DÉCRÈTE
Art. 1er. L’Église est séparée de l’État.
Art. 2. — Le budget des cultes est supprimé.
Art. 3. — Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immcublc.«, sont déclarés propriétés nationales.
Art. 4. — Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la iialiire et les mettre à la di.sposition de la nation.
La Cmiimme de Paris.
Prononcer la séparation de l’Kglise et de l’État, déclarer « propriétés nationales » les biens des corporations religieuses, c’était commettre un abus de pouvoir évident. La Commune de Paris n’a pas compétence pour agir au nom de la nation française. F.llc serait restée dans le cercle de ses attributions si elle eût dit simplement : « Le budget des cultes est supprimé pour Paris. » Cette mesure était en effet réclamée depuis longtemps par la capitale. La Commune avait le droit et aussi le devoir de la décréter ; elle aurait ainsi donné satisfaction aux légitimes exigences de l'opinion publique parisienne. Réduit à ces seuls termes, le décret de la Commune eût obtenu l’assentiment de tous les hommes raisonnables.
En outrepassant son mandat, la Commune provoquait bénévolement les animosités des réactionnaires, et leur fournissait un argument pour la combattre. Etait-ce pour rendre plus manifeste son antipathie pour toute religion que la Commune décrétait la séparation de l’Eglise et de l’Étal? En supprimant le budget des cultes, ce résultat était suffisamment atteint.
Co decret déplorable pouvait avoir un effet très-funeste : celui de persuader à la France que la Commune de Paris voulait se substituer à la représentation nationale, et imposer au pays entier ses ordres sous forme de décrets.
Rien n’est plus ridicule qu’un pouvoir dont les décisions manquent de sanction, ce qui se produit toujours lorsqu’il dépasse le cercle de sa compétence. En voulant se donner l’apparence d’une énergie redoutable, le pouvoir qui va au-delà de ses attributions, ne fait que manifester puérilement sa faiblesse réelle et discréditer son autorité.
Partisans de la séparation de l’État do toute Église, nous souhaitons, pour la réalisation de notre opinion, que cette mesure salutaire figure bientôt dans un texte de loi plus capable d’étre mis en vigueur que le décret de la Commune de Paris.
Le Journal officiel de Paris publiu le 3 avril l’article suivant, écrit par le cil. Charles Longuet :
L’heure n'est plus aux déclarations de principes. Depuis hier, la lutte est engagée. Cette fois encore, la guerre civile a été déchaînée par ceux qui, pendant deux semaines, ont donné un accent sinistre, une portée sanglante à ces grands mots s l’ordre, la loi.
Eh bien! même à celle heure lerrible, la Révolulion du 18 mars, sûre de son idée eldcsa force, n’abandonnera pas son programme. Si loin que puissent l’entriitner les nécessités de la guerre, si nouvelle que soit la situation où elle se trouve placée, la Commune n’oubliera pas qu’elle n’a pas été élue pour gouverner la France, mais bien pour l’affranchir, en faisant appel k son initiative, en lui donnant l’exemple.
Mais si la Commune de Paris entend respecter le droit de la France, elle n’entend pas ménager plus longtemps ceux qui, ne représentant même plus le despotisme des majorités, ayant épuisé leur mandai, viennent aujourd'hui attenter à son existence.
Des esprits impartiaux et neutres l’ont reconnu, Paris était hier, il est aujourd’hui surtout à l’étal de belligérant. Tant que la guerre n’aura pas cessé par la défaite ou la soumission d’une des deux parties en présence, il n’y aura pas à délimiter les droits respectifs. Tout ce que Paris fera contre l’agresseur sera légitimé par ce fait qui constitue un droit, k savoir ; défendre son existence.
El qui donc a provoqué? Qui donc, depuis deux semaines, a le plus souvent prononcé les paroles de violence et de haine ? N est-ce pas ce pouvoir tout gonflé d’orgueil et de raison d’Élat qui, voulant d’abord nous désarmer pour nous asservir, et s’insurgeant contre nos droits primordiaux, même après sa défaite, nous traitait encore d’insurgés? D’où sont venues, au contraire, les pensées de pacification, d’atiribulions déflaies, de contrat débattu, sinon de Paris vainqueur?
Aujourd’hui l’ennemi de la cité, de scs volontés manifestées par deux cent mille suffrages, de sca droits reconnus même des dissidents, lui envoie non des propositions de paix, pas même un ultimatum, mais l’argument de scs canons ; même dans le combat, il nous traite encore en insurgés pour lesquels il n’y a pas de droit des gens ; ses gendarmes lèvent la crosse en l’air en signe d’alliance, cl lorsque nous avançons pour fraterniser, ils nous fusillent à bout portant ; ses obus éclatent au milieu de nous et tuent nos jeunes filles.
Voilà donc enfin celte répression annoncée, promise à la réaction royaliste, préparée dans l’ombre comme un forfait par ceux-là mêmes qui, pendant de si longs mois, bernèrent notre patriotisme sans user notre courage.
