RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERHITÉ
Commune de Paris. — Commission des relations extérieures.
Instructions
Ne faire connaître sa qualité et l’esprit de sa mission qu’à des amis politiques sûrs et pouvant être utiles.
3* Se mettre en relation avec les journaux; dans le cas où il n’en paraîtrait pas, dans certaines contrées, les remplacer par des écrits, des circulaires ou copies imprimées retraçant exactement le fond et la forme -du mouvement communal.
5° Agir par et avec les ouvriers, lorsqu'ils ont un commencement d'organisation.
40 Éclairer le commerce, l’engager par des raisons solides à conlinner ses affaires avec Paris et s’appliquer à favoriser le raviiaillement.
S® Se mettre en rapport avec la bourgeoisie et avec l’élf’ment républicain modéré pour, à l'instar de Lille, pousser les conseils municipaux à envoyer des adresses ou des délégués au citoyen Thiers pour le sommer de mettre fin à la guerre civile.
6» Empêcher le recrutement pour l'armée de Versailles ; faire écrire aux soldats pour les détourner de la guerre contre Paris.
En résumé, s’appliquer à faire jeter des bâtons de tous câtés de la France dans les roues du char gouvernemental de Versailles.
Depuis un mois déjà la guerre civile était allumée. Beaucoup d’hommes étaient tombés de part et d’autre; et, malgré la situation compromise d’un des forts occupés par les fédérés, il était impossible de prévoir, quand ce terrible état de choses prendrait fin ou quelle en serait exactement l'issue.
Un grand nombre de citoyens plaçaient leur espoir dans les diverses tentatives de conciliation qui s’effectuaient presque chaque jour; il leur semblait impossible que les fédérés parvinssent à triompher par les armes, il leur paraissait non moins impossible que les troupes de l’Assemblée entrassent dans Paris de vive force.
Cette appréciation mise à part, l’un comme l’autre de ces deux résultats, si l’on admettait leur réalisation, semblaient à ceux qui raisonnaient encore, — car combien, après ces longues épreuves, n’étaient plus maîtres d’eux-mèmes ! — devoir être considérés comme également déplorables.
A chaque démarche nouvelle de l’un des groupes qui s’étaient formés dans l’espoir d’amener la conciliation, à chaque adresse envoyée par un coin quelconque de province, soit à l’Assemblée, soit à la Commune, c’était une nouvelle espérance; espérance toujours renouvelée, toujours déçue.
De quelles appréhensions n’était-on pas saisi en jetant un coup d’œil sur le mois écoulé I Des deux cfttés, beaucoup de courage militaire : parmi les troupes de la Commune, plus d’ardeur que de sagesse, mais un héroïsme tel qu’une faible quantité d’hommes avaient tenu tête à des forces bien supérieures; parmi les troupes de l’Assemblée, une discipline sévère, une lactique prudente, des
mouvements pleins de précaution, enfin une science de la guerre qu’étaient loin de posséder leurs adversaires.
Les uns, selon les propos courants, avaient acheté des Prussiens des canons, des mitrailleuses; les autres, disait-on, en avaient acquis des fusils.
Des deux parts on s’accusait de se servir de balles explosibles et d’obus à pétrole. Nous ignorons ce qu’il y avait de fondé en ce qui concerne les balles explosibles; mais, jusqu’à preuve formelle, nous n’y croyons pas. Peut-être des individus isolés, plus particulièrement enrages, ont-ils pu emploverde semblables projectiles, mais ç’a dû être sûrement sans ordres, à l’insu de leurs chefs ; et la masse des combattants n’en a certainement jamais fait usage.
Quant aux obus à pétrole, quoiqu’il en ait été beaucoup parlé depuis le mois de septembre 1870, nous avons toutes raisons de croire qu’il n’en a jamais existé.
Voici ce qui a donné naissance à cette appellation de « obus à pétrole » . Au début du siège par les Prussiens, une société savante que les circonstances amenaient à s’occuper des engins de guerre, apprit que la Prusse avait fait, dans les derniers temps, à des maisons de Paris, d’importants achats de matières provenant de la distillation du pétrole. Informations prises, on sut que ces matières étaient des carbures d’hydrogène de consistance résineuse, dont les Prussiens se servaient pour la charge de leurs obus. L’effet qu’ils se proposaient ainsi était d’obtenir, dans un but d’incendie, une combustion moins rapide que celle du charbon qui entre ordinairement dans la composition de la poudre. Quant à des projectiles lançant du pétrole liquide enflammé, c’est un engin qui n’existe jusqu’ici que dans l’imagination populaire, et qui d’ailleurs ne produirait probablement pas les effets terribles qu’on suppose volontiers.
