‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 40 sur 60 · ORDRE DU JOUR A L'ARMÉE DEVANT ASNIÈRES · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR A L'ARMÉE DEVANT ASNIÈRES

Appelé à prendre le commandement des forces d’Asnicrcs, par suite de la blessure du brave général Okolowitz, et obligé de vous quitter pour prendre un autre commandement, recevez l’expression de toute ma reconnaissance, pour le loyal concours que vous avez apporté à l'exécution de mes ordres.

Je suis heureux de vous rendre ce témoignage, vous avez tous fait votre devoir.

Chefs de bataillon, officiers, sous-officiers et gardes nationaux, artillerie et génie, au nom de la Commune et en mon nom personnel, recevez tous mes remerdmcnls, et comptez sur tout mon dévouement à la cause sacrée que nous défendons.

Levallois-Perret, le 5 mai 1871.

Le colonel d'étal-major, ex-commandant des forces d'Asnières,

A. Dorassier,

Commandant le fort de Vanves.

Le citoyen Varlin, délégué provisoire aux services de l’intendance, était adjoint à la Commission de la guerre.

Un arrêté du Comité de salut public réglait la question des exemptions de service pour les agents de chemins de fer :

Le Comité de salut public.

Considérant que le service des compagnies de chemins de fer est un service d’utilité publique qu'il importe de ne pas désorganiser;

Considérant, en outre, qu’il est nécessaire de concilier les intérêts de ce service avec ceux de la défense, et de faire droit en même temps aux justes réclamations de différentes légions,

Arrête :

Art. 1". — Toutes les exemptions du service de la garde nationale délivrées jusqu’à ce jour aux employés et à tous agents de chemins de fer, commissionnés ou non, sont et demeurent annulées.

Art. 2. — A l’avenir, pourront être exemptés du service de la garde nationale, les employés et tous agents du chemin de fer dont la présence sera reconnue indispensable aux besoins de rexploilalion ou de l’administration.

Art. 3. — Seront seules valables les exemptions délivrées par le contrôleur général des chemins de fer, et revêtues de l’approbation d'un délégué spécial du Comité central de la garde nationale.

Art. 4. — Tout employé de chemin de fer, faisant son service de garde national, continuera à recevoir son traitement.

An. 5. — Los compagnies seront tenues de révoquer immédiatement

tout employé qui chercherait à se soustraire à ce service et de lui supprimer tout traitement.

Art. 6. — L’iniervcntion directe des conseils de légion dans les gares, bureaux ou administrations de chemins de fer est absolument interdite.

Art. 7. — Les compagnies de chemins de fer sont mises en demeure do se conformer au présent arreté dans les huit Jours qui suivront sa promulgation au Journal officiel.

Art. 8. — Le Comité central de la garde nationale est chargé de veiller à l’exécution du présent arrêté.

Paris, le 16 floréal an 79.

Le Comité de talut public.

Le délégué à la guerre répondait par la proclamation suivante aux habitants des communes rurales, qui s’étaient plaints de recevoir chez eux des projectiles, alors qu’ils ne portaient pas les armes contre la Commune :

Aux habitants des communes rurales exposées au feu de l'artillerie de la Commune.

ClTOYERS,

J’ai reçu, depuis que je suis à la délégation de la guerre, plusieurs lettres m'informant que des obus avaient frappé des personnes inoffensives dans vos villages.

En attendant que la guerre prenne un terme, je ferai toujours mon possible pour empêcher toute souffrance inutile. Mais pour que je puisse arrêter le feu des batteries dirigé sur tel ou tel point par les commandants particuliers, il faudrait que je pusse être informé en temps utile cl d’une manière certaine que l’ennemi n’occupe pas les points indiqués. Il faudrait, en revanche, que je reçusse les informations contraires lorsqu’il les occupe.

Les communes ou hameaux qui pourront m’offrir de semblables garanties seraient assurés contre ces regrettables cl inutiles cruautés.

Vous voyez que ce que je demande ce n’est pas la simple neutralité, mais une sorte d’alliance.

Salut et fraternité.

Le délégué à la guerre, RoasEL.

