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Vendredi 14 avril 1891
Vers une heure du matin, le 14, nouvelle attaque des Versaillais du côté du Sud. Le combat dure environ une heure, puis les Versaillais rejoignent leurs retranchements. Comme les jours précédents, pas de résultat important de côté ni d’autre.
La fin de la journée, comme le constate la. Vérité, a n’amène U aucun résultat appréciable, si ce n’est, comme les jours précé- « dents du reste, d’envenimer de plus en plus la querelle entre « les deux partis. »' - - j ■ . î
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Les délégués de la Lijtue d' Union républicaMe det Droits de Paris se rendirent à deux henres à lHôlel-de- Ville et furent reçus par la Comnaisslon exécutive, à ^i ils donnèrent connaissance du programme'de la Ligne et du rapport exprimant les intentions du chef du pouvoir exécutif de Versailles. La Commission èxécutive ' déclara aux délégués qu'elle transmettrait à la Ligue ht réponse’ que la Commune croirait devoir faire à leur communication.
A la séance ds le Coiqmuue le çit. Arthur Arnould laterpoUait . la (iomipission exécutive pu sujet de celte démarehe; et 1« cit. Ayrial répondait, au nom du la Commission, qu’elle avait écoulé les délégués de la Ligue, mnts à iHre offic^ux «pulemeot, et a» <
lenr avait fait aucune réponse, ne voulant pas engager la Commune.
Le lendemain matin, 15, paraissait au Journal officiel la note suivante :
Certains journaux rendent Tort inexactement compte des démarches faites auprès de la Commission exécutive par les délégués de la Ligue (l’Union républicaine det Droite de Parie.
La Commission exécutive a écouté, mais à titre ofOcieux seulement, le rapport que la Ligue a fait insérer dans les journaux, mais sans avoir plus que précédemment le devoir de répondre à une question qui no pouvait lui être adressée.
La Ligue a pris librement une initiative à laquelle la Commission exécutive, aussi bien que la Commune, sont et devaient demeurer étrangères. Elle a résumé à sa façon les aspirations de Paris, elle a posé un ultimatum au gouvernement de Versailles, annonçant par une affiche qui se lit encore sur nos murs que ei le gouvernement de Vereaillee restait eourd à ees revendicalione légitimée, Parie tout entier se lèverait pour les défendre.
Le cas prévu et posé par la Ligue s'étant réalisé, elle n'a pas besoin d'interroger la Commune, elle n'a qu'à tirer la conséquence de ses déclarations spontanées, en conviant Paris tout entier à se lever pour défendre ses droits méconnus. ■ ’
La Commission exécutive avait dit aux délégués de la Ligue qu’elle leur transmettrait une réponse; elle leur disait qu'elle ri'avait rien à répondre’.
L’.4oenir national fit à ce sujet les réflexions suivantes, que nous ne pouvons qu'approuver : ,
« Dire qu’on n’a rien à répondre est une réponse. Les délégués « pouvaient en espérer une autre de la Commune, mais ils doivent « reconnaître que ..cette réponse satisfait à ; l’engagement pris « envers eux, dans les termes limités où cet engagement a été « pris. La population jugera si la Commune n’avait pas le devoir « , de répondre autrement, et si. cette assemblée, en refusant de « préciser ses intentions, en refusant de mettre sa politique et K son programme en regard du programme et de la politique de « M. Thiers, n’a pas commis une faute. »
Cette même commission faisait quelques modifications aux recensements précédents, et par suite de changements dans les nombres d’habitants de certains quartiers de Paris, publiait un tableau qui fixait à trente et un le nombre des paontbres do la
Commune à nommer le 16 avril dans quatorze arrondissements différents.
La Commission exécutive instituait une commission d’enquête pour réunir et publier les documents relatifs au Gouvernement de la défense nationale.
Afin de donner aux citoyens quelque garantie contre les arrestations arbitraires, la Commune, sur la proposition du cit. Vermorel, vota le décret suivant ;
La Commune de Paris :
Considérant que s'il importe pour le salut de la République que tous les conspirateurs et les traîtres soient mis dans l’impossibilité de nuire, il n’importe pas moins d'empêcher tout acte arbitraire ou attentatoire à la liberté individuelle.
Décrète :
Art. 1*''. Toute arrestation devra être notifiée immédiatement au délégué de la Commune à la justice, qui interrogera ou fera interroger l’individu arrêté, et le fera écroner dans les formes régulières, s’il juge que l'arrestation doive être maintenue.
Art. 9. Toute arrestation qui ne serait pas notifiée dans les vingtquatre heures au délégué à la justice sera considérée comme une arrestation arbitraire, et ceux qui l'auront opérée seront poursuivis.
Art. 3. Aucune perquisition ou réquisition ne pourra être faite qu’elle n’ait été ordonnée par l’autorité compétente ou ses organes immédiats, porteurs de mandats réguliers, délivrés au nom des pouvoirs constitués par la Commune.
Toute perquisition ou réquisition arbitraire entraînera la mise en arrestation de ses auteurs.
Malheureusement, il en fut de ce décret comme de bon nombre d’autres, — et les choses se passèrent après comme elles s’étaient passées avant.
Un ordre du commandant de place portait que, pour éviter les accidents dans les rues de Paris, l’ancien règlement sur les cavaliers était remis en vigueur. Il était défendu à tout cavalier, estafette militaire ou civil, de circuler au galop dans les rues de Paris.
Cet ordre était devenu nécessaire. On caracolait, on galopait beaucoup trop dans les rues de Paris; et les officiers à qui le citoyen Cluseret avait dû déjà reprocher la manie du galon, s« faisaient fortement remarquer par le fracas avec lequel ils parcou-
raient la ville, tanl(H par ci, tantôt par là. Peut-être pensaient-ils, par ce tapage comme par l’accumulation des dorures, produire un excellent effet? Le fait est qu’ils n’arrivaient qu’à se faire moquer, et que les gens sensés,, parmi les partisans de l’idée communale, déploraient amèrement le ridicule que ces officiers jetaient par leurs extravagances sur cette idée qu’ils servaient avec plus de vanité que de sérieux. ,
Le délégué à la guerre décidait que dix compagnies du génie seraient formées avec les militaires isolés en ce moment à Paris, et seraient employées aux travaux de fortifications.
