AVIS
La plupart des services publics étant désorganisés à la suite des mancRut’res du gouvernement do Versailles, les gardes nationaux sont priés d'adresser par lettres, à la police municipale, tous les rcnscigncmenis pouvant intéresser la commission do sûreté générale. ,
Paris, le 31 mars 1871.
Le chef de la police municipale,
A. Dcpokt.
C’était afficher l’organisation des dénonciations, l’élablisscmonl d'une sorte de régime des suspects. C’était mettre en avant le dessein d’inclure toute la garde nationale dans la police secrète.
Il y avait certainement là de quoi inquiéter les citoyens, de quoi révolter leur conscience.
Chose singulière et qui fut remarquée, cet « avis » émané de
lé
l’ex-préfecture do police ne fut pas inséré au Journal officitl. Bien certainement, il n’eût jamais dû paraître là ni ailleurs. La police secrète a toujours été considérée coniiiie entachée d’un certain caractère honteux; songer à généraliser celte honte au point d’engager tous les citoyens à la dénonciation les uns contre les autres est une idée qui n’aurait jamais dû trouver à se faire jour d’une façon quelconque sous l’administration de gens qui prétendaieiH représenter un programme de liberté et de justice.
Depuis quelques jours, le bruit se répandait peu à peu que le gouvernement de Versailles nourrissait le projet de lancer une armée sur Paris. Cela produisait une certaine impression sur la population parisienne, qui désirait et espérait, à la crise qu’elle traversait, une solution qui n’entralnàt pas la guerre civile. Quelques-uns peut-être voulaient une lutte et l’anéantissement de la Commune; d’autres voulaient également une lutte, mais se terminant par l’écrasement de l’Assemblée; le plus grand nombre, assurément, formait des vœux pour que l’effusion du sang fût évitée et pour que ce qu’il y avait d’incoutestablement légitime dans les revendications parisiennes fût paciliqueniont reconnu.
\ l’Assemblée, M Balbie donnait lecture du rapport sur le projet de loi relatif aux élections municipales. Nous y reviendrons à propos de la séance où fut votée celle loi. Bien d’autre concernant Paris ne se produisit dans la séance du 31 mars.
Nous noterons en passant, bien qu’elle n’ait aucun rapport avec les événements que nous racontons, une parole prononcée par M, Thiers dans cette séance ; « J’ai été proscrit, » dit-il, « je ne serai pas prescripteur. >
S^ntnedl 1<' avril 18*1
Lii (iOnimission He justice nommait iin délégué « chargé d’ex- « pédier les affaires civiles et criminelles les plus urgentes, et de « prendre les mesures nécessaires pour garantir la liberté iiidivi- « duelle de tous les citoyens. »
Relativement à la libre circulation des citoyens, un ordre du délégué civil à l’ex-Préfecture de police portail que les laissezpasser, exigeant une surveillance spéciale, ne seraient délivrés qu'à la Préfecture de police, bureau des passe-ports,
La Commune, en ce qui concerne le commaudemcnl militaire, prenait la décision suivante :
La Commune de Paris décrète ;
lo Le litre cl les fonctions de général en chef sont supprimes;
30 Le citoyen Brunei est mis en disiKtoi bible ; <
30 Le citoyen Eudes est délégué à la guerre, Bcrgerei à rctal-inujur de la garde nationale, et Diival au commandement militaire de l’cx-Préfccturc de police.
Paris, le 1*'' avril 1871 .
La Commission e.réeutii'f. '
En raison des options cl des détnissions qui s’étalent produites un certain nombre de sièges étaient vacants dans le sein de la
Commune. Uii décret convoquait les électeurs de dix arrondissements pour le mercredi 5 avril, à l’effet d’élire vingt-deux menabres de la municipalité.