A cette provocation, à celle sauvagerie, la Commune a répondu par un acte de froide justice. Ne pouvant encore atteindre les principaux coupables dans leurs personnes, elle les frappe dans leurs biens. Cette mesure de stricte justice sera ratifiée par la conscience de la cité, cette fois unanime.
Mais si les plus coupables, les plus responsables, sont ceux qui dirigent, il y a des coupables aussi, des responsables parmi ceux qui exécutent. II y a surtout ce parti du passé qui, pendant la guerre, mettait sa
valeur au service de ses privilèges et de ses (radilions, bien plus qu’au service de la France, qui en combattant ne pouvait défendre notre patrie, puisque depuis 89 notre patrie, ce n'est pas seulement la vieille terre natale, mais aussi les conquêtes politiques, civiles et morales de la Révolution.
Ces hommes, loyaux peut-être, mais fanatiques à coup sûr, se sont réunis sans honte aux bandes policières. Us sont atteints dans leur part ^ d’après cette loi fatale de solidarité à laquelle nul n'échappe. La mesure qui les frappe n’est d'ailleurs que le retour aux principes mêmes de la Révolution française, en dehors de laquelle ils se sont toujours placés. C'est une rupture que devait amener tût ou tard la logique de l’idée.
Leur alliance avec le pouvoir bâtard qui nous combat n'est, en effet, au point de vue de leurs croyances et de leurs intérêts, que le devoir et la nécessité même. Rebelles à une conception de justice qui dépasse leur foi, c’est à la Révolution, à ses principes, à ses conséquences qu'ils tant la guerre. Ils veulent écraser Paris, parce qu'ils pensent du même coup écraser la pensée, la science libres ; parce qu’ils espèrent substituer au travail joyeux et consenti la dure corvée subie par l’ouvrier résigné, par l'industriel docile, pour entretenir dans sa fainéantise et dans sa gloire leur petit monde de supérieurs.
Ces ennemis de la Commune veulent nous arracher non-seulement la République, mais aussi nos droits d'bommes et de citoyens. Si leur cause antihumaine venait à triompher, ce ne serait pas seulement la défaite du 18 mars, mais aussi du 31 lévrier, du 33 juillet, du 10 août.
Donc il faut que Paris triomphe; jamais il n'a mieux représenté qu’aujourd'hui les idées, les intérêts, les droits pour lesquels ses pères ont lutté et qu'ils avaient conquis.
C’est ce sentiment de l'importance de son droit, de la grandeur de son devoir qui rendra Paris plus que jamais unanime. Qui donc oserait, devant ses concitoyens tués ou blessés, à deux pas de ces jeunes iillcs niitrailléci, qui donc oserait, dans la cité libre, parler le langage d'un esclave? Dans la ciié guerrière, qui donc oserait agir en espion ?
Non, toute dissidence aujourd'hui s’effacera, parce que tous se sentent solidaires, parce que jamais il n'y a eu moins de haine, moins d'antagonisme social ; parce qu'enfin de notre union dépend notre victoire.
Dans la journée du 3 avril, vers trois heures, un groupe de trois cents femmes environ se formait à la place de la Concorde. Précédée d’une femme portant un drapeau rouge, cette colonne se mit en marche aux cris répétés de : « A Versailles ! Vive la République ! Vive la Commune I > et se dirigea ainsi vers le Point-du- Jour. Arrivée au rempart, on refusa délaisser cette manifestation de citoyennes s’avancer hors des murs. Interrogées sur leur but, la
plupart de ces feianies vous répondaient avec une tranquillité', une assurance qui surprenaient : « Nous allons rejoindre nos maris « qui sont partis pour Versailles. »
Ce n’est pas nous qui essaierons do ridiculiser cet enthousiasme un peu théâtral ; dans la classe populaire, incomplètement développée, il est souvent le germe des plus viriles résolutions, et fait supporter avec dignité les plus pénil)lcs épreuves.
M.M. Cil. Floquet et Kd. Lockroy, députés de Paris, tentèrent vainement de se rendre, lundi 3 avril, à Versailles, où ils voulaient aller remettre leur démission au président de l’Assemblée nationale. La lettre par laquelle ils se démettaient du mandat de représentants du peuple, fut publiée par les journaux du lendemain .
Plusieurs députes, élus au mois de février par Paris, avaient déjà donné leur démission, quelques-uns à Bordeaux, d’autres, tout récemment, à Versailles ; la représentation de Paris s’était ainsi trouvé réduite de plus d’un tiers.
Depuis deux semaines, les députés inllucnts de la capitale avaient fait de très-louables efforts pour éviter la guerre civile. L’Assemblée, commettant la plus impardonnable faute, avait repoussé systématiquement toutes les tcotatives faites pour échapper à un conllit sanglant. Son attitude provocatrice avait amené l'horrible lutte qui , depuis deux jours , faisait couler le sang français sous les murs de Paris. Dans ces conditions, il nous semble qu’aussitôt le combat engagé, nos députés, nos députés républicains et socialistes, bien entendu, auraient dû quitter l’Assemblée et rentrer à Paris, sans donner leur démission toutefois. Jusqu’à la fin des hostilités, ces députés auraient dû laisser déserte leur place à l’Assemblée.