En même temps, le délégué à la marine s’occupait activement de compléter le service des canonnières, qui pouvaient être d’un grand secours à l’armée.
M. Jules Favre avait dit récemment à la tribune, dans un de ses discours, que l’un des actes diplomatiques de la délégation de la tvjmmune aux relations extérieures était « l’enlèvement de Il l’argenterie du ministère des affaires étrangères, » et il avait accusé « ces messieurs » de se l’étre appropriée.
Le Journal officiel répondait à cette accusation en publiant deux" pièces établissant que l’argenterie en question avait été saisie et envoyée à la Monnaie pour y être fondue et transformée dans le plus bref délai en espèces ayant cours.
Le 14 avril, vers onze heures et demie du matiu, un détachement de gardes nationaux envahissaient l’hôtel de M. Thiers, place Saint-Georges; les papiers étaient saisis, l’argenterie envoyée à la Monnaie. Â partir de ce moment, l’hôtel fut constamment occupé par la garde nationale ; et peu de jours après la saisie, le drapeau rouge flottait au haut de la grille, à la porte d’entrée.
Une perquisition était aussi faite dans rhôtcl de M. de Gallifet, rue Rabelais; une autre avait eu lieu la veille chez les frères Péreire, rue du Faubourg Saint-Honoré. Nous ne comptons pas enregistrer une à une les perquisitions opérées chez Iqs particuliers, pas plus que nous n’énumérons les arrestations. Disons une fois pour toutes que la Commune ne fut pas assez ménagère de semblables mesures, qui ne doiyent en aucun cas êt^p.prisea que sur des motifs sérieux et dans un but d’inlércl générai. ^ i .
A Versailles, l’Assemblée nationale terminait la discussion de la loi municipale, dont l’ensemble était voté par 497 voix contre 16, ,
En ce qui concerne Paris, cette loi disposait que chacun des vingt arrondissements nommerait, au scrutin individuel, quatre conseUlers, à raison d’un par quartier. ,
Mais la population des divers arrondissements est singulièrement inégale. Tandis que le XVP ne compte que 42,180 habitants, le XI® en possède 149,640. De sorte que, d’après la loii votée, qui donne à tous les arrondissements le même nombre de, conseillers, sans tenir compte de la population, les mandataires de l’un se trouveraient représenter trois fois et demie plus d’électeurs que les mandataires de l’autre.
tt La Commune, si honnie à Versailles, » disait à ce sujet la Yérüê, a garde du moins les justes proportions; elle accorde à «. chaque arrondissement un nombre d’élus en rapport avec la, (( population. », . ^
D’autres articles de la même loi disposaient ; que le préfet de la Seine et le préfet de police auraient entrée au Conseil municipal de Paris et seraient entendus toutes les fois qu’ils le demanderaient; — qu’il y aurait pour chacun des vingt arrondissements, un maire et trois adjoints choisis par le chef du pouvoir exécutif, avec incompatibilité entre ces fonctions et ceiles de conseiller municipal de la ville de Paris.
En somme, la nouvelle loi créait trois catégories parmi les communes de France :
1® Les communes de moins de 20,000 âmes où le Conseil municipal élu devait nommer lui-même le maire et les adjoints parmi ses membres, — sauf révocation par décret.
2® Les communes de plus de 20,000 âmes et les chefs-lieux de departement ou d’arrondissement, où les maires et adjoints devaient être nommés par le chef du pouvoir exécutif, avec cette condition que les maires seraient pris dans le Conseil municipal.
3® Enfin, Paris, — pour ne pas dire la Commune de Paris, — qui nommerait, sans tenir compte en rien du chiffre de population, des conseillers à qui se joindraient les deux préfets indiqués ci-dessus, et où les maires et adjoints seraient désignés par le chef du pouvoir exécutif, mais pris en dehors des membres du Conseil municipal.
Était-ce là ce que M. Thiers appelait » le droit commun pour Paris
« comme pour tonte autre ville? » Était-ce ce qu’il entendait dire, lorsque dans la circulaire qu’il adressait le 12 aux départements, il assurait que « pour les villes comme pour les citoyens il n’y « aurait qu’une loi, une ttule, il n’y aurait de privilège pour « personne? »
Nous croyons pouvoir nous borner à poser ces questions. Les esprits justes, impartiaux, y répondront eux-mêmes.
Dans la même séance de l'Âssemblée, M. de Belcastel trouvait l’explication des misères qui accablaient Paris : à propos de la discussion d’une loi déférant les délits de presse aux cours d’assises, M. Gavardi avait demandé que l’on comprit parmi ces délits les attaques que des journalistes téméraires autant qu’insensés pourraient avoir l’idée de diriger contre le dogme de l’existence de Dieu ou contre le dogme de l’immortalité de l’ftme. M. de Belcastel, frappé d’un trait de lumière à l’audition de cette proposition, montait à la tribune et disait en substance ceci : « Savez- « vous pourquoi, tandis que Paris nous offre le désolant spectacle « de perpétuelles agitations, nous jouissons du calme au fond de « nos campagnes ? C’est que nous avons gardé la foi de nos pères, « et que Paris n’y songe guère. Mais Paris reviendra à la foi reli- « gieuse, j’en ai la conviction, v
Acceplons-en l’augure, et ne doutons pas qu’alors tout y soit pour le mieux dans la meilleure des villes !
Samedi t& airrll 189t
Dans la nuit du 14 au 15, les Versaillais firent de nouveau une attaque au Sud, principalement du côté de Vanves, mais sans plus de succès que précédemment.
Les forts du Sud tenaient toujours bon, mais ils étaient bien éprouvés. Déjà battus vigoureusement par les projectiles prussiens, frappés, depuis la guerre civile, presque chaque jour par 1^ obus versaillais, ils avaient des parties complètement en ruines. Néanmoins, on le voit, grâce à des travaux de fortifications, à des barricades, grâce surtout à l'incontestable ardeur que les fédérés apportaient dans la lutte, l'approche n’en était pas facile.
