^ift«filtt^ livre 411, ]iase S07. De Ta»b regarde comme od crime épouYaDiablerarrestatloo des membres da eonseU d*£tat.

âats du finibaat eooyoquèreiii à Bruxelles les éUU généraux (1). Cétidt à eux, en effet, qu'il apiiailenailt de décider du sort de

uos provinces : quelque imparfaite que fût leur organisation, ils étaient néanmoins, eu égard à l'état des idtuîs et des institutions politiques au xvi*' siècle» rémanatioQ ia plus complète, rexpression la plus légitime de la souveraineté nationale. Cette eonvocatiott répondait aux vcBnx de Gnillamne, qui, bien loin de rêver pour lui seul un pouvoir sans contrôle, désirait vivement que toute Tautorité fût remise entre les mains des états généranx. Il signala dès lors la nécessité de c trouver et establir » quelque forme de liaison estroite et indissoluble par laquelle » il y cust une generalle oblij^atioii de maintenir et advancer » ceste cause par chacun, de tous ses moyens et force possibles; » aân de soutenir la conservation et liberté de la patrie contre » la tyrannie des Espaignobc et leurs adherens, et de parvenir » à la totallc expulsion dcsdictz Espaipolz et entière délivrance » du pays (â). » Pour obtenir ce résultat, il n'y avait pas d'autre parti à prendre que de se rallier firancbement au mouvement dont les provinces du nord avaient donné Pexemple; le prince d'Orange espéra un instant que les états généraux seconderaient ses desseins.

Pendant que les députés arrivaient à Bruxelles, Geronimo de Roda, dont le départ pour Anvers avait précédé de qudques Jours l'arrestation de ses collègues, s*eil»rçalt de ressusciter k

son prolit rautoriié du conseil d'État. Le 15 septembre, après avoir appelé auprès de lui quelques chefs espagnols, parmi lesquels se trouvaient Julian Romero et Alonzo de Vargas, il avait adressé aux provinces une lettre par laquelle il se déclarait

gouverneur et capitaine général du roi aux l^ays-lia^. u Attendu,

(4) Hehne et Wacters, liùloire de la ville de Unu elles, i. I, page 4 il.

{'■1) Advis de Monseigneur le prince d'Orange sur les poinctz requis et

Dceessaires pour ia coiiservatiuii des pays de pur-deça eu iatm preseus.

Archives de tu maison W Orange, tome V, page 436, o" DGXXII.

Hà6 RÉVOLUTlO^i DU XYI** SI&CLB

» disait-il, que Ssl Msgesté avoit commis le gouvernement gênerai » de ses pays de par-deca au conseil d'Ëstat, duquel à présent » n*e8t daneuré en liberté aultre consefller que moy seul, en

» quoy par ainsi (selon droit et raison) se conserve comme doii)t » estre conservé ledict gouvernement général» et Tauctliorité » que y en despend, vous ay bien voulu avertir par eeste que » ay prins mon logis en ce chastean (d'Anvers), pour d*i(7 » pourvoir, mander et ordonner toutes les choses et affaires du » service de Sa Majesté (1). » Cette ridicule prétention n'excita que le mépris; néanmoins la défaite des troupes des états à Visenacb, près de Tirlemont, dans les derniers jours de septembre, prouva qu'un danger sérieux menaçait encore le pays. Les Espagnols vainqueurs h Visenach flreiïl leur jonction avec les rebelles qui, depuis le juillet, s'étaient emparés d'AIost, et, réunis, ils se préparèrent à continuer leurs ravages. Dans cette situation pénible, les états assemblés à Bruxelles s*adressèrent à l'eiopercur Maximilicn, le suppliant de défendre aux troupes aiiemandes qui servaient alors aux Pays-Bas de se joindre aux Espagnols pour opprimer les habitants; mais la maladie et la mort de IHaximllien (IS octobre) rendirent cette requête inutile. Heureusement le prince d'Orange dont les états avaient aussi réclamé l'appui, venait à leur sollicitation d'envoyer à Gand de l'artillerie et huit enseignes d'in£anterie sous la con* duite du colonel Van den Tempel (26 septembre); presque en même tanps Maestricbt et Cambrai se déclarèrent en faveur des états, qui essayèrent de reprendre l'offensive et de se rendre maîtres des châteaux de Gand et d'Anvers (2). Mais Alonzo de

(1) Amtkctes Belgiques de Gachard, cahier de juin 1830, page 208. (Copiée pai M. Gachartl sur l'un des originaux.)

(2) METERr,>, livre VI, folio 1521. C"esl à l;i même époque qu'eurent lieu les premières relations de Guin iuinc a\cc le duc d'Anjou, qui prit dans la suite une part si honteuse aux iiHaires des Pays-Bas. F. lettre du prince d'Orange au duc d'Anjou, 11) otiubi e 4i>7C. Archives de Ut maison d Orange , lome V, page 443, n* DCXXIV.

Vargas, après avoir surpris et saccagé Maestncht, joignit son corps d'amée à celui de iulian Romero, alors cantonné à Lierre, et les deux capitaines marclièrent de concert sur Anvers pour secourir Sancho d*Avila, gouverneur de la citadelle, vivement attaqué par los habitants et par les troupes du parti des états. Les mutins d'Aioftt avaient été invités à se réunir à leurs compatriotes pour délivrer d*Avila; ils répondirent à cet appel» et le 4 novembre ils entrèrent tous à Anvers. Le gouverneur Ghampagny et le marquis d liavré, général des troupes des états, s'efforcèrent en vain de défendre la cité : ils durent s'enfuir sur les vaisseaux du prince d'Orange qui se tenaient à peu de distance dans I*Escaut (i).

Restes iuaîtres de la place, les Espa^mols ne mirent plus de , bornes à leur furie. Non contents de massacrer tout ce qui se trouvait sur leur passage, ils poursuivirent jusque dans l'hôtel de ville les bourgeois qui s'y étaient retranchés ; puis, voyant qu'ils ne pourraient les en déloger, ils mirent le feu à cet édifice, qui venait à peine d'être achevé et qui avait coûté deux cent mille ducats (â). Leur cruauté pe s'arrêta pas là : pendant trois jours entiers, ils n'épargnèrent aucun de ceux qui tombèrent en leur pouvoir; plus de huit mille personnes furent les victimes de leur rage; six cents maisons devinrent la proie des flammes, et ils ne renoncèrent au meurtre et à Tincendie que pour se livrer au pillage avec plus d'ardeur. On vit des soldats, gorgés de sang et de richesses, se faire fabriquer des corselets d*or avec le fruit de leur butin; d'autres, dans l'ivresse de leur honteux triomphe, jouer dix mille écussur un seul coup de dé (5) . < On évalua à huit millions de florins l'argent monnayé que les

(!) Hmim, lm« VI, folio 135.

(2) Don BnuiAKHDio n Hbioioça (livre XYII, folio SIO) looe boaneonp tes Espagnols de leur atroce eondaile à Anvers et les reianle eomme les instrameDtii de la colère divine.

