‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 14 sur 60 · DÉCLARATION DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE LA PRESSE

AUX ÉLECTKroS DE PAKIS

Attendu que la convocation desélecleuis e>t un acte de la souveraineté nationale ;

Que l’exercice de cette souveraineté n'appartient qu'aux pouvoirs émanés du suffrage universel ;

Que, par suite, le Comité qui s’est installé à l'Hétel-de-Ville n’a n droit-ni qualité pour faire cette convocation,

Les représentants des journaux soussignés considèrent la convocation affichée pour le 32 mars comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n'en pas tenir compte.

Ont adhéré :

Le Journal des Débats, — le Constitutionnel, — l'Électeur libre, — le Petit Moniteur, -- la Vérité, — le Figaro, — le Gaulois, — la Petite Presse, — le Petit Journal, — Paris- Journal, — le Petit National, — la Presse, — la France, — la Liberté, — le Pays,

— le National, — l’Univers, — la Cloche, — la Patrie, — le Français, -- la Galette de France, — l'Union, — le Bien public,

— l'Opinion nationale, — l'Avenir libéral, — Journal des V^illes et des Campagnes, — le Journal de Paris, — le Moniteur universel,

— la France nouvelle, — le Monde, — le Temps, — le Soir, — l'Ami de la France, — le Messager de Paris, — le Peuple français.

Certes, il était du droit des journaux de conseiller l’abstention à leurs lecteurs ; ce pouvait être de bonne guerre contre un mouvement qui n’avait pas leurs sympathies, sinon bien habile de leur propre part. Mais les raisons dont ils appuyaient ce conseil avaient-elles une bien sérieuse valeur?

« La convocation des électeurs est un acte de souveraineté K nationale. » C’est écrit ainsi dans nos lois. Mais qui prétendra que tout ce qui y est écrit est sensé?

Supposons qu’un citoyen isolé, une « individualité sans mandat, » posant à ses concitoyens une question qui ne soit pas approuvée par le pouvoir quelconque sous lequel il vit, — la , question de déchéance de ce pouvoir, par exemple, — parvienne à

grouper autour de son opinion la majorité des électeurs, quelqu’un songera-Uil à contester la validité du vote émis? Nous disons quelqu’un, bien entendu, en dehors des intéressés.

A tort ou à raison, nous l’avons déjà dit, chez nous le nombre domine. Ou il faut se mettre en révolte contre ce principe qui, dans notre pays, est — actuellement — la base de toutes choses ; ou il faut admettre que le vote, de quelque façon qu’il soit provoqué, de quelque manière qu’il se manifeste, doit être pris en considération. Sinon, le gouvernement n’est que l’art de poser des questions en un moment et sous une forme tels que le grand nombre réponde dans un sens voulu, calculé d’avance. Ce régime ne nous est pas inconnu ; et nous savons trop bien où il conduit.

Lorsqu’une occasion de manifester leur avis s’offre aux électeurs, noos ne croyons pas qu’ils doivent, qu’ils puissent — moralement — la négliger; sauf indifférence coupable ou ignorance fâcheuse.

Lorsque des empêchements sont mis à la libre expression du suffrage universel consulté, lorsque des entraves existent, qui sont de nature à altérer la sincérité du vote, l’électeur qui pour ces raisons ne veut pas s’associer à un acte faussé par avance, ne peut désigner les candidats de son choix. Mais si, non content de subir passivement, il veut protester commè il lé doit contre ce qu’il considère à bon droit comme une iniquité, un moyen lui est offert : c’est le bulletin blanc.

De même, lorsqu’est mise aux voix la nomination de délégués devant constituer par leur réunion un mode de représentation que l’on considère comme mauvais, auquel on est hostile, le même moyen de protestation subsiste; et s’il réunit la majorité, il est absolument irrésistible.

Mais l’abstention pure et simple, manifestée par la non-comparution au scrutin, et qui peut être confondue avec l’indifférence ou l’ineptie, ne saurait être une force que si la totalité des électeurs s’y ralliait ; elle n’est en aucun cas un devoir, pas même une manœuvre adroite.

Le Jq^rnal officiel de Paris publiait les pièces suivantes :

Les mesures sages et prévoyantes prises par le Comité central de la garée utioaale ont eomplétemeat calmé l'effisrveseence de la popolatlon paruieonc.

Sur les boolev.'iflls et dæs les ntcs, l» circulation eM aussi active

que d’habitude. Bien que les éTénements accomplis ces derniers jours soient commentés avec animation, les citoyens acceptent franchement le nouvel état de choses, garanti du reste par l'aide et le concours de la garde nationale tout entière.

La troupe régulière a, de son côté, compris que ses chefs ne pouvaient plus lui commander le feu sur les Français après les avoir fait fuir devant les Prussiens.

Les auteurs de tous nos maux ont quitté Paria sans emporter le moindre regret.

Et maintenant, soldats, mobiles et gardes nationaux sont unis par la même pensée, le mémo désir, le même hut : nous vouions tous l’union et la paix.

Plus d’émeutes dans les rues! Assez de sang versé pour les tyrans!

