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JTeudl 13 nvrll 1H9I
Dès le matin du 13, le combat reprenait avec une graiale' vigueur. L’artillerie continuait son duel des jours précédente-
En somme, toute cette canonnade avait pour résultat ijt’alteiodre bien moins les combattants que les habitants des quartiers les moins éloignés des batteries; aussi était-ce un déménagement général dans ces parties de la ville.
Dans le haut des Champs-Ëljisées, les maisons étaient fortement endommagées ; sur les trottoirs, on voyait çé et là des éclats da vitres, des réverbérés brisés, des arbres rompus ; et puis des trous d’obus, quelquefois accompagnés, à peu de distance, de traees ou même de mares de sang.
Les forts du Sud avaient eu à subir une troisième attaque, restée encore sans résultat.
Les délégués de la Ligue d’ Union républicaine des Droits de i*orM étaient revenus de Versailles le 12, assez tard dans la soirée, et s’étalent réunis chez M. Floquet,’ pour rendre compte de leur misôon au comité de l' Union républicaine. Ils rédîgèreni le 13 le rapport suivant, qui parut le soir même :
Aux MEMBBES UE LA LlGITS d'UsiO^ HÉPUBL1C.V1SE DKS DSOITS 1)E PaRIS '.
Citoyens, ‘ ^
Les soussignés, chargés par vous d’aller présenter au gouveriicnicni de Versailles votre programme et d’offrir les bons olliees de la Ligue
pour arriver à la conclusion d'un armistice, ont l'honneur de voua rendre le compte suivant de leur mission :
Les délégués ayant donné connaissance à M. Thiers du programme de la Ligue, celui-ci a répondu que, comme chef du seul gouvernement légal existant en France, il n’avait pas h discuter les bases d'un traité, mais que cependant il était tout disposé à s'entretenir avec des personnes qu’il considérait comme représentant le principe républicain et à leur faire connaître les intentions du chef du pouvoir exécutif.
C’est sous le bénéfice de ces observations, qui constataient d’ailleurs le véritable caractère de notre mission, que M. Thiers nous a fait sur les divers points du programme les déclarations suivantes :
En ce qui touche la reconnaissance de la République, M. Thiers en garantit l'existence, tant qu'il demeurera à la tète du pouvoir. Il a reçu un Ëtat républicain, il met son honneur à conserver cet Etat.
En ce qui touche les franchises municipales de Paris, M. Thiers expose que Paris jouira de ses franchises dans les conditions où en jouiront toutes les villes, d'après la loi commune, telle qu’elle sera élaborée par l’Assemblée des représentants de la France. Paris aura le droit commun, rien de moins, rien de plus. '
En ce qui touche la garde de Paris, exclusivement confiée à la garde nationale, M. Thiers déclare qu'il' sera procédé à une organisation de la garde nationale, mais qu'il ne saurait admettre le principe de l’exclusion absolue de l’armée.
Eu ce qui concerne la situation aciaclle et len moyens de mettre fin à l’effusion du sang, M. Thiers déclare que, ne reconnaissant point la qualité de belligérants aux personnes engagées dans la lutte contre l'Assemblée nationale, il ne peut ni ne veut traiter d’un armistice; niais il dit que, si les gardes nationaux de Paris ne tirent ni un coup de fusil, ni un coup de canon, les troupes de Versailles ne tireront ni un coup de fusil, ni un coup de canon, jusqu’au moment indéterminé où le pouvoir exécutif se résoudra à une action et commencera la guerre.
M. Thiers ajoute : Quiconque renoncera à la lutte armée, c’est-i-dire quiconque rentrera dans ses foyers en quittant toute attitude hostile, sera à l'abri de toute recherche. ;
M. Thiers excepte seulement Us. assassins des généraux Lecmnte cl Clément Thomas, qui seront jugés si on les trouve.
M. Thiers reconnaissant l’impossibilité pour une partie de la popniation actuellement privée de travail, de vivre sans la solde allouée, continuera le service de cette solde pendant quelques semaines.
Tel est, citoyens, le résumé succinct, mais fidèle, de la conversation de vos délégués avec M. Thiers. Il n’appartient pas à vos délégués d’ap-
précier, d’une façon quelconque, jusqn’à quel point les intentions manifestées par M. Thiers répondent ou ne répondent pas aux vœux de la population parisienne.
Le devoir de vos délégués consiste seulement à vous rapporter les faits sans comraent.aire, et le présent exposé n’a et ne peut avoir d’autre objet que l’accomplissement strict de ce devoir.
A. Desonnaz, Bosvalet, A. Adam.
Les mêmes délégués qui avaient été à Versailles, furent chargés par la Ligue d’ Union républicaine des Droits de Paris d’une démarche identique auprès de la Commune, c’est-à-dire de lui soumettre le programme de la Ligue.
L’organisation du service médical dans la garde nationale réclamait une prompte réforme; beaucoup de bataillons avaient dû aller au feu sans chirurgien. La Commune, se préoccupant de cette situation, décrétait la formation de compagnies d’ambulance, et faisait appel aux docteurs, officiers de santé et élèves en médecine.
Les lignes d’Orléans et de l’Ouest étaient interceptées, à une certaine distance de Paris, par les troupes de Versailles ; le but de cette mesure, selon les journaux du gouvernement, était non d’arrêter l’approvisionnement de Paris, mais d’empêcher les mouvements de troupes qui ne relèveraient pas de son autorité. Les habitants de Paris, cependant, se préoccupaient assez de cette précaution prise par les Versaillais, et la Commune elle-même en fut un moment émue.
Entre autres mesures, elle s’enquit du stock de farine en magasin, et l’inspecteur des halles et marchés, accusé d’en avoir dissimulé une partie, fut mis en état d’arrestation.
Pierre Leroux venait de mourir. La Commune décida l’envoi de deux de ses membres aux funérailles, en déclarant qu’elle rendait cet hommage, non au philosophe, mais « à l’homme politique M qui, le lendemain des journées de Juin, a pris courageusement « la défense des vaincus. »
A l’Assemblée M. Brunet demandait à interpeller le gouvernement sur la continuation de la guerre ou sur la conclusion de la paix avec Paris. M. Picard demandant trois jours pour répondre, Mt montait à la tribune et-proposalt d'ajourner & m moi*,
Celle proposilion, faut-il le dire, clail adoplcc par rAüsemblée à une très-forle majorité.
Le reste de la séance était absorbe par la discussion do la loi municipale.
Des agences s’étaient créées pour retirer à Versailles les lettres de toute provenance en destination de Paris, et les distribuer à leurs destinataires. La mesure prise par le gouvernement relativement anx correspondances était ainsi annulée par son propre consentement, puisqu’il autorisait la remise des lettres à ces internédiaires. Mais alors pourquoi ne pas rendre à Paris le service postal pur et simple? U est difficile de comprendre cette inconséquence.