(3) Li Pim, Gtronique de BoUandê a Zâande, livre X, page 316.

9 Espagnols emportèrent d'Anvers, outre une grande quantité » d'or et d'argent en lingots et en vaisselle, de meubles et » d*atttres effets précieux, que ceux auxquels ils appartenaient

» iiepHit iJî I acheter. La perte occasionnée par l'incendie des » maisons ei d 'ï^ (édifices fut pour le moins aussi grande (1). » Cet irréparable désastre porta un coup terrible à la prospérité d'Anvers : Jusqu'alors si puissante et si riche, cette Tille s'achemina vers une rapide décadence»; elle perdit le rang élevé qu'elle avait conquis parmi les métropoles commerciales du monde, et il lui fallut trois siècles pour ilure disparaître les traces de la ' ftirie espagnole. Il est vrai que PhUippe IV adieva dignement ce que les soldats de Philippe II avaient commencé : la fermeture de l'Escaut, consentie par le traité de Munster (2), consomma la ruine d'Anvers et mit le comble aux bienfaits que répandirent sur la Belgique les glorieux descendants de Charles- Quint.

II était temps enfin de mettre un terme li tant de crimes. Les étals généraux, rassemblés depuis le 14 septembre, avaient dû céder à une nécessité plus forte que leurs secrets désirs; dès les premiers jours d'octobre, ils avaient entamé des négociations avec le prince d'Orange pour établir entre toutes les provinces du nord et du midi ccLlc « union iiidissolui>le » que rèvaii Guillaume et qui était le seul moyen de résister avec succès à d'odieux oppresseurs (3). Les députés des états généraux et ceux de la Hollande et de la Zélande se réunirent à Gand ; ils prirent pour base de leurs travaux les conditions du congrès de Bréda. Le sac d'Anvers bâta le cours des négociations : le 8 novembre, pendant

(1) WiTso^, Histoire de Vhilipyc II, tonio IV, livre \IV, page 21.

(2) Ce traité fui conclu le 50 janvier 1048; l'Espaiîiie y reconnaissail l'indépeodaoce des Provinces-Unies et conseillait en même temps à fermer rEscaot.

(3) LeUre du prince d'Orange à Jean de Nassaa, Middelbourg, i"* novembre 1576. jtfcWrfi* 4e la maison d'Orange, t. V, page 470, n" DCXÏ>.

que le canou des états battait les murs de la citadelle, la pacificalion deGaiid ftii signée à lliôtel de ville |>ar les représentants de la Hollande, de la ÎSélande, d*Utrecbt et de toutes les j»ro?inees

méridionales, à l'exception du Liixenibour};, où venait d'arriver don Juan d'Autriclie, le nouveau gouverneur ^Tuéral. Cet acte fameux exerça une si grande influenee sur la dernière époque de notre révolution» les clauses en ftarent si diversement interprétées, qu'il est indispensable d'en bien apprécier le caractère et la portée, afin de pouvoir décider avec certitude de quel côté furent alors la justice et la vérité (1).

En promettant d'entretenir entre toutes les provinces t une » ferme et inviolable paix, accord et amitié » et d'y employer corps et biens si cela était nécessaire, les signataires de la paciOcâtion de Gand remplaçaient par une solidarité l'écoude le déplorable système qui rendait toutes les provinces étrangères les unes aux autres et qui avait ftiit jusque-là toute la force des Esi)aiîiiols. C'était un ^i.tiid pas vers la centralisation et l'unité : on substituait une action puissante, houiogcuc à tous ces essais partiels de résistance qui ne pouvaient avoir d'autre résultat que d*épuiser les ressources du pays. Sans méconnaître encore l'autorité royale, ce qui est fort reiiiiiniuable, on renu liait aux états généraux, « convocqués eu la forme et manière que se » feist au temps que feu de très-baulte mémoire Fempereur » Gbarles feist la cession et transport des Pays-Bas ès mains > du roy, » le soin de mettre ordre à toutes les affaires du pays. Cette clause était la consécraiiou d'un principe nouveau, le droit de la nation k veiller elle-même sur ses propres intérêts et à remplacer par sa volonté Taicbitraire souverain; plus tard cependant, après avoir juré de se conformer à la pacification de Gand, les représentants de Philippe voulurent exiger de uos

(1) V. le texte de la pacification ù la iiti du voiame, n ' U des Doi umenls hisloriques.

provinces l'obéissanee comme au temps de Vempereur Charles- QuM.

La question religieuse surtout présentait des points délicats et d'une solution difficile. Pour les régler, les députés des deux parties contractantes déféraient d'abord anx états généraux le soin de décider sur « le £ait et exercice de la religion reformée » ès pays de Hollande, Zélande, Hommel et lieux séparés; i puis ils s'exprimaient en ces termes :

« i>oresenavant, les inhabitans et subjectz d'ung costel et » d*aultre, de quel pays de par-deça, ou de quel estât, qualité ou » condition quils soient, pourront partout hanter, fréquenter, » passer et repasser, demeurer et traficquer, marebandement et » aultrement, en toute liberté et seureté. Ditn entendu qu'il ne » sera loisible ny permis à ceuix de Iloilande et Zelau lr, ni à » aultre de quel pays, qualité ou condition qu'il soit, de attenter » aucune chose par-deça, hors des dictz pays de Hollande et » Zélande et aultres lieux associez, contre le repos et paix » publicque, et signaniuient contre la religion catholicque ro- » maine et l'exercice d'icelle, à peine d*estre puniz conune per- » turbateurs du repos puhlicq (1). »

11 est impossible de trouyer la moindre équivoque dans ce langage : les auteurs de la pacilicaliun, ju.squ'à la décision des états généraux, stipulaient la liberté de conscience pour tous, toléraient en Hollande et en Zélande Texercice de la religion réformée, et protégeaient partout ailleurs le culte catholique, auquel ils accordaient une prépondérance marquée. Par une modération doul ou ne peut s'empêcher d'être frappé, les provinces du culte réformé, suivant en cela les avis du prince d*Orange, se contentaient pour leur foi d'une tolérance restreinte, tandis que le catholicisme était pour ainsi dire considéré comme religion d'État. C'était faire preuve d un bien grand

(1) Art. IV de la paeiacatlon.

ilANS L£S PAYS-BAS

désir de coocordc; Guillaume, avec sa sagacité habituelle, ne voulut pas élever des prétentions qui, toutes légitimes qu'elles eussent été, eussent pu entraver les négociations entamées ; mais

on ne lui tint pas compte de cette prudente conduite.

Après avoir ainsi .réglé les poiuis fondamejUaux de leur commune alliance, les députés des provinces décrétèrent par le même acte Tabolition de tous les placards relatife h, lliérésie, le renvoi des soldats espagnols, le pardon de tous ceux qui avaient pris part aux troubles, le maintien du prince d'Orang:e dans les pouvoirs dont il était revêtu, Télargissemeut de tous les prisonniers, la restitution de leurs biens à ceux qui en avaient été dépossédés, et la réintégration des prâats et des ecd^iastiques dans tous leurs bénéfices.

