DES FRANCS-MAÇOBS ET COMPAGROHS DE PARIS
Le» francs-maçons et compagnons de Paris, à leurs frères de France cl du monde entier.
Frères,
C'est à vous tous que nous nous adressons.
Francs-maçons de tous les rites et de tous les Orients,
Compagnons do toutes les corporations.
Vous le savez, les francs-maçons sont des hommes de paix, de concorde, de fraternité, d’etude et de travail ; ils ont toujours lutté contre la tyrannie, le despotisme, l'hypocrisie, l'ignorance.
Ils défendent sans cesse les faibles courbes sous le joug de ceux qui Ifs dominent; leurs adeptes couvrent le monde entier; ce sont des philosophes qui ont pour préceptes ; la Morale, la Justice, le Droit.
Les compagnons sont aussi des hommes qui pensent, réfléchissent et agissent pour le progrès et l’affranchissement de riiumaniié.
A l’époque malheureuse que nous traversons, lorsque le fléau de la guerre a été déchaîné par les despotes pour anéantir plus particulièrement la voble nation française;
Quand cette belle France, qui pour tout le monde est l'espérance des opprimés, se voit réduite à merci et que Paris, sa capitale, est le but d’attaques épouvantables et fratricides,
Les francs-maçons et compagnons sortent les uns et les autres de leurs sanctuaires mystérieux, tenant de la main gauche la branche d’olivier, symbole de la paix, et de la main droite le glaive de la revendication.
Attendu que les efforts des francs-maçons ont été trois fois repoussés par ceux-là memes qui ont la prétention de représenter l’ordre et que leur longue patience est épuisée, tous les francs-maçons cl compagnons doivent prendre l'arme vengeresse et crier ;
Frères, debout! que les truîlrcs et les hypocrites soient châtiés!
Frères de la maçonnerie universelle, frères, compagnons, écoutez I
Les francs-maçons ont, dans la journée du 2î avril, envoyé à Versailles, porter au chef du pouvoir exécutif des paroles d’apaisement et de conciliation ; leurs délégués étaient accompagnés de deux citoyens désignés par les chambres syndicales de Paris; ils n’ont pu obtenir qu’une trêve de neuf heures pour faire sortir les malheureuses et innocentes victimes qui périssaient dans les caves de Neuilly, des Ternes, de Levallois, de Ciieby.
Les hostilités ayant été reprises avec une haine indescriptible par ceux qui osent bombarder Paris, les francs maçons se réunirent le 26 avril au Châtelet et décidèrent que le samedi 29, ils iraient solennellement faire adhésion à la Commune de Paris et planter leurs bannières sur lés remparts de la ville, aux endroits les plus menacés, espérant quelles amèneraient la liu de cette guerre impie et fratricide.
Le 29 avril, les francs- maçons, au nombre de 10 à 11,000, se rendirent à rHôiel-dc-Ville, suivant les grandes artères de la capitale, au milieu des acclamations de toute la population parisienne; arrivés à l’avenue de la Grande-.ârmée, malgré les bombes et la mitraille, ils arborèrent 62 de leurs bannières en face des assaillant.s.
Leur bannière blanche ; Aimons nous les uns les autres, s’avançant sur les lignes versaillaises, fit cesser le feu de la porte Dauphine à la porte Bincau ; la tête de leurs profondes colonnes atteignit la première barricade des assaillants.
Trois francs-maçons furent admis comme délégués.
Ces délégués, n’ayant obtenu qu’une courte lrè» e des généraux auxquels ils s’étaient adressés à Neuilly, à Courbevoie et à Rueil, où les populations les acclamaient aux cris de vnc la Maçonnerie, vive la Commune, deux d’entre eux, cédant à l’instance dos généraux, qui déclarèrent d’ailleurs qu’ils ne pouvaient être leurs interprètes, allèrent à Versailles, sans mandat et contrairement à la ligne de conduite qu'ils s’étaient tracée, mais pour démontrer une fois de plus que toute tentative nouvelle de conciliation était inutile.
Ils n’obtinrent rien, absolument rien, du chef du pouvoir exécutif.
Le feu, interrompu b 29, à quatre heures de relevée, recommença plus formidable, accompagné de Lombes incendiaires, le 30, à sept heuies 4S minutes du soir. La trêve n’avait dune duré que 27 heures 13 minutes.
Une délégation de francs-maçons placée à la porte Maillot, a constaté la profanation des bannières.
C’est de Versailles que sont partis les premiers coups, et un francmaçon en fut la première victime.
Les francs-mtçons et les compagnons de Paris, fédérés à la date du 2 mai, s’adressent à tous ceux qui les connaissent.
Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n’avons plus à prendre d’autre résolution que celle de combattre et de couvrir de notre égide sacrée le côté du droit.
Armons-nous pour la défense !
Sauvons Paris!
Sauvons la France!
Sauvons l’humanité !