Il fallait être bien aveuglé ou bien infatué de parlementarisme pour croire qu’une influence, qu’une action efficace, pourraient être encore exercées sur cette Assemblée hostile à tout apaisement, par les représentants de Paris qui n’avaient pu obtenir une simple parole de conciliation.
La plupart des députés de Paris avaient peu compris les tendances du mouvement populaire provoqué par l’attaque du 18 mars. Us étaient mal au courant de l’état d’esprit de la population parisienne, quoiqu’ils eussent dû, par fonction, en être trèsexactement informés. Partisans, pour la plupart, d’un gouvernement fortement centralisé, ils devaient être peu sympathiques à
une tentative qui, résultante logique de l'évolution sociale de ces derniers temps et de la tcrritde crise que nous traversons, était contraire à leur idéal traditionnel. Kn continuant à siéger à l’Assemblée, sans point d’appui dans l’opinion, les députés de Paris ne furent amenés qu’à donner des preuves de leur irrémédiable impuissance, conséquence naturelle d’une situation fausse.
Mardi « avril l««l
Paris allait se trouver de nouveau presque absolument séparé du monde. Déjà il ne pouvait plus communiquer directement avec la province; le service des postes ne fonctionnait plus et il n'était pas au pouvoir du cit. Theisz, le délégué à l’Administration des postes, de le réorganiser. On était obligé d’aller porter ses correspondances au bureau de Saint-Denis. Cependant, par une note datée du 4 avril, M. Theisz prévenait le public qu’à partir de ce jour, les dépêches de Paris à destination des départements et de l’étranger seraient régulièrement expédiées. Il annonçait aussi que toutes les correspondances laissées en souffrance dans les boîtes de Paris, depuis le départ de l’Administration pour Versailles, avaient été expédiées le matin. Quant à l’intérieur de la ville, le service recommençait à fonctionner à peu près comme à l’ordinaire.
Le Journal officiel du 4 avril publiait un arrêté instituant « une « commission d’initiative pour tout ce qui a rapport au travail et « à l’échange. »
En raison des opérations militaires engagées, la Commune avait, dans la même séance, décidé que les élections communales nécessitées par les démissions et options, précédemment fixées au mercredi 5 avril, étaient ajournées jusqu’au jour où a la situation « faite à Paris par l’attaque du gouvernement de Versailles, » permettrait d’y procéder.
L’Offieiel publiait le document suivant :
CABmET Paris, 3 avril 1871.
du
minisire de l'intérieur
La rédaction de Paris-Journal, en présence du sang qui coule, à la vue de nos frères égorges par les gendarmes et les sbires de Versailles, continue arec acharnement ses calomnies haineuses contre la Commune et l'héroïque garde nationale de Paris.
Il est criminel et faux de dire que ; « Paris déclare la guerre à la France; » il est faux que la garde nationale ait fusillé un parlementaire, quand elle a été, au contraire, trailreusement attaquée par des hommes qui levaient la crosse en l'air pour tromper sa vigilance.
La liberté do la presse n'est pas le droit de s'embusquer prudemment derrière un journal pour redoubler les horreurs d’une lutte que Par s n'a pas commencée, mais dans laquelle il fera triompher la République et la Commune.
Communiqué,
Cette forme de cominuniqtté rappelait les plus malheureux errements de l’Empire. N’y avait-il pas un autre moyen de rectifier certaines assertions de Paris-Journal ? Ce procédé, qui faisait pré^ sager que la Commune allait entrer dans une voie de répression rigoureuse à l’égard de la presse, produisit à Paris une Irèsfàcbcuse impression.
Le nouveau délégué à la guerre fit paraître, dès le i avril, un arrêté relatif à la réorganisation des compagnies de marche de la garde nationale, qui incorporait dans ces compagnies « tous les • citoyens de 17 à 35 ans, non mariés, et les gardes mobiles « licenciés. »
La lutte engagée avec Versailles était une guerre d'opinion. On n’avait pas le droit d’ordonner, dès lors, qu’une catégorie spéciale de citoyens devaient y concourir, si telle n’était pas leur volonté. Dans les combats de cette nature, personne ne devrait être contraint à entrer dans tel ou tel camp. Les deux partis adverses ne sauraient légitimement recruter leurs défenseurs que parmi leurs partisans. Par suite, il ne peut y avoir alors que des soldats volontaires. Le délégué à la guerre, agissant par ordre de la Commune, était donc placé à un point de vue faux et abusait de son pouvoir, lorsqu’il prenait la décision ci-dessus mentionnée.
Le combat engage la veille, lundi 3 avril, avait cessé sur la rive droite de la Seine ; les gardes nationaux, imprudemment avancés jusqu’à llueil et Bougival, étaient parvenus à regagner Paris en suivant le chemin de 1er de Rouen.
