‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 20 sur 60 · I.EFRANÇAIS · texte numérisé non relu

I.EFRANÇAIS

Assesseurs,

Rang, Ed. Vaillant.

Dans l’article suivant, publié à VOfficiel, le cit. Longuet entreprenait de donner une vue générale du mouvement qui avait eu son origine dans les événements du 18 mars :

Tout mouvement politique qui ne porte pas en soi une idée nouvelle, créatrice, féconde, on qui, portant cette idée, ne fait pas surgir aussitôt des hommes capables de la dégager et de la défendre, est condamné, même après un éclatant triomphe de la force, à avorter misérablement.

Ces hommes de réflexion profonde et d'action rapide se trouvèrent prêts aux premières journées de 1789. Aux mouvements instinctifs, tumultueux de la foule, ils donnèrent l'âme, l'intelligence, la vie enfin; ils en firent des mouvements humains, philosophiques pour ainsi dire, et en quelques mois la foule instinctive était devenue un grand peuple, conscient de luimême, le peuple de la Révolution.

Les Socrates accoucheurs d'idées n'ont pas manqué non plus à la Révolution du 18 mars.

Après l'avoir faite, ils l'ont acclamée, défendue, démontrée. Hier elle parlait; dès aujourd'hui elle agit, et ainsi elle se démontre encore.

Les combattants du 10 août ne se bornèrent pas à proclamer la liberté, l'égalité, la fraternité; ils définirent le sens de ces grandes paroles qui, réunies dans cette triade immortelle, avaient encore, pour leurs contemporains, quelque chose d'étrange, de vague et d'indéterminé; ils en indiquèrent la portée et les conséquences, ils en montrèrent les applications à la vie civile et politique.

Si les révoltés du 18 mars n'avaient su au lendemain de leur victoire que bégayer le root de Commune, sans déterminer dès l’abord les principes élémentaires, primordiaux de l'organisation communale, il ne resterait peut-être aujourd'hui, de leur vaillance et de leur force, que le souvenir d'une défaite.

Pendant vingt ans peut-être ils auraient subi les outrages et les calomnies de l'histoire mensongère, comme les insurgés de juin 1848, auxquels il ne manqua, pour triompher, que de concevoir, même imparfaitement, la question impérieuse et redoutable qu'ils avaient sentie et posée.

Avouons-le, la tâche était moins dure aux hommes du 18 mars. Le déplorable malentendu qui, aux journées de juin, arma l’une contre l’autre deux classes, toutes deux intéressées, sinon également, aux grandes réformes économiques, cette funeste méprise qpi rendit la répression de juin si sanglante, ne pouvait se renouveler.

Cette fois l’antagonisme n’existait pas de classe à classe, il n’y avait pas d’autre sujet de lutte que la vieille guerre, toujours recommencée, bientôt finie sans doute, de la liberté contre l'autorité, du droit municipal et civique contre l'absorption et l'arbitraire gouvernemental.

Paris, en un mot, était prêt à se lever tout entier pour conquérir son indépendance, son autonomie; il voulait, en attendant que la nation le voulut avec lui, le lelf-government, c'est-à-dire la République. '

Oh ! non, ils ne calomniaient pas l'exécutif, ceux qui l’accusaient de

conspirer pour la monarchie. Indigné, l’exécutif protestait de sa sincérité et de ses bonnes intentions.

Ah I que pouvaient faire au peuple de Paris les intentions de l’exécutif! Il y a quelque chose qui domine les intentions des hommes, c’est la force des choses, la logique des principes.

Centralisateur à outrance, au point de priver Paris pendant des mois et sans fixer de terme i sa déchéance, de cette municipalité subordonnée, restreints, que la tutelle gouvernementale concède aux plus modestes villages, au point de lui maintenir le stigmate avilissant que l’empire lui avait imprimé, ce caractère honteux de vilIeK»ravansérail qui chaque jour effaçait davantage son originalité et son génie; centralisateur par goût et par système, l’exécutif nous précipitait de nouveau, qu’il en eût ou non conscience, vers la forme la plus parfaite, la plus matérielle de la centralisation administrative et politique, vers la royauté.