Telles furent les dispositions les plus importantes de ce pacte célèbre qui donnait une sanction solennelle aux principes de la révolution, et dont on ne peut méconnaître le caractère équitable et réparateur. En somme, la pat ili cation promettait à nos provinces l'union, la tolérance et la liberté; si l'on ciit persisté dans cette voie, Témancipation politique des Pays-Bas était assurée; mais il arriva que les états généraux, comme leur organisation devait le faire |)ressentir, donnèrent bientôt eux-mêmes le spectacle des plus tristes dissensions. Les partis, au lieu de déposer à la fois leurs ressentiments et leurs armes (i), voulurent se servir de la pacification contre ceux dont Us redoutaient la supé^ riorité, après l'avoir signée dans un moment d'exaltation causée par l'immiueiice du péril commun. Les instincts de caste se réveillèrent plus puissants que Jamais ; les seigueui's et surtout

(1) « Vuil îd omnino lempus, quo de rébus Belgici^ lim ; sperare licurt, si eiim armis et odia ponerenlur. S<;d mihi liiBcalliùs repeleuli certissima iiialorum oriu'o vidctiir proeeruoi «iboiulatrix ambitio, et huic nuo dissiinilti populi vitiuuâ ;il ruplus su» rellgionis amor, nanquàm se iolrà fœdepa, nunqiiàm praescuieni inlrà iorlein tcnens : lia"c dùni maneiit, nec parles unquàin danmii ucc inslrumeola io liberuitem. » Uvgu CiKotius, livre II, page 49.

17â RÉVOLUTION BD XVl^ SIÈCLE

ceux (les provinces méridionales, excités par la jalousie qu'ils ressentaient contre le prince d'Orange, sacrifièrent Fintérèt public à leur amour-propre, et, de concert avec les membres du

clergé, ils déchirèrent aussitôt qu'ils le purent un traité conclu sous l'empire de la teneur que leur inspiraient les iiordes étrangères.

Trois jours après la sipature de la pacification, les troupes des états s'emparèrent du château de Gand, que les Espagnols

avaient jusqu'alors occupé (i! novembre 1576). Le lendemain 1:^, le comte de llenneberg s'empara, au nom des états, de la Tille de Valenciennes; peu de temps après (I), Groningue et la Frise se déclarèrent pour ce parti ; Gaspard de Robles, sire de I>ill\ , jxouvcrnour de cette province pour r£spague, lut fait prisoiuiicr et tut remplacé dans ses îouctions par le comte de Renneberg. Ces succès étaient d'un fovorable augure pour la causci nationale, et si le prince d*Orange, dont la popularité augmentait chaque jour, eût pu déterminer les états à suivre ses conseils, la venue de don Juan n eùt probablement rien changé à la £ace des choses. Mais le génie de Guillaume offusquait ces intrigants obscurs qui ne voulaient pas recon* naître de pouvoir plus élevé qu'enx-m^es et qui n*étatrat pas assez luii> puui jimcr le rôle qu'ils enviaient à d'autres. Malgré toutes les garanties de dévouement et de loyauté que le prince avait données au pays, malgré réminent service par lequel il venait de se signaler en aidant de tout son crédit à la conclu* sion d'un iraité qui rendait impossible toute idée ambitieuse de sa part, il ne put parvenir à vaincre Tinconcevable déliauce des états et dut bientôt renoncer à Fespoir d'arracher tout le pays à la domination espagnole. A partir de la pacification de Gand, le mouvemeiil révokiiiuiiiiaire, dont la marche avait éiv jii^^fiu alors ascendante, entra dans sa période de déci oii»i>ance; uue pitoyable

(1) 24 Qovtmbre. F. MmiBir, livre VI, folio lâ7.

anarcliîe paralysa les moyens de résistance que Ton eût pu

opposer aux cHorts de l'Espn-^iie ; et tandis qm l'union d'Utrecht attraûciiissait à jamais la Hollande, les succès militaires de doo Juan et d'Alexandre Famèse, joints à l'iiabiieté politique de ce dernier, firent rentrer sous le joug les provinces méridionales, qui, moins heureuses que leurs voisines, virent une ère de malhoars et de servitude succéder à la trompeuse aurore d'un jour de lil>erté.

mokiiÈMË pMobë

CUAPITRË IX

DON JUAM d'aUTBICHE

Pendant que les populations de nos provinces s'abandonnaient à res|)oir qu'avait fait naître la pacification de Gand, le nouveau gouverneur général que Philippe avait investi des pouvoirs provisoirement délégués au conseil d'État, arrivait à Luxembourg, sans escorte et sans suite, après avoir traversé la France au moyen d'un déguisement. Par une coïncidence étrange, il avait mis le pied sur le sol belge le jour lalal où Anvers subissait les terribles effets de la (urie es|»agnoie. Fils naturel de Charles- Quint (1), don Juan d*Àutricbe avait dès ses jeunes années donné

(1) Il était né à RaiisboDne k %k février Sa mère, d'après Strada, se Dommail Barbe filomberg.

RÉVOLUTION DU X¥l« SIÉGLB

des preuves éclatantes de ce courage aventureux qui le distingua pendaat toute sa vie. Élevé à la conr d*£spagne avec don Carlos et Alexandre Famè^e, ses neveux, qui étaient à peu près du même âge que lui, il s'était illustré de bonne heure en comhattaiit avec succès les Maures de Grenade révoltés contre la tyrannie de Philippe. Choisi plus tard par les princes chrétiens pour commander l'expédition dirigée contre les Turcs gui infestaient la Méditerranée, il avait remporté sur la flotte ottomane la célèbre bataille de Lépante, qui l'avait placé au premier rang parmi les plus grands hommes de guerre de son époque. 11 rêvait déjà un empire conquis dans ces lointains parages aux dépens des infidèles, mais ses exploits avaient alarmé la soupçonneuse jalousie du monarque cspaj^nol (1) qui, craignant de rencontrer dans son frère un rival redoutable, Tarracha brusquement aux lieux témoins de sa gloire et l'envoya aux Pays-Bas comme dans un exil où devaient s'anéantir ces splendides espérances. On conçoit quel dut être le désappointement de don Juan d'Autriche lorsque, violemment jeté par la volonté de Philippe au miUeu d'un peuple justement irrité, il vit surgir autour de lui des difficultés insurmontables et qu'il se trouva forcé de lutter sans cesse contre un sentiment de défiance d'ailleurs trop légitime. Bouillant et chevaleresque, peu habile à déguiser sa pensée, le rôie de négociateur ne convenait point à son caractère; aigri par rinjurieuse conduite du roi à son égard, il s'irrita des obstacles que lui opposait l'ombrageuse susceptibilité des états et de la nalion entière : la patience lui manqua; il eut recours h son épée pour terminer un différend qui en réalité n'avait pas