La colonne Vendôme devait, disait-on, tomber le 5 mai. Mais les préparatifs n’étaient pas encore suffisamment avancés. En attendant, le Comité de salut public décidait la démolition d’un autre monument : la chapelle expiatoire de Louis XVI.

Le Comité de salut public.

Considérant que l’immeuble connu sous le nom de chapelle expiatoire de Louis XVI est une insulte permanente à la première Révolution et une protestation perpétuelle de la réaction contre la justice du peuple.

Arrête ;

Art. 1»'. — Le chapelle dite expiatoire de Louis XVI sera détruite.

Art. 2. — Los matériaux en seront vendus aux enchères publiques, au profit de l'administration des domaines.

Art. 3. — Le directeur des domaines fera procéder, dans les huit jours, à l'exécution du présent arrêté.

Paris, le 16 floréal an 79.

Le Comité de salut publie.

On parlait aussi vaguement de faire tomber les statues équestres de Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, qui existent à Paris.

Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons dit propos du décret ordonnant la démolition de la colonne Vndôme. La haine de tout ce qui rappelait le passé préoccupait plus que de raison la majorité des membres de la Commune.

En meme temps que cette nouvelle démolition, une nouvelle suppression de journaux était décidée. Voici l’arrêté du délégué à la sûreté générale qui atteignait sept journaux. Aux réflexions que nous ont suscitées les suppressions précédentes, nous ajouterons cette fois-ci qu’il nous parut triste de voir figurer au bas de cet arrêté la signature d’un homme qui fut un journaliste.

Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale.

Considérant que, pendant la durée de la guerre, et aussi longtemps que la Commune de Paris aura à combattre les bandes de Versailles qui l’assiégent et répandent le sang des citoyens, il n’est pas possible de tolérer les manœuvres coupables des auxiliaires de l’ennemi;

Considérant qu'au nombre de ces manœuvres on doit placer en première ligne les attaques calomnieuses dirigées par certains journaux contre la population de Paris et la Commune, et, bien que l’une et l'autre soient au-dessus de pareilles attaques, celles-ci n’en sont pas moins une insulte permanente au courage, au dévouement et au patriotisme de nos concitoyens ;

Qu’il serait contraire à la moralité publique de laisser continuellement déverser par ces journaux la diffamation et l'outrage sur les défenseurs de nos droits qui versent leur sang pour sauvegarder les libertés de la Commune et de la France;

Considérant que le gouvernement do fait qui siège à Versailles interdit dans toutes les parties de la France, qu’il trompe, la publication et la

dislribaiion des journaux qui défendcnl les principes de la révolution représentés par la Commune ;

Considérant que les Journaux le Petit Moniteur, le Petit National, le Bon Sens, la Petite Presse, le Petit Journal, la France, le Temps, excitent dans chacun de leurs numéros à la guerre civile, et qu’ils sont les auxiliaires les plus actifs des ennemis de Paris cl de la République, Arrête :

Art. 1''. — Les journaux : le Petit Moniteur, le Petit National, le Bon Sens, la Petite Presse, le Petit Journal, la France, le Temps, sont supprimés.

Art. 2. — Notification du présent arrêté sera faite 4 chacun des susdits journaux et à leurs imprimeurs, responsohles de toutes pnhiicalions ultérieures, par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire aux délégations, chargé de l’exécution du présent arrêté.

Paris, le 5 mai 1871.

Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale,

CoUR.XET.

Gomme le disait l’Avenir national, « si la Commune a eu pour « but de faire le vide autour d’elle, elle ne pouvait rien trouver de « mieux qu’une telle résolution

« Toute marque d’approbation, si faible qu’elle

« soit, si entourée de réserves qu’on la suppose, serait, à juste « titre, regardée aujourd’hui non comme l’expression d’une opinion « libre, mais comme une flatterie destinée à servir de paraton- « nerre contre les foudres de l’IIôtel-de-Ville. C’est une situation « qu’aucun écrivain ne saurait accepter.