Que les partisan3 de la République centraliste,. bourgeoise, fondée sur l’antagonisme du citoyen et de l’État, du travail et du capital,, de la classe moyenne et de la plèbe, que les formalistes y réfléchissent : leur utopie a toujours servi de pont à la monarchie; c’est elle qui pendant longtemps a tué, en France, l’idée même de la République.

Aujourd’hui, cette idée abattue se redresse plus fière et plus triomphante, arborant audacieusement son premier drapeau, ajoutant i son nom nouveau son vieux titre patronymique. Fidèle à sa tradition, consciente d’elle-même, la République est aussi la Commune.

C’est la revanche de la science et du travail, de la liberté et de l’ordre, dont la'routine gouvernementale avait, pendant près d’un siècle, retardé l’avénement. S'élevant au-dessus des brouillards qui l’enveloppaient, debarrassée des obstacles qui lui barraient le passage, sûre de sa force, la Révolution va de nouveau, par son exemple et sa propagande, répandre sur le monde la liberté, l’égalité, la justice.

Un fait regrettable se produisit dans la journée du 30. Ce fut l’envahissement, qui avait eu lieu dans la nuit, des bureaux de cinq compagnies d’assurances par les agents de la Commune, l’apposition de scellés dans ces établissements, et la réquisition d’espèces qu’ils avaient en caisse. C’était une atteinte à la propriété privée que rien ne légitimait et qui ne devait pas produire un minime effet. En dehors de cette considération, c’était une profonde maladresse : il était difficile d’imaginer, dans la sphère si étendue de l’arbitraire, une mesure qui pût faire plus de tort à la Commune et à l’idée qu’elle représentait.

Un article de M. Ed. Portalis, publié dans le journal la Vérité

— no —

du 31 mars, donnait une idée, qui ne nous sembla pas mauvaise, de ce qu’était, à ce moment, la situation des esprits sensés :

« Nous l’avons déjà dit, nous ne saurions trop le répéter, l’As- « semblée nationale, par son attitude hostile à l’égard de Paris, a

« été la première cause des événements du 18 mars

« En effet, les députés de la majorité se sont obstinés à ne pas « tenir compte des sacrifices, des souffrances, que, pendant le « siège, nous avons, pour la cause commune de la défense natio- « nale, enduré avec un incontestable héroïsme; ils n’ont jamais, « pour ainsi dire, laissé échapper une occasion de nous blesser par a des récriminations, la plupart du temps imméritées, toujours « inbpportunes.

« Loin de nous savoir gré de notre longue résistance et de l’humi- « lialion finale qui nous a été infligée dans l’intérêt commun, — on B pourrait invoquer sur ce point le témoignage de M. Thiers; — B ils ont affiché cette singulière prétention de vouloir châtier le « tempérament révolutionnaire des Parisiens en retirant à Paris « sa couronne de capitale. Ils ont fait plus : ils ont prétendu noos « imposer un gouvernement dont les membres, par une longue a série de mensonges et de trahisons, avaient su se rendre odieux.

« De plus, en votant sa première loi sur les échéances, l’Assem- « blée a mécontenté tout le commerce, petit ou grand; en négli- « géant la question des loyers, elle s’est fait autant d’ennemis « secrets ou déclarés, des locataires et des propriétaires,

« Voulant trancher sans les connaître, et avec un sentiment de fl partialité mal dissimulé, les difficiles problèmes auxquels l’inves- « tissement de la capitale a donné lieu, l’Assemblée, il faut en B convenir, avait, en quelque sorte, rendu un conflit inévitable B entre Paris et la province. Quelle pouvait être la conséquence a d’un tel conflit, si ce n’est la guerre civile ou l’affranchissement « de la Commune de Paris? Et qu’y a-t-il d’étonnant à ce que nos a^députés et nos maires aient choisi ce second moyen? Il avait le B double avantage de sauvegarder la paix publique et d’être un « acheminement vers un système politique qui, si nous tenons à a être libres, devra forcément prévaloir dans l’avenir.