{{) PibHKK liiRMANN, ilaDs la préfaie ii€ ses Ànalecla Delgica, |Wge XV, dit et) (larlant de Philippe et de dm Jiiiin : u Sed, ut ad ilitid poteiUi»; fasti- ») gium fralrcm luinc eveherel. non palitlnilurlpsius Pliilippi aiiibilio, timens, )> ne si Austnacus bL'Ilicoso iiiiieiiio voli iieret compos, ipse instar Massi- )) imix ail hocJugtirdia. rmirc >iio spurio, regao spoliarelur, quoU exemplo » etiaui doraestico cavere jubeiialur. »

DANS LES PATS-BAS iTT

d*aiitr8 solution possible. Les ons ont fidt un traître du frère de Philippe ; d'antres ont exalté sa modération et sa bonne foi : ce ne fnt qu'un j^nitTi icr avt iiuiit ux, passionne pour les ciioses exti'aordinaireâ, trop impétueux pour temporiser et pour feindre longtemps wtt adresse (1), un vrai ehevalier aimant à frapper d*estoc et de taille, mais peu f^lt pour les orages et les intrigues polit iquos. S'il nV'At fallu que coiuhaUre, il eût toujours été le héros de jLépante, et il le prouva bien à Gembloux; mais, consumé par ee besoin d'activité auquel il ne trouvait point d'aliment dans la mission dont il était chargé, il s'éteignit à la fleur tic 1 ipL, laissant à un génie plus cuini ItH et moins fougueux que le sien le soin de paciûer ou plutôt de soumettre nos malbeurensea provinces.

En arrivant aux Pays-Eas, don Juan s'empressa de déclarer

aux états que ses inu uiioiis étaient conciliali ices et qu'il désirait vivement rétablir l'union entre le peuple et sou souverain. Quelle que lût la loyauté du Jeune prince, la réalisation de ce désir était impossible; Guillaume ne s*y laissa pas tromper : il donna dès le 9 novembre aux états le conseil de s'assurer de la personne de don Juan, qui était euue dans nus provinces sans être porteur d'un sauf<-conduit (â). C'était bien certainement le plus sûr moyen de mettre nn terme aux embarras de toute nature qu'allait susciter la venue du nouveau gouverneur général, mais la piisillaniiniLé ordinaire des états les lit reeuler devant une mesure qui, toute sage et toute légitime qu'elle était, les effirayait par sa hardiesse, et ils se montrèrent disposés à entrer en négO" ciations avec don Juan. Ils ne voulurent toutefois pas le faire sans cousulter le prince d'Orange, dont la popularité était alors

(i) « Tome ia diflércnce entre te Jib, le dued'Âlbc et r^uys de Reque- » BOUS estoit qu'il estoit plu jeiiM et plus sot que les laltree, et qa'il ne » pouvoit pas si longtemps caelier sod venin el dissimuler ses charges. »

Apologie du prince d'Orange, page 90.

(S) AreHvei (kia maison fgOrange, loœe V, page 494, u** DGXLVItl.

à soD comble, sur les garanties à réclamer daas TiAtérét da pays. Guillaume se trouvait alors à Middelboiirg ; le 30 novembre il lit connaître anx états son avis sur la situation présente et sur les

conditions à imposer à don Juan. Ces conditions étaient de n'entamer aucune négociation avant le départ des troupes espagnoles, d'exiger la ratification de la pacification de Gand, la confirmation de tous les privilèges, ainsi que l'assemblée fréquente et régulière des états généraux. Cette remaïquahle lettre, où brillent de tout leur éclat la prudence et la sagacité politiques du prince d'Orange, se terminait par ces mots : c le vous supplye prendre » en bonne part cest advis, comme de celui qui exposera tous » ses moyens jusques à la dernière j^outte de son sang pour le » salut et le repoz de iiostre commuue palne et de vous aultres, 9 Messieurs, en particulier, comme je désire vous rendre par > effect tons les tesmoignages qu'il me sera possible de ma » droicte et sincère affection en cest endroict (1). » Ce noble langage ne parvint pas à désarmer les passions haineuses : les principaux chefs de la noblesse, que l'envie excitait contre Guillaume, étaient décidés à paralyser l'effet de ces sages conseils; ils résolurent de se rendre à Namur pour s'entendre avec le nouveau gouverneur, coimnc il les y avait invités. Mais lorsqu'ils y furent arrivés avec les membres du conseil d'État, don Juan, préoccupé du soin de sa sûreté personnelle, refusa de quitter Luxembourg pour venir assister aux conférences qu'il avait luimême provoquées. Les députés des états se virent donc obligés de reveuir à Bruxelles sans avoir retiré aucun fruit de leur démarche.

Ce Ait alors que, sentant toute la nécessité de cette union

compromise chaque jour cependaiii pai la jalousie et l'égoïsme, quelques députes des états généraux conçurent le projet d'un nouveau pacte fédéral qui, en confirmant les clauses de la paci-

(1) Gauuahb, Ànakcies belgiques, cahier d*aoûl 1830, page 301.

ficatien de Gand, pût convaincre don luan de la ferme intention

du pays de ne pas reconnaître son autorité s'il n'accédait pas aux conditions qu'on lui avait soumises. L'union de Bruxelles fut le ihiit de leurs efforts (1) : le 9 janvier 1577, les représentants de tontes les provinces» le Luiembonrg seul enseptë, s'engagèrent solennellement c à tenir et entretenir inviolablement et à jamais » leur association, et ee pour la ( oustrvatîon de la saincte foy » et religion catiiolicque romaine, accomplissement de la paci- 9 fication, conjointement poar rexpnlsion des Espaignolz et » leurs adhérons et la dene obéissance de Sa Ms^esté, pour le » bien et repos de la patrie, ensemble pour le mainûi nnrmcut » de tous et cliascuns des privilèges», droictz, fraucbizes, slatutz, » coustumes et usances anciennes. » Cette ferme déclaration feite non«^ulement par les états généraux, mais encore par les principaux seipeurs, qui se virent contraints d'y adhérer sous peiue d'être regardés comme traîtres et euiicmis de la patrie, lit . réfléchir sérieusement don Juan et ne eontnhua pas peu à le fidre céder, momastanément do moins, aux vcrax du piqrs; toutefois il faut reconnaître que, sur le point capital de la question reli^jicuse, iesprit de l'uuiou de Bruxelles différait essentiellement de la pensée généreuse qui avait inspiré les signataires de Ui pacification deOand. Én eifet, au lieu deréserver la décision de cette question importante et de proclamer le principe de la tolérance, les auteurs de l'union de Bruxelles se bornaient à dire que leur association avait pour but « la conser- ' € vation de Ui saincte foy catholicqne romaine, » sans ajouter un mot de pins relativement à la protection à accorder aux dissidents. CVuiil évidciinricQt faire un pas en arrière et renoncer de plein gré à une partie des avantages que devait assurer la pacification ; c'était compromettre Fanion des provinces et iaire naître de sàieuses défianceschez tous les partisans de la religion