L’état du service des postes était toujours le même ; aucune lettre ne parvenait à Paris. L’affiche suivante, signée du nouveau directeur des postes et relative à l’interruption de ce service, était apposée sur les murs de Paris :
ADMIMSTRATION DES POSTES
Un fait inoui vient de se produire.
Un service public, relevant directement des citoyens, et qui ne pouvait excuser son privilège que par la garantie qu’il devait assurer dans toutes les relations commerciaies, a été indignement sacriGé à des questions d’intérêt purement politique.
Le service des postes est, depuis quelques jours, systématiquement désorganisé par ceux qui avaient accepté le mandat de le diriger.
On a privé Paris de toute communication avec ia province, sans se soucier des intérêts qu’une .semblable résolution a compromis à la veille de l’échéance d'avril.
A qui incombe la responsabilité d'un pareil aclc 'l Nous en appelons k la conscience publique !
Dans une première entrevue, M. Rain|iunt, c.\-dircclcur général des postes, aciucllement en fuite, nous avait demandé l'envoi de deux délégués choisis par le Comité central de la garde nationale pour contrdlcr sa gestion jusqu’à ce que la Commune, dont il reconnaissait l'autorité, fût régulièrement constituée.
Cette proposition, qui nous parut de nature à écarter tout malentendu entre républicains, devait être prochainement soumise k la Commune. Sans tenir compte des engagements pris, il ne voulut pas attendre, et lo 30, dans la journée, la Commune fut instruite que toutes les di.«positions étaient prises pour interrompre le service des postes à Paris.
M. Rampont, engagé par sa parole, par sa proposition, a abandonné furtivement son poste, et un ordre anonyme, aDiché dans les cours de l’hOtol, a imposé aux employés de quitter immédiatement leurs fonctions.
Les faillites, la ruine que cet acte pouvait provoquer, peu importe ! Le iieuple de Paris n'a échappé aux mallirurs d'un long siège que pour se trouver investi bruUlcment par ceux-là mêmes qui se proclament les mandataires de la France.
Les faits que nous avançons délient tout démenti. Uue la responsabilité retombe sur ceux qui ont recours à ces manœuvres criminelles.
Quant à nous, nous ferons tous nos efforts pour réorganiser le service postal, et nous sommes convaincu qu'avec le concours de la population parisienne, il sera promptement rétabli dans l'intérieur de Paris.
Le dtrecleur : A. Tueisz,
De son côté, le commerce inquiété de la suspension du service des postes, s’était adressé à la Commune, et une note de l’Officiel faisait connaître la décision suivante, prise en résultat de celte entrevue ;
U La Commune de Paris, sans reconnaître le pouvoir de Versaille.s, est disposée, dans l'inlérél général, à accepter toutes les propositions qui, sans préjuger la question de principe, permettront le libre fonctionnement du service des postes. »
Comme nous l’avons fait observer précédemment, la Commune était sortie du cercle de scs attributions ; et plus d’un journal en avait fait la remarque. Un article du cil. Longuet, inséré dans le Journal officiel du l^^* avril, répondait à celle observation :
Certains journaux croient voir dans les premiers actes de la Commune de Paris l'intention de sortir des attributions roujiicipalcs. Il n'est pas douteux qu'en rendant pour Paris des décrets portant la remise des loyers, l'abolition de la conscription, etc., etc., la Commune est sortie du cercle étroit où la législation antérieure enfermait la liberté municipale. Mais ce serait une illusion étrange et même pnérile de penser que la révolution du 18 mars avait pour but unique d’assurer à Paris une représentation communale élue, mais soumise à la tutelle despotique d’un pouvoir national fortement centralisé. Jamais en France la loi n'a satisfait, ni pour Paris, ni pour les villes, ni pour les villages, les besoins d'indépendance, de libre administration qui sont une condition absolue de vie régulière, de stabilité et de progrès dans un Étal républicain.