« Ce serait d’ailleurs une grosse erreur de croire que la Pvévo- « lution municipale qui s’accomplit en ce moment sous nos yeux « soit le résultat d’une conspiration de parti. Pour peu que l’on y « réfléchisse, on voit au contraire qu’elle est la conséquence logique B d’une longuç série d’événements aussi terribles qu’imprévus.

— ni — '

(c Pour qu’elle devint possible, il a fallu qu’une guerre désas* a treuse amenât successivement la chute de l’Empire et l’armement « de tous les citoyens ; il a fallu que Paris fût investi pendant six « mois; que par suite do cet investissement, il se trouve dans des « conditions économiques et politiques toutes spéciales et essentiel- « lement différentes des conditions dans lesquelles se trouvait alors « le reste de la France; il a fallu enfin que, grâce à uuc incroyable « négligence de l’autorité civile et militaire, des canons et des « munitions tombassent au pouvoir de la garde nationale.

« Attribuer au parti communaliste et à l’/nternafiona/e la puis- « sance d’avoir fait surgir de tels événements pour le besoin de leur « cause, est leur faire beaucoup d'honocur; n’est-il pas plus vrai « de dire qu’ils n’ont été dans tout ceci que l’instrument aveugle « d’une révolution rendue inévitable par un long enchaînement de

< circonstances?

- « Bien fou qui voudrait aujdurd’hui faire obstacle à cette révolu-

< tion improvisée I Autant il était impossible après Sedan d’enipê- « cher la chute de l’Empire, autant il était impossible après « l’investissement d’empêcher la capitulation de Paris, autant il « était impossible aujourd’hui de retirer à la Commune de Paris a l'indépendance qui lui appartient de fait, sinon de droit. Peu nous « importe, d’ailleurs, le Comité central! Nous ne voulons examiner a ni la nature Je son mandai, ni la légitimité de ses actes. Son seul « mérite est d’avoir dégagé, peut-être sans en avoir conscience, la « formule de la Révolution dont toutes les nations européennes « portent le germe dans leurs flancs.

« Il n’a même pas eu le mérite d’inventer celle formu'e. Avant « lui, de célèbres publicistes s’étaient efforcés de démontrer que,

« sans institutions communales, il n’y avait pas de liberté possible : a C’est dans la Commune, écrivait Tocqueville en 1834, que « réside la force des peuples libres. Les institutions communales « sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ;

« elles la mettent à la portée du peuple; elles lui en font goûter « l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans institutions com- « munales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais « elle n’a pas l’esprit de la liberté. Des passions passagères, des « intérêts d’un moment, le hasard des circonstances peuvent lui « donner les formes extérieures de l’indépendance, mais le despo- « lisme refoulé reparaît lût ou tard à la surface. »

« Ceci prouve rurabondamment que l’on pouvait, que l’on peut

« encore se déclarer partisan de la liberté communale et soutenir « Paris dans la revendication de ses franchises communales, sans « pour cela pactiser avec l’émeute. C’est ce que nous avons fait. « Notre rôle, celui des députés, des maires et des adjoints, s’est « borné à se rallier à une révolution, dont le but unique doit être de « fonder à Paris d’abord, en France ensuite, des institutions com- « munales. De la' manière dont nous nous acquitterons de cette « tâche dépend l’avenir de la République, puisque sans institutions « communaies, ii ne saurait exister de gouvernement libre. Suivant « que les institutions que nous alions nous donner assureront ou « non la sécurité, la prospérité de la cité, nous inspirerons aux « autres villes le désir ou la crainte de nous imiter.

« Faut-il conclure de ce qui précède que nous soyons exempts <t d’inquiétudes pour l’avenir? Nuilement. La plupart de ceux qui « composent le conseil communal de Paris ne nous inspirent mal- « heureusement qu’une médiocre confiance, et nous serons heureua sement surpris s’ils parviennent à résoudre pacifiquement les « terribles problèmes du moment. »