Dans Neuilly, la lutte se poursuivait pied à pied, de maison à maison.
Nous extrayons le passage suivant d’une affiche que le délégué à la guerre fit apposer dans la soirée.
Le gouvernement de Versailles renouvelle pour la seconde fois ses vaines rodomontades et parle de vingt-quatre heures pour nous rendre.
Dans la bouche de gens habitués à capituler, ce langage n'a rien de surprenant.
Travailleurs, que la poudre leur porte notre réponse!
En somme, la position est bonne ; elle sera excellente après la réorganisation des bataillons de guerre.
Le délégué à la guerre ;
G. Cldsehet.
Les délégués de V Union nationale, dans une réunion tenue le 15 au soir, rendaient compte à leurs mandataires de leur démarche auprès de la Commune et leur donnaient connaissance du rapport suivant :
Messieurs,
Vous savez, par notre rapport publié dans les journaux, et notamment dans l’I/nton nationale, quel a été le résultat de nos démarches à Versailles. Ce résultat, sans être décisif, nous permettait d’espérer que nos efforts ne seraient pas perdus, et nous encourageait par conséquent à poursuivre auprès de la Commune notre campagne de conciliation.
A cet effet, dès notre retout de Versalllei, nous eûmes l’honneur de voir tout d’abord M. Theisz, à qui nous devions rendre compte plus spécialement des négociations relatives à la question des postes. Après nous être acquittés de ce devoir, nous ftmes connaître à M. Theisz ce que nous avions fait ou essayé en vue d’un accommodement politique, et nous lui demandâmes d’en vouloir bien donner communicatièn à la Commune.
Des le lendemain, M. Theisz nous informa qu’une commission avait été désignée par la Commune pour nous entendre. Cette commission se composait de MIB. Avrial, Dupas, Gambon, Paschal Grousset et Theisz;
Elle devait se réunir à nous dans le cabinet de ce dernier.
Nous nous y rendtaics au jour et à l’heure indiqués, c’est-i-dirt le lundi 10 avril, â neuf heures et demie du matin. Nous eEposimes à oes messieurs les faits et les considérations qui ont (iK l’objet de notre récent raMiort. Nous insistâmes auprès d’ens sur les raisons qui nous paradssent conseiilur |’ado()tion de la (notpesUion 4ue nous nvions rapportée Versailles, quoique cette pro|iosiiioD, comme vous le fiU hHo de
satisfaire nos propres visées en ce qui concerne le principye de rqutotMyeelc ' commiinsilc. Nous appuyâmes auprès de pos honorables auditeurs ,sur les devoirs d’humanité et de frdiernité dont nous trouvâmes leurs consciences fortement pénétrées; nous tentâmes aussi de leur faire scntir.quc la résistance prolongée de î^arls, si légitime qn’cllc pût être dans leur conviction, avait pour inévitable conséquence la recomposition, hors de Paris, de l’armée permanente, telle qu’elle avait été conslilupc avapl la chute de l’Einpirc, et préparait ainsi, par une voie indirecte mais tfoj» sûre, un nouvel instrument aux ambitions cl aux surprises dynasliqucs.
Enfin, nous nous attachâmes à marquer que les concessions qqp poprrail faire la Commune de Paris aux nécessités de la paix jie porlcritlent point préjudice aux franchises que Paris réclame cl aq développement ultérieur de la révolution organique impliquée, dans cette rcvendlcatioa; car, le principe une fois posé et Paris sc irouvanl, par l’cloigncmenl cffeclifdu pouvoir central el par la facilité qu’il se réserverait de se garder lui-mérac, «n possession virtuelle de son autonomie, celle-ci ne pourrait
manquer de produire progrcssivoinenl tous ses fruits, comme si elle edt éid, dès l’origine, proclamée sans aucune réserve dans le traité de pacification. *'
Après un colloque de deux heures, nous prîmes congé de M.M. les membres délégués de la Commune, et il demeura convenu que M. Theis/, voudrait bien nous prévenir s’il y avait lieu de pousser les choses plus avant. ,
Le surlendemain, M. Tbcisz, que nous vîmes une fois ou deux dans l’intervalle, et on qui nous avons toujours trouvé l’accueil le plus courtois et l’esprit le mieux disposé, nous notifia, par une lettre adressée à l’un de nous, que « la Commune nq croyait pas pouvoir traiter sur les bases delà proposition rapportée par nous de Versailles, et qu’elle se réservait de motiver son refus. »
Ce refus dé la Commune n’ayant pas été motivé Jusqu’à ce moment, il ne nous appartient point d’entrer à ce sujet dans des explications qui ne reposeraient que sur des présomptions pures. Il nous est permis toutefois de vous faire remarquer que la journée du H avril, veille de celle où nous parvint la lettre de M. Tbeisz, fut marquée par un succès militaire de la Commune, et que ce succès put la rendre moins facile aux concessions, en suscitant tout naturellement en elle des espérances plus formelles d’un triomphe définitif ,
Vous vous souviendrez, en outre, qu’à ce moment même une nouvelle députation parisienne, celle de l’Union républicaine des Droits de Paris, se préparait à partir pour Versailles, emportant des propositions un peu plus radicales que celles de notre projet, et dont la Commune pouvait espérer l’acceptation ; ce qui devait logiquement la détourner de toute négociation engagée sur des bases moins avantageuses.
Enfin, il importe surtout de ne pas oublier le vote que M, Thiers arracha à l’Assemblée nationale, dans la séance du 8 avril, c’est-à-dire précisément une heure après l’entrevue que nous avions eue avec lui, vote par lequel M. l’hiers faisait rectifier une décision que la^ Chambre venait de rendre à l’instant même, vote par lequel M. Thiers affirmait une fois dp plus cl faisait prévaloir, contre la Chambre elle-même, le droit d’ingérence du pouvoir exécutif, non-seulement dans les affaires communales des cités, mais dans la composition même de leur personnel administratif.
