‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 10 sur 60 · GARDES NATIONAUX DE PARIS · texte numérisé non relu

GARDES NATIONAUX DE PARIS

Un comité, prenant le nom de Comité central, après s’élre emparé d’un certain nombre de canons, a couvert Paris de barricades, et a pris possession pendant la nuit du ministère de la justice.

Il a tiré sur les défenseurs de l’ordre ; il a fait des prisonniers, il a assassiné de sang-froid le général Clément Thomas et un général de l’armée française, le général Lecomte.

Quels sont les membres de ce comité?

Personne à Paris ne les connaît ; leurs noms sont nouveaux pour tout le monde. Nul ne saurait mêine dire à quel parti ils appartiennent. Sontils communistes, on bonapartistes, ou prussiens? Sont-ils les agents d’une triple coalition ? Quels qu’ils soient, ce sont les ennemis de Paris, qu’ils livrent au pillage ; de la France, qu’ils livrent aux Prussiens ; de la République, qu’ils livreront au despotisme. Les crimes abominables qu’ils ont commis ôtent toute excuse è ceux qui oseraient ou les suivre ou les subir.

Voulez-vous prendre la responsabilité de leurs assassinats et des ruines qu’ils vont accumuler? Alors, demeurez chez vous ! Hais si vous avez souci de l’honneur et de vos intérêts les plus sacrés, ralliez-vous au gouvernement de la République et â l’Assemblée nationale.

Paris, 19 mars 1871. '

Les minittres prêtent» à Paris,

DDFAUBE, JCLES FAVBE, EBXEST PICABD, JULES SIMOX,

AHiBAL pothuah, général le FLÔ.

Les explicftlions que nous stoos précédemment données sur le Comité central de U garde nationale et sur l’affaire des canons de Montmartre, ainsi que le récit des faits du 18, mettent à même de juger de ce qu’il peut y avoir de juste ou d’erroné dans la première de ces pièces. La note relative à l'exéeution des généraux Lecomte et Clément Thomas, è jaquelle il y est fait allusion, a été insérée plus haut, à propos de cet épisode.

La seconde proclamation était un dernier appel, un appel désespéré, é cette garde nationale « d’ordre » qui, après s’être montrée je 18 en petit nombre, avait subitement disparu dans la nuit.

Beaucoup, à Paris, s’attendaient pour le dimanche à une démonstration sérieuse, réelle, des « hommes d’ordre », et l’on fut quelque peu surpris en apprenant que les Ministères, l’État-Major de la placeVendôme, l’Imprimerie nationale, avaient été occupés dans la nuit par l’insurrection, sans qu’elle rencontrât la moindre résistance.

Le succès de ce mouvement, qui n'avait point été voulu, cherché, calculé par ceux qui le faisaient, était dès lors assez certain pour que personne ne le contestât. Le Tempt, qu’on ne saurait soupçonner d’un optimisme démesuré en faveur de l’émeute, disait le soir même ; « L’insurrection a vaincu sur tous les points, et « presque sans combat, par la défection de l’armée, la conni- « vence d’une partie de la garde nationale, et rindifféreneo de « l’autre. »

« L’indifférenoe 1 » ce n’était point là le cêté le moins singulier de la physionomie publique en ces premiers jonrs de révolution. Malgré les appels les plus pressants du pouvoir, malgré la certitude que l’armée ne donnerait pas son concours à une action répressive, bien peu étaient venus se ranger autour du gouvernement pour rétablir l’ordre ébranlé. Les partisans de l’ordre restaient chez eux.

Ëst'Ce, comme on l’a dit, que le décret sur les loyers et la loi sur les échéances, qui menaient tant de gens vers la gêne ou U ruine, avaient suseité des mécontentements assez vifs pour qu’ils en vinssent à abandonner les hommes à qui ils semblaient devoir plus que jamais, en cet instant de crise grave, prêter leur appni? Cette cause agissait sûrement sur l’esprit général de la bourgeoisie; mais d’autres encore venaient s’y ajouter et contribuaient chaciiné pour sa part û déterminer rinacüon, l’inertie des conserva-

teurs. D’abord, uq certain mépris pour les anciens membres du gouvernement de la défense nationale teisani partie du ministère actuel, demeurait encore profondément enraciné dans les esprits, chez qui le temps n’avait pu effacer si promptement le souvenir des fautes commises durant le siège et des souffrances de toutes natures qu’elles avaient entraînées. En outre, l’attaque maladroite de la veille faisait au plus grand nombre une impression fâcheuse. Il n’est pas téméraire, croyons-nous, d'ajouter à cela l'absepce de convictions profondes ehes l’élément conservateur, soucieov peutêtre de voir persister l'ordre de choses qui lui agréait, sans y avoir pourtant fol suffisante pour concourir efficacement h sop maintien. Causes multiples, effet unique ; l'indifférence, l’inertie.

L’Opinion nationale, le 19 an soir, publiait à ce sujet quelques réflexions énergiques.

Après avoir rappelé en termes vifs les faits écoulés depuis la veille, ce journal disait :

« Mais, selon nous, il y a quelque chose de plus abominable « encore, c’est la lâcheté, la mollesse, l’inertie, l’égoïsme de la « population soi-disant honnête, subissant toutes ces infamies avec « une parfaite résignation. C’est cette garde nationale des quar- « tiers centraux, envoyant trente hommes par compagnie, quatret viugts hommes par bataillon de douze cents bemmes; ces bou- « tiquiers ne voulant pas quitter leur boutique, et s’en remettant « à la ligne ou la Providence pour les sauver. »

Un motif moius regrettable d’inaction agissait sur quelques-uns; et nous avons entendu prononcer ces paroles, dans un groupe auquel nous nous étions mêlés : « Entre l’anarchie à Paris et la « monarchie à Versailles, il est difficile de prendre parti, b

Quoi qu’il en soit, ce fut un sujet d’étonnement, nous dirions presque de tristesse, pour ceux qui, considérant les choses d’un point de vue élevé et abstraction faite de toqte divergence d’ppinions, voient avec peine une cause qui compte des partisans être réduite à néant, au moins nmmçntaDément, faute de défenseurs qui se produisent.

Le même sentiment d’indifférence prédominait parmi les grou-’ pes formés autour des affiches i)ue fil apposer vers midi le Comité central.

L’une était adressée an peuple, l’autre à la garde nationale.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Liberté. — Égalité. — Fraternité AU reuPLE

Citoyens,

lie peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.

Calme, impassible dans sa force, il a attendu sans crainte comme sans provocation les fous éhontés qui voulaient toucher à la République.

Cette fois, nos frères de l’armée n’onl pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée arec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles.

L’état de siège est levé.

Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales.

La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale.

Hûtel-de- Ville, Paris, le 19 mars 1871.

Le Comité central de la garde nationale :

Assi. — Biluoray. — Ferbat. — Babick. — EoonAno Moreau. — C. Duport. — Vablui. — Boubsieb. — Mortier. — Goumer. — Lavalette. — Fr. Joorde. — Rousseau.— Ch. Lullibr. — Blanchet. — J. Grol- LARD. — Barrour. — H. Géresme. — Fabre. — POUGERET.

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