Sur la rive gauche du fleuve, les fédérés avaient été refoulés par les troupes versaillaiscs jusque dans leurs retranchements de Clamart et de Châtillon, Terminée, de ce côté, à la nuit tombante^ la lutte recommença le lendemain avec up acharncracnl inouï. L’objectif de l’armée de l’Assemblée était la possession du plateau de Ch&lillon, qui domine les forts du Sud et protège la route de Versailles par Meudon. Les gardes nationaux qui occupaienl ce plateau depuis la veille, avaient eu la négligence inexpliquable de ne pas armer sérieusement cette position si importante, de façon à soutenir leur oITensivc ou à favoriser leur défensive. Attaqués par les détachements vcrsaillais, les fédérés ne purent supporter leur choc; l’arlilleric leur manquait; le commandement était aussi défectueux, les officiers étaient aussi rares que la veille. Après avoir été délogés une première fois, les gardes nationaux tentèrent, dans un vigoureux élan, de reprendre cette position formidable ; mais ils étaient trop mal soutenus par l’artillerie pour réussir. Les forts de Vanves et d’issy les secondèrent trop lard. Leur feu n’eut d’autre effet que de soutenir, de protéger leur retraite en arrêtant la poursuite de l’armée versaillaise.
Ilans la journée du t avril, la garde nationale se trouva donc forcée d’abandonner aux troupes de Versailles des points stratégiques d’une extrême importance, et de rétrograder vers les forts de la rive gauche.
Cet insuccès, très préjudiciable au point de vue défensif, fut très-meurtrier pour les fédérés.
L’un des incidents les plus affligeants de cette triste journée fut l’oxécution du général Uuval cl de deux chefs de bataillon, ordonnée par le général Vinoy. C’est par de semblables actes qu’oa en Irolient, qu’on surexcite les discordes, les haines civiles. Ou ne pouvait ainsi que rendre plus violente, plus furieuse, l’exaspération des fédérés. i
Ces actes donnèrent lieu à la proclamation suivante, adressée au peuple de Paris par la Commission exécutive :
Citoyens,
Les monsrcbislcs qui sicgenl à Versailles ne vous l'ont pas une guerre d'iiommcs civilises; ils vous Tont une guerre do sauvages.
Les Vendéens de CharoUc, les agents de Piélri fusillent les prisonniers, égorgent les blessés, tirent sur les ambulances!
Vingt fuis les misérables qui dcsiionorcnt runifurme de la ligne ont levé la crosse en l’air, puis, traUrcusemcnl, ont fait feu sur nos braves et confiants concitoyens.
Ces trahisons et ces atrocités ne donneront pas la victoire aux éternels ennemis de nos droits.
Nous en avons pour garants l’énergie, le courage et le dévouement à la République de la garde nationale.
Son béro'isme et sa constance sont admirables.
Scs artilleurs ont pointé leurs pièces avec une justesse et une précision merreillctises.
Leur tir a plusieurs fois éteint le feu de rennemi, qui a dû laisser uno mitrailleuse entre nos mains.
Citoyens , •
La Commune de Paris ne doute pas de la victoire.
Des résolutions énergiques sont prises.
Les services, momentanément désorganisés par la défection et la trahison, sont, dés mainlonani, réorganisés.
Les heures sont utilement employées pour votre triomphe proehain.
La Commune compte sur vous, comme vous pouvez compter sur elle.
Piicnidt il ne restera plus aux royalistes de Versailles que la honte de leurs cimes.
A vous, citoyens, il restera toujours rétcrncl honneur d’avoir sauve la Fronce cl la République.
Gardes nationacx, '
La Commune de Paris vous félicite cl déclare que vous avez bien mérité de la République. '
Paris, i avril 1871.
Tm Commission exécutive.
Cette proclamation relate un fait qui n’était, hélas! que trop exact : les Versaillais tiraient sur les ambulances. Cette barbarie a été signalée par les courageux chirurgiens qui soignaient, sur le champ de bataille, les blessés fédérés ; de nombreux ambulanciers ont témoigné de son authenticité. Il nous serait aisé de citer des noms qui confirmeraient notre déclaration; entre autres celui d’un vénérable pasteur protestant, qui a entendu siffier les balles autour
de lui lorsque, sous le couvert des insignes et du drapeau de Genève, il ramassait des blessés.
Une autre nouvelle bien lugubre parvenait à la connaissance des Parisiens dans l’après-midi du 4 avril : on apprenait que la veille, à Nanterre, Gustave Flourens avait été tué, d’un coup de sabre, par un capitaine de gendarmes.
Pauvre Flourens! On pouvait critiquer et blâmer, au point de vue de l’action politique, les aberrations souvent funestes de son intelligence trop exaltée, mal équilibrée; mais, parmi ceux qui le connaissaient, il n’est personne qui n’estimât et n’aimât cette généreuse nature un peu antique, capable de tous les dévouements et de tous les sacrifices.
La guerre civile faisait horreur à tous. On avait, à Paris, le plus ardent désir de voir naître une espérance de conciliation. Cette lutte ne paraissait avoir d’autre issue possible et désirable qu’une transaction. Le triomphe par les armes ne semblait pouvoir être obtenu par aucun des partis en présence; marcher victorieusement sur Versailles paraissait aussi impraticable qu’entrer, par la force, dans Paris. Il y avait donc chance pour que la lutte se prolongeât * lorsque les gardes nationaux, renonçant à une attitude offensive véritablement insensée, reviendraient dans la ligne des forts et s’y maintiendraient. De plusieurs côtés s’élevaient dans la capitale des exhortations à la conciliation, à la pacification. On recherchait ardemment les moyens de la réaliser.