Ce vote conquis par M. Thiers, avec l’appui marqué de la gauche, a pu vous faire scnl|r combien était juste l'appréciation formulée par nous dans notre précédent rapport, à savoir : que, sur le principe de l’autonomie communale, les dispositions de la droite parlementaire seraient plus aisément réconciliablcs peut-être que celles de la gauche ou que celles de M. Thiers.
Quoi qu’il en soit, il .est aisé de concevoir que l’attitude prise par M. Thiers en celle occasion a dû accroître les défiances de la Commune
et fortifier en elle le sentiment que toute conciliation était impossible entre des prétentions nettement et résolûment contradictoires. Il y a donc tout lieu de supposer que le vote du 8 avril contribua pour beaucoup aux déterminations négatives que nous exprime M. Theisz pour le compte Je la Commune.
Il est plus évident encore que les élections complémentaires, provoquées par la Commune pour demain 16 avril, sont une réplique à ce vote du 8 avril, et attestent de la part de la Commune l'intention de ne point tenir compte de la loi municipale votée par l’Assemblée.
Nous ne pouvons pas ne pas regretter cette décision de la Commune, puisqu'elle est contraire au projet de transaction auquel nous nous étions ralliés. Nous avions insisté auprès de la commission municipale chargée de recevoir nos explications, et plus spécialement auprès do M. Theisz, pour que ces élections complémentaires fussent annoncées assez longtemps à l'avance, et cela dans le double but :
10 De consolider le crédit moral de la Commune par la gravité et la liberté des opérations électorales par lesquelles elle se compléterait;
2° De rallier aux idées communalistes et à l’initiative populaire un vaste groupe bourgeois qui s’y associerait assurément, c’est du moins notre conviction, si on lui laissait le temps de sc reconnaître, de se consulter, d’échanger des idées et de se choisir des mandataires.
Le résultat auquel nous visions est anéanti par la convocation des électeurs à bref délai.
Nous no voyons pas bien ce que la Commune y gagnera.
Ce que nous savons, c'est que les forces que nous aurions voulu réunir demeurent décomposées, et que le rote, en de telles conditions d’isolement, est, pour chacun, rempli d'incertitude et presque dépourvu d'intérét. Nous croyons néanmoins, quant à nous, qu’il convient de voter, et cela, par cette raison générale, que voter, c’est exprimer une opinion, et que tout citoyen appelé à donner son opinion la doit à son pays, quelles que soient les conjonctures où on le convoque et l’objet sur lequel il est requis de se prononcer. Mais ce principe une fois afürmé, nous ne saurions en vérité quel conseil donner pour son application actuelle; et, dans l’impossibilité où nous sommes de proposer et de discuter des noms ou des listes, nous reconnaissons que le vote d'un grand nombre de citoyens pourra bien n'intéresser que la conscience de chacun, et demeurera en fait stérile.
Des regrettables circonstances que nous venons de vous exposer, s’ensuit-il qu’il faille renoncer à l’espérance d’un accommodement, et que, pour notre compte, nous devions cesserd’y prêter tous nos efforts? Certes, telle n’est point notre pensée. A nos yeux, tout citoyen qui, par la nature ou le degré de ses convictions, n'est point engagé personnellement dans l’horrible conflit, doit à son pays, à la civilisation et k lui-même d’y intervenir jusqu’à ce que le terme en soit arrivé, lui fût-ll démontré d’a-
vnnr.c qu'il n’y peut rien. Or, nous n'cn sommes pas là, messieurs. Nous (Icmcurons convaincus que la conciliation, d’heure en heure plus urgente, n'a pas encore cessé d’etre possible. Nous savons que tout a été essayé; mais nous croyons que rien n’est épuisé. Et c’est en nous plaçant dans cet ordre d’idées, messieurs, que nous vous proposons, comme conclusion de notre rapport et comme objet immédiat de vos deliberations, la proposition suivante :
a L’Assemblée générale des syndicats industriels et commerciaux de VUnioH nationale institue une commission permanente de conciliation composée de neuT membres, et qui pourra s’en adjoindre un nombre égal, pris dans toutes les catégories de la population, notamment parmi les syndicats ouvriers.
« Cette commission n’aura aucuns autres pouvoirs que ceux de négocier. Elle se tiendra en communication incessante avec la Commune de Paris et avec les divers groupes de l’Assemblée nationale. Elle cherchera pas à pas, minute par minute, au fur et à mesure des événements, les possibilités d’un accord dont les diilicullés résultent surtout de l’absence do contact et d’éclaircissements réciproques entre les parties.
« Elle s’efforcera de faire accc|iter son arbitrage ou tout au moins de dégager les conditions d'un arbitrage. Elle n’aura point de mandat impératif, mais il est expressément entendu qu’elle tendra de tous ses efforts et de toutes scs convictions à maintenir, vis-à-vis des deux parties, ces deux principes sur lesquels elles sont d’accord plus qu’il ne semble : maintien de la République cl établissement des plus larges franchises municipales. »
Si cette proposition est adoptée par vous, messieurs, si cette commission est nommée, sur votre initiative, par la ville de Paris, nous aurons pctil-èlre préparé non-seulement la paix pour le présent, mais une grande œuvre do renaissance nationale pour l’avenir. En tous cas, nous aurons fait notre devoir; et quoi qu’il arrive, ce sera pour chacun de nous une consolation, au milieu des malheurs de la patrie, d’avoir fait tout ce qu’il aura pu pour fermer c-ntin sur une page blanche le livre sanglant des guerres civiles.
Les délégués de l’Union nationale présents atix négociations :
JosErii Camps, Rault, Lhuilueb, Uippolyte AlAIlESTAtltG, LeVALLOIS, JuLES AmIGCES.
Dans la même réunion, et à la suite de la lecture de ce rapport, neuf délégués furent nommés et chargés « de continuer à recher- « cher les moyens de conciliation entre le gouvernement de Ver- « sailles et la Commune de Paris. » Ils devaient s’adjoindre un nombre égal de délégués des divers groupes qui avaient fait jusque-là des démarches dans le sens delà conciliation.