(i) V, le texte de eet acte important à la fia da volome n<» 111 des Documents hittoriques.

réformée; en uu mot, c'était déserter les vrais principes de la révolution pour se rapprocher de don Juan et de TËspagne (I). Ces tendances de l'union de Bruielles n'échappèrent point aux

députés des provinces septentrionales; îls ne consentirent à signer le nouveau pacte qu'avec des restrictions foi rnelles en ce qui concernait la religion. L'acte du 9 janvier iô77^ne fui donc pas un tiiomplie de plus pour la cause de la liberté, et si, d^ine part, il exerça quelque influence sm la conduite politique de don Juan d'Autriche, de l'autre, il eut le iuneste résultat de faire encore une fois germer la division entre des hommes qui, pour adorer Dieu de diverses façons, n'en étaient pas moins des concitoyens et des frères. On vit bientôt la plupart de ces nobles qui avaient juré de rester dévoués aux intérêts communs oublier leurs devoirs et leurs serments et passer dans les rangs de ITspagne, écoutant ainsi les conseils d'une ambition froissée . bien plus que la voix de la patrie.

Sur ces entrefaites, don Juan avait quitté Luxembourg et s'était avancé jusqu'à Marche^-Famenne, où des députatiôns envoyées par les états généraux étaient venues à plusieurs reprises le presser de sous<n1reaux conditions qu'ils lui avaient proposées. Il liésitait encore ncanmoins h ratifier la pacilication de Gand, lorsqu'il reçut des états plusieurs attestations par lesquelles les évéques et les abbés des Pays-Bas, les docteurs, des Acuités de théologie et de droit de l'uniymité de LouTain et les membres du conseil d'État déclai-in iiL que la pacilication « ne contenoit' rien qui fust préjudiciable à la saincte foy et » religion catholicque, ains au contraire en advantage d'icelle, » et semblablement aucune chose pre}udiciable k la supériorité, » auctorité et obéissance deue au roi par lesditz Pays-Bas. » Rien n'était moms sincère que ces aiicsiations ; le texte même

(1) Sur l'union de Bruxelles, V. De Unie ra)i li russe I des jaars 1577, tiaar hct oonpronkclijke uityegevcn, duor M. J^C, de Jonge, substUuutarchivarius van hel liijk, 's Gravenhage, 1825.

du traité d'aiila&ce du 8 novembre sullisait pour leur doaaer un éclatant démenti; il n^est donc pas possible d'admettre que don Ivan ait pa les prendre ao sérieux, mais il y vit avec raison un

syiiipiiiiiie «le faiblesse de la part des états, qui semblaient reculer devant ieui* propre ouvrage et vouloir, en reniant leurs actions et leurs paroles, se foire pardonner d'avoir été si audacieux. Dès ce moment, ses hésitations cessèrent; Fédit perpétuel ftit signé ii Aluicbe-en-Fanienne le 1^ lévrier 1577 (i). Par cet ëdit célèbre, le gouverneur général accordait au nom du roi une amnistie complète à tous ceux qui avaient pris part aux troaUes des Pays-Bas; il ratifiait, snr la fol des déclarations délivrées

par les évèques et le conseil d'État, tous les articles de la {i.icification de Gand et ordonnait en conséquence la convocation des états généraux; il consentait au renvoi définitif des troupes étrangères et stipulait rélargissement des prisonniers, en y corn» prenant le fils du prince d'Orange, ainsi que la confirmation de tous les privilèges. Mais l'article XI rendait illusoires les concessions accordées par don Juao d'Autriche: par cet article, les états généraux promettaient c sur leurs consciences, foy et € honneur, devant Dieu et tous hommes, de maintenir en tout « et |)arlout la foy catholique, apostoluiiie et roiiiaïue, et l'auc- « torité et obéissance deue au roy et de jamais n'y contrevenir. » Que devenaient les espérances des partisans de la liberté religieuse en présence d*un engagement semblable, d*une violation aussi llagiante de la foi des traites? Tel était Fiiicuncevable empressement des états à se réconcilier avec don Juan, qu'ils n'attendirent pas même pour adhérer à Tédit perpétuel que le prince d*Orange eût répondu à la communication qui lui avait été faite de l'état des négociations. Quant à don Juan, sa résolution subite et inattendue d'accepter la pacification de Gand, qu'il avait d'abord ouvertement blâmée, et de se rappro-

(1) V, k texte de l edil, n'' IV des Documents hidloi ique-^.

RÉVOLUTION DU X\l^ SIÈCLE

cher de ces mêmes états pour lesquels il avait à son arrivée manifesté une défiance teUement grande, qu'une garde de trois mille hommes lui paraissait à peine suffisante pour le protéger, ne parut étrange qu'aux moins elainroyants (I). Le prince, témoin de l'humiliant servilisme des députés, dut naturellement compter sur leur concours pour rétablir à l'exclusion de toute aulre la religion catholique, sauf à recourir à la force si, comme ron devait s*y attendre, le prince d'Orange et les siens refusaient en ce cas de se soumetuc à la décision des états {^M.'néraux (2).

Véùii de Marche-en-Famenne ne servit donc qu'à compromettre le succès de la révolution en étouflant les semences de concorde et de progrès que renfermait la pacification de Gand. Il était à peine publié, que le prince d'Orange et les états de la Hollande et de la Zélande protestèrent par uu acte daté de Middelbourg le 19 février i&ll contre certains articles de ce traité et spécialement contre celui qui restreignait la faculté d'assembler les états généraux. Quant à la religion, ils disaient < que la » pacification de Gand n'estoit pas approuvée simplement, mais > couvertement et finement, par des parolles sur lesquelles on » pouvoit £ûre des interprétations incertaines et trouver des » subterfuges frauduleux semblables à ceux de madame de » Parme, qui ;ia (j> ent este cause de tant d'effusion de sanij (3). » Us ^goûtaient que 1 edit ne cunteuait aucune garantie pour la

(1) <( Obtupesccbant omnes ad subitam hanc et Inexpeclalam Joannis Austriaci, à nalurâ elati et superbi, mutationem qui nuper Pacificalionem Gandavensem adprobare negaverat, qui ad ordines venire dedignaïus erat, nisi obsidibos è primft nobUitate datis, et numeroso ad corporis custodiam sateilltio stiiwtus, adeôqoe mirtbuitar eancli, enndem illom Âusiriacum none tàm tecflem et obseqneitem aUrè sine eominia isfo Mw eoacordi» eam ordioibQt eootnhere et at Tboanos dieit, aliam repenlè personam induere. Sed Tel ideè prodentioribos sospeelior ent.» P. Boixauhi, AnakeiaBelgica, tome I, page XXIV.