Que les ambitieux ou les Iraitres se le tiennent pour dit,

Vous, commerçants, qui voulez la stabilité dans les aflairei; vous, boutiquiers, qui demandez le va-et.yient favorable à la consommation ; vous, ouvriers, qui avez besoin d’utiliser vos bras pour assurer l'existence de vos familles; vous tous, enfin, qui, après tant de calamités, aspirez k jouir de la sécurité indispensable au bonheur d'un grand peuple, rejetez les conseils funestes qui tendent à nous mettre de nouveau entre des mains royales ou impériales.

Pour renverser notre République sacro-sainte, cimentée hier encore par l'oeuvre commune, il faudrait supporter l’horreur d’une noiivcllc lutte fratricide, et passer sur nombre de cadavres républicains.

Sacrifions toutes nos jalousies, toutes nos rancunes sur l'autel de la patrie, et que de toutes les poitrines françaises parte ce cri grand et sublime :

Vive à jamais la République î

LA RËVOLUTiOH MJ t& MARS

Les journaux réactionnaires continuent à tromper l'opinion publique en dénaturant avec préméditation et mauvaise foi les événements politiques dont la capitale est le théâtre depuis trois jouri. Les calomnies les plus grossières, les inculpations les plus fausses et les plus outrageantes sont pnbb'ées contre les hommes cowageux et désintéressés qui, au milieu des plus grandis périls, ont assumé la fourdé responsabilité du safut de la République.

L’histoire impartiale leur rendra certainement la justice qu’ils méritent, «k eenstatera que la révolution' du Ifi mars est une nouvelle étape importante dans la marche dU progrès.

Rt'obseurs prolétaires, hier encore- inconnus', et dont les' noms relcn*- , târoné bientôt de«s Ha- monde' entier, inspirés par un amour profond’ de-

Ja justice et du droit, par un dévouement sans borne à la France et à la République, s'inspirant de ces généreux sentiments et de leur courage à toute épreuve, ont résolu desnuver à la fois la patrie envahie et la liberté menact’c. Ce sera là leur mérite devant les contemporains et devant la postérité.

Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques.

Us ont usé du pouvoir que le peuple a remis entre leurs mains avec une modération et une sagesse qu'on ne saurait trop louer.

Us sont restés calmes devant les provocations des ennemis de la République, et prudents en présence de l’étranger.

11$ ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. Â peine arrivés au pouvoir, ils ont ou bâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour.

Il n'est pas d’exemple dans l’histoire d'un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat entre les mains des élus du suffrage universel.

En présence de celte conduite si désintéressée, si honnête cl si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut sc trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l'outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration.

Les amis de l’humaoilé, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront donc toujours les victimes du mensonge et de la calomnie?

Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être en butte à l’outrage?

Ne leur scra-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions?

La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècle, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend-elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé?

Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la Franco devraient pourtant lui prouver qu’elle a liai son temps, qu elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 8d, et qu’elle doit sinon céder la

— Biplace aus iravailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l'émancipation sociale.

En présence des catastrophes actuelles, il n'est pas trop du concours de tous pour nous sauver.

Pourquoi donc persistc-t-clle avec un aveuglement fatal et une persistance inouïe à refuser au prolétariat sa part légitime d'émancipation’

Pourquoi lui conteste-t-elle sans cesse le droit commun? pourquoi s’oppose-t-elle de toutes ses forces et par tous les moyens au lilirc développement des travailleurs?

Pourquoi met-elle sans cesse en péril toutes les conquêtes de l'esprit humain accomplies par la grande révolution française?

Si, depuis le 4 septembre dernier, la classe gouvernante avait laissé un libre cours aux aspirations et aux besoins du peuple; si elle avait accordé franchement aux travailleurs le droit commun, l'exercice de toutes les libertés; si elle leur avait permis de développer toutes leurs facultés, d’exercer tous leurs droits et de satisfaire leurs besoins; si elle n’avait pas préféré la ruine de la patrie au triomphe certain de la République en Europe, nous n'en serions pas où nous en sommes, et nos désastres eussent été évités.

Le prolétariat, en face de la menace permanente de scs droits, de la négation absolue de toutes scs légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu'il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d'en assurer le triomphe en s'emparant du pouvoir.

C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d'un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères.

L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé de tourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à scs frères.

Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi siècle, ont été les auteurs de toutes nos luttes intestines et de toutes nos ruines nationales. ■

Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation !

Le délégué au Journal officiel.

Nous nous abstiendrons de longues réflexions sur ces deux articles, déjà bien longs par eux- mêmes, et que nous avons reproduits intégralement parce que nous tenons à mettre sous les yeux du

leclear les diverses pièces du procès, qu’elles viennent d’un côté ou d’un autre, afin qu’il puisse juger en parfaite connaissance de causé.

Quant aux événemeuts récents, auxquels il y est fait allusion, les récits qui précèdent suffisent à faire voir ce qu’il peut y avoir de fondé dans les interprétations qui trouvent place dans ces pièces.

Nous nous bornerons à y faire remarquer d’abord le souvenir amer des faits écoulés depuis le 4 septembre, puis une certaine aspiration à l’ascension du prolétariat, très-réelle dans le mouvement commencé le 18 mars, mais que la forme employée ne servait peut-être pas aussi bien que se le proposait certainement l’auteur.

Le Journal officiel de Paris publiait également un appel aux électeurs, les exhortant à prendre part au vote, et s’efforçant, à son point de vue, de leur en faire sentir l’importance.

Page 1