I.a Commune de Paris
Ayant adopté les veuves et les curants de tons les citoyens morts pour la défense des droits du peuple,
Décrète :
An. t'v. — Une pension de 000 francs sera accordée à la femme du garde national tue pour la défense des droits du peuple, après enquête qui établira ses droits et ses besoins.
Art. 9. — Chacun des enfants, reconnus ou non, recevra, jusqu'à l'âge de dix-huit ans, une pension annuelle de 365 francs, payable par douzièmes.
Art. 3. — Dans le cas où les enfants seraient déjà privés de leur mère, ils seront élevés aux frais de la Commune, qui leur fera donner l'éducation intégrale nécessaire pour être en mesure de se suffire dans la société.
Art. 4. — Les ascendants, père, mère, frères et sœurs de tout citoyen mort pour la défense des droits de Paris, et qui prouveront que le défunt était pour eux un soutien nécessaire, pourront être admis à recevoir une pension proportionnelle à leurs besoins, dans les limites de 100 à 800 francs par personne.
Art. 5. — Toute enquête nécessitée par l'application des articles ci-dessus sera faite par une commission spéciale, composée de six membres délégués à cet effet dans chaque arrondissement, et présidée par on membre de la Commune appartenant à l’arrondissement.
Art. 6. — Un comité, composé de trois membres de la Commune, centralisera les résultats produits par l'enquête et statuera en dernier ressort.
Sans attendre les conclusions de l’enquête qui devait clablir l’identité et la situation des familles des défunts, dans chaque municipalité il était remis immédiatement, comme secours provisoire, une somme de 50 francs à toute personne qui pouvait avoir droit à la pension instituée et qui se trouvait dans la nécessité de *a réclamer.
commission des barricades avait adopte un plan de travaux de défense à construire dans Paris, sur des points qui devaient être désignés d’accord avec le génie militaire et le délégué à la guerre.
Les travaux d’installation des barricades avaient commencé la veille, sous la direction du cit. Napoléon Gaillard. On les élevait à l’intérieur de l’enceinte, sur le parcours de la route militaire, en face des diverses portes et sur differents points stratégiques de Paris. Ce n’étaient plus, comme au 18 mars, d’informes amas de pavés, mais de solides retranchements constituant de véritables redoutes établies avec beaucoup d’art. Faites avec de la terre amoncelée sur une hauteur de quatre mètres et une épaisseur de six mètres, ces barricades, construites sur toute la largeur de la voie, étaient revêtues extérieurement de sacs de terre; elles présentaient généralement trois embrasures, et elles étaient précédées par un fossé de deux mètres de profondeur et d’une largeur proportionnée au massif. Cette tranchée mettait à découvert les conduites d’eau et de gaz ainsi que les égouts. Dans la partie de l’égout comprise dans le fossé devait être placée une torpille; et à cinquante mètres en avant de la barricade on devait en mettre une autre, de façon à pouvoir faire sauter le terrain, s’il était nécessaire, sur un vaste périmètre.
L’aspect réellement redoutable de ces barricades, à l’édilication desquelles ou travaillait avec activité, remplissait de crainte les curieux qui venaient les contempler.
Les journaux du matin informèrent Paris de la nouvelle victoire que H. Tbiers avait remportée, non sur les fédérés, mais sur les députés.
L’Assemblée nationale s’occupait de celte loi sur les conseils municipaux qui devait émerveiller tout le monde, et établir en F rance la liberté communale.
On venait de voter à la majorité de 285 voix contre 275 un amen-
demenl de M. Lcfèvre-Ponlalis accordant aux communes le droit d’élire leurs maires, droit qui, d’après le projet de loi, ne devait appartenir qu’aux communes peuplées de moins de 6,000 habitants. L’Assemblée s’était donc montrée plus libérale que le gouvernement. Celui-ci ne pouvait accepter la sage mesure qui avait élé adoptée.
Le rapporteur de la commission, M. Balbie, rouvrant une discussion épuisée, demanda que la faculté d’élire les maires fût restreinte aux villes peuplées de moins de 20,000 âmes. Et, contre l’opposition de l’Assemblée, le chef du pouvoir exécutif vint défendre cette proposition. Interrompu à chaque instant par les cris : « La question est vidée, c’est voté, » M. Thiers déclara formellement qu’il renonçait au pouvoir si l’Assemblée ne consentait pas à se déjuger, à revenir sur le vole qu’elle avait émis.
■ Lorsque M. Thiers offrait sa démission, il était toujours assuré de remporter la victoire. L’Assemblée eut la faiblesse impardonnable d’annuler le vote précédent et d’adopter à une grande majorité la proposition de M. Batbie.
Une Assemblée qui se déjuge dans ces circonstances est une Assemblée qui se suicide; elle n’a plus ni autorité ni valeur morale.
M. Thiers, qui ne comprend pas le gouvernement sans une cen- 'iralisation excessive, devait essayer de faire revenir l’Asseinblée sur sa décision; mais en triomphant il justifiait du même coup, ainsi que le remarqua justement M. A. -Édouard Portalis, dans la Vérité:
« l’insurrection communaliste de Paris,, en tant
« qu’elle avait besoin d’être justifiée en principe, et il semait les Cl germes d’autres insurrections communalistes dans toutes des « villes peuplées de plus de 20,000 âmes.