(2) GaoBR Yah Pminvmii, Àr^m de la maison dOrange, tome VI, ptge I.

(5) Mmini , BUiaire des Pays-Bas, livra VI, foUo 134.

UûUaude et la Zélande, et refusaient de reconnaître don Juan pour i^ouvernear aussi longtemps qu*il n'aurait pas fait droit à leurs réclamations* Dès lors aussi, le prince d'Orange, prévoyant

qu'une nouvelle collision était inévitable» se mit sur ses gardes et (it hâter Tachèvement des loiiilications de Uaarlem et de Sparendam.

Cependant don luanr, en exéeution des promesses qu'il avait fiites, avait ordonné le (loi)art des soldats espagnols. Après avoir

reçu des états la somme de trois cent mille livres pour la moitié de ce qui leur était dû, ils quittèrent le pays sous la conduite de Pierre-Ëmest» comte de Mansfeldt. Une çlause spéciale de Tédit de Marche-en-Famenne avait également mis à la charge des états le payement des troupes allemandes au service de l'Espagne dans les Pays-Bas; il avait en outre été stipulé « que » jusqu'à ce que à iceulx Ailemans fust donnée la satisfaction » que diet est, ils pourroient demeurer paisiblement ès dictz » Pays-Bas, en protection et asseurance des estats. » Les res* sources linancièrcs étaient épuisées ; on n'avait complété qu'à grand'péiue la somme que ïou s'était engagé à payer immédia* tement aux Espagnols; il fallut donc bien tolérer le séjour des régiments allemands dans nos provinces et renoncer ainsi de fait au bénéfice do 1 edit perpétuel, qui avait accordé le renvoi de tous les étrangers.

Ce Alt dans ces circonstances que don Juan fit son entrée à Bruxelles, le 4*' mal 1577, en qualité de gouverneur général. Un grand nombre de seigneurs et de ^gentilshommes raccompagnaient, mais il n'avait pour toute garde que quatrevingts arquebusiers que lui avaient donn^ les états. Son pre^ mter soin fut de mettre le prince d'Orange en demeure d'adbérer àl'édit perpétuel, tant pour lui que pour les pays de Hollande et de Zélande. Déjà, le 8 mars précédent, il avait chargé le docteur Ëlbertns Leoninus d'une mission pour Guillaume : Leoninus, qui était aussi porteur d'une lettre du duc d'Aersebot, devait

engager le ])rince à accepter les conditions faites par don Jaan aux autres princes et avait offert de lui donner toutes les sûretés désirables pour la restitation dd son àh et de ses biens. Après avoir mâraoïient réiéehi, lè prince répondit le 13 mars à Leoninus qu*il ne pouvait rien faire sans l'assentiment des états de la Hollande et de la Zélande et qu'il n'espérait pas d'ailleurs que fon pût parrenir à s'entendre. Il consentit toatefois» sur TinvitatiOB de don Juan, à envoyer des députés aux eontérences de Gerlmdenberg qui s'ouvrirent le 15 mai ; mais cette tentative fut aussi inutile que toutes les autres, et les députés se séparèrent sans avoir ri^ pu conclure» comme le prince d'Orange Favait prém.

€e premier échee irrita don Juan; dès le 7 avril précédent , il

avait écrit au roi « qu'on ne pouvoit remédier au corps des » Pays-Bas qu'en retrenchant ce qui e&toit malade, et qu'on » le debvoit £iire incontineni, sans qa<^ tout esloit perdu. » Son impatience s'Mcmt encore lorsipi'U eut à lutter contre les dillicuUi s de toute iialui v doitL IVnluiuaieiit les états, qui n'avaient couseuti à reconuaitre don Juan que dans l'espéranee de partager le pouvoir avec lui. £n outre» le pe«ple de Bruxelles» dévoué an prince d'Orsnge» saisissait avec era* pressemenl toutes les occasions de témoigner sa haine pour les Espagnols et pour tous ceux qui appartenaient à ce parti. Un jour même» le gouverneur s'était jrendu k rhétcl de ville « pour y veoir passer la procession solennelle de la dedi- » casse ; » la foule attaqua les gens de son escorte et les pour^ suivit jusqu'au palais en les accablant d'iujuj es et en les appelant « espaiguolises (1). » îkm Juan n'était pas de caractère à sup-

(1) Véritable récit des choses passées ès Paiê-Bas depuis la wtm d» tdgneur don Jefian d'AustncCy lieutenant, gouverneur el captUnne-generai pour le Roi en iceulx. — Avec solaiioii des objets contenns aa discours non véritable mis en lumière par les estais 4esdictz Pais, ele. A Lcwfaio, ebet Pierre Zansre et Jetkaa Maes» iatyrliMi» 1^7&

porter longtemps ces outrages iliits à 8011 autorité; les négociations, les discussions qui se renouvelaient à chaque instant, déplaisaient à un homme habitué à ne pas reconnaître d'autre droit que eeloi de son épée. c S'il iinit snjrre le Tieux style an » gonvemement, écrivait-îl le 7 avril 4577 k Antonio Ferez, » conseiller du roi d'Espai^ne, la douceur d'une fenimt^ ou d un » eniant sera sans comparaison plus à propos que celle quo je » pourray user. » Et plus bas il sgoutait : « Ny ma condition > ny mon âge ne sont ponr l'oysiveté de ce gonvemenent, ny » pour soulFrir ce qu'il y fafidia cnduici sans fmict; il est très » nécessaire que Sa M^esté me tire d'icy, car, ne le faisant, il » adviendra que je manqueray à toutes mes obligations. » L*explieatîon de toute la conduite de don Juan se troave dans ces quelques ligrnes; il se sentait h rétroiL dans le cerele que Philippe lut avait tracé, et il chercha par tous moyens à en sortir. Mécontent de n'avoir pu obtenir Tassentinient de la Hollande et de la Zélande à Tédlt de Marcbe-en-Famenne et de llmmeose popularité dont le prince d'Orange jouissait à Bruxelles, îî songea à quitter cette ville pour se retirer à Malinc&. De leur côté, les seigneurs, adversaires constants et implacables de Guillaume, lui attribuèrent d'odieux projets et réveillèrent ainsi cbez le gouverneur le soupçon qu'on en voulait à sa vie.

Don Juaiî lui-même a pris le soin de constater, dans une curieuse lettre adressée de Namur aux états généraux, le S4 aoât IS77, les manoeuvres employées pour le ciriwnvenir et le pousser, par crainte de Guillaume, à quelque parti violent et » décisif. « Nous estions à I^Ialines, dit-il dans cette lettre, se » pourmcnant le duc d'Aerscbot avec nous, au mois de juing » dernier, entre autres propos que disntes, fost eeste devise » principale, qu*il nous diet que tout allolt de mal en pis, et » que nous et ceulx de nostre suite n'étions i)oint asseurcs, » pour ce qu'il scavoit fort certainement qu'il se faisoit ligues, » et traictoit choses contre nous et ceute de nostre dicte

186 RÉVOLUTION DU XVr ijlÉCLE

» suite : et que partant nous faisoit savoir que l'intention pre- » miere du prince d Orange, de se saisir de uostre personne, > durait encore ; mesmes par ayant nostre réception du gouver- » nement, avoit escript une lettre aux estats, de laquelle il » disoit avoir copie, par où les preadvisoit que, entretant que » ne serions pries, Ton ne pourroit consuivir la fln à laquelle » ils taseboienty et partant convenoit de mettre nostre personne » ensenreté.