Paris, à la tôle du progrès humain, dans une crise suprême, fait son appel à la Maçonnerie universelle, tuix compagnons do toutes les corpo ■ rations, i! cric ; A moi les enfants de la veuve!
Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons; tous s’uniront pour l’action commune, eu protestant contre la guerre civile que fomentent les souteneurs des monarchies.
Tous comprendront que ce que veulent leurs frères de Paris, c’est que la justice passe de la théorie à la pratique, que l’amour des uns pour les autres devienne la règle géin rale, et que l’épée n’est tirée du fourreau, à Paris, que pour la légitime défense de l'humanité.
Nonl frères maçons et compagnons, vous ne voudriez pas permettre que la force brutale l’emporte, vous ne supporterez pas que nous retournions au ch.'os, et c’est ce qui advi. ndrait, si vous n’étiez pas avec vos frères de Paris qui vous appellent à la rescousse.
Agissez de concert, toutes les villes ensemble, en vous jetant au devant des soldats qui combattent bien malgré eux pour la plus mauvaise cause, celle qui ne représente que des intérêts égo'istes, et entralnez-les à servir la cause de la justice cl du droit.
Vous aurez bien merilé de la patrie universelle, vous aurez assuré le bonheur des peuples pour l’avenir.
Vive la République!
Vivent les Communes de France fédérées avec celle de Paris!
Paris, .'5 mai 1871.
Pour lus francs-maçons et les délégués compagnons de Paris ;
[Suivent les signatures )
Ce document, ainsi que les programmes de la Commune, était emporté en province par des ballons lancés de la cour de l’Hôtelde-Ville. Au moyen d’un ingénieux mécanisme, les circulaires se détachaient de temps en temps d’un cercle de fer remplaçant la nacelle, et se répandaient dans tout le pays parcouru par l’aérostat.
Dans sa séance du 5 mai, la Commune entendit 1e rapport fait sur l’un de ses membres, par le citoyen Raoul Rigault.
On avait découvert que le citoyen élu sous le nom de Rlanchet s’appelait en réalité Panillc, et que sa vie n’était pas absolument irréprochable.
D’abord secrétaire d’un commissaire de police à Lyon, le citoyen Rlanchet avait été ensuite capucin, puis il avait donné des leçons en ville, à Lyon ; il était devenu traducteur-interprète au Palais de Justice, et de nouveau secrétaire de commissaire de police. Toutes ces fonctions de police n’étaient pas bien faites pour lui servir de recommandation auprès de ses nouveaux collègues; mais un fait plus grave encore s’y ajoutait : le citoyen Rlanchet avait été, sous son vrai nom de Panille, condamné, à Lyon, à six jours de prison pour banqueroute. La Commune invalida son élection et le fit arrêter.
D’accord avec la circulaire du délégué à la guerre, que nous avons reproduite le 4, le Comité de salut public arrêtait la division suivante dans les services de la guerre ;
Le Comité de salut public Arrête :
An. — La délégation à la guerre comprend deux divisions : Direction militaire.
Administration.
Art. 3. — Le colonel Rossel est chargé de l’initiative eide la direction des opérations militaires.
Art. 3. — Le Comiié central de la garde n.itionale est chargé des différents services de l'administration de la guerre, sous le contrôle direct de la Commission militaire communale.
13 floréal an 70.
Le Comité de salut public.
Cet arrêté était accompagné de la note ci-dessous ;
En vertu de l'arrêté du Comité de salut public, on date du 15 floréal an 79, le colonel Rossel, délégué à la direction et au commandement général des opérations militaires, est invité ê faire, dans le plus bref délai, la répartition des différents commandements militaires.
Le Comité de salut publie.
En conséquence, le délégué à la guerre réparlissait les divers commandements comme suit ;
En exécution de l'arrété du Comité de salut public, en date du 15 floréal an 79,
Le délégué à la guerre arrête ainsi qu'il suit la répartition des différents commandements militaires ;
Le général Dombrowski se tiendra de sa personne k Ncuilly, et dirigera directement les opérations sur la rive droite.
Le général La Cécilia dirigera les opérations entre la Seine et la rive gauche de la Bièvre. Il prendra le titre de général commandant le centre.
Le général Wrobleski conservera le commandement de l'aile gauche.
Le général Bergeret commandera la 1« brigade de réserve; le général Eudes commandera la 2* brigade active de réserve.
Chacun des généraux ci-dessus désignés consetrera un quartier à l'intérieur de la ville, ainsi ([u'il suit :
1° Le général Dombrowski, à la place Vendôme ;
2° Le général La Cécilia, à l’Ecole militaire;
3» Le général Wrobleski, à l'Élysée;
40 Le général Bergeret, au Corps législatif;
3° Le général Eudes, à la Légion d’honneur.
Un ordre ultérieur déterminera les troupes que le ministère de la guerre mettra à leur disposition.
Paris, le S mai 1871.
Le délégué à la guerre, Bossu..
Le cit. Durassier, en quittant adressait l’ordre du jour suivant :
l’armée devant Asnières, lui