« Accorder la libre élection des maires dans les cités popu- « Icuses, éclairées, capables de voler en connaissance de cause, « c’était donner satisfaction aux partisans des franchises com- € munales et les désarmer; refuser à ces grandes villes un droit « qu’on accorde aux villages et aux petites villes, c’était élargir « encore le fossé qui sépare les populations rurales des populace tiorts urbaines, et en supposant qu’on remportât la victoire « demain dans les rues de Paris, c’était se ménager de nouvelles « révoltes, parfaitement légitimes, pour après-demain.,, »
Les tenlalives conciliatrices suivaient leurs cours malgré les mauvaises dispositions manifestées à Versailles. Le Temps, qui produisait presque chaqué jour un nouveau moyen dont l'application était, selon lui, de nature à faire cesser la lutte, demandait, dans son numéro publié le 10 avril, que M. Thiers prit l’initiative d’une conciliation. Après le vote obtenu de rAssembléc par le chef du pouvoir exécutif, il n’était pas possible que M. Thiers voulut prendre l’attitude d’un pacifleateur; il était assez puéril de le proposer. Le journal le Temps exposait ainsi sa proposition :
« En somme, en dehors de quelques exagérés de
« la Commune, il y a la population de Paris; en dehors des deux « cents réactionnaires ultra de l’.Assemblée, il y a la France; et « Paris et la France veulent se rapprocher, non se battre.
« Qui s’oppose à ce rapprochement? Est-ce le gouvernement de « Versailles? Est-ce l’Assemblée? Est-ce la Commune? Nous ne « le savons pas et nous ne voulons pas le savoir; mais ce que « nous savons, c’est qu’il y a un homme, uu seul, qui, par son « ascendant, par l’autorité exceptionnelle que lui ont donné quinze « cent mille suffrages, pourrait prendre hardiment, hautement, « l’initiative d’une conciliation. Cet homme, c’est M. Thiers. Hier « encore, il a obtenu de la Chambre un vole peu libéral relatif à « la nomination des maires; qu’il use de son pouvoir pour obtenir « un vote d’humanité l’autorisant à entrer en pourparlers avec « Paris. De deux choses l’une ; ou cette tentative de paix réussira, " ou elle avortera. Si elle réussit, elle sera l’éternel honneur de « celui qui en aura eu l’initiative. Si elle avorte, la France entière « aura été juge; elle saura pourquoi 200,000 hommes se battent « depuis huit jours et elle saura sur qui faire retomber la respon- « sabililé du sang versé... »
L’Union républicaine pour les droits de Paris publiait une adresse « aux Français » dans laquelle était développé le programme de transaction que nous avons reproduit. Ce document se terminait ainsi :
« Que le gouvernement «'engage à renoncer à toute poursuile
cuncernant les faits acconii>lis le t8 mars;
Que, d'autre part, pour assurer la libre expression du suffrage universel, on procède à la réélection générale de la Commune de Taris;
(Ju’une grande et imposante manirestation de l'opinion publique fasse cesser la lutte. Que Paris entier signe avec nous! Aujourd’hui, comme au temps du siège, il s'agit de sauver la République, il s’agit de sauver la France.
Si le gouvernement de Versailles restait sourd à ces revendications légitimes, qu'il le sache bien, Paris tout entier se lèverait pour les défendre. •
mardi fl avril 1891
Les travaux de toutes sortes, en vue de la défense, se poursuivaient avec activité. On consolidait les barricades déjà établies à l’intérieur; aux remparts, on rétablissait sur leurs affûts les canons qui, depuis l’armistice, gisaient sur la terre, dans la boue, le long des bastions. Tous, parmi les fédérés, déployaient une remarquable énergie, et le spectacle de tons ces efforts, de tous ces courages, suscitait cette réllexion au Temps, faisant un retour sur le passé :
« On songe avec douleur combien, alors qu’il s’agissait de « défendre Paris contre les Prussiens, il eût été facile à un com- « mandement plus confiant et plus viril, d’utiliser toutes ces « forces, tous ces dévouements, tous ces courages, qui alors « n’avaient qu’un but ; délivrer Paris et sauver la France. »
Le silence observé pendant la soirée et la nuit du 10, l’absence de détonations entendues dans la ville, coïncidant avec les tentatives de conciliation qui se poursuivaient, avaient fait naître chez beaucoup l’espoir d’un armistice préparant une fin prochaine de la guerre civile si déplorablement engagée. La journée du 11 aussi avait été calme, et bon nombre d’habitants des localités menacées par les obus, en avaient profilé pour sortir de leurs caves et chercher un refuge à l’intérieur des murs. Vers le soir, toutes les
espérances étaient démenties, la lutte reprenait avec un nouvel acharnement. Le canon, la mousquetcrie se faisaient entendre sur tout l’espace compris entre Asnières et Montrouge, et plus particulièrement, au Sud, vers les forts d’Issy, Vanves et Montrouge.
À dater du moment où nous en sommes arrivés, s’il y a combat à peu près chaque jour, il n’y a, en fait, presque jamais résultat important d’un côté ni de l’autre. Versailles avance lentement, mais constamment et sûrement. Ceci nous dispense dorénavant de récits bien circonstanciés, qui ne pourraient qu’être fastidieux. Au point de vue où nous écrivons cette histoire, nous n’avons d’ailleurs pas à nous occuper d’une façon spéciale des détails de la lutte par les armes. En ce qui concerne les faits de guerre, nous ne pouvons qu’enregistrer strictement les faits et constater les résultats. L’histoire que nous faisons est l’histoire de l’idée communale et des actes des hommes qui la représentent plus spécialement, de par le suffrage de leurs concitoyens. L’histoire des combats n’entre pas dans notre cadre, nous les mentionnons, nous ne les racontons pas.
Ajoutons qu’il faudrait, pour faire cette dernière histoire avec quelque chance d’impartialité, non-seulement que les événements fassent un peu plus éloignés de nous, mais que l’on possédât les documents militaires émanés des deux partis en présence, — • ce qui, à l’heure qu’il est, manque complètement à tous.