En somme, fondées ou non, ces accusations réciproques montrent à quel point les animosités croissaient, les haines s’accumulaient. Où allait-on?...
En ce qui concerne les individus : des partisans de la Commune (de la Commune telle qu’elle existait) — qui applaudissaient à toutes les mesures de violence que l’on décidait, en appelaient chaque jour de nouvelles de tous leurs vœux et constataient avec rage qu’aucune d’elles n’était véritablement mise à exécution, — des ennemis de cette même Commune, qui, affolés de terreur, faisaient tout bas des souhaits pour l’anéantissement de tout ce qui
pouvait s’y intéresser, mais se tenaient cachés, médusés qu’ils étaient par des décrets plus terribles dans leur pensée que dans la réalité.
Entre ces deux extrêmes, un groupe sérieux de citoyens, amis des franchises municipales, mais dont le cœur saignait de cette horrible lutte engagée depuis un mois, qui déploraient et gémissaient en voyant ceux qui auraient dû se faire simplement les organes des revendications parisiennes s’embourber dans une puérile imitation du passé, — du côté malsain de ce passé, — et s’imaginer servir leur cause, alors qu’ils instituaient à grands coups de décrets une soi-disant terreur dont l’odieux égalait le ridicule.
Depuis déjà longtemps ceux-là disaient, à chaque mesure nouvelle que prenaient les membres de la Commune : < Us se per- < dent! » et ils ajoutaient tristement ; « Ils perdent en même « temps notre cause, la cause des libertés communales, qu’aux « yeux de beaucoup ils sont sensés représenter. »
Ce dernier groupe, faut-il le dire, était regardé à Paris comme « réactionnaire », à Versailles comme « pactisant avec l’émeute ». Il était aussi loin de ceci que de cela.
Mercredi 3 mal 1391
Rien de saillant comme faits militaires le 3 mai. La canonnade continue de tous côtés, de temps à autre la fusillade s’y mêle; mais, en somme, aucun résultat important n’est acquis d’un côté ni de l’autre.
La Commission de conciliation du Commerce, de l’Industrie et du Travail publiait le document suivant, comme contenant un exposé des mesures les plus propres à amener la fin de la guerre civile :
Commission de conciliation du Commerce, de l’Industrie et du Travail
Les soussignés, délégués de l’Industrie, du Commerce et du Travail parisiens, SC référant à la déclaration qu’ils ont précédemment publiée, croient, en leur âme et conscience, que les dispositions suivantes, ou telles autres analogues qui seraient adoptées par l’Assemblée nationale, pourraient contribuer efficacement à la pacification de Paris :
1. — La ville de Paris, séparée de sa banlieue, formera désormais un département.
3. — Les attributions de conseillers municipaux et de conseillers généraux y seront confondues et seront exercées par les mêmes personnes.
3. — Les élections municipales de Paris, retardées par force majeure, auront lieu le. . . . prochain.
4. — Le Conseil municipal issu de ces élections sera admis â discuter et à présenter à la Chambre un projet de loi communale, où seraient exprimés les voeux et les tendances propres à la ville de Paris.
5. — Le Conaeil municipal de Paris administrera lui-mème, par l’intermédiaire de son président ou d’une commission qu’il tirera de son sein, les intérêts propres i la ville de Paris, conformément aui lois d’organisation et d’attributions municipales actuellement en vigueur, sans préjudice des modifications qui pourraient être apportées à ces lois, en conformité du projet qui sera ultérieurement présenté par le Conseil municipal de Paris et débattu par l’Assemblée nationale.
6. — lin délégué du gouvernement, assisté de deux conseillers, aura mission de veiller ê ce que les actes administratifs du Conseil municipal ne se mettent pas en contradiction avec la loi de l’Etat ; et, le cas échéant, il en serait référé à une juridiction spéciale, laquelle est à instituer.
Le délégué du gouvernement et ses assesseurs auront entrée au Conseil, mais n’y auront que voix consultative.