Vendredi 31 mars 1391

Nous avons vu que le 30 au matin, le Journal officiel paraissait sous le titre « Journal officiel de la Commune de Paris », et datait de « année, N<> 1. » Le 31, il reprenait la suite des numéros, abandonnée pour un jour seulement, et revenait aussi à l’ancien titre : « Journal officiel de la République française. » Ce retour était illogique. Le journal où la Commune publiait ses actes devait certainement plutôt s’appeler journal < de la Commune » que journal « de la République, » et le retour à cette dernière dénomination, après l’avoir un instant quittée, put sembler à quelquesuns un indice d'intentions, non pas purement communales, mais bien gouvernementales, de la part de l’assemblée récemment élue. La considération qui dicta sa résolution fut que : un traité existait entre l’Etat et l’imprimeur M. Wittersheim pour la publication d’un journal intitulé « Journal officiel de laRépublique française. » « La Commune se considérait comme substituée à l’Etat dans ce traité, et envisageait qu’un changement quelconque dans le titre eût constitué une novation entraînant rupture du contrat.

La commission chargée de faire un rapport sur les élections du 26 avait terminé son travail le 30, et, le lendemain, il paraissait à l'Officiel.

llAl’l’üUT DK KA COSIJIISSlüN DKS ÉLECTIONS

La commission qui a été chargée de l'examen des élections a dû examiner les questions snivanics :

Exûslc-t-il une incompatibililé entre le mandat de député à l'Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune?

Considérant que l’Assemblée Je Versailles, en refusant de reconnaître la Communo élue par le peuple de Paris, mérite par cela même de ne pas être reconnue par cette Commune;

Que le cumul doit être interdit;

Qu’il y a, du reste, impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées.

La commission pense que les foncUoDSsont incompatibles.

Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune?

Considérant que le drupeau de la Commune est celui de la République universelle; '

- Considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui ta servent;

Que cet usage ex'sic depuis longtemps chez des nations voisines ;

Considérant que le titre de membre de la Commune étant une marque de conGance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement celle dernière qualité,

La commission est d'avis que les étrangers peuvent être admis, cl vous propose l'admission du citoyen Frankel.

Les élections doivent-elles être validées d'après la loi de 1849, exigeant pour les élus le huitième des électeurs inscrits?

Considérant qu'il a été établi que les élections scraicnl faites d'après la loi de 1849, la commiss on est d’avis que le huitième des voix est nécessaire en principe ;

Mais considérant que l’cxiimcn des listes électorales de 1871 a fait reconnaître des irrégularités qui sont d'une importance U'Ile, qu’elles ne présentent plus aucune certitude sur le véritable chiffre des électeurs inscrits. (Les causes qui ont influé sur l’inexactitude des listes sont de différente nature : c’est le plébiscite impérial, pour lequel une augmentation insolite s'est produite, le plébiscite du 3 novembre, les décès pendant le siège, le chiffre élevé des habitants qui ont abandonné Paris après la capitulation, et d'un autre cdlé le chiffre considérable pendant le siège des réfugiés étrangers à Paris, etc., etc.;)

Considérant qu’il a été matériellement impossible de rcctilicr à temps

toutes les erreurs, et qu’on ne peut s’en rapporter à une base légale aussi évidemment faussée;

En conséquence, la commission propose do déclarer validées aussi bien que toutes les élections qui ont obtenu le huitième des voix, les six élections qui resteraient en suspens, en s’en rapportant à la majorité relative des citoyens qui ont rempli leur devoir étroit en allant au scrutin.

Pour la commission :

Le rapporteur, Parisel.

La Commune a adopté les conclusions du rapport.

La commission et la Commune qui adoptait les conclusions de son rapport sortaient complètement des termes de la lui de 1849. Après l’avoir invoquée comme base des élections, c’était une faute de lie pas s’en tenir à ce qu’elle édictait. Les raisons que donnait le rapport pour résoudre en contradiction avec la loi invoquée les questions dont la commission avait à s’occuper, pouvaient être fort bonnes; mais il est certain que, découvertes après coup, elles avaient singulièrement l’apparence d’arguments cherchés en vue de maintenir quand même les élections faites. Il eût fallu au moins donner ces raisons avant le vote pour modifier dès l’abord les conditions dans lesquelles s’accomplissait l’élection. Mais ces conditiuns une fois fixées, établies, publiées, il eût fallu ne s’en départir en rien.