C'est, comme on l'a dit dès le premier jour, pour conquérir cl assurer dans l'avenir cette indépendance à toutes les communes de France, et aussi à tous les groupes supérieurs, cantons, départements ou province.», reliés entre eux, pour leurs intérêts généraux, par un pacte alors vraiment national; c'est pour garantir en même temps et perpétuer la République assise enfin sur sa base fondamentale, que les hommes du 18 mars ont lutté et vaincu.
Quel esprit éclairé et de bonne foi oserait soutenir que Paris a alTronié après les souffrances et les dangers du siège, les conséquences douloureuses, quoique momentanées d'une violente nipture, poiu’ se soumettre de bonne grâce à une loi qu’il n’aurait même pas discutée, l une loi qui
ne lui laisserait ni radiiiiiiisiraiioii de sa police, ni la disposition souveraine de SOS ünanccs, ni la direction de sa garde nationale ; à une loi qui serait non pas le gage do sa liberté, mais le sceau même du sa servitude.
En SC constituant en Commune, si Paris a renonce à son omnipotence apparente, identique en fait à sa déchéance, il n’a pas renoncé i son rôle initiateur, il n'a pas abdiqué ce pouvoir moral, cette inflnenee Inlellectnelle qui a tant de Fois, en France et en Europe, donné la vfeioire à aa propagande. Pans alTranclii, Paris autonome n’en doit pas moins rester le centre du mouvement économique et industriel, le siège de In Banque, des chemins de Ter, des grandes institutions nationales, d’où la vie sirépandra plus largement h travers les veines du corps social, qui, do leur frtté, la lui reporteront plus active et plus intcusc.
En attendant que le triomphe définitif de sa cause ait rendu à Parl.s affranchi le rôle inllucnt, mais non dominateur, que la nature, l’évolution économique et le mouvcmeni des idées lui assurent, la Commune se bornera à défendre dans leur intégrité scs intérêts et scs droits. Qu'il s'agisSc d’organisation municipale, de loyers ou d’échéances, elle légiférera pour lui souverainement, parce que ce sont là scs affaires, ses intérêts propres, lesquels ne peuvent être légitimement satisfaits que par ceux qui les représentent, et non pas par ceux qui les écrasent ou qui les nient.
La Commune aurait le droit d'agir ainsi en face du pouvoir central qui, léduit à sa fonction, uc serait plus que le gardien et le défenseur des intérêts généraux. A plus forte raison en a t-cllc le droit en face d’un pouvoir usurpateur, qui ne sait qu’obéir à sa raison d’P.tat, ne fait appel ipi’à la Uaiac sociale, aux lâches terreurs, et à ceux qui réclamaient un cotitral, dos garanties, ne parla jamais que de répression et de vengeance.
Le reproche de dépasser les aUribuUons municipales était en réalité plus fondé que ne le reconnaîtle rédacteur du Journal officiel; nous l’avons constaté en notant les diverses mesures prises par la Commune.
Un passage de l’article que nous venons de citer répond h un bruit qui courait, d’après lequel la Commune eût voulu faire de Paris une ville libre, entièrement indépendante du reste du pays. Cela n’était pas exact : les aspirations de la Commune et de bon nombre parmi les Parisiens étaient d’établir leur complète autonomie municipale, d'étendre cette conquête à toutes les communes de Fiance, se groupant librement entre elles, et de relier ces groupes divers par une fédération ayant ù sou suiniuet * un pou-
« voir central qui, réduit à sa fonction, ne serait plus que le gar- « dien et le défenseur des intérêts généraux. »
Faut-il rappeler que ces « municipalités indépendantes, » en ce moment tant repoussées par les membres du gouvernement, ne leur avaient pas toujours inspiré la même horreur? Au mois de mai 1870, sous le ministère Ollivier, M. Ernest Picard, alors membre de l’opposition, devenu par la grâce du 4 septembre membre du gouvernement de la défense, puis, après le 8 février, choisi par M. Thiers comme ministre de l’intérieur, publiait le programme suivant dans son journal V Electeur libre : « Notre programme est « bien simple et bien net; il ne faut pas six mois de service pour « le réaliser, mais s’il néglige les ornements accessoires, il touche « les points essentiels.