7. — Le Conseil municipal de Paris, étant en même temps Conseil départemental, dressera des listes d’électeurs, déterminera les circonscriptions et collèges électoraux, sans pouvoir, bien entendu, dépasser le chiffre de conseillers qui sera attribué il la ville de Paris par la loi électorale définitive, et sous réserve de respecter scrupuleusement le principe du suffrage universel, tel qu’il sera réglé par la Constitution de l’État.
8. — En attendant les élections municipales de la ville de Paris, il sera formé, ê bref délai, une Commission d’administration provisoire, choisie par et parmi les membres delà Chambre de commerce, du Tribunal de commerce, des conseils de prud’hommes et des syndicats industriels, commerciaux et ouvriers, tous corps constitués librement et par voie élective.
Cette Commission veillera aux élections municipales, qui seront faites sous son conlrêle et sous sa responsabilité.
9. — La garde nationale de Paris demeure chargée du service intérieur jusqu’à la réorganisation prochaine de l’armée nationale. — [réorganisation qui aura lieu sur ce principe : que la conscription est abolie et que tout citoyen doit être soldat).
En attendant, tous les bataillons garderont leurs armes. Ceux qui auraient été désarmés durant les derniers événements seront réarmés et réorganisés par les soins de la Commission d’administration provisoire. Jusqu’à ce que cette réorganisation soit opérée, la solde et les subsides actuels sont provisoirement maintenus.
Il y aura un chef de légion par chaque arrondissement.
11 n’y aura pas de commandant en chef.
Les canons de la garde nationale seront réunis provisoirement en parc d’artillerie et gardés par une force empruntée, par portions égales, aux divers arrondissements.
La même disposition sera appliquée à la garde de l’Hêtel-de-Ville.
10. — Les services de la voirie, de l’assistance publique, de l’enseignement, des postes et autres qui auraient été atteints ou modifiés par les récents événements, seront remis, autant que possible, en l’état, de manière à satis-
faire aux besoioi publici, août réaerve dea diapoailiona de la loi municipale déCnitive, qui pourraient lea régler autrement que par le paaaé.
11. — Une aroniatie pleine et entière eat accordée è toutea lea peraonne* qui auront pria une part active aux événementa de Paria, soua réaerve dea pourauitea qui pourront être exercéea par l’autorité judiciaire contre lea aulcura de crimea de droit commun.
1}. — Lea priaonniera faite h l’occaaion de la lutte aoua lea mura de Paris seront élargie auaaitét après lea élections municipales régulières de la ville de Paria.
Ltt membres de la Commission :
Jules Amigues. publiciste.
Babaguet, président de la Chambre syndicale dea compoaiteuratypograpbes.
Cb. Babbih, représentant de commerce, adhérent h la Qiambre de la mercerie. ,
Bouyer, gérant-fondateur de l’Association dea ouvriers maçons et tailleurs de pierres, fondée en 1 848.
J. Camps, avocat, chef du contentieux de l'Union nationale du commerce et de l'industrie.
Fevtacd, membre du conseil de la Société pour rinatruction élémentaire.
F. Gallimard, négociant, secrétaire du Comité central dea Chambres syndicales.
Jacquisot, de la société du crédit mutuel l'Épargne.
Josv, président de la Chambre syndicale des ouvriers serruriera en bâtiment du département de la Seine.
CvnaLE Lamy, secrétaire de l'Épargne immobilière.
E. Levallois, négociant, vice-président do la Chambre des tissus de laine.
A. Lhcillier, négociant, secrétaire du syndicat général de l'Union nationale, vice-président de la Chambre de passementerie, mercerie, etc.
Ch. Limodsik, publiciste, ancien gérant de la Tribune ouvrière.
Loiseau-Pmsom, négociant, ex-adjoint au maire du II* arrondis- ' sement, président de la Chambre des teinturiers.
Hifpolyte hlABESTAiNG, directeur-fondateur de la société d’aasurances contre les accidents de travail, la Préservatrice.
Jules Mausiy, manufacturier, secrétaire de la Chambre des tissus de laines.
Joseph Pioche, directeur de la société coopérative l'Union des comptoirs agricoles et industriels.
PouGBEON, gérant de la Société coopérative dea fabrieanta de meubles.