Les démarches en vue d’amener une conciliation se poursuivaient activement. Les délégués de \’ Union nationale rédigeaient et publiaient le rapport sur leur démarche à Versailles, dont nous avons parlé précédemment ;
An Syndicat général de rUiuon HAnoNALs Messieurs,
Nous voudrions, pour vous rendre compte de la mission que vous avez bien voulu nous confier, provoquer une réunion du Syndicat général, ou même de tous les membres adhérents de Vünion nationale. L’urgence des circonstances et les exigences mêmes de notre tâche ne nous le permettent pas à l’heure présente. Nous vous supplions donc de nous excuser si, à raison de ces motifs impérieux, nous nous adressons à vous par la voie des journaux. Nous y trouverons d’ailleurs l’avantage de porter ainsi sans retard, à la connaissance du grand public, une communication d’intérêt public.
Ainsi qao les jonrnsnx l’ont annoncé la semaine dernière, le Syndical de l’ümon nationale, représcnlanl environ 7 à 8,000 commerçants et industriels de Paris, nons avait confié le soin de rechercher, en nous mettant en contact, d’iinc part avec la Commune de Paris, de l’autre avec les divers groupes entre lesquels se partage l’Assemblée nationale, s’il n'y aurait aucune possibilité de terminer, autrement que par les armes, le conflit qui désole tous les cœurs français et menace de ruiner notre malheureux pays.
L’ordre d’idées dans lequel nous devions nous placer, dans toute la série de nos démarches, avait été déterminé, sur notre propre initiative, par un vote du Syndicat général. Il se résumait dans les denx termes suivants :
Maintien et affermissement de la République;
Revendication, pour la ville de Paris, des franchises municipales les plus larges et les plus distinctes de l’action ou de l’ingérence du pouvoir central.
Sachant d'avance que, sauf des questions de nuances ou de degrés, ce programme était celui de la Commune, dont nous avions eu l’honneur de voir orficieosement quelques membres, noos crûmes devoir tout d’abord vérifier l’état des choses et des esprits à Versailles, où nous semblaient régner, touchant le mouvement de Paris, bien des préjugés et des erreurs de fait qu'il était important de combattre.
Quelques-uns de nous avaient d'ailleurs missioil spéciale d’agir, conjointement avec d’autres délégués du commerce, pour obtenir du gouvernement une organisation transactionnelle et provisoire du service postal, en vertu de laquelle l’échange des correspondances entre Paris et la province se fût opéré sous la direction et la responsabilité d’une commission neutre, composée de commercants.
Nous devons à la vérité de déclarer ici que M. Theisz, directeur général des postes pour le compte de la Commune, montre, dans les négociations relatives à cette affaire, les dispositions les plus conciliantes et le zèle le plus empressé. Par malheur, après deux voyages successifs à Versailles, les membres de la commission spéciale des postes durent se convaincre que l’aggravation de la situation politique affectait cette question plus que toute autre et laissait peu de chances à un arrangement, le gouvernement ne se souciant point de faciliter les' relations entre Paris en révolution et la province agitée.
Nous n’insisterons donc pas autrement ici sur cette question des postes, que l’on peut considérer comme écartée jusqu'à la solution générale dans laquelle elle sera comprise, et nous en venons à l'exposé sommaire des irès-humhles efforts que nous avons faits en vue de cette solution générale.
Arrivés A Versailles, le vendredi 7 avril, à cinq heures du soir, après
neuf heures de roule, nous nous mimes immédiatement en rapport avec quelques députés ; et grâce plus particulièrement à l’obligeante courtoisie de M. Paul de Rémusat, nous pûmes obtenir, presque à l'heure même, la réunion, dans l'un des bureaux do la Chambre, d'un certain nombre de membres de In droite, appartenant plus spécialement à la nuance marquée par MM. Johnston, Germain et le baron Lespérut.
Nous nous appliquâmes, dans ce colloque, à éclairer la conviction de nos honorables auditeurs, un peu troublée peut-être par l'atmosphère de Versailles, par les bruits faux ou exagérés qui y circulent, parle fâcheux empressement avec lequel certains journaux s’en emparent pour irriter la querelle. Nous essayâmes de faire entendre à ces messieurs qu’il ne faut point confondre le mouvement de Paris avec la surprise de Montmartre, qui n’en a été que l’occasion cl le point de départ; que ce mouvement est profond et général dans la conscience de Paris; que le plus grand nombre de ceux-là mêmes qui, pour une cause ou pour une autre, s’en sont tenus à l’écart, n’en désavouent point pour cela la légitimité sociale et la fatalité historique; que le démembrement des empires est un legs fatal des excès de la centralisation; que l’agitation communaliste survenue à Paris et dans diverses localités de la France est précisément la manifestation des forces de décomposition latente qui s’agitaient sous l’unité triomphante du l’empire; que ces forces ne pouvant, de leur nature, être comprimées, il faut, en bonne politique, les seconder pour s’en rendre maître et non point les exaspérer en les combattant; qu’ainsi dirigée et réglée, l’expansion des tendances communalistes ou même provincialisles ne saurait être un danger pour le pays, mais qu’elle serait, tout au contraire, le signe cl le gage de sa renaissance, puisqu’elle attesterait la reprise de la vie locale dans tout ce grand corps exténué par la centralisation ; qu’en somme, en ce qui concerne spécialement le mouvement de Paris, la vraie solution politique serait, selon nous, de laisser à Paris la pleine liberté cl l’entière responsabilité de sa tentative d’initiation, en se contentant de mettre le pays à couvert des chances qui pourraient en résulter, c’est-à-dire en établissant ailleurs qu’à Paris, au moins jusqu’à ce que la période critique soit passée, le centre politique de la France.
Nous eûmes la satisfaction d'être écoulés complaisamment par MM. les députés de la droite, et même de nous concilier leur approbation sur quelques points par où les tendances de la droite, en matière de décentralisation et d'autonomie locale, continent de plus près qu’on ne le pourrait croire aux vues de la Commune de Paris.
Mais les solutions que nous apportions semblèrent à ces messieurs trop radicales ponr faire l’objet d'une proposition parlementaire; et la question des rapports actuels entre le gouvcrnemeni de la France et la Commune de Paris leur ayant paru ressortir plus spécialement aux atlrilmtions du pouvoir exécutif, ils nous engagèrent à voir ,M. Thiers, dunt
l'esprit, nous assurèrent ces messieurs, était disposé aux transactions.