Le journal le Tempe disait le A avril :
K Qui sait si l’Assemblée, qui sait si la Com-
« mune, renonçant d’elles-mêmes, la première à son pouvoir de ■ droit, la seconde à sa situation de fait, pour le bien suprême de « la France en deuil, n’étoufferaient pas sous ce patriotique holo- « causte, tous les germes de colère et de haine qui pourraient fer- * menter encore? »
Dans la séance du 4 avril, l’Union nationale des Chambres syndicales, qui constituait le groupe organisé le plus nombreux du commerce et de l’industrie de Paris, puisqu’il représentait 36 chambres syndicales, produit de l’adhésion de plus de 7,000 industriels et commerçants ayant conscience de représenter, dans leurs variétés infinies, le plus grand nombre des intérêts mis en péril, l'Union nationale déclarait « qu’elle croyait indispensable et urgent d’agir
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« en vue d’une solution pacifique, et de rechercher les bases de « celte solution en se mettant en rapport avec l’Assemblée nalio- « nale et la Commune de Paris. »
Dans la conviction de l’Union nationale, ces bases « résidaient « dans la consolidation de la République, en dehors de laquelle il « ne saurait y avoir qu’une suceession inévitable de troubles et de « périls, » et « dans l’organisation des franchises municipales de » la ville de Paris, sur les bases les plus démocratiques, mais dis- « tincles du pouvoir politique chargé des intérêts généraux de la « France. »
Le rapport présenté à V Union nationale au sujet de la tentative conciliatrice projetée, avait été encore plus explicite dans son adhésion à la République et à la révolution communale pour le triomphe de laquelle luttait la capitale.
« Paris a fait une révolution aussi acceptable
a que toutes les autres, et, pour beaucoup d’esprits, c’est la plus « grande qu’il ait jamais faite, c’est l’affirmation de la République « et la volonté de la défendre.
« Paris, en votant, n’a pas voulu seulement changer des « hommes, il a renversé des institutions qu’on peut sans passion « reconnaître pour mauvaises, puisqu’elles ont toujours donné les « mêmes détestables résultats
» Quant à nous, Parisiens, nous ne pouvons
rester plus longtemps dans cette situation que veut nous faire l'As- « semblée : elle ne veut plus de Paris comme capitale de la F rance, « et elle entend le laisser soumis aux entraves que sous l’iimpire « il était obligé de souffrir, justement à ce titi'c de capitale. . . »
Afin d’exposer ses vues aux deux partis en présence et de leur transmettre ses résolutions, l'Union nationale des Chambres syndicales nomma une commission à laquelle elle donna pleins pouvoirs. Ellé'élait composée de Irès-honorahlcs bourgeois qui, prenant conseil de leur patriotisme cl de leurs sentiments républicains, voulaient essayer de s’interposer entre l’Assemblée nationale, qui repoussait ta revendication de Paris, qui considérait tous les Parisiens comme des factieux, et la Commune qui, violente, exagérée par nature, devait devenir de plus en plus intraitable dans ses prétentions, par suite de l’attaque de Versailles.
Le même jour oü avait lieu la réunion de l' Union des Chambres syndicales, les maires de Paris se réunissaient avec quelques représentants du peuple aOn de se concerter, eux aussi, sur un projet de conciliation. M. Hanc, leur ancien collègue, désirait comme eux voir intervenir une transaction. Informée de ses dispositions, cette réunion de députés et de maires se mit en rapport avec lui et il fut convenu avec M. Ranc qu’il s’enquerrait des dispositions de la Commune sans faire connaître, toutefois, l'instigation de quel groupe il agissait. M. Ranc essaya vainement de faire partager scs tendances à l’ensemble de scs collègues; il les trouva résolus à continuer la résistance, et décidés à lutter jusqu’à la mort plutôt que d’entrer en arrangement. Entre deux pouvoirs affolés, également obstinés dans leurs prétentions absolues, il paraissait bien difficile de poser les bases d’un arrangement raisonnable.
Cependant M. Picard, ministre de l’intérieur, télégraphiait à la province: « Tout fait espérer une prochaine et heureuse solution. »
Cette appréciation erronée était consignée dans les dépêches que nous reproduisons, adressées, le 4 avril, de Versailles, par le gouvernement, aux divers fonctionnaires, au sujet des événements de la journée :
Versailles, t avril 1871.
Li's insurgés ont éprouvé aujourd'hui un nouvel et décisif échec. Les troupes ont enlevé avec un entrain admirable la redoute de Chàtillon, qu'ils occupaient.