« A quoy demandasmes en ces termes : Et quoy, monsieur » le duc, où seroil la parolle? II nous respondit cliquant les » doigts qu'il n'y avoit plus de parolle, ou cbose en substance; » et replicquant à quelle intention ils nous vouloient saisir, » respondit, pour nous ^re si^er tout ce qu'ils youloient; et » l'interrogeant que seroit ce qu'ils \ouldroicnt, respondit, » liberté eu tout, ou cboses telles. A quoy nous disnies que si » ne voulions signer, quelles cboses ils nous feroient : lors » respondit qu'il nous adviendrait ce qu'estoit autrefois advenu » à certain duc ou prince de ces estais duquel n'avons sceu » retenir le nom, à sçavoir qu'après nous avoir forcé à faire leur » volonté, nous nieraient et tous nos gens par les fenestres, en • nous recevans sur leurs picques (I).

Ces avertissements perfides mirent le comble à ïïrritation de don Juan. Les régiments allemands commandés parles colonels Foucker etFronsberg n'avaient pas. encore pu être congédiés, faute d'argent pour payer leur arriéré de solde, et ne demandaient pas mieux que de se prêter à un coup de main : don Juan entretint avec ces colonels de secrètes intelligences; il leur transmit Tordre de se préparer à marcher sur Anvers {% . D'un autre côté, Berlaymont, gouverneur de Namur, était tout dévoué à la cause espagnole; le frère de Philippe n, mettant ce zèle à profit, saisit adroitement le prétexte que lui ofirait le séjour à

(1) Véritable reeU,^,

(S) Meubbii, livre VII, folio 138.

Spa de Marguerite de Valois, reine de Navarre ot sœur du roi de France, pour se rendre à Namur, d'oà il fit parvenir le 25 juillet à Foucker et à Frondsberg les dernières instructions

relatives à raccomplissement de ses desseins. « Puisque la » chance est desja jettée sans la pouvoir rappeler, leur disait-il, » il est nécessaired'enclieminer le dez pour le bien iaire courrir, » et ce qaï importe est la brièveté et diligence dans l'accom- » plissement de ce qui a esté convenu (1). » Le lendemain, rendu à lui-même par ces conceptions aventureuses, don Juan s^empara par surprise de la citadelle de Namur et y établit son qiiarder général. Il ne ftit pas aussi heureux dans l'entreprise dirigée en même temps contre Anvers : non -seulement les colonels allemands échouèrent dans leur attaque contre la ville, mais ils furent forcés d*évacuer la citadelle qulls avaient occupée jusqu'alors. Instruit de cet échec, don Juan ordonna à toutes les troupes royales qui se trouvaient encore aux Pays-Bas de se concentrer dans les environs de ^.^ii)uI'; il se vit bientôt ainsi à la tête d'une armée aj^ucrrie et prête à le seconder.

Un sentiment inexprimable d'étonnement et d'indignation accueillit à Bruxelles et dans tout le pays la nouTcUe de ces événements, qui rendaient eneorc une fois la guerre inévitable. On put voir alors combicji le prince d'Orange avait raison lorsque, appréciant rimpossibilitéde toute transaction entre les principes de la révolution et ceux du despote espagnol, il donnait aux états de sages conseils que Von n'avait pas daigne suivre. Don Juan, revenu de son premier enthousiasme, comprit pro- . bablement aussi qu'il s'était laissé entrainer trop loin (â); car, le jour même de la prise de hi citadelle de Namur, il écrivit aux

(1) Sommier ffùrnnrs des justes causes et raisons qv'ont con:)lrainc( les cstafs (lenerauLc iks Païs-Bm de pourvoir à leur deff'ence contre le seigneur don Jehan d Amtrice, Anvers, Guillaume Syivius, imprimeur du Roy, 1H77.

{"À) Archives de la nwùan ^Orange, lome VI, pagti 127.

états, pour justifier sa conduite, qiril n'avait eu d aiure but que de veiller à sa sûreté personnelle. « Vous asseuraui de recbe(^ » jgoutaitril, que de la part de sa dicte M^gesté et la nostre tous » sera maintenu et gardé tout ce qui vous a esté promis et juré » et qu*il n'est présentement question que de fidre obéir ceulx » qui troublent le bien et i t.pos imblic, comme sçavons estre la » raison et le désir de vous tous (1). » Ce langage conciliaut 8*aocordait mal avec les actes du jeune prince ; aussi les états généraux, fîirieux d'avoir été joués, accueillirent fort mal ies proj)u.silioii.s (jUL' don Juan leur fit faire le 27 juillet par les sieurs de Kasseugiiien et de Grobbendonck. Don Juan y demandait eu substance qu*on lui accordât une garde suffisante pour veiller à sa sâreté et pour maintenir la dignité de son'rang ; qu*il lui filt permis de conférer les ollices et les charges, dans les limites de la paciiication et des privilèges du pa^s; qu'on lui soumit la liste des membres des états pour en rayer < les personnes suspectes » deiaire mauvais office; » enfin, qu'on prit rengagement de se joindre à lui pour foicer le prince d'Orange et les états de la Hollande et de la Zélande à adhérer à Tédit perpétuel (2). Ces propositions étaient accompagnées d'une nouvelle lettre dans laquelle le général espagnol protestait de la pureté de ses intentions, de son désir d'oublier le passé et d'Observer la pacification c comme autant vray amy et bon patriote et plus qu'aulires se 9 vantant de Testre. »

Les états ne r^ondirent à ces avances qu'en accusant don Juan de trahison et en lui reprochant, pièces en main, d*avoir écrit au roi d Espagne pour l'engager à agir avec rigueur contre

(1) F. celle iellrc à la lin du volume, n* V des Documents historiques»

(2) Poinclz exhibez par les sieurs de Hassenghien et de Grohbendondif de la part de Son Alteu aux estais, 27 juillet 1577. Véritable récit, etc. — Sur les néi^ociations entre doD Juan et les étals jusqu'à la déclaration de guerre du 25 janvier 457ë. Y. Gaspau Sghri, CommerUarùm ineéUum de pace inter Joannem Austriacum et ordines Belgicoi {Anakcta B^gica de BuHuim, tome II).