Le délégué à la guerre prenait les dispositions nécessaires pour que les gardes nationaux de service pussent prendre part au vote du 16 avril.
En ce qui concerne la circulation des citoyens, on décidait d’ouvrir avec régularité un certain nombre de portes et de laisser passer librement les citoyens non atteints par la loi militaire communale.
Pour ne mettre aucune entrave à l’approvisionnement de la ville, le délégué au commerce décidait que tout citoyen arrivant à Paris, y amenant une marchandise quelconque, recevrait gratuitement, fl son entrée, un laissez-sortir îi sa volonté, portant les indications nécessaires pour qu’il lui fût absolument personnel.
A Versailles, quelques membres de l’Assemblée trouvaient qu’ils n’avaient pas toutes les informations désirables sur les faits qui se passaient, et interpellant le ministre de l’intérieur, M. Picard, formaient le voeu de ne plus être obligés de s’adresser aux passants pour être quelque peu renseignés.
Le ministre de l’intérieur répondait qu’il serait peu prudent de communiquer à l’Assemblée plus de détails qu’on ne lui en donnait; et que, quant aux indications que le gouvernement transmettait au Journal officiel, les documents où elles étaient puiséesarrivaient dans la soirée, trop tard pour être auparavant transmis aux représentants.
L’incident en resta là, et les choses naturellement continuèrent comme devant.
Le gouvernement adressait la circulaire suivante aux autorités civiles et militaires :
Les deux journées qui viennent de s’écouler ne po iveienl amener des événements, parce que le gouvernement, persistant dans ses travaux d’organisaTioc,iie cherche pas à faire des entreprises. Pii côte de Châtillon et des forts du sud, la canonnade a été pre.squc insienitianlc; pourtant, une sortie de rcnncnii a été vigoureufcnieiil repoussée, et nous répétons, à cette orc. sioii, que les nuits j réerdentes, il est absolument faux (juc l'ennemi ait tcn’.é et réalisé quoi que ce soit, si ce n’est une canonnade et une fusillade dans le vide, restées sans réponse, ce qui, certes, n’aurail pas eu lieu s’il arait voulu faire un seul pas en avant. Nos postes sont bien étables, ))arfaitcmeiu délilés du feu et ne souffrant en aucune manière; et tandis que les insurgés consomment leurs munitions inutilement, notre nombreuse cavalerie se portant vers Juvisy et
C|»<)i8y-le-I\oi, les a privés des coqfinunicaliojps avec (Irions, 4e manière qu’il ne leur en reste plus avec la province.
Au côté opposé, c'est-à-dire vers Neuilly, les insurgés canonnent des remparts de Maillot notre tête de pont de Neuilly, et le général WolfT, un de nos plus vigoureux officiers, a fait une sortie contre les maisons de droite et de gauche, et il a fait subir à l’ennemi des perles considérables.
On s’occupe de conire-battre la batterie d’Asnières, uniquement pour contenir l’ennemi, l'intention étant toujours de nous borner à conserver nos positions jusqu’au jour où nous tenterons, par une action décisive, de mettre un terme à cette guerre civile déplorable.
Jusque-là il n’y a de significatif que des arrivées de troupes et de matériel.
L’Assemblée, poursuivant paisiblement ses travaux, a voté aujourd’hui à une immense majorité, la loi municipale, après avoir presque sur tons les points consacré le projet du gouvernement. Elle a prouvé en même temps qu'elle voulait tenir parole à Paris en le dolanl d’autant de franchises municipales que les villes qui en ont le plus.
Après le résumé que nous avons donné dans la journée du 14, de la loi municipale récemment volée par l’Assemblée, chacun jugera combien est inexacte la phrase qui termine la circulaire ci-dessus. Les villes possédant, d’après la nouvelle loi, le plus de franchises municipales, sont celles de moins de 20,000 habitants. Elles ont, non des maires et adjoints imposés parle pouvoir exécutif et pris parmi des citoyens quelconques, mais bien des maires et adjoints nommés par leur conseil municipal et pris dans le sein de ce conseil. En outre, elles n’ont pour leur administration communale rien à démêler avec le préfet de leur département ni le préfet de police. La différence avec Paris nous paraît sensible.
Vers le même moment, un de nos amis, le cit. Ch.-L. Chassin, était arrêté à Versailles.
Attendant un envoi d’argent de Russie, où il envoyait des correspondances à un journal quotidien, et sachant que les communications postales n’existaient plus pour Paris, il avait trouvé tout naturel d’aller toucher à Versailles ce qui lui était dû. Il ne s’attendait à rien moins qu’à y être retenu de force. Il fut cependant arrêté, ainsi que le dit le Gaulois, comme n commis-voyageur d’émeute b et ne put recouvrer sa liberté qu’on mois après.
On le voit : si la liberté individuelle était quelquefois méconaup à Paris, — c’est incontestable, — elle n’était guère plus respectée à Versailles.
Nous en pourrions dire autant de la liberté de la presse. Si des journaux étaient suspendus par la Commune, — et pour notre part nous l’avons déploré et le déplorons à toute occasion, — les suspensions, les saisies ne manquaient pas non plus du côté du gouvernement. Ces mesures inspiraient à la Vérité quelques lignes que nous transcrivons :
« Pourquoi le gouvernement a-t-il saisi, supprimé les journaux « de Paris? Pourquoi ses agents, l’œil au guet, ont-ils mission de O traquer, par toute la France, des organes dont le seul tort est « d’avoir accepté la révolution du 18 mars, d’en avoir exposé les « principes et divulgué la théorie? Cet acharnement contre des « journaux qui n’ont jamais' contesté l’autorité du pouvoir siégeant « à Versailles, qui se sont bornés à discuter ses actes, s’efforçant « d’éclairer l’opinion publique et de faire comprendre l’excellence, « la nécessité de la liberté communale, s’explique par le seul désir « d’empêcher que la lumière se fasse. La presse aurait peut-être « instruit les provinces des tendances de la population parisienne, « de ses besoins et de ses aspirations. Elle aurait fait toucher du O doigt à nos concitoyens des départements le but vers lequel « nous marchons. L’idée de l’indépendance communale se serait • nctleuient dégagée des événements dont Paris est le théâtre. « Le droit de la capitale à s’administrer elle-même aurait éclaté V à tous les yeux, et bientôt l’accord se serait établi entre les deux « partis que ne divise aucune question d’intérêt.