La Commune s’occupait de fixer les administrations des arrondissements. '

La Commune de Paris Décrète :

Art. — Les inembics de lu Commune ont la direction adininis- Iralivc de leur urrundisscmenl.

Art. 2. — Ils sont invités à s’adjoindic, à leur diuix et sous leur rcspunsabililé, une coininissiun pour l'expédition des affaires.

Art. — Les membres de la Comiiiunc ont seuls qualité pour procéder aux acte* de l’étal civil.

La Commune de Paris.

A l'égard de la saisie opérée dans la nuit du 29 au 30 dans les bureaux de cinq compagnies d’assurances, la Commune rendait le decret suivant :

La Commune de Paris Décrète :

Les cinq compagnies d’assurances, la Nationale, l'Urbaine, lePhénis, la Générale, l’Union, sont autorisées i lever les scellés apposés sur leurs livres et caisses à la date du 29 courant.

La saisie pratiquée à la requête de la Commune est maintenue.

La Commune de Paris.

Nous n’avons pas à revenir sur ce fait, dont nous avons déjà parlé précédemment; nous ne pourrions que répéter à propos du maintien de la saisie ce que nous avons dit de la saisie elle-même.

Le Comité central paraissait encore à côté de la Commune. Dans un arrêté inséré à l’Officiel, il s’occupait des élections à faire pour compléter les cadres de la garde nationale.

De nouveau, quelques-uns des membres de la Commune donnaient leur démission sur cette considération que le mandat purement municipal qu’ils avaient cru recevoir, semblait, d’après les premiers actes de l’Assemblée communale, menacer de s’étendre fort au-delà dans le domaine de la politique.

Telle était en effet l’impression répandue dans Paris; on estimait assez généralement que les nouveaux élus, dès leurs premières réunions, dès leurs premières mesures, avaient dépassé les attributions dans lesquelles on avait espéré qu’ils se seraient tenus renfermés avec soin.

Ni lettres ni journaux n’avaient été distribués à Paris dans la matinée; et cela mettait une grande inquiétude parmi la population. Le service des postes était suspendu.

Le lundi 27, le cit. Theisz, membre du Comité central et conseiller municipal, nommé par les XII® et XVIIl® arrondissements, s’était présenté à M. Rampont, directeur des Postes, muni d’un arrêté du Comité qui destituait ce dernier et le chargeait lui-même de la direction et de l’administration de ce service.

M. Rampont avait répondu qu’il ne connaissait pas le Comité, et que si le conseil municipal croyait devoir le révoquer, il verrait ce qu’il aurait à faire. Le cit. Theisz s’était retiré; mais, le 30, après le départ des courriers du soir, il revenait vers M. Rampont, escorté d’un bataillon de garde nationale. Après quelques pourparlers, M. Rampont cédait aux injonctions qui lui étaient faites et se relirait, suivi d’un grand nombre d’employés de la Poste.

Immédiatement des ordres étaient donnés pour que les correspondances expédiées à Paris fussent dirigées sur Versailles, et défense était faite au personnel de se rendre dans les bureaux.

M. Rampont, qui semble s’étre à l’avance préparé, en vue de ce qui arrivait, à transporter promptement au dehors le service qu'il dirigeait, partait aussitôt pour Versailles avee le matériel et une partie du personnel administratif.

Paris se trouvait de nouveau, comme au temps du siège, privé de rapports écrits avec la province.

Pourquoi la Commune avait-elle cru devoir intervenir dans le service des Postes ? C’est qu’elle soupçonna que les lettres pouvaient bien être soumises, rue Jean-Jacques-Rousseau, à un triage et à des visites indiscrètes. De là lui vint le désir de mettre à la tète des Postes un homme à elle, et dont elle fut sûre. Si le remplacement de M. Rampont par le cit. Theisz s’était effectué sans hésitation, peut-être le service des Postes n’eût-il 'pas été désorganisé comme il le fut; mais, entre les pourparlers du 27 et la prise de possession du 30 au soir, le directeur des Postes avait eu tout le temps nécessaire pour méditer et préparer la translation de son administration à Versailles.

L’affiche suivante, apposée sur les murs de Paris, produisit une certaine émotion :

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