les Ps|8-Bas. Un incident singulier ?enail de pron?er, en effet» aux plus incrédules que Ton ne ponvait ajonter foi k toutes les

promesses faites au nom de rEspagae. Le roi de Navarre, que (les Ueas d'amitié unissaient depuis loti^ii mps au prince d Orange» avait réussi à intercepter une partie de la oorresponpondance de don luan et de son secrétaire Escovedo avec le

nioiiaïque espaj^Miol; il avait iirtiinMliittement envoyé a (iuillauiae les lettres dont il s'éuit emparé. Liies ciaieal écrites en ciiiilres, mais Mamix de Sainte-Aldegonde parvint» après de patientes reoberches, à en découvrir le secret (1). Le prince d*Orange» qui jusqu'alors avait tenu en réserve ces précieux documenta, crut que le moment était venu d'en faire usage : il en donna con^municatiott aux états généraux. Trois de ces lettres étaient de don Juan ; trois autres émanaient d*Bscovedo : toutes avaient rapport à la situation politique des Pays-Bas. La première de celles de don Juan était datée de Louvain le 7 avril 1577 ; le gouverneur général s'y exprimait en ces termes; « Si patience doiU » curer la playe, ioelle guarira» si jà, pour forcer tant ma condi* > tion, je ne deviens malade, ou que rinclination naturelle de » l'homme ne me lorce à autre chose. 31ais je voy que jusques » ores ceste médecine lait peu d'ell'ect, et j ignore celui qu'elle » fera plus avant.» Dans la deuxième» qui perlait la même date, il donnait au roi le conseil de retrancher ce qui était malade du corps des Pays-Bas. La troisième, adressée a Aiilonio Ferez, contenait» comme ou Ta vu, uu de ces épanchemciits qui laissent écliapper la pensée tout entière. Quant aux lettres d*£scovedo» elles avaient un caractère bien différent; Tune d'elles» écrite d'Anvers le 25 mars 4K77, renfermait les li^^ies suivantes : € Enfin, sire, ils veulent demeurer libres et vivre comme il leui » plaira» et pour cccy ils seront contens que le Turc vienne à » estre seigneur du pays. £t selon le chemin qu'ils tiennent» le

(1) Lellre de SaiiUe-AkleKoiideàJi'aii de Nassau, Bruxelles, 28 juill. 4S77; Archives de, la maison d Orange, tojae Vl^ pa^e 113» o** I>CC\XX1X.

» prince d'Orange le sera, qui est tout le même. » Les deux autres, plus confidentielles encore, étaient datées d'Anvers le 6 avril 1877. < Poar le seipenr don Juan, y disait Escovedo,

» il a irenlc ans : je n'en promectz rien à Vostrc Majesté, sinon » que ie plus certain sera, s'il voit que Vostie M^esté ne l'as- » siste suyvant ce qu*il représente avoir de besoing, qu'il s'en » ira là quand Vostre Ibjestë le pensera le moins. Et puisque » je viens jusques à là que de le dire, Votre Majesté le croye et » y prévienne aveeq temps. »

On comprend aisément la sensation que dut produire la publication de ces pièces, dont il n'était pas possible de contester Tauttaentieité (1). Le gouverneur général essaya vainement de se disculper el de décliner la responsabilité des lettres d'Escovedo; il fut obligé de convenir qu'il avait retardé à dessein ie départ des troupes allemandes, en alléguant toutefois qu'il ne l'avait fait que pour se défendre contre les menées du prince d'Oraiii^c L'opinion publique à Bruxelles el dans les autres villes se déclara buulemcnt en faveur de ce dernier, et les états, cédant quoique k regret à l'expression de la volonté populaire, invitèrent le 6 septembre Guillaume à se rendre à Bruxelles (3). Le prince s'empressa d'accéder à leur demande : il arriva le 23 du même mois dans celte ville, où l'accueillirent les acclamations enthousiastes de la multitude : dès ce moment ce fut lui qui, de &it, dirigea les négociations entamées avec don luan. Ces négociations avaient Mi un grand pas depuis que le gouverneur, comprenant l'irrégularité de sa position, avait consenli à remettre entre les mains des états les villes et cbàteaux de Namur, de Gbarlemont, de llarienbourg, de Sampson et de

(i) Le texte de ces leltres se trouve rapporlé à la lin de roi)u.sculc inliluié: Sommier discours des justes causes el raisous, etc., cité pluù haut.

{"2) Véritable récit des choses passées ès PnU-iias, etc. Lettre de don Juan aux tUiU ^jénéraux ; INaiiiui , 2i auûl 1577.

(5) Archives de la maison d'Orange, tome VI, page 155.

DANS LES PATS-BAS 19t

Thiry. Il sMtaii eogagë à solliciter lui-même son remplacement et son rappel (1); mais la venue du prince d*Orange changea encore une lois la face des chu.>^t;^. Au lieu de se borner aux timides conditions proposées par les états, Guillaume, après avoir ordonné la démolition des eitaddles de Gand et d'Anvers, demanda qoe les seipenrs de la suite de don Jfuan fussent exclus de toutes fonciitjns publiques, et que l'on instituai un conseil d'État ctiargé du soin de ^'éi-ei* les affaires pendant Tabsence de don luan et jusqu'à l'arrivée de son successeur. Cet audacieux ultimatum Ait transmis à la fin du mois de septembre io77 au gouverneur général, qui y répondit le 3 octobre par un refus formel (2), en annonçant sa résolution de se retirer à Lu^^embourg pour y attendre les ordres ultérieurs du roi. Ce départ, en compromettant gravement le succès des conférences ouvertes entre iWn\ Juan et les états, laissait le prince d'Orange seul maître de la situation. Secondé par la confiance du peuple, il était alors toutrpuissant (3), et son autorité morale grandissait encore par Tincapacité des hommes qui Tavatent appelé à leur secours. Au nombre de ces adversaires incorrigibles qui ne subissaient qu'eu frémissant la protection qu'ils avaient sollicitée, se trouvaient le duc d'Âerschot, le marquis d'Havré, son frère, le comte de Lalaing, Hontigny, le Jeune

(1) Le 34 aodt préeédeot, les états avaient écrit au roi pour le sapplier de remplacer don Juan par quelque antre prineede sa famille. F. eette lettre

dans Qne brochure intitulée : liesp^H'-^ véritable aux lettres patentes et persuasions ah:t'ii''es de don Jehan d' Àiiêtricef données à Hevre le XV de febmier MDLXXVIÏI, par laquelle se voit ouvertement ia bonne intention des estati generaulx, et le grand tort qui leur est faict, ensemHfi à UnuU Paîs-BaSf par les sini$tres interprétations et detorsions d» vray sens de leurs ieUres et actions çtte le dict don Jehan et ses aiîherens mettent en avant pour décevoir les moins advisez et le pauvre peupU* — A Anvers, de l'imprimerie de Christophle Planlin, MDLXXVÏII.

(2) F. celle lettre à lafio du volume, n" VI des Documents historiques. (5) V. à ce sujet HiRnn et Wavtiis, Histoire de la ville de Bruxelles^

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