« Un tel résultat ne pouvait convenir au gouvernement. Ces « hommes qui toute leur vie ont combattu pour la liberté étaient « incapables de la pratiquer. Parvenus au pouvoir, gorgés d’hon- « neurs et de places repus, voilà que leur esprit étroit ne sait pas « sortir de l’ornière dans laquelle se sont traînés jusqu’ici tous les « régimes tombés. Artisans de destruction, ils sont impuissants à a construire et croient leur mission remplie, après avoir changé « l’étiquette du gouvernement, remplacé les personnes sans modi- « fier les institutions, débaptisé la machine sans avoir renouvelé « un seul de ses engrenages. »
En présence de la conduite tenue par le gouvernement de M. Thiers en face de revendications auxquelles il s’obstinait à ne pas satisfaire, il était de bonne guerre d’opposer aux actes du chef du pouvoir exécutif les paroles qu’il avait pu prononcer dans le COUTS de sa longue carrière politique.
Nous avons vu déjà que des affiches avaient été apposées sur tous les murs de Paris, reproduisant un fragment de discours relatif aux fortifications. De nouveau, on opposait à M. Thiers quelques mots dits par lui-même à la tribune à propos du bombardement de Palerme, le 31 janvier 18-48. Des affiches les rappelaient aux passants, et tes journaux les reproduisaient :
« Vous savez. Messieurs, ce qui se passe à Palerme; vous avez tous tressailli d’borreiir en apprenant que, pendant quarante-huit heures, une grande ville a été bombardée. Par qui? Était-ce par un ennemi étranger, exerçant les droits de la guerre? Non, Messieurs, par son propre gouvernement. Et pourquoi? Parce que cette ville infortunée demandait des droits.
Eh bien ! il y a eu quarante-huit heures de bombardement!
Permettez-moi d’en appeler à l'opinion européenne. C'est un service à rendre à Phumanité que de venir du haut de la plus grande tribune peutêtre de l’Europe faire retentir quelques paroles d’indignation contre de tels actes. (Très bien ! très bien !)
Ces paroles peuvent se passer de commentaires.
Dlmitnche 18 Hvrll 1891
Malgré des combats incessants, la situation respective des deux armées ne changeait pas notablement.
Les journaux, s’émouvant de la situation faite aux habitants de Neuilly par les combats perpétuels qui s’y livraient, faisaient appel aux groupes de citoyens qui avaient fait déjà des tentatives de conciliation entre Paris et Versailles, et les invitaient à intervenir, cette fois, au nom de l’humanité, en demandant un armistice qui leur permit de se retirer en des lieux moins exposés.
Des adresses d’adhésion arrivaient de plusieurs points de la province à la Ligue d'union républicaine. Les diverses communications qui lui étaient faites constataient toutes la déplorable ignorance dans laquelle la province était tenue, relativement aux événements de Paris. La Ligue, comprenant l’utilité qu’il y avait à éclairer la province sur la véritable situation, nommait une commission de cinq membres pour aviser aux moyens de se mettre en rapport avec les conseils municipaux des départements.
A la séance de la Commune, le cit. Tridon signalait un fait grave, dont connaissance avait été donnée à la Commission exécutive par le délégué aux relations extérieures : le Consulat de Belgique avait été envahi, le 15, par des gardes nationaux qui y
avaient fait des réquisitions et même organisé un bal. Cette violation des immunités diplomatiques fil l’objet d’une note insérée au Journal officiel le 1", annonçant qu’une enquête était ouverte sur ces faits et que les coupables seraient déférés au conseil de guerre.
Le décret suivant, relatif à une demande d’enquête sur la fermeture des ateliers, était adopté, sur la proposition du cit. Avrial et de quelques-uns de ses collègues :
La Commune de Paris,
Considérant qu'une quantité d’aiclicrs ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques et sans tenir compte des intérêts des travailleurs;
Considérant ({uc par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels â la vie communale se trouvent interrompus, l'existence des travailleurs compromise,
DÉcnÉTE :
Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées â l’effet d’instituer une commission d’enquête ayant pour but :
1“ De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans leipiel ils se trouvent et des instruments de travail qu'ils renferment;
2o De présenter un raiiport établissant les conditions pratiques de la promiitc mise en exjiloitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés;
3» D’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières ;
4" Du constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdils patrons', sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l’indemnité qu’auront à payer les sociétés aux patrons.
Cette commission d’cnquctc devra adresser .«on rapport à la Commission communale du travail et de l’écliauge, qui sera tenue de présenter à In Comnnine, dans le plus bref d' Iai, le projet do décret donn nt satisfaction aux imércts de la Commune et des irav. illenrs.
Ce décret manifeste les teudunces socialistes de la Itévoiulion du 18 mars. En fait, il ne fut jamais ; ppiiqué, — comme tant d’autres ([ui l’avaient précédé ou qui le suivirent, — sauf peut-être à quelques ateliers de fabrication d engins de guerre.
On pourrait, eu temps normal, en discuter le principe et les termes ; mais, rendu eu un moment de crise où le travail n’existait
plus, iiou-seulemenl il resta lettre morte, mais il n’éveilla même pas l’attention, toute portée vers les faits de guerre et la situation politique.
La Commission exécutive, sur la proposition du délégué à la guerre, arrêtait :
Art. l"". Les ormes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies.
Art. 2. Seront pareillement restituées aux mairies, les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par le Conseil de discipline.
Art. 3. Les municipalités devront faire foire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d’assurer dons le plus bref délai la rentrée de toutes ces armes.
Art. 4. Toutes fausses déclarations faites par les concierges entraîneront leur arrestation immédiate.
Art. O. Toutes les armes recueillies par les mairies seront renvoyées à l’arsenal de Saint-Thomas-d'Aquin.