Plus de deux mille prisonniers ont été ramenés à V’crsailles; leurs principaux chefs, l'iourcns et le gênerai Duval, ont péri. Henri, chef de légion, est prisonnier,
Dans l’intérieur de Paris, il n’y a pas eu de combat, mais la consternation du Comité et de ses adhérents est manifeste. Assi a été incarcéré par les siens. Vingt-deux membres de la Commune ont donné leur démission; tout fait espérer une prochaine et heureuse solution.
Ëll.XLSr PlCARU.
Vorgaille.s, 1 avril 1871, 2 h. 5j m. soir.
Les opérations de la journée d’hier ont été terminées ce matin avec la plus grande vigueur. Les troupes étaient restées devant la redoute de Chàtillon, où des travaux considérables avaient été faits contre les Prussiens.
A cinq heures du matin, la brigade Uerroja cl la division Pellé ciaieiit
en lace de ecl ouvrage iiiipurlanl. Deux baUerics de là élaieul diargées d’en éteindre le feu.
I^s lron|ics, dans leur ardeur, n'onlpas voulu attend re i|ue ces batteries eussent accompli leur liche ; elles ont enlevé la redoute au |ias de course; elles ont eu quelques blessés cl elles ont fait 1,S00 prisonniers.
Deux généraux improvisés par les révoltés, l’un appelé Duval, a été tue, et l'autre appelé llenri, a été fait prisonnier. La cavalerie (|ui escortait les prisonniers a eu la plus grande peine, à son entrée a l’crsaillcs, à les protéger contre l'irritation populaire. Jamais la basse démagogie n'avait offert, aux regards affligés des bonnéles gens, des visages plus ignobles. ,
L’armée poursuit sa marche sur Cbâiillon et Clamai t. Le brave généra^ Pellé, l’iin des meilleurs oflicicrs de l’armée, a clé blessé à la cuisse d'un éclat d’obus.
lUercredl & Airil 1891
Le délégué de la Commune aux relations extérieurs adressa, le 5 avril, aux représentants, à Paris, des puissances étrangères, la note suivante :
Le soussigné, membre de la Commune de Paris, délégué aus relations extérieures, a l’honneur de vous noiilicr orflcicllcmcnt la coiisiiiution du gouvernement communal de Paris.
11 vous prie d’en porter la connaissance à votre gouverncmcni, cl aaisil cette oécasion de vous exprimer le désir de la Commune de resserrer les liens fraternels qui unissent le peuple de Paris au peuple N"”.
Agréez, etc.
Paschal Gbocsset.
Paris, le 5 avril 1871.
Les gardes nationaux avaient été refoulés presque jusqu’à la ligne des forts, sur la rive gauche de la Seine; dè ce côté, Clamart était la limite de leur occupation.
Toute la nuit le combat d’artillerie ax ait continué entre les forts de Vanves et d’Issy et les batteries établies par les troupes de Versailles à Gbàtillon et au Moulin-dc-Pierre.
Dans la journée du o, il n’y eut plus d’engagement important, analogue aux luttes des jours précédents. Le général Cluseret qui
avait si énergiquement désapprouvé la marche sur Versailles entreprise le 3 avril, résolut de ne plus tenter de mouvement offensif. Cette décision fut appuyée parla minorité socialiste de la Commune qui critiqua, avec une grande vivacité, les opérations militaires. Les membres sensés de la Commune demandèrent catégoriquement qu’on fît cesser tonte effusion de sang inutile. D’accord avec la Commission exécutive, et bien que les positions delà garde nationale fussent partout défendues de manière à ne laisser aucune inquiétude, le général Gluseret fit rentrer dans Paris les fédérés, dont l’organisation devait être modifiée. Le colonel La Cécilia fut chargé de faire exécuter ce mouvement.
Ce n’était pas le courage qui avait fait defaut aux gardes nationaux dans ces quelques jours d’affreux combats.
Tout le monde reconnut que les gardes nationaux fédérés se battaient comme des lions. Les journaux de Versailles eux-mêmes en convinrent. Cette conduite héroïque provoqua alors les plus tristes réflexions. Partout on entendait dire ; « Si cette ardeur a avait été employée contre les Prussiens, nous n’aurions pas « aujourd’hui cette guerre civile. Combien coupables sont les « chefs militaires et le Gouvernement de la défense nationale, de « n’avoir pas su ou voulu utiliser ces éléments qui nous auraient « rendus invincibles. »
Quoi qu’en aient dit les membres du gouvernement, ce n’étaient pas des insurgés vulgaires ceux qui savaient se battre, ceux qui savaient mourir avec tant d’héroïsme. Ces gens-là poursuivaient un autre but que celui de servir de coryphées à un petit nombre d’agitateurs cosmopolites, « écume de l’Europe ». Ce n’était pas pour leurs trente sous par jour qu’ils se faisaient tuer ; ils eussent gagné davantage en travaillant à une tâche moins rude; — ils luttaient, ils succombaient sans se plaindre, persuadés qu’ainsi ils s’opposaient au triomphe de la réaction, au renversement delà République.
Sur l’ordre du délégué à la Préfecture de police, sans que la Commune en ait adopté la résolution, trois journaux : le Comtitutionnel, le Journal de» Débat», le Paris-Journal, furent saisis dans la matinée. On prit toutes les mesures nécessaires pour les empêcher de continuer à paraître.