« Séparation des pouvoirs, constitution d’un pouvoir judiciaire, « indépendant par l’établissement du jury ; constitution d’un pou- « voir législatif, indépendant par l’organisation de la liberté élcc- « lorale et de municipalités indépendantes; une organisation mili- « taire nationale qui donne des gages à la liberté ; voilà ce que « nous avons demandé le premier jour, ce que nous demandons, « sans crainte de nous répéter. »
Sif/nc ; Eunest Pic.vnn.
Tout commentaire est ici superflu ; nous nous bornerons à rappeler un mot de Proudhon, qui nous revient en mémoire : « On « dirait que le pouvoir rend stupides les gens d’esprit. »
Nous extrayons de la dépêche adressée le l'”'' avril par M. Thiers aux départements, le passage qui coneerne Paris ;
Versailles, t" aviil, midi 43 m., soir.
A Paris, la Commune, déjà divisée, essayant de semer partout de fausses nouvelles et pillant les caisses publiques, s'agite impuissante, cl elle est en horreur aux Parisiens, qui allcndcni avec impatience le moment d’en être délivrés.
L’Assemblée nationale, serrée autour du gouvernement, siège paisiblement à Versailles, où achève de s'organiser une des plus belles armées que la France ait possédées.
Les bons citoyens peuvent donc se rassurer et espéicr la fin prochaine d'une crise qui aura été douloureuse, mais courte. Ils peuvent être certains qu’on ne leur laissera rien ignorer, et que, lorsipie le gouvernement se taira, c’est qu'il n’aura aucun fait gra>e on intéressant à leur faire connaître.
A. Thiers.
Un point est surtout à noter dans cette dépêche : il est au moins fâcheux de publier que, en quelques jours, on a pu organiser contre Paris a une des plus belles armées que la France ait possédées, » alors que des souvenirs récents représentaient à la mémoire de tous une activité moindre et de moindres succès d’organisation, dans une guerre contre l'étranger.
DlM»achr « Avril lAYt
Dans la matinée du dimanche 2 avril, la population parisienne entendit le bruit de la fusillade et du canon. Les détonations qui se succédaient répandirent une sorte de stupeur, une poignante tristesse dans Paris. La guerre civile, que l’on s’était efforcé d’empècher, venait d’éclater.
Depuis plusieurs jours des collisions avaient eu lieu entre les sentinelles avancées des troupes de Versailles et les gardes nationaux; mais ces luttes de courte durée étaient sans gravité. Un combat plus sanglant, plus général paraissait de plus en plus imminent, inévitable. Voici dans quelles circonstances les hostilités s’engagèrent.
Vers huit heures et demie du matin, un détachement de gendarmes se dirige de Courbevoie sur le pont de Neuilly où étaient postés les gardes nationaux; il les somme de se retirer. Les gardes nationaux répondent en invitant les gendarmes à faire cause commime avec le peuple. Le commandant du détachement de troupes versaillaises ordonne le feu. Aussitét les gardes nationaux tirent sur les gendarmes qui se replient. Les gardes nationaux de Puteaux (ST” bataillon) faisaient cause commune avec les Parisiens. Échelonnés sur le bord de la Seine, ils engagèrent aussi la lutte avec les Versaiilais.
Quelques bataillons fédérés franchissent alors le pont de Neuilly et avancent jusqu’au rond point de Courbevoie. Là, ils sont accueillis par une vive fusillade. Les feux de peloton, trèsmeurtriers des doux côtés, durèrent environ trois quarts d’heure, pendant lesquels des renforts vinrent soutenir les troupes de l’Assemblée. Les gardes nationaux essayent plusieurs fois de forcer le passage ; ils sont repoussés.