Art. 6. Les armes ainsi restituées serviront à armer les nouveaux bataillons. Les fusils chassepot ne seront donnés qu’aux bataillons de marche, en attendant qu’on en puisse donner à tous.
L’arrêté qui précède fut exécuté avec une certaine lenteur, mais enfin il fut exécuté. Des escouades de gardes nationaux désignées pour cet office, allaient visiter avec soin, l’une après l’autre, les maisons de leur quartier, et recherchaient dans les appartements les armes et les objets d’équipement qui pouvaient s’y trouver. Ils accomplissaient leur mission avec un zèle extrême, s’emparant même de fusils à pierre, véritables antiquités d’armurerie, et de casques ou autres coiffures militaires remontant au premier empire.
Bien entendu, des excès de zèle ne furent pas sans se produire : il arriva, dans certain quartier, que des perquisiteurs rapportèrent aux municipalités des couteaux fort inolTensifs et même des lorgnettes de théâtre.
Le désarmement était certainement une mesure de sécurité pour la Commune. Mais les hommes qui la représentaient auraient-ils admis cette mesure de la part d’un pouvoir sous lequel ils auraient vécu, alors qu’elle les eût atteints? Assurément non; et pourtant ils décidèrent et exécutèrent cette mesure. Tant il est vrai qu’à Paris comme à Versailles, dans la Commune comme dans l’Assemblée, les liommcs qui avaient la puissance, la force de leur côté, ne ressemblaient guère à ce qu’ils avaient été eux-mérnes
lorsqu’ils combatlaiont la puissance cl la force dirip;écs contre eux.
D’accord avec la Commission executive, le délégué à la guerre instituait une Cour martiale, en attendant la création des Conseils de guerre de légion.
Les électeurs, on se le rappelle, étaient convoqués pour le IG, à l’effet de nommer à la Commune des membres devant remplacer ceux qui avaient donné leur démission ou avaient été élus dans plusieurs arrondissements à la fois.
Le dimanche, avant d’avoir la moindre indication sur le résultat du scrutin, on pouvait présager que les abstentions seraient beaucoup plus nombreuses qu’au 26 mars. Un nombre d’électeurs relativement minime se rendait aux urnes.
Le gouvernement envoyait aux autorités civiles et militaires la dépêche suivante, qui devait être afûchée dans toutes les communes de France :
Versailles, tC avril 1871, 6 h. «oir.
Le gouvernement s’est tu hier parce qu’il n’y avait aucun événement à faire connaître au public, et s’il parle aujourd'hui, c’est afin que les alarmistes malintentionnés ne puissent abuser de son silence pour semer de faux bruits.
La canonnade sur les deux extrémités de nos positions, Chàtillon au Sud, Courbevoie au Nord, a été fort insignifiante celle nuit. Nus troupes s’habituent à dormir nu bruit de ces canons, qui ne tirent que pour les éveiller. Nous n’avions donc rien à raconter, sinon que les insurges vident les principales maisons de Paris pour en mettre en vente le mobilier au profit de la Commune, ce qui constitue la plus odieuse des spoliations. Le gouvernement persiste dans son système de temporisation pour deux motifs qu'il peut avouer: c’est d’abord de réunir des forces tellement imposantes que la résistance soit impossible et dès lors peu sanglante ; c’est ensuite pour laisser à des hommes égarés lu temps de revenir à la raison.
On leur dit que le gouvernement veut détruire la République, ce qui est absolument faux, sa seule occupation étant de mettre fin à la guerre civile, de rétablir l’ordre, le crédit, le travail, et d’opérer l’évacuation du territoire par racquiltenienl des obligations contractées envers la Prusse. On dit à ces mêmes hommes égarés ([u’on veut les fusiller tous, ce qui est encore faux, le eonvernement faisant grAce à tous ceux <iui |mclient bas les armes, comme il l’a fait ,i l’égard de 2,1)00 jirisonniers qu’il nourrit i Relle-Isic, sans eu tirer aucun service. On leur dit enfin que, prives du subside qui les a fait vivre, on les forcera à mourir de faim.
cc qui est aussi faux que tout le reste, puisque le gouvernement leur a promis encore quelques semaines de ce subside pour leur fournir les moyens d'attendre la reprise du travail, reprise certaine si l'ordre est rétabli et la soumission à la loi obtenue.
Kclairer les hommes égares tout en préparant les moyens infaillibles de réprimer leue égarcmeut s’ils y persistent, tel est le sens de l’attitude du gouvernement; et si quelques coups de canon se font entendre, ce n’est pas son fait ; c’est celui de quelques insurgés voulant faire croire qu’ils combattent lorsqu'ils osent à peine se faire voir.
La vérité de la situation, la voilà tout entière, et, pour un certain nombre de jours, elle sera la même. Nous prions donc les bons citoyens de ne pas s’alarmer si tel Jour le gouvernement, faute d’avoir rien à dire, croit mieux de se taire. Il agit, et l’action ne se révèle que par des résultats. Or CCS résultats, il faut savoir les atteindre. Loin de les hâter, on les retarde en voulant les précipiter.
Comme le constatait « la Vérité » du 19 avril, on remarquait sous ces phrases peu véridiques, les mêmes hommes qui avaient présidé à la défense de Paris. Aujourd’hui, d’assiégés devenus assiégeants, leurs proeédés restaient les mêmes.
« Les insurgés vident les principales maisons de Paris pour en « mettre le mohilier en vente au profit de la Commune. »
La Commune avait fait fondre l’argenterie des ministères, ce qu’il est impossible de lui reprocher bien amèrement. Elle avait, de plus, dit-on, fait main basse sur les objets du culte de plusieurs églises. En quoi elle avait fait une grande faute, dépassant son droit et blessant des sentiments respectables après avoir proclamé la liberté de conscience. En'dehors de ces excès, qui avait entendu parler de déménagement ou de vente d’un mobilier quelconque? Et, d’ailleurs, où eùt-on trouvé un acheteur en ce moment?