A propos de cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse.
nous ne pouvons que rappeler les rénexions faites lors des précé* dentes suppressions.
La guerre était déclarée entre la Commune et Versailles. Les journaux supprimés soutenaient le gouvernement et l’Âssemblée; quelquefois leurs assertions étaient absolument inexactes. Tout cela était vrai ; mais il n’y avait pas dans ces raisons de motifs pour légitimer l’attentat commis contre la liberté de la presse. En paraissant se protéger contre des calomnies regrettables, la Commune se faisait en réalité plus de tort que ne pouvaient lui en causer ses ennemis par leurs dires plus ou moins justes. Cet acte absurde suscita, dans la séance de la Commune du 5 avril, de très-vives protestations.
Dans la soirée, le Comité central de la fédération de la garde nationale adressa aux habitants de Paris la proclamation suivante :
Citoyens de paris.
Ce qui SC passe en ce moment est l'dlcrncllc liistoiie des criminels clierchant à se soustraire au cliâtiment en commettant un dernier crime qui leur permette de régner, impunis, par l'épouvante!
(Is sont une poignée de parjures, de traîtres, de faussaires et d'assassins, qui veulent noyer la justice dans le sang.
La guerre civile est leur dernière chance de saint; ils la déchatnent : qu’ils soient mille fois maudits et qu'ils périssent!
Citoyens de Paris, nous voici revenus aux grands jours do sublime héroïsme et de vertu suprême! Le bonheur du pays, l'avenir du monde entier sont dans vos mains. C'est la bénédiction ou la malédiction des générations futures qui vous attend.
Travailleurs, ne vous y trompez pas: c’est la grande lutte, c'est le parasitisme et le travail, l'exploitation et la .production qui sont aux prises. Si vous êtes ias de végéter dans l’ignorance et de croupir dans la misère; si vous voulez que vos enfants soient des hommes ayant le bénéfice de leur travail, et non des sortes d’animaux dressés pour l’atelier et pour le combat, fécondant de leurs sueurs la fortune d’un exploiteur ou répandant leur sang pour un despote; si vous ne voulez plus que vos filles, que vous ne pouvez élever et surveiller à votre gré, soient des instruments do plaisir aux bras do l’aristocratie d'argent; si vous ne voulez plus que la débauche et la misère poussent les hommes dans la police et les femmes à la prostitution; si vous voulez eulin le règne de la justice, travailleurs, soyez intelligents, debout! et que vos fortes mains jettent sous vos talons l’immonde réaction.
Citoyens de Paris, commerçants. Industriels, boutiquiers, penseurs, vous tous, enfin, qui travaillez et qui cherchez de bonne foi la solution
dos problèmes sociaux, le Comilc central vous adjure de marober unis dons le progrès. Inspirez-vous des destinées de la patrie et de son génie universel.
Le Comité central a conscience que riiéroïque population parisienne va s'immortaliser et régénérer le monde.
Vive la République! vivo la Commune!
La Commune n’avait pas formulé neltemenl dans quelles conditions la lutte avec Versailles était engagée. Cette déclaration était nécessaire, non pas tant pour Paris que pour le monde qu’il fallait informer, par un manifeste précis, de la situation respective des deux parties en lutte. La proclamation qu’on vient de lire essayait de combler cette lacune. Découvrant, dans un style qui n’était pas dénué de grandeur, la cause réelle, primordiale, du différend, elle posait fortement la question sur son vrai terrain, celui des revendications sociales. Sous l’apparence d’un dissentiment politique, c’était bien en effet une lutte sociale qui mettait aux prises, avec une âpreté, un acharnement jusqu’alors inconnu, la bourgeoisie et le prolétariat.
La lecture de celte proclamation devait .avoir pour effet d’accréditer certains bruits qui faisaient soupçonner le Comité central de vouloir continuer â exercer un pouvoir politique, de chercher à contre-balanccr l’autorité de la Commune. Le Comité central crut anéantir ces insinuations en adressant le même jour, à la population, la déclaration que nous reproduisons :
L’opinion d’une certaine partie de la population, manifestée par plusieurs Journaux, nous attribue une situation sur laquelle il o.«t do notre devoir de nous expliquer, no serait-ce que pour donner une dernière garantie de notre bonne foi.
Ainsi que nous l’avons déjà déclaré, notre mandat politique expirait le jour où, tenant loyalement notre parole, nous remettions entièrement et sans restrictions entre les mains des membres do la Commune des pouvoirs que nous n’avions exercés, pour notre compte, qu'à titre, pour ainsi dire, administratif.
N’ayant pas cru devoir nous ériger en gouvernement lorsque nous supportions seuls la lourde charge de tout créer, après le chaos dans lequel la ruiio à Versailles laissait Paris, il n’est pas à supposer que nous j>rétendions maintenant réclamer une part de pouvoir à la Commune que nous avons contribué à établir.