Nous primes congé de WM. les députés de la droite, et, en attendant que nous puissions aborder M. Thiers, nous vouldmes, dès le même soir, nous mettre en communication avec la gauche de l’Assemblée. A cet efret, nous nous rendîmes à la salle du Jeu-de-Paume, lieu ordinaire de scs réunions. Nous y fûmes accueillis par une commission de sept membres, qui avait été désignée pour nous entendre, et qui se composait de WM. Carnot, Bozérian, Dorian, Ducarre, Ducuing, Magnin et Henri Martin.
Nous exposâmes devant cette commission les mêmes vues que nous venions de soumettre à une autre fraction de l’Assemblée, et nous devons confesser que, sur la question des droits de Paris et de l'autonomie communale en général, nous trouvâmes ici des réserves plus accusées qu’ailleurs.
On admet assez généralement, dans le parti républicain, que Tunité française est une conquête glorieuse et inaliénable de la Révolution, tandis que nous n'y verrions volontiers que l’œuvre patiente, et excellente d’ailleurs, de la monarcbic française, dont la Révolution ne fit en ceci que suivre les traditions et emprunter les armes. Toutefois, comme nous étions venus à Versailles chercher des éléments de conciliation et non débattre des thèses, nous en arrivâmes à dresser, contradictoirement avec les honorables commissaires de la gauche, une ébauche de transaction ' dont voici le texte :
« Considérant que le conflit engagé entre Français sons les yeux de l’étranger est à la fois un malheur et une honte, et qu’à ce double litre il doit cesser au plus vite;
€ Les soussignés, préoccupés des malheurs de la patrie, proposent :
« De constituer une commission de conciliation, laquelle aurait pour râle de se mettre en contact avec les membres du gouvernement et de la Commune do Paris, sans engager ni l’un ni l’autre, et de rechercher dans cet échange de rapports les moyens d’une solution pacifique.
« Ces moyens nous paraissent consister principalement dans les dispositions suivantes :
« Acceptation par la ville de Paris de la loi municipale provisoire qui va être votée au premier jour par l’Assemblée ;
« Élections opérées dans Paris conformément à celte loi, c’est-à-dire sous très peu de jours, par les soins de la commission de conciliation ;
CI Faculté pour le conseil municipal issu de ces élections de soumettre à l’Assemblée un projet relatif aux conditions particulières à la ville de Paris, conditions particulières dont le projet de loi reconnaît déjà la nécessité à certains égards ;
« En conséquence, et pour faciliter les négociations relatives aux propositions ci-dessus :
« Suspension de l'action militaire aussitôt après l’acccptalion préalable
de ce^ préliminaires à Paris, sans préjuger, quanl à présent, la question d'armement ou d'organisation do la garde nationale, question qui demeure réservée à l’examen ultérieur du conseil municipal cl aux décisions de l'Assemblée nationale sur la réorganisation do la force armée on France.
« Amnistie politique générale. »
Ce fut sur ces bases de transaction que nous recberebâmes, le lendemain samedi, un entretien avec M. Thiers. M. Barthélemy Saint-Ililaire, que nous vîmes tout d’abord, et qui nous témoigna les dispositions les plus sympathiques, nous ménagea, pour quelques heures après, une entrevue avec le chef du pouvoir exécutif.
M. Thiers, à qui nous avions donné communication des termes du mandat que nous tenions du syndicat général, y répondit très-nettement sur les deux points principaux que nous avons signalés au début de cette note.
En ce qui concerne le maintien do la République, il nous affirma sur son honneur, dans le langage le plus ferme et le plus catégorique, que jamais, lui vivant et au pouvoir, la République ne succomberait. Il nous rappela qu’il avait déjà dit cela à la Chambre, et nous autorisa a le redire en son nom à nos commettants et au public. Il ajouta qu’en dépit des tendances particulières à telles individualités ou à tel groupe de la Chambre, cinq cents députés au moins le soutiendraient dans cet ordre d’idées, et qu’en somme la République, si elle pouvait justement se défier des excès des facljoQS, n'avait rien à redouter d«s dispositions do la Chambre.
Ces assurances de M. Thiers, que nous accueillîmes avec joie, étaient d'ailleurs conformes de tous points aux conüaoces que nous avaient témoignées la veille les députés de la gauche.
Sur le second point, celui des franchises de Paris, M. Thiers nous déclara que Paris n’avait à attendre du gouvernement rien de plus que l'application du droit commua, tel qu'il résulterait de la loi municipale que la Chambre allait voter.
Nous évitâmes d'entrer, à ce propos, dans un débat sans issue ; car nous n'espérions point convertir aux idées municipalistcs ou fédéralistes le centralisme bien connu de Al. Thiers. Nous crûmes toutefois devoir lui donner communication de la note dressée, dans la salle du Jeu-do-Paume, avec les députés de la gauche.
Al. Thiers en écouta attentivement la lecture. Sans ratifier explicitement aucune de cos dispositions, il n'en contesta formellement auenne, et les explications qui furent échangées à propos de tel ou tel paragraphe, notamment au sujet de l’amnistie, nous laissèrent tons sons cette impression ; que les termes de la note en question pouvaient, en ce qui concerne le pouvoir executif, servir de base à la discussion nlléricure d'un arraugcmcnl.
N’ayant pas, à l’houro présente, de peuToirs qui nous autorisassent à pousser plus avant cette discussion, nous dûmes prendre congé de M. Tbiers sur ce premier échange de vues, et nous rentrâmes à Paris pour y interroger de plus près les dispositions de la Commune.
Nous publierons dans un second document, s'il y a lieu, le résumé de celte seconde partie de nos démarches.
Lei délégué» de» Chambre» syndicale» présent» à Versailles ;
Radlt, Levauois, HoproLYTE Marestaihg, Lhcilueb, Jules Augues.
Ce compte rendu de la démarche conciliatrice faite par le Syndicat de l’Union nationale^ indique nettement qu’il y avait à ce moment espoir d’amener une prompte issue de la guerre civile.
D’autres démarches étaient en même temps tentées dans un sens identique.
Nous avons vu que la Ligue d’tmion républicaine des Droits de Paris avait adopté comme pouvant servir de base à un armistice, un programme que nous avons cité précédemment. Les délégués nommés le 9, MM. Desonnaz, Armand Adam et Bonvallet, partirent le 11 pour Versailles, avec mission de présenter ce programme au gouvernement.
Le même jour, partaient aussi pour Versailles des délégués des diverses loges maçonniques, allant faire aussi leurs efforts pour amener la conciliation.
La Commune, poursuivant la réorganisation de la garde nationale de Paris, et cherchant à y assurer l’ordre et la discipline, décrétait la formation de conseils de guerre dans chaque légion.
La Commune et le délégué à la guerre se préoccupaient aussi de la question des munitions. Un décret paru à l’Officiel leur assurait les munitions qui pouvaient exister dans la cité ; une note du délégué faisait appel aux personnes qui étaient en mesure d’en fabriquer de nouvelles.
En même temps, un ordre du commandant de place entravait la sortie de Paris pour ies citoyens que les récentes mesures appelaient dans la garde nationale.
Parmi ies citoyens que i’on voulut ainsi retenir dans Paris, il y en eut certes plus d’un qui parvint à s’échapper. On usa de toutes sortes de subterfuges.
Le mouvement d’émigration parisienne se continuait activement
parmi la partie de la population non atteinte par lei récents décrets, et la Commune était amenée à abaisser le prix des passeports.
La Commune revenant, parlicllemeut au moins, sur une première mesure que beaucoup avaient blâmée ou regrettée, décidait que les procès-verbaux des séances seraient insérés au Journal officiel. Ce n’était pas encore là la véritable publicité ; c’était au moins un acheminement. Les comptes rendus que le public allait pouvoir lire n'étaient pas des procès-verbaux sténographiés in extenso, mais enfin c’était quelque chose de plus que l’apparition pure et simple à V Officiel des décrets ou des arrêtés pris en résultat de délibérations absolument ignorées de tous.
Ce commencement de publicité était dû aux efTorts de la fraction socialiste de la Commune, qui depuis l’origine ne cessait de réclamer contre la décision prise tout d’abord de ne publier aucun compte rendu, et de n’admettre qui que ce soit à assister aux séances.
Depuis quelques jours, une affiche rouge était apposée partout dans Paris, où se trouvaient simplement consignées quelques paroles prononcées par H. Thiers, alors qu’il faisait entourer Paris de fortifications :
« Quoi ! imagiocr que des ouvrages de fortification quelconque peu- « vent nuire à la liberté ou à l’ordre, c’est se placer en dehors de toute « réalité. Et d’abord, c'est calomnier un gouvernement quel qu’il soit de « supposer qu’il puisse un jour chercher à se maintenir en bombardant « la capitale. Quoi ! après avoir percé do ses bombes la voûte des Inva- « lides ou du Panthéon, après avoir inondé de ses feux la demeure de « vos familles, il se présenterait à vous pour^vons demander la confirmak tion de son existence '. Hais il serait cent fois plus impossible après la « victoire qu’auparavant ! »
M. Thiers envoya, le 11, aux départements la dépêche suivante ;
Versailles, 11 avril, 10 h. 30 matin
a Rien de nouveau.
a Le plus grand calme règne dans nos cantonnements.
« Aujourd'hui, le maréchal Mac-Mahon, les généraux Cissey, Ladmia rouit, prennent possession de leurs commandements.
« Le général Vinoy conserve le commandement do l’armée de réserve. « L’armée s’organise et augmcnie chaque Jour.
€ Quant à une conspiration contre la République qui tendrait à la rcn- « verser, démentez ce bruit absurde cl perlide.
« Il n’y a de conspiration contre la République que de la part des « insurgés de Paris ; mais on prépare contre eux des moyens irrésisli- « blés, et qu’on ne cherche à rendre tels que dans le désir et l'espéranco O d’épargner l’effusion du sang.
« Que les bons citoyens, sincères dans leurs alarmes, se rassurent. Il O ne surviendra pas un seul événement sans qu’on le fasse connaître, et « il n’y en a aucun de funeste à prévoir ni à craindre. »
A. Thiebs.
La séance de l’Assemblée fut consacrée, comme les précédentes, à la discussion de la loi municipale.
IHereredl t« Avril 19*1
Le 12, après une lutte acharnée, les fédérés reprennent Neuilly, et enferment dans l'ile de la Grande-Jatte un certain nombre d’hommes de l’armée de Versailles.
. Le soir, une nouvelle attaque sur les forts du Sud est faite sans autre résultat que la veille.
Le Journal officiel publiait une note du délégué à la guerre relative à la solde de la garde nationale, et un arrêté fixant la solde des officiers, qui fut pris sur la proposition du général Cluseret.
On songeait aussi aux femmes, aux enfants des gardes morts ou blessés, et des quêtes étaient organisées dans tout Paris. U faut le dire à l’honneur de ceux qui répartissaient les dons reçus entre les personnes à secourir, — car on a trop voulu persuader à ceux qui n’ont pas vu les faits de près qu’il n’y avait à Paris, depuis le 18 mars, qu’horreurs et qu’atrocités accumulées, — les familles, restées à Paris, de ceux qui combattaient la Commune, ne furent pas oubliées.
Une note faisant appel aux dons se terminait par ces mots :
La Commune a envoyé du pain à quatre-vingt-douze femmes de ceux qui nous tuent.
Il n’y a pas de drapeaux pour les veuves !
La République a du pain pour toutes les misères, et des baisers pour tous les orphelins.
Un décret de la Commune relirait au corps des pompiers son caractère militaire.
Le vote pour l’élection de membres de la Commune en remplacement des démissionnaires ou des membres élus dans deux arrondissements, avait été retardé jusque-là, à cause de la présence aux avant-postes d’un certain nombre d’électeurs.
Cette situation pouvant se prolonger, le délégué à la guerre prit des mesures pour que le vote de ces citoyens devînt possible; et les élections complémentaires furent fixées au 16 avril.
Un arrêté de la Commune suspendait les poursuites pour les échéances jusqu’au jour où paraîtrait à l’Officiel un décret réglant la matière.
En même temps, était prise la décision de jeter à bas la colonne de la place Vendôme. Voici le décret rendu par la Commune à ce sujet, sur lu proposition du cit. Félix Pyat, et malgré l’opposition de la minorité socialiste, qui soutenait que l’Assemblée communale avait bien d’autres choses à faire que de s'occuper de cela :
La Commune de Paris,
Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une aRirmaiion du militarisme, une ncj,'aiion du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République française, la fra> ternité,
Décrète ;
Article «ni^ua. La colonne de la place Vendôme sera démolie.
Certes, la colonne Vendôme n’excitait notre admiration à aucun point de vue. Nous avions en exécration les souvenirs qu’elle rappelait; et « ce monument de barbarie, ce symbole de fausse « gloire » était loin de faire naître en nous la moindre fierté.
Au point de vue de l’art, il faut convenir que ce long fût surmonté d’une statue ridicule sous sa défroque romaine, n’avait rien de bien séduisant.
Pourtant, le décret de la Commune nous parut regrettable, et, faut-il le dire, l’idée de démolir cette colonne nous sembla une puérilité.
Que les idées représentées par la colonne Vendôme n’aient plus
de sympathies parmi les générations actuelles, nous le souhaitons vivement, — bien que peut-être, en fait, le déclin n’en soit pas aussi avancé que nous voudrions le croire.
Avons-nous bien, en France, — nous disons parmi le grand nombre, — l’horreur « de la force brute et de la fausse gloire? » baissons-nous bien le militarisme?
11 serait peut-être permis d’en douter à ceux qui se souviennent de quelques mois seulement, à ceux qui ont suivi avec quelque soin, avec quelque souci, les mouvements de l’esprit public depuis moins d’un an. Mais admettons pourtant cette horreur, cette haine assurément de date bien récente ; mettons d’autant plus de bon vouloir à y croire que c’est la réalisation d’un de nos vifs désirs.
En résulte-t-il que, l’idée n’existant plus parmi nous, il y ait pour cela quelque raison d’anéantir les traces qu’elle a laissées, à une époque où, certes, elle avait quelque autorité sur les esprits?
Si un tel principe était admis, la logique aidant, tous les monuments seraient détruits les uns après les autres.
La colonne Vendôme n’est pas le seul monument qui tomberait en vertu des considérants du décret cité ci-dessus. Puis, il n’y a pas que l’idée de conquête ou de gloire militaire que la progression des idées ait pu nous amener à détester; et, si l’on détruisait tout ce qui peut rappeler des notions du passé aujourd’hui vieillies ou abandonnées, combien peu de monuments, combien peu d’œuvres d’art laisserait-on subsister?
Non ; n’élevons plus de monuments aux idées auxquelles ne correspond plus rien parmi nous, — pour cela il n’est pas besoin de décrets ni de quoi que ce soit, — mais ne détruisons pas ceux qu’a élevés le passé en conformité avec les notions qu’il acceptait, qu’il professait.
Et surtout ne croyons pas avoir fait quelque chose en jetant par terre un amas de pierre ou de bronze ; car si l’idée qu’il rappelle n’est plus en honneur chez la masse, le monument n’est pas un danger, mais bien plutôt un enseignement; et si l’idée au contraire subsiste encore dans les esprits, la chute du monument, loin de l’anéantir, ne fera que l’aviver et lui donner un surcroît de force, une activité nouvelle.
La Commune faisait appeler à sa barre le citoyen Bergeret et le citoyen Assi, arrêtés tous deux.
Le citoyen Bergeret était accusé d’incapacité militaire, à cause des premiers événements de la guerre dirigés par lui et les citoyens Eudes, Duval et Flourens, ces deux derniers morts depuis dans les circonstances que nous avons racontées.
Le citoyen Assi était arrêté, parce qu’on lui prêtait l’intention de provoquer un soulèvement populaire contre la Commune. Quelques-uns de ses collègues, parmi lesquels le citoyen Malon, n’eurent pas de peine à persuader à l’assemblée communale qu’une telle allégation ne reposait sur aucun fondement, et le citoyen Assi fut mis en liberté.
Quant au citoyen Bergeret, son arrestation fut maintenue jusqu’à ce qu’une commission de trois membres ait lu son rapport sur les faits militaires à lui imputés.
Les arrestations de prêtres continuaient. Nous en avons parlé en termes généraux dans la journée du 7, et ne comptons pas les signaler une à une.
Nous reproduisons seulement, à titre de curiosité, l’ordonnance relative aux arrestations de ce genre dans le XVIII® arrondissement :
Attendu que les prêtres sont des bandits et que les églises sont des repaires où ils ont assassiné moralement les masses, en courbant la France sous la griffe des infâmes Bonaparte, Favre et Trochu,
Le délégué civil des Carrières, près l'ex-Préfcciure de police, ordonne que l’église Sainl-Pierre-Montmartre sera fermée, et décrète l'arrestation des prêtres et des ignorantins.
Signé : Le Mousse.
Les termes peu tolérants dans lesquels est conçue cette ordonnance, ainsi que la mesure même qu’elle ordonne, — l’arrestation des prêtres, non comme coupables de ceci ou cela, mais uniquement comme prêtres, — étaient plutôt de nature à servir qu’à combattre auprès delà foule, ceux à qui l’on appliquait l’épithète de bandits d’une manière peut-être un peu trop générale.
Le mouvement communal de Paris inspirait au Journal officiel de Versailles un long article que nous reproduisons :
Ce serait faire trop d’honneur à l'insurrection de Paris que de la comparer même au régime de I7t)ô.
En 1793, au fond des âmes les plus féroces, il y avait l’amour de la France, le culte de la patrie. Les proscriptions étaient terribles ; mais
c'étaient des hommes dévoués à l’Unité nationale qui proscrivaient des hommes soupçonnés do s’entendre avec l'étranger cl de réver fédéralisme en présence des armées ennemies.
Aujourd'hui, ce sont des fédéralistes de la pire école, des amis de l'étranger, eux-mémes en partie étrangers, qui proscrivent l'uoité française.
En 1793, la terreur n’étail qu'un moyen. La victoire était le but.
En 1871, la terreur est à elle seule le but de ceux qui l’appliquent; ou bien, si elle est un moyen, c’est le moyen d’assurer le pillage et de protéger l’assassinat.
En 1793, la Commune et la terreur étaient sorlies, comme par explosion, des susceptibilités nationales exaspérées par leS résistances intérieures, surexcitées par les dangers du dehors.
En 1871, la Commune et la terreur, se produisant au lendemain de nos désastres, pour souscrire obséquieusement au traité de paix, ne sont que la révélation d’un guet-apens prémédité par des condottieri sans patrie.
Cet partisans de la lutte à outrance épiaient la fin des hostilités pour sortir de leur embuscade. Hardis seulement contre la France, ils notaient te montrer en face de l'ennemi pendant le siège; mais ils étaient trop impatients d'uter de leurs armes contre leurs concitoyens pour attende, eavant de commencer la guerre sociale, que les Prussiens eussent quitté Saint-Denis.
Ces partirans de la République une et indivisible veulent séparer les villes des campagnes, distraire Paris de la France, diviser l’État en une multitude d’États, constituer, en un mot, une sorte de féodalité par en bas.
Le second Empire avait déjà détruit au dehors l’œuvre trois fois séculaire de François I"', de Henri IV, do Richelieu et de Mazarin. L’Europe, dont il faisait ainsi les affaires, ne lui cherchait pas querelle. Elle lui permettait d’avoir, à ce prix, des victoires.
La Commune de 1871 renchérit encore sur cette politique anti-française.
Il ne lui sufGt pas que par la création définitive de deux unités nationales sur nos froniicrcs, la France ait été replacée dans la situation où elle était au XVI® siècle, et qu’un traité inévitable ait fait reculer nos limites au delà non-seulement du traité de Westphalic (1618), mais même du traité de Cateaii-rambrésis (1359)!
La Commune do 1871 trouve la France, telle qu’elle est, encore trop forte. Elle remonte encore plus haut dans l’histoire pour y chercher le type de l’abaissement national. Son idéal c’est la France du XI® siècle.
Plus elle serait morcelée, plus il y aurait de communes.
Ainsi, an moment où l'Italie et l’Allemagne ne veulent plus de la eon-
fédération, on ose proposer à la France de reprendre, pour son propre compte, celle déplorable forme politique : on vent qu’elle revienne k son débat, en reniant tout son passé !
L’insurrection de 4871, qui s’attache à copier 1793, ne manque pas de prodiguer k l’armée française, qui défend la patrie et la République, les épithètes de chouans et de Vendéent. Mais c’est elle qui est une véritable chouannerie démagogique, une Vendée socialiste!
Aujourd'hui, la Vendée et la Bretagne soutiennent l’unilé nationale. C'est la Commune de Paris qui fait exception à la France. C’est elle qui est en sécession.
De même, le Comité de salut public qui, en 1793, travaillait au moins à sauver le pays, n’en poursuit actuellement que la dissolution. Il avait alors une raison d’étre, sinon légitime, du moins compréhensible. Expression suprême et violente de l’iDstinct national poussé jusqu'k la fureur, il était né pour concentrer contre l’ennemi toutes les ressources du pays, pour en discipliner toutes les forces, pour en tendre tons les ressorts.
Mais, qu’esl-ce que le Comité de salut public, qui commence par mendier la tolérance de la Prusse, par lui demander humblement la permission de persécuter, de traquer, de fusiller des Français, et qui ne parait destiné qu’à ressusciter an service de haines subalternes, les procédés de police employés au Moyen Age par l’Inquisition?
Lors même qu'il se ferait illusion au point d’espérer vaincre les résistances de la France entière concentrées à Versailles, ne sait-il pas que la Prusse peut, d’un geste et d’un mot, l’anéantir? que le premier résultat de son succès serait précisément de livrer la France à la Prusse?
On le voit, entre la Commune de 1871 et de celle 1793, il n’y a, malgré l'identité des dénominations, aucune ressemblance. Si détestée, si maudite que soit celle dernière, le seul résultat de la parodie lugubre contre laquelle le pays est réduit à se défendre, sera de faire paraître moins odieux par l'effet du contraste, l’objet épouvantable de cette imitation à contre sens et à contre-temps.
A ses petits-fils dégénérés, Robespierre devra de la reconnaissance. Comparé à eux, il fait presque figure d'homme d’filat.
On se rappelle encore celle bande d'assassins et de brigands qui, à quelques kilomètres d’Athènes, firent prisonniers, il y a un an ou deux, des touristes anglais et un diplomate étranger en promenade, et massacrèrent ceux qu’une énorme rançon ne vint pas à temps délivrer de leurs mains.
Ce n’est plus dans la plaine de Marathon, c’est en plein Paris que se passent actuellement des scènes analogues. Il ne peut plus être question ici des orgies de la passion politique : ce sont purement cl simplement les manières de faire usitées dans les Abruzzes cl dans les montagnes du Péloponèse.
CommcDi caractériser aulremeni des gens qui, sous prétexte d'opposition politique, arrêtent comme otages les femmes et les enfants, qui ferment les issues de la ville pour en faire une vaste souricière, qui incorporent de force les passants dans leur bande, qui fout de chaque coin de rue une embuscade?
L'antique peine du talion, les vieux codes barbares, sont dépassés par le banditisme qui, sons le nom de Commune, se donne carrière dans Paris.
La ville la plus civilisée, la plus brillante, la plus aimable du monde, est devenue comme un lieu pestiféré, d'où chacun cherche à s'enfuir. Les malheureux qui ne peuvent s’échapper sont réduits à invoquer sur le sol de la patrie, l'appui des puissances neutres. Ils vont demander asile aux consulats étrangers, et il en est maintenant de la capitale de la France comme de ces pays lointains de l'Orient, où il faut des capitulations pour protéger les Européens contre la barbarie des coutumes locales et les atrocités des indigènes.
Nous l’avons déjà dit, ce ne fut pas le côté le moins douloureux des choses, que cette réciprocitéde l’injure dont l’article ci-dessus est un des monuments. Ici la calomnie joue aussi son rôle. « Hardis seulement contre la France, » est-il dit des hommes de la Commune et de leurs adhérents, « ils n’osaient se montrer en face de l’ennemi pendant le siège. » Ce n’est pas seulement la stupéfaction, c’est une sorte d’horreur impossible à rendre qui nous saisit, lorsque nous nous rappelons qu’un tel reproche est adressé à la garde nationale parisienne, ou au moins à la partie actuellement en lutte avec le gouvernement, par ce même gouvernement composé en grande partie d’hommes de la Défense nationale !
Et cette comparaison entre Paris depuis le 18 mars et la plaine de Marathon? Est-ce le songe de vieillards affolés de terreur? estce une machination perfide d’hommes qui comptent, en semant dans la province des contes de cette force, produire la peur et entraver tout mouvement de sympathie pour l’ennemi qu’ils ont déchaîné contre eux-mêmes?
Un seul membre de phrase est fondé dans tout cet article de YOfficxel de Versailles ; « L’insurrection de 1871, qui s’attache à copier 1793... » Fâcheuse manie d’imitation, en effet, qui se manifestera plus fortement à mesure que nous suivrons le cours des événements, et que nous aurons malheureusement plus d’une fois sujet de déplorer.
Le chef du pouvoir exécutif envoyait la dépêche suivante dans les départements :
Versailles, 12 avril 1871, 5 heures 30 soir.
Ne vous laissez pas inquiéter par de faux bruits; l'ordre le plus parfait règne en France, Paris seul excepté. Le gouvernement suit son pian et ii n’agira que lorsqu’il jugera le moment venu.
Jusque-là les engagements de nos avant-postes sont insignifiants. Les récits de la Commune sont aussi faux que ses principes. Les écrivains de l’insurrection prétendent qu'ils ont remporté une victoire du cété de CbâlUlon. Opposez un démenti formel à ces mensonges ridicules. Ordre est donné aux avant-postes do ne dépenser inutilement ni la pondre, ni le sang de nos soldats. , ( . > I
Cette nuit, vers Clamart, les insurgés ont canonné, fusillé dans le vide, sans que nos soldats, devant lesquels ils fuient 4 toutes jambes, aient daigné riposter. ^ ,„
Notre armée, tranquille et confiante, attend le moment décisif avec une parfaite assurance, et si le gouvernement 1a fait attendre, c’est pour rendre la victoire moins sanglante et plus certaine. , .
L'insurrection donne plusieurs signes de fatigue et d'épuisement.
Bien des intermédiaires sont venus à Versailles pour porter des paroles de conciliation, non pas au nom de la Commune, sachant qu’à ce litre ils n’auraient pas même été reçus, mais au nom des républicains sincères qui demandent le maintien de la République et qui voudraient voir appliquer des traitemenls modérés aux insurgés vaincus.
La réponse a été invariable : Personne ne menace la République, si ce n’est l’insurrection cllc-méme.
Le chef du pouvoir exécutif persévérera loyalement dans les déclarations qu'il a faites à plusieurs reprises.
Quant aux insurgés, les assassins exceptés, ceux qui déposeront les armes auront la vie sauve.
Les ouvriers malheureux conserveront pendant quelques semaines la solde qui les fait vivre.
Paris jouira comme Lyon, Marseille, d’une représentation municipale élue qui, comme dans les autres villes de France, fera librement les affaires de la cité; mais, pour les villes comme pour les citoyens, il n’y aura qu’une loi, une seule, il n’y aura de privilège pour personne.
Toute tentative de scission essayée par une partie quelconque du territoire sera énergiquement réprimée en France, ainsi qu’elle l’a été en Amérique.
Telle a été la réponse sans cesse répétée non pas aux représentants de la Commune, que le gouvernement ne saurait admettre auprès de lui, mais à tous les hommes de bonne foi qui sont venus à Versailles s'infiTmer des intentions du gouvernement.
A. Thiebs.
Il est dit dans cette dépêche que les fédérés fuyaient à toutes jambes devant les soldats de Versailles. Nous nous bornerons à une réflexion sur ce point. Deppis dix Jours la lutte était engagée; comment dix jours de fuite devant eux n’avaient-ils pas mené les Versaillais à la victoire ? ,
• Pour les villes comme pour Isa citoyens, dit encore M. Thiera, il n’y aura qu’une loi, une seule, et il n’y aura de privilège pour personne. » On voulait à ce moment, comme on l’a toujours voulu pendant ces derniers événements, persuader à la province que Paris prétendait icréer à son profit une exception dans le pays, alors que s’il avait pris l’initiative des revendications communales, «'était autant au profit de Lyon qu’au sien propre, et pour que les deux plus grandes villes de France ne constituent pas plus longtemps une injustifiable exception. ‘
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