Ch. Rault, filateur, vice-président de la Chambre de la bonneterie et dea cotons filés.
Les femmes de Paris, dans une affiche placardée sur les murs, faisaient un appel aux deux partis en présence et réclamaient un armistice, puis la paix.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Liberté, Égalité, Fraternité
Les femmes de Paris, au nom de la patrie, au nom de l’honneur, au nom même de l’humanité, demandent un armistice.
Elles pensent que la courageuse résignation dont elles ont fait preuve cet hiver, pendant le siège, leur a créé iin droit d'être écoutées par les partis, et elles espèrent que leur titre d’épouses et de mères attendrira les cœurs à Paris comme à Versailles.
Lasses de souffrir, épouvantées des malheurs, cette fois sans gloire, qui les menacent encore, elles en appellent à la générosité de Versailles, à la générosité de Paris!
Elles supplient ces deux villes de déposer les armes, ne fût-ce qu'un jour, deux jours, le temps, pour des frères, de se reconnaître et de s’entendre, le temps de trouver une solution pacifique. Toutes les femmes, celles qui ont des petits enfants qi;e les bombes peuvent atteindre dans leur berceau, celles dont les maris se battent par conviction, celles dont les maris ou les fils gagnent le pain du Jour aux remparts, celles qui sont aujourd’hui seules gardiennes du logis, toutes enfin, les plus calmes comme les plus exaltées, au fond de leur cœur, réclament de Paris et de Versailles la paix! la paix!
Un groupe de dtoyennet.
On se rappelle que M. Picard, ministre de l’intérieur, à la séance de l’Assemblée du 1“'' mai, avait déclaré que les résultats connus des élections municipales étaient « satisfaisants ». Le Moniteur des communes avait en suite de cela publié un article où cette déclaration était reproduite et développée. A la séance de la Commune du 3 mai, le citoyen Paschal Grousset, délégué aux relations extérieures, annonçait à ses collègues qu’il avait reçu beaucoup de nouvelles de la province. « Ces nouvelles, disait-il, sont très-satisfaisantes. Dans toutes les villes, les élections sont excellentes... »
On le voit, chacun prétendait que tout était pour le mieux en province. Et pourtant il était difficile de comprendre comment ces élections pouvaient à la fois satisfaire Paris et Versailles, la Commune et l’Assemblée. i
La Commune adoptait & runanimité la proposition suivante
faite par le citoyen Billioray :
La Commune se transportera aussitôt que possible dans un local convenable, et admeüra le public à ses séances. Les citoyens Billioray et Courbet sont cliargés de trouver ledit local et de le proposer à la Commune.
Nous l’avons dit dès le début, la publicité des séances aurait dû être admise par tes membres de la Commune à partir de leur première réunion. Le 3 mai, entrant comme ils semblaient vouloir le faire dans un système de terreur, décider cette publicité était une inconséquence; le secret, le secret absolu des délibérations, est certainement un des procédés les plus terrifiants que l’on puisse imaginer.
C’est ainsi que la Commune, à ce moment, prenait imperturbablement, à deux jours de distance, les mesures de la nature la plus contradictoire.
Le décret suivant, proposé par les citoyens Dupont et Ferré, était adopté :
La CummiiDC de Paris Décrèle :
Un registre sera ouvert dans les mairies de chaque arrondissement.
Ce registre aura pour but l'inscription des noms de tous les citoyens qui se seront distingués en rombattant pour la défense de la République et des libertés communales.
La Commune de Parie.
Depuis un certain temps, afin de recueillir quelque argent pour secourir les veuves et les blessés, des musiques de la garde nationale parcouraient les rues de Paris et recevaient des passants les dons qui leur étaient faits. Le citoyen Lefrançais trouvait ces procédés « indignes de la Commune, indignes aussi de ceux au nom « desquels on faisait ces quêtes ». 11 demandait qu’aucune autorisation ne fût accordée dans ce sens. « La Commune, disait-il, « doit faire disparaître tout ce qui a un caractère de mendicité. » Le citoyen Longuet s’associait au cit. Lefrançais, et protestait, pour sa part, contre les quêtes que les femmes faisaient à domicile.
On se souvient des deux arrêtés relatifs au travail de nuit dans les boulangeries. Le 2, l’afficbe suivante avait été apposée sur les murs :