Noire passage à l’IIôtel-de-Ville, la sympathie qui nous y a accompagnés, et l’approbation qui a accueilli chaenne de nos paroles, chacun de
nos actes, ne nous ont pas un seul instant fait perdre de vue lu rôle d'où nous étions sortis par U force des choses et dans lequel nous devions rentrer complètement et sans arrière-pensee.
Noos le déclarons donc une dernière fois : nous n’avons voulu et ne voulons aucun pouvoir politique, car une idée de partage serait un germe de guerre civile dans nos murs, venant compliquer celle que des frères dénaturés, par ignorance et par les mensonges d’ambitieux, nous apportent avec une horrible haine.
Nous sommes redevenus, le 38 mars, ce que nos mandants nous ont faits, ce que nous étions le 17 :
Un lien fraternel entre tous les membres de la garde nationale; une sentinelle avancée et armée contre les misérables qui voudraient jeter la désunion dans nos rangs ; une sorte de grand conseil de famille veillant nu maintien des droits, à l'accomplissement des devoirs, établissant l'organisation complète de la garde nationale, et prêts, à chaque heure, à dire à ceux qui nous ont élus :
Jugez. Êtes-vous contents de nous?
Voilà quelle est notre ambition. Elle se borne aux limites de notre mandat, et nous la trouvons assez haute pour avoir l’orgueil dç n'en Jamais sortir.
Vive la République! vivo la Commune!
Le Comité central n’était pas sorti de l’Hôtel-de-Ville autant qu’il lui plaisait de le dire; il cherchait, en réalité, à conserver le pouvoir politique. Si ses prétentions, soutenues par les révolutionnaires exaltés de la Commune, n’avaient pas été combattues chaque jour par les socialistes que ceux-là qualiflaient de réactionnaires, le Comité central aurait insensiblement substitué son autorité à celle de la Commune. Celte usurpation lui était heureusement interdite par la composition même des commissions chargées de la direction, de l’expédition des affaires. Les révolutionnaires, toujours disposés à parler, à crier très-fort dans les séances de la Commune, mais généralement peu laborieux et assez ignorants, avaient été éliminés de la plupart des commissions, de telle sorte que leur funeste influence était restreinte aux mesures, souvent regrettables, qu’ils pouvaient exciter la Commune à prendre en séance, dans l’entrainement de discussions passionnées. La direction militaire de la garde nationale que le Comité central, d’accord avec le comité d’artillerie, voulait conserver, suscitait à chaque instant des conflits avec les pouvoirs militaires que la Commune avait constitués.
Certes, il était bien difficile de contraindre tout d’un coup le
Comité central à renoncer à l’autorité militaire qu’il s’arrogeait, conformément, disait-il, aux statuts de la fédération. C’était lui qui avait donné à la révolution provoquée par l’attaque gouvernementale du 18 mars, sa formule précise. Il était donc jusqu’à certain point compréhensible que le Comité central essayât de contrôler, de Juger la Commune. Outre ces considérations, il devait en exister d’autres, plus personnelles, qui contribuaient assurément à produire, à rendre durable, l’antagonisme entre la Commune et le Comité central ; la convoitise du pouvoir est bien forte en France, et lorsqu’on l’a possédé, ne fût-ce que quelques jours, on le délaisse généralement à regret.
Le but apparent de cette proclamation du Comité central était de le disculper d’accusations qu’il prétendait fausses; mais elle avait un autre objet plus réel : c’était un ballon d’essai, un moyen de mettre l’opinion en demeure de se prononcer sur la ligne de conduite du Comité.
Imprimées et affichées sans que la Commune en ait été avertie,
— il en fut trop souvent ainsi, même pour des actes plus graves,
— ces deux proclamations manifestaient assez ouvertement les tendances usurpatrices du Comité central. La minorité socialiste demanda, très-catégoriquement, la dissolution immédiate de ce Comité, dont l’intention, habilement dissimulée, était d’annuler l’autorité de la Commune.
Le mouvement de conciliation s’accentuait de plus en plus. De toutes parts des comités se formaient, des adresses étaient rédigées, des réunions avaient lieu dans le but d’arrêter l’effusion du sang et de faire connaître les véritables sentiments de la population parisienne. Ce grand effort de pacification s’effectuait surtout parmi la classe moyenne, intermédiaire entre le prolétariat et la class^isée, parmi cette bourgeoisie travailleuse, hostile à toute mesure qui prétend s’imposer parla violence, hostile aussi à toute réaction.
Une réunion d’anciens maires, de représentants de Paris, de républicains ayant une notoriété dans le parti démocratique, eut lieu, le 5 avril, dans les bureaux de l'Avenir national. C’est dans le même local et entre les mêmes personnes que la«démarche officieuse de M. Ranc auprès de la Commune avait été décidée la veille. Toute tentative auprès de la Commune ayant été jugée actuellement inefficace, ces citoyens résolurent de s’adresser à la
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population de Paris ot do provoquer une grande mauifestatiou pacifique dont le but serait nettement défini. A cet effet, s’étant constitués sous le nom d'Unioii républicaine pour les droits de Paris, ils rédigèrent le programme suivant qui posait les bases de la transaction par eux souhaitée :