« C’est toujours à accentuer la critique et à rendre l’éloge vil « qu’ont abouti, en France, les rigueurs contre la presse. La Com- « mune va de nouveau en faire la triste expérience. »

Voici le texte d’une proposition de loi ayant pour objet de consulter immédiatement la France sur la question de Paris, présentée par M. J. Brunet, membre de l’Assemblée nationale :

La guerre fratricide de Paris ruine et désole la France ; aussi, de toutes les parties du territoire, depuis les grandes viiles de Lyon, Marseille, Bordeaux et Liile jusqu’au moindre village, s’élèvent des manifestations généreuses et patriotiques en faveur de la pacification générale.

L’Assemblée peut-elle rester sourde à cet appel? Évidemment non; on lui reprocherait, en effet, de fausser sa mission si, après avoir traité avec les Piussiens, elle se montrait intraitable contre les Parisiens.

Voilé quarante jours que la bataille dure avec des ruines de toute

sorte; elle peut se prolonger encore en amenant des surcroîts d'cflbrts, de charges et de désastres pour l’ensemble do la France; et cela en présence de 500,000 Prussiens qui foulent notre territoire et qui restent implacables dans leurs âpres exigences.

L’Assemblée se trouve donc placée en face d'une responsabilité terrible au sujet de la question de paix ou de guerre à l’égard de Paris; aussi, pour ne pas faire fausse route, paraîtrait-il nécessaire qu’elle consultât la volonté librement exprimée de toute la France.

Cette consultation, on peut l’obtenir immédiatement, en appelant tous les conseils municipaux de France à délibérer sur la question de paix ou de guerre à l’égard de Paris. La somme de ces opinions représenterait, d'une manière ordonnée et élevée en degré, la volonté do la France, poulie solution de la grande dinicullé qu’il faut surmonter le plus tôt possible.

En conséquence, l’Assemblée décrète :

Art. 1''. — Tous les conseils municipaux de France sont appelés exceptionnellement à SC réunir le 10 mai prochain, pour délibérer sur la question de Paris.

La décision portera sur le choix entre ces deux solutions :

1® Soit la guerre contre Paris, pour le forcer à rentrer dans l’ordre, sans transaction et à la discrétion du gouvernement;

2o Soit la paix, résultant d’une transaction avec la capitale, pour lui laisser sa liberté administrative sous le contrôle du gouvernement central.

Art. 3. — Chaque conseil municipal enverra directement à l’Assemblée le procès-verbal de sa décision, qui mentionnera : la commune et sa population, le chiffre dos membres du conseil, le partage des voles pour la décision arrêtée.

Les bureaux de l’Assemblée se partageront le travail de recensement pour tous les procès-verbaux du vote.

Art. 3. — Une commission spéciale centralisera le recensement des bureaux, établira le vote général, fera un rapport, en même temps qu’une proposition de décision à prendre.

L’Assemblée décidera d’urgence sur la question de paix ou de guerre à l’égard de Paris; le gouvonicnient conlormcra sa conduite aux ordres de l’Assemblée.

Samedi 6 mal ISVl

' Sur la ligne du Sud, il y eut de faibles engagements, sur la route de Thiais et à Bagneux. Les positions des deux armées n’en furent pas modifiées.

Le fort d’Issy ou plutôt ce qui restait du fort, était affreusement ruiné; les artilleurs, tout à fait à découvert, pouvaient difficilement faire le service des quelques pièces qui s’y trouvaient encore ; il n’était plus possible aux fédérés de conserver longtemps cette position en bulle aux feux convergents des batteries versaillaises établies à Châtillon et à Clamart.

De Neuilly à Asnières, les remparts reçurent, comme à l’ordinaire, une masse de projectiles lancés par le Mont-Valérien et par le château de Bécon. Les fédérés tentèrent dans la matinée un mouvement offensif contre l’ilc de la Grande-Jatte ; ils attaquèrent bravement la barricade qui défendait le pont reliant l’île à la rive droite. Soutenus qu’ils étaient par les wagons blindés, ils contraignirent les Versaillais à se replier. Les fédérés formant la tête de la colonne s’engagèrent sur le pont à lour poursuite ; mais un feu nourri de mitrailleuses embusquées dans l’ile et masquées par d’épais fourrés, força bientôt les assaillants à battre en retraite.

Au boulevard Bineau, les fédérés s’emparèrent de deux barricades, ce qui leur permit de rapprocher leurs batteries volantes de celles des Versaillais. Aucun incident à noter du côté de Clichy et d’Asnières.

Le Journal officiel du 6 mai anuonçail la réouverture Je la bibliothèque Mazarine pour le 8.

Une note avertissait tous les réfugiés des communes suburbaines que pour les renseignements, logements et secours dont ils pourraient avoir besoin, ils devaient s’adresser à la Commune de Paris, bureau de l’assistance extérieure, où ils trouveraient tous les soulagements que réclamait la position spéciale créée par les tristes circonstances que nous traversions depuis de longs mois.

L’administration des postes rappelait au public qu’elle avait pris des mesures pour assurer le départ journalier des lettres non chargées à destination des départements et de l’étranger. Ces lettres pouvaient donc être déposées avec toute conQance dans les boîtes.

Plusieurs petits ballons, porteurs de proclamations de la Commune, s’élevèrent dans la journée de la place de l’Ilôtel-de-Ville.

La Commission chargée de l’organisation de l’enseignement s’occupait avec une louable activité, d’installer des écoles professionnelles. Par la note suivante, elle informait le public que la première école de cette nature devait être ouverte prochainement dans l’établissement des jésuites, situé rue Lhomond, qui était parfaitement approprié à cette destination ;

EKSEIGKEHEKT PBOFEBSIOaNEL

Une première écolo prorcssionnclle sera procbainemenl ouverte dans le local précédemment occupé par les jésuites, rue Lbomood, 18, V" arrondissement.

Les enfants âgés d’environ douze ans et au-dessus, quel que soit l'arrondissement qu’ils habitent, y seront admis pour compléter l’instruction qu’ils ont reçue dans les écoles primaires, et pour y faire, en même temps, l’apprentissage d’une profession.

Les parents sont donc priés de faire inscrire leurs enfants â la mairie du Pantbeon (V^ arrondissement), en désignant le métier que chacun de ces enfants désire apprendre.

Les ouvriers au-dessus de quarante ans, qui voudraient se présenter comme maîtres d’apprentissage, devront aussi se faire inscrire à cette mairie, en indiquant leur profession.

Nous faisons appel, en même temps, aux professeurs de langues

vivanlcs, de sciences, de dessin et d'iiisloire, qui désirent nqus prêter leur concours pour cet enseignement nouveau.

Paris, le 6 mai 1871.

Les membres de la CommmUsion pour V organisation de V enseignement,

Eug, André, E. Dacosta, J. Manier, Rama, E. Sanglier.

Approuvé par le délégué à l’enseignement,

En. Vaill.ant.

Dans la séance du 6 mai, la Commune adopta, après une discussion longue et laborieuse, le projet de décret du citoyen Jourde, relatif aux dégagements gratuits du Mont-de-Piété, et dont voici le texte :

La Commune Décrète :

Art. 1". Toute reconnaissance du Slont-dc-Piélé antérieure au 2ô avril 1871, poriani engagement d’effets d’habillement, de meubles, de linge, de livres, d'objets de literie et d’intruments de travail, ne mentionnant pas un prêt supérieur à la somme de vingt francs, pourra être dégagée gratuitement à partir du 12 mai courant.

Art. 2. Les objets ci-dessus désignés ne pourront être délivrés qu'au porteur, qui justiliera, c-n établissant son identité, qu’il est l’emprunteur primitil.

Art. 3. Le delegué aux linances sera chargé de s’entendre avec l'administration du Mont-de-Piétc, tant pour ce qui concerne le règlement de l’indemnité à allouer, que pour l’exécutioa du présent décret.

Le Mout-de-Piélé, sous prétexte de charité, fait de l’usure. Institution créée par l’ancien régime qui avait essayé d’organiser, conformément à ses principes religieux, l’assurance mutuelle sous la forme humiliante de charité, le Monl-dc-Piélé est destiné à disparaître. L’usage de plus en plus fréquent de l'assurance personnelle et surtout la fondation de sociétés de secours mutuels dont le nombre s’accroît chaque jour, auront pour résultat prochain l’abolition de cet établissement funeste dont le fonctionnement donne lieu, ainsi que le remarquait le rapport trèsdétaillé présenté à la Commune par la Commission de travail et d’échange, à des prélèvements exagérés, dont la destination n’avait pu être découverte par elle.

La discussion du décret précité permit de constater combien

la plupart des membres de la Commune avaient peu notion de la réalité, quel mépris ils professaient pour les solutions pratiques et possibles. Ces indices d’ignorance profonde étaient surtout manifestes chez les révolutionnaires les plus exaltés, chez les clubistes les plus violents. L’un d’eux, le citoyen Victor Clément, pensant peut-être faire preuve d’esprit, alors qu’il était simplement impoli, crut devoir, dans le cours de la discussion, rédiger ainsi un amendement qu’il présentait : « Considérant qu’il est urgent de mettre à l’épreuve la science financière des membres

de la Commune je demande qu’on porte le ehiffre au maximum

de cinquante francs. »

Les ouvrières qui s’étaient groupées sous le titre : Comité central de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, publièrent, le 6 mai, le manifeste suivant, remarquable par son exaltation, qui réfiète, d’ailleurs, les tendances des admirateurs à outrance de la Commune :

MANIFESTE DU COMITÉ CENTRAL DE l’üNIO» DES FEMMES POUR LA DÉFENSE DE PARIS ET LES SOINS AUX BLESSÉS

Au nom de la révolution sociale que nous acclamons, au nom de la revendication des droits du travail, de l'égalité et de la justice, l’Union dos femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés proteste de toutes ses forces contre l'indigne proclamation aux citoyennes, parue et urfichéc avant-hier, émanant d’un groupe anonyme de réactionnaires.

Ladite proclamation porte que les femmes de Paris en appellent à la générosité de Versailles et demandent la paix à tout prix

La générosité de lâches assassins !

Une conciliation entre la liberté et le despotisme, entre le peuple et ses bourreaux!

Non, ce n’est pas la paix, mais bien la guerre à outrance que les travailleuses de Paris viennent réclamer!

Aujourd’hui, une conciliation serait une trahison! Ce serait renier

toutes les aspirations ouvrières, acclamant la rénovation sociale absolue, l’anéantissement de tous les rajiports juridiques et sociaux existant actuellement, la suppression de tous les privilèges, de toutes les exploitations, la substitution du règne du travail à celui du capital, en un mot, l’affranchissement du travailleur par lui-même!

Six mois de souffrances et de trahison pendant le siège, six semaines de lutte gigantesque contre les exploiteurs coalisés, les flots de sang

versés |iour la cause de la liljcrté, sont nos litres de gloire et de vengeance!

La lulie actuelle ne peut avoir pour issue que le triomphe de la cause

populaire Paris no reculera pas, car il porte le drapeau de l’avenir.

L’heure suprême a sonné Place aux travailleurs, arrière à leurs

bourreaux!

Des actes, de l’énergie ! •

L’arbre de la liberté croît arrosé par le sang de ses ennemis!

Toutes unies et résolues, grandies et éclairées par les souffrances que les crises sociales entraînent toujours à leur suite, profondément convaincues que la Commune, représentante des principes internationaux et révolutionnaires des peuples, porte en elle les germes de la révolution sociale, les femmes de Paris prouveront à la France et an monde qu’elles aussi sauront, au moment du danger suprême, — aux barricades, sur les remparts de Paris, si la réaction forçait les portes, — donner comme leurs frères leur sang et leur vie pour la défense et le triomphe do la Commune, c’est-à-dire du peuple !

Alors, victorieux, à même de s’unir et de s’entendre sur leurs intérêts communs, travailleurs cl travailleuses, tous solidaires, par un dernier effort anéantiront à jamais tout vestige d'exploilalion et, d’exploiteurs!

Vive la République sociale et universelle !.,..

Vive le travail !

Vive la Commune I

Paris, le 6 mai 1871.

La Commission exécutive du Comité central,

Le Mel, JACQCiEn, Lefèvre, Leloup, Dmitoieff.

A la séance de l’Assemblée nationale, le citoyen Tolain, député de Paris, interpella le ministre de la guerre sur ce qu’il y avait de fondé dans le fait du meurtre qui aurait été commis à la Belle- Épine sur quatre prisonniers de la garde nationale par un officier de chasseurs à pied ; meurtre qui avait été, on s’en souvient, l’objet d’un rapport présenté à la Commune. Le citoyen Tolain en donnait lecture lorsqu’il fut bruyamment interrompu par les clameurs de la majorité qui, par ses cris et ses protestations, l’empêcha de continuer sa demande d’explication. Certains députés réclamèrent le rappel à l’ordre de l’oraleur; en quelques instants le tumulte fut inexprimable. Les exclamations et les gestes les plus passionnés s’échangeaient de droite à gauche. Cette intolérance de la majorité contraignit le citoyen Tolain à descendre de la tribune sans avoir pu achever de développer la question qu’il

posait. L’Assemblée était si agitée que M. Grévy dut se couvrir et déclarer qu’il levait la séance. Enfin le calme s’étant un peu rétabli, le président en profita pour rappeler l’Assemblée à plus dé modération. La droite, trouvant la leçon dure, lit entendre des murmures si accentués que M. Grévy déclara qu’il allait quitter le fauteuil si on ne voulait point l’entendre. Après cette courte allocution du président, le ministre de la guerre prit la parole et répondit par une dénégation passionnée à la question précise faite avec calme par M. Tolain.

Il était étrange qu’un député de Paris ne pût adresser une question à un ministre sans provoquer les violences de langage et le courroux de messieurs les députés de la droite.

Les délégués de la Ligue des Droits de Paris furent reçus dans la matinée par M. Thiers. Leur conférence avec le chef du pouvoir exécutif ne lut pas de longue durée ; il jugea inacceptables les propositions qu’ils lui soumirent et que nous avons précédemment enregistrées.

Le même jour, M. Barthélemy Saint-Hilaire reçut les délégués de l’Union nationale des Chambres syndicales auxquels il ne fit aucune réponse précise.

A Versailles on ne paraissait pas se douter du travail qui s’effectuait dans les esprits et des modifications corrélatives qui devaient en résulter dans les institutions et dans les faits. On ne s’apercevait pas que les élections municipales auxquelles le pays venait de procéder manifestaient que dans son ensemble la France était républicaine, d’une façon modérée, sans doute, mais excellente, car la grande majorité des villes avait enfin compris qu’il n’y a de république possible qu’avec la liberté civile et politique pour base des institutions, c’est-à-dire avec les franchises- communales. Tous les conseils municipaux, dont la majorité étai républicaine, devaient donc être amenés à bref délai à formuler unanimement la même demande : nomination du maire par le conseil municipal, suppression du préfet. Ces deux revendications fondamentales entraînaient la ruine du régime centralisateur et autoritaire sous lequel la France se débilite depuis trois quarts de siècle. En présence de ce grand courant irrésistible de revendication communale, l’Assemblée continuait, sans en être inquiétée, à réorganiser le pays d’après les procédés en vogue sous le gouvernement de Louis-Philippe.

Et pour dompter Paris, dont elle ne voulait pas essayer de satisfaire les aspirations légitimes, conformes aux vœux de la province, elle faisait appel aux généraux bonapartistes; elle comptait sur leur abnégation, sur leur désintéressement après le triomphe, sans se rappeler quelles furent de tout temps l'attitude et les prétentions dominatrices des prétoriens vainqueurs.

Dlmanclie 9 mal 1891

Au Sud l’eflfort principal des Versaillais s’exerçait sur les tranchées situées entre Issy et Vanves, dans le but de cerner le fort d’Issy. Un combat de niousqueterie très-acharné de part et d’autre, se livra en cet endroit, sans amener de modification sensible dans les positions respectives. La voie du chemin de fer de Versailles était toujours très- vivement disputée.

Les canonnières embossées sous les arches du viaduc du Pointdu-Jour ne cessèrent d’envoyer leurs obus sur Meudon, Breteuil et Brimborion.

D’Auleuil à Asnières, aucun incident à signaler. Du côté de Passy et d’Auteuil les remparts étaient toujours violemment bombardés, ainsi que les portes Maillot et des Ternes.

Le directeur du matériel d’artillerie, le citoyen Avrial, constatait par la note suivante, insérée à VOfjickl du 1 mai, que le désordre le plus complet régnait dans la distribution de l’armement :

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