Vers dix heures, des mitrailleuses placées sur le versant du Mont-Valérien qui regarde Courbevoie, prennent part à la lutte. Elles envoient plusieurs décharges au milieu des gardes nationaux, complètement dénués d’artillerie. Cette mitraille cause la panique dans les rangs de la garde nationale, qui se précipite en désordre du côté de Paris. ^Ralliés par leurs officiers, les gardes nationaux se reforment en peloton derrière la barricade qui commande le pont, sur la rive droite de la Seine. De cette position ils dirigent un violent feu de mousqueterie sur les colonnes versaillaises.
Pendant ce temps, le général Vinoy, qui dirigeait les troupes de l’Assemblée, fait avancer des canons et des mitrailleuses jusqu’au rond poiut de Courbevoie, où on les place en batterie. Elles ouvrent leur feu sur les gardes nationaux qui sont à peine abrités. Llavenue de Neuilly est couverte de boulets ct'd’obus;: quelquesuns tombent môme au-delà du rempart. Sous cette pluie de mitraille, qui atteint aussi les maisons de Neuilly, les gardes nationaux reviennent, dans le plus grand désarroi, jusqu’au rempart. Cette retraite meurtrière est courageusement protégée par des francs-tireurs et des volontaires garibaldiens qui se placent en tirailleurs et soutiennent, pendant quelque temps, contre les détachements versaillals, un combat à l’arme blanche. On se bat ainsi avec acharnement presque jusqu’à'la porte Maillot par laquelle rentrent» les gardes nationaux qui viennent s’abriter derrière le rempart. •
Vers midi, celte lutte, prélude de la plus abomftable, de la plus effroyable guerre civile, avait cessé.- ■
Les' troupes de Versailles' étaient parvenues à cent mètres environ des forlincations. Toutes les portes de Paris furent fermées.' On présumait que d’un moment à l’autre, les hostilités recommenceraient. . . > , !
Vers six 'heures, les Versaillals • effectuèrent leur retraite du côté du Mont-Valérien. • t i ■ I . •»
Dans celte trisle journée, les gendarmes fusillèrent à Puteaux, sans qu’il ait été procédé à un jugement, même séminaire, des gardes nationaux prisonniers.
Plus tard le gouvernement niera qu’il ait été procédé à de semblables exécutions. Nous opposons d’avanoe, à cette assertion, la plus catégorique dénégation. Le fait est malheureusement trop authentique, La véracité nous en a été attestée par le témoignage d’habitants des environs, . ..
Dans Pavis, la plus vive inquiétude régnait ; on faisait circuler les bruits les plus conlradicloircs. Certains annonçaient, de trèsbonne foi peut-être, que les Versaillais étaient repoussés. Celte assertion, contraire aux événements de la matinée, trouvait créance, non-seulement dans une fraction du public, mais, ce qui est plus étrange, chez quelques membres de la Commune. A la séance du 2 avril, les exaltés irréfléchis criaient : Victoire! victoire! Des membres plus sensés manifestèrent combien il était puéril et ridicule de rester aussi profondément aveuglés. Ils déclarèrent que les gardes nationaux venaient d’être battus; qu'il était impossible de se le dissimuler. La fraction socialiste de la Commune blâma très-énergiquement les généraux d’avoir engagé la lutte sans consulter, ni la Commune, ni la Commission exécutive, sans attendre leur résolution. Ce réquisitoire fut soutenu par le ci(. Delescluze, qui ordinairement combattait les propositions faites par la minorité.
A ces remontrances très-justiflées, les révolutionnaires répliquèrent qu’on n’avait pas le droit de blâmer des gens qui allaient se faire tuer. Raison de sentiment qui, le plus souvent, ne légitime rien. Risquer sa vie pour défendre sa cause, c’est incontestablement le plus grand acte dont l’homme soit capable; mais encore iaut-il que ce sacrifice se produise dans un moment opportun, car il peut avoir lieu en des circonstances telles que, loin de contribuer au triomphe de la cause qu’on affirme, il provoque son insuccès. < ' l '
Le rappel et la générale furent battus pendant l'après-rmidi dans tous les quartiers excentriques, pour réunir la garde nationale. Sous la direetlon du général Dergeret, des bataillons, avec de l’artillerie, se massèrent dans l’avenue de Neuilly. i Au rempart, du cOlé de l’Ouest, on amenait des canons. Pour fariliter l’ascensiou du bastion, les gardes nationaux poussent
aux roues. Eu un instant les pièces sont placées dans les embrasures. La gare du chemin de fer de ceinture, à la porte Maillot, recevait l'ordre de transformer les salles d’attente en ambulance. Une extrême agitation régnait sur la route militaire du côté Sud de Paris. On préparait la résistance, on s’apprêtait au combat.
Les trois généraux commandant la garde nationale se rendent auprès de la Commission exécutive et lui font part du désir de la population révolutionnaire de marcher sur Versailles. En effet, les gardes nationaux des quartiers excentriques étaient très-excités par l’événement du matin ; ils venaient en très;grand nombre à leurs points de ralliement avec l’intention -formelle de prendre l’offensive.
Quant aux difficultés d’exécution de ce projet, ils n’y songeaient point. C’était le dernier de leurs soucis. Il leur semblait incontestable que l’armée versaillaise, en voyant s’avancer une grande masse de gardes nationaux, n’opposerait pas une résistance sérieuse, et de toutes façons ne serait pas un obstacle infranchissable.
Les généraux exposèrent à la Commission exécutive un plan d’attaque. La garde nationale devait être divisée en trois corps avec lesquels on se dirigerait sur Versailles par trois routes. L’un devait sortir par la porte de Vaugirard et marcher par Issy, Chàtillon. Sèvres et Meudon ; l’autre aller par Courbevoie, Puteaux et les hauteurs de Buzenval ; et le troisième contourner le Mont- Valérien et passer par Rueil et Bougival.
On était convaincu que le Mont-Valérien ne tirerait pas. Le commandant du fort qui avait reçu, le 20 mars, sommation de se rendre, avait répondu qu’il ne tirerait jamais sur Paris, mais qu’il ne recevrait des ordres que du ministre de la guerre. Celte réponse avait paru satisfaisante; et ou croyait être assuré de la neutralité du Mont-Valérien.
On s’inquiéta peu, à la Commission exécutive et à la Commune, de la proposition des généraux et de leur plan. On ne pensa pas qu’on les réaliserait de suite. La Commission exécutive dit aux généraux d’attendre, de ne rien faire sans l'avoir consultée et sans avoir pris l’avis de la Commune.
Dans sa séance du 2 avril, la Commune décida la nomination, comme délégué à la guerre, conjointement avec le cit. Eudes, du
cit. Cluseret qui entra de suite eu fonctions. Elle prit le décret suivant :
La Commune de Paris :
Considérant :
Que jusqu'à ce jour, les emplois supérieurs des services publics, par les appointements élevés qui leur ont été attribués, ont été recherchés et accordés comme places de faveur.
Considérant :
Que dans une République réellement démocratique, il ne peut y avoir ni sinécure ni exagération de traitement ;
DÉCBÈTE :
Article unique. Le maximum de traitement des employés aux divers services communaux est fixé à six mille francs par an.
Hôtel-de-Ville, 2 avril 1871.
La Commune de Paris.
La Commune voulait mettre fin au régime d’émoluments excessifs qui durait depuis si longtemps. La limite qu’elle fixait pouvait être discutée; l’idée qui la guidait était excellente.
Dans la matinée, le délégué à l’cx-Préfeclure de police avait fait placarder un avis interdisant d’emporter hors de Paris aucun effet d’équipement, d’armement ou d’habillement militaire.
 la tombée de la nuit, on fit placarder cette proclamation à la garde nationale :