« Si quelques coups de canon se sont fait entendre, cc n’est pas « le fait du gouvernement, c’est celui de quelques insurgés voulant « faire croire qu’ils combattent, lorsqu’ils osent à peine se faire « voir. »
Les obus qui tombaient dans les quartiers des Ternes, des Champs-Elysées, de Chaillot, Passy, Autcuil, n’étaient pas « le « fait de quelques insurgés ». Ceux qui, comme nous, sont allés constater les choses de près, — le devoir des hommes qui rassemblent les documents pour l’histoire est de vérifier par euxmêmes, — ont pu voir de leurs yeux et sans aucun doute possible, le feu des canons versaillais dirigés contre Paris, les obus attei-
gnant les passants en des endroits bien éloignés de toute lutte, ou pas un fédéré n’existait. De plus, les fédérés, loin e d’oser à peine se faire voir », se battaient avec une énergie, avec une persistance qui faisaient dire à des journaux même qui ne leur étaient pas plus favorables que de raison, au Temps (nous l’avons cité plus haut) que si cet élément de défense avait été utilisé pendant le siège, l’issue eût peut-être été différente.
Le gouvernement se défend encore dans sa dépêche contre l’accusation de vouloir renverser la République.
« Mais que nous importe, disait la Yérité, d’être en République, « si la République existe de nom au lieu d’exister de fait. Est-ce B donc pour un mot que Paris lutte et combat? Nous ne savons « que trop quel genre d’institutions s’abrite derrière la Répu- B blique, telle qu’on la comprend à Versailles. Ces institutions « sont despotiques au premier chef. Toutes, sans exception, sont B dues à des monarques, et l’on veut en faire la base d'un Etat B républicain! Qui donc oserait le proposer de bonne foi? »
a Si le gouvernement de Versailles avait la moindre intelligence, B s’il prenait pour guide l’intérêt du pays au lieu de se cramponner B à son intérêt personnel, il saisirait le côté vrai, raisonnable, B essentiel de la Révolution du 18 mars. I.’indépendance commu- B nale lui apparaîtrait comme la base de la révolution nouvelle, B révolution radicale dont toutes les autres n’ont été que le pré- B lude. 11 comprendrait qu’au point où en est arrivée la France, il a faut choisir entre la République basée sur l’indépendance com- B munale ou le césarisme, et, malgré le peu de sympathie qu’il B nous inspire, nous aimons à croire qu’il hésiterait à replonger B la France dans les bras du despotisme. »
M. Picard envoyait la circulaire suivante aux préfets, pour empêcher que des adhérents du dehors ne vinssent se joindre aux Parisiens :
Je suis averti qu’un grand nombre d’étrangers se rendent à Paris pour prendre part au désordre qui afllige cette ville. Les chemins de fer en sont remplis. Donnez des ordres les plus précis pour qu’ils soient mis dans l'impossibilité d'entrer à Paris.
A cet effet, les brigades de gendarmerie et les commissaires de police devront visiter les trains montant, et faire descendre tous ceux qui leur paraStront suspects. Ils leur demanderont leurs papiers et ne devront les laisser continuer leur route qu’après eu avoir référé, et vous ne lais-
bv Cooglc
Dki"'.
serez entrer n l’aris r|iic ceux qui y sont appelés par des itiotifs dont vous serez juge. Je vais donner des iuslructioiis pour que, Jusqu'à nouvel oi'dic, tout voyageur soit tenu d’exhiber un passe-port.
Ernest Picard.
En même temps paraissait l’arièté suivant, fixant au 30 avril les élections municipales dans les départements :
Le président du conseil des ministres, chef du pouvoir exéciilir de la Ilépublique française,
Vu la loi du 14 avril 1871,
Arrête ;
Art. 1<”’. Les élections pour le rcnourellemcnt intégral des conseils municipaux auront lieu, dans toutes les communes, le 50 avril, présent mois.
Un arrêté spécial déterminera, aussilét que les circonstances le permettront, l'époque des élections communales dans la ville de Paris et dans les communes Ju département de la Seine.
En Corse, les électeurs se réuniront le 7 mai, et en Algérie, le 14.
Art. 9. Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Fait à Versailles, le 16 avril 1871.
A. Thurs.
Le minittre de l'Intéritw,
Ernest Picard.
liundl 19 avril IS9I
Après quelques attaques réitérées plusieurs nuits de suite, le calme, — un calme au moins relatif, — commençait à se rétablir vers les forts du Sud. La journée du 17 se passa de ce côté sans événement à signaler.
La porte Maillot était toujours canonnée avec vigueur. Elle subissait des dégâts considérables, mais était réparée promptement et habilement.
Une attaque violente, commencée dans la nuit, eut pour résultat la prise du château de Bécon par les Versaillais et Tévacuatioh d’Asnières par les fédérés.
Dans celte région, il y eut l’après-midi, vers deux heures et demie, une véritable débandade du côté des troupes de la Commune.
Les Versaillais, cependant, n’avaient pas pénétré dans l’intérieur d’Asnières. Un certain nombre d’iiommes purent enfin être ralliés, et, avec un faible renfort envoyé de Paris, ils réoccupèrent le village et tinrent tête à l’armée de Versailles.
Les résultats des élections du 16 n’étaient pas encore complètement connus. Le citoyen Vaillant, après avoir lu un rapport sur les résultats approximatifs, exprimait le désir qu’une commission fût nommée pour vériûcr les opérations électorales.
Tandis que les citoyens Beslay, Arnaud, Billioray et Dupont
émettaient le vœu qu’on ne se départît pas de la base du huitième des électeurs inscrits pour la validité des élections, les citoyens Mortier, Dereurc et Allix demandaient que l’on s’en tînt à la majorité relative. Le citoyen P. Groussel demandait, de son côté, que l’on s’en référât à une évaluation approximative du cliilTre actuel de la population dans chaque arrondissement, et proposa de baser cette évaluation sur la consommation des farines à ce moment, comparée à cette même consommation à l’époque où les listes électorales avaient été arrêtées. La décision sur ce point fut remise à la séance suivante.
La Commune terminait le 17 la discussion de sa loi sur les échéances, qui était votée à l’unanimité, moins sept voix, et paraissait à Y